‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 48 sur 81 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le marquis de BREVAL, seul, délibérant s'il doit aller à la giierre ou demeurer i\ l'Académie.

Muse, il vous faut quitter ! adieu, cher Apollon î Adieu, cher Hlppocrènel adieu, ruisseau, vallon! Adieu, cher Hélicon! adieu, mont de Parnasse, Où les neuf belles Sœurs m'ont tout comblé de grâce î Adieu, sacrés auteurs, mes nobles compagnons. Que Phœbus a choisi pour être ses mignons ! Hélas ! mes grands amis, il faut changer de terre, Et qui pis est encor m'en aller à la guerre. Mais quoi faire à la guerre? y recevoir des coups? Marquis, demeure en paix, n'imite point ces fous. Que je hais ces brutaux, ces enragés courages. Qui vivent sans remords au milieu des carnages; Qui nagent dans le sang, et cherchent leurs ébats Dans les plus grands périls que montrent les combats! Je veux vivre en éclat et non pas à l'armée ;

. PIÈCES JUSTIFICATIVKS. 423

J*anrai, par mon savoir, assez de renommée.

Toutefois, Je ne puis, sans honte et sans mépris,

Goûter en ces temps-ci les douceurs de Paris.

Dieux ! l*étrange combat que Je sens dans mon âme ;

Il faot quitter Paris ou bien vivre en inféme,

Pour un petit honneur, s'abandonner au Sort,

En des lieux Inconnus aller chercher la mort :

Hélas ! quelle rigueur, hélas ! quelle misère !

Il me souvient encor des discours de ma mère. •

Salutaires discours qu'elle tint autrefois,

Si je vous avois crus , Je serois dans les lois ;

Je serois à présent grand homme de Justice,

Loin du bruit importun qu'on oit dans la milice.

Je serois en tout temps gros bourgeois de Paris,

Peut-Mre, et que sait-on, quelqu'un des favoris.

Marquis, ne quitte point ta chère Académie ;

Tu vivrois dans l'armée avec plusdMnfamie.

A toute heure, en passant, quelque gladiateur

Te diroit froidement : bonjour, monsieur l'auteur !

Je tremblerois toujours au bruit d'une bataille,

Je mourrois de frayeur au pied d'une muraille.

Eoûn chaque moment, l'on me prendroit sans verd ,

Me parlant de Galas, ou bien de Jean de Vert.

On meurt pour un long temps, un mort ne ressuscite.

Il vaut mieux ici faire imprimer Tacite ;

Apprendre en ses écrits*les affaires d'État.

Bon Dieu , que Je serois habile potentat I

Je m'en vais de ce pas suivre les politiques.

Afin de me fourrer aux affaires publiques.

424 PIÈCES JrSTIFir.ATIVES.

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