‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 59 sur 81 · SCÈNE H · texte numérisé non relu

SCÈNE H

MONSIEUR LE CHANCELIER et les autres

DE LJL TROUPE ÀCADBStfIQUE.

Messieurs, asseyez-vous sans tarder davantage ; Réformons, s'il se peut, notre mauvais langage ; Qu'on tâche d'opposer quelque chose de beau. Levez- vous, s'il vous plait, docte et sage Godeau ?

GODEAU

Vous êtes obligeant ; mais cette déférence Seroit due à quelque autre avec plus d'apparence.

DISMAItm.

Ils sont au cabaret ! Messieurs, quelle impudence ! Vous voyez parmi tous un chancelier de France Qui Tient de son lo(çis, en ce méchant quartier, Sachant bien le respect que Ton doit au métier ; Et ces Tieux débauchés, au mépris de la gloire. Lorsque uous travaillons font leur plaisir de boire !

GODSAU.

Je vois entrer Faret suivi de Saint-Amant.

CHAPELAIN

Et si je uc me trompe, ils ont bu largement.

a) Ici l'édition de Des Maizeaux introduit une scène où paraissent Saint- Amant et Faret ; tous deux ivres, ils traitent fort légèrement et le (Chancelier et PAcadémic. Le Chancelier, indigné, les fait sortir. — Le commencement de lu «cène qui suit prescutc quelques variantes sans» importance.

M. LE CaANC£LIE£.

Je sais bien ce qu'oo doit à votre dignité.

GODEi.U.

Je reçois cet honneur sans l'avoir mérité ;

Je le dois, Monseigneur, à votre courtoisie;

Mais, s'il faut déclarer ici ma fantaisie.

Je vous dirai. Messieurs, qu'il est très-important,

Ainsi qu'il m*a semblé d'ôter or et d^autani^

Qu'en dites- vous. Messieurs? Là je ne fais qu'attendre

Que quelque émulateur s'apprête à les défendre.

SERISAY.

Silhon s'oppose enfin.

M. LE GHANCELIEB.

Parlez distinctement.

8BBISAY.

Commencez donc, Godeau*

GOOEAU.

Voici mon sentiment :

Je dis qu'or et d'autant sont sans délicatesse; £n ces mots je reprends la trop grande rudesse.

SILHON.

Inepte sentiment, absurde vision!

Je maintiens que ces mots font la conclusion : L'un d'eux fait l'épilogue, ou bien la conséquence; L'autre sert à prouver dans le champ d'éloquence.

GODEAU

Le premier sent l'école et tient trop du pédant; Le second est trop vieux.

LA TBOUPE.

Nous en disons autant.

SILHON (a).

Vous frappez tous des roaini, et J'ai beaucoup à dire.

QODEAV,

Poursuivez à présent.

SILHON.

Que Ton vous baille à rire.

CHAPELAIN

11 est bien échauffé, qu'on lui tâte le pouls.

M. LS CQ4NGEL1EB.

C'est assez disputer; Messieurs, asseyez- vous. Que quelque autre succède à l'évéque de Grasse. Parlez, vous, Chapelain, sans user de préface.

CHAPELAIN (6)

Messieurs, Je vais parler, puisqu'on me l'a permis. Sur un point où je crois vous avoir pour amis. Je dis que la coutume, assez souvent trop forte. Fait dire improprement que Von ferme la porte : L'usage tous les jours autorise ces mots, Qui nous feroient passer ailleurs pour de grands sots. Craignez-vous votre argent, rubis, perles, musc, ambre, Vous pousses votre porte et fermez votre chambre.

(a) 91I.B0Tf.

Qu'ils soient bannis des vers et conserves en prose.

DB8XAKBT8.

Aujourd'hui prose et vers sont une même chose.

CBAPKULIIV.

Il est bien échauffé.... etc.

(6) CBAPBLAIH.

Il eofiflf , U now appert sont termes de barreau, Que leur antiquité doit porter au tombeau.

SILBOH.

J*estime en Chapelain la bonté de nature Qui Teut donner aux mots même la sépulture.

CHAPaLAIIf.

Horace les fait naître et puis les fait mourir : Sans quelque métaphore on ne \wul discourir.

448 PIÈCES JUSÏJFJCATIVES.

SERISAY.

ËD matière d'Etat, vous savez que dos rois Tiennent toujours quelque air de ces anciennes lois; De môme, dans les mots, c'est n'être pas bien sage D'abolir tout d'un coup ce qu'approuve l'usage.

LA TBOUPE.

Digne raisonnement, noble comparaison, Chapelain n'a pas toit et vous avez raison (a),

BOIS-ROBEBT.

Messieurs, je veux 6ter un vrai mot.de coquette Du commun, à ravir.

aiLHOTf.

Les mots peuveut mourir ; mais jamais métaphore N^a'voit dressé tombeau pour de tels morts encore.

LA TBOCM.

// contte, U nom appert doivent être aboli». Mais on ne les voit pas encore ensevelis.

COXBAVD.

Je dis que ia coutume^ assez souvent trop forte, Fait dire improprement que Ton ferme la porte, L^usage tous les jours autorise des mots Dont on se sert pourtant assez mal à propos. Pour avoir moins de froid à la fin de décembre. Ou va pouuer ta porte et Pon ferme ia ehambrf.

SKWISAY.

Ku matière d'Etat, \ous savez....

[a] Gombaud n'a pas de tort et vous a>ez raison.

BOIS-ROBKRT.

Messieurs, je veux &ter un terme de coquette ; C'est le mot d'd rarir.

l'bstoile.

Il est bon en fleurette.

Cent et cent faux galants en leur fade entretien De ce mot d'à rat>tr se servent assez bien, Kt principalement dans les amours -de ville, A ravir se rendra chaque jour plus utile.

LA TROUPK.

Nous ii'a\ons parmi nous que des auteurs de Cour, Kt, pui'taul, c'iincmib de ce dernier amour.

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