‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 6 sur 81 · DE PAR LE ROI · texte numérisé non relu

DE PAR LE ROI

« Nos AMÉs ET FÉAUX 9 Nous avons ci-devant, par Lettres Patentes en forme d'Édit du mois de janvier dernier, voulu et ordonné être fait l'établissement d une Académie Françoise^ en

> Ce ebin«, qui se trouve dans rédlUon de d*OHvel, ne figure pas dans le texte dooné par Pellitsoii. * Registres, 17 décembre 1655. — * Registres, 17, 14 et 91 dé-

couibre iQ^,

notre boona ville de Paris, laquelle D'étant comiwiée que à$ pereonoes de graad mérite et «avoir, ne peut être que beaucoup avantageuse au public, et à la réputatiop et accroissement du nom fraoçois. A ces causes, Nous voulons et vous mandons que vous ayei à procéder à l'enregistrement des susdites Lettres» aeloD leur forme et teneur^ et faire jouir cette Compagnie des privilèges desquels Nous l'avons voulu avantager, sans y apporter aucune longueur, restriction, ni difliculté. Si, n'y faites faute : Cab tel est notre plaisir. Donné à Saint-Gennain-en-Laye le 30* jour de décembre 1635. »

Signé LOUIS. Et plus bas, bb Lomé^tie. Et au-dessus : A nos amés et féaux Conseillers les gens tenant notre Cour de Parle-' ment de Paris.

Outre tout cela, le Cardinal témoigna au Procureur général , qui rétoit allé voir a Conflans, qu'il désiroit abaoluQient cette vériGcation, et qu'ayant donné son seing aux statuts de TAcadéoiie , il l'avoit jugée digne des privilèges qui lui étoient accordés* Il fit aussi entendre au premier Président que pour peu qu'on ap* portât encore de longueurs ou d'obstacles à cette affaire, il feroit présenter et vérifier les Lettres au grand Conseil \ On continua les sollicitations en son nom \ et ceux qui les faisoient, disoietit de sa part qu'il avoit défendu à l'Académie de s'en mêler', voulant qu'elle ne reçût cette grâce que de lui. Enfin, le Procureur gé-

< La compétence du grand Conseil était très-mal déflnie; pour se donner plus d*autori té» cette Cour souveraine évoquait une partie des affaires et en enlevait la cennaissance au Parlement. Aussi la roenaee du Cardinal put-elLe effrayer ce corps dont François i*^ s*était vengé de la même manière, et dont l'ombrageuse susce|K til)ili(é craignait toujours de nouveaux empiétements.

^ RegiiirM, 9jaiai696.

néral donna ses conclusions favorables', et M. Savarre, conseiller en la GrandXhambre, entre les mains duquel les Lettres avoient passé, témoigna aussi qu*il étoit très-bien disposé , ajoutant même : « Qu'il ne croyoit pas avoir reçu un plus grand honneur depuis qu'il étoit dans le Parlement, que de contribuer quelque chose à rétablissement de T Académie ^. » Il n*eut pourtant pas cette satisfaction : car il devint malade peu de jours après ; et soit qu'il y eût encore d'autres empêchements, soit que sa maladie, qui fut longue et dont il mourut à la fin, en fût la cause, tant y a que les Lettres retournèrent entre les mains de M. de Bernay, et ne furent vérifiées qu'un an après ou davantage, le JO juillet 1637', avec cette clause : « A la charge que ceux de ladite Assemblée et Académie, ne connoltront que de Tomement, embellissement et augmentation de la langue françoise, et des* livres qui seront par eux faits, et par autres personnes qui le désireront et voudront. »

L'Académie, assemblée trois jours après, voulok députer au Cardinal pour le remercier^; mais il lui fit dire par M. de Boisrobert qu'il ne le désiroit pas, et qu'ils allassent seulement remercier M. de Bernay , rapporteur, M. le Procureur général, et M. le premier Président; ce qui fut fait par les trois Ofiiciers. Ensuite M. du Tillet, greffier du Parlement, envoya l'arrêt de vérification à l'Académie lors assemblée, le dernier de juillet de la même année; son secrétaire

1 Registres, 16 jain 1636. — < Registres, 35 juin 1636. ' Le 9 juillet, et non le 10. — Voy. aux Pièces justificatives. « Registres, 13 juUlet 1637.

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qu'il en avoît chargé, fut introduit dans rAssemblée, et remercié de ta part du G)rps par son Directeur '•

Ainsi rAcadémie Françoise, bien qu'elle s'assemblât cependant et fit les mêmes conférences qu'au jourdMiui, ne fut toutefois entièrement établie que trois ans et quelques mois après qu'on eut* commencé d'y travail* 1er ; car on employa depuis le mois de février de Tannée i634 jusqu'à celui de l'année suivante 1635, à lui donner la forme qu'elle devoit avoir, à dresser ses sta* tuts , et à faire sceller l'édit de son érection ; et depuis ce mois de février i635 jusqu'à celui de juillet 1637, à faire vérifier cet édit au Parlement.

Quand vous lirez cet ouvrage, je ne doute point que vous ne cherchiez avec quelque étonnement par quelle raison, ou par quel caprice un Corps si judicieux que le Parlement de Paris consentoit avec tant de peine a un dessein, je ne dirai pas si innocent, je dirai même si louable. Mais pour mieux comprendre quelle étoit la disposition du Parlement, il faut se représenter quelle étoit alors celle de toute la France, où le Cardinal de Richelieu ayant porté l'autorité royale beaucoup plus haut que personne n'avoit fait encore, étoit aimé et adoré des uns, envié des autres, haï et détesté de plusieurs, craint et redouté presque de tous. Outre donc que l'Académie étoit une institution nouvelle, qui n'eût pas manqué d'elle-même de partager les esprits, et d'avoir des approbateurs et des ennemis tout ensemble,

< Registres^ 31 juillet 1657,

k ÉTABLISSEMEflT

on la regardoit comme Touvrage de ce ministre^ et on en jugeoit bu bien ou niai, suivant la passion dont oit étoit prévenu pour lui. Ceux qui lui étoient attachés parloienl de ce dessein avec des louanges excessives : jamais, à leur dire, les siècles passés n*avoient eu tant d'éloquence que le nôtre en devoit avoir ; nous allions surpasser tous ceux qui nous avoient précédés et tous ceux qui nous suivroient à Vav^nir, et la plus grande partie de cette gloire étoit due à l'Académie et au Cardinal. Au contraire, ses envieux et ses ennemis traitoient ce dessein de ridicule, accusoient TAcadémie d'inventer des mots nouveaux, de vouloir imposer des lois à des choses qui n'en pouvoient recevoir, et ne cessoient de la décrier par des railleries et par des satires. Le peuple aussi, et les personnes, ou moins éclairées, ou plus défiantes, i qui tout ce qui venoit de ce Ministre étoit suspect, ne savoient si sous ces fleurs il n'y avoil point de serpent caché, et appréhendoient pour le moins que cet établissement ne fût un nouvel appui de sa domination, que ce ne fussent des gens à ses gages, payés pour soutenir tout ce qu'il feroit, et pour observer les actions et les sentiments des autres. On disoit même qu'il rctranchoit quatre-vingt mille livres de l'argent des boues de Paris, pour leur donner deux mille livres de pension à chacun, et cent autres choses semblables. Et sur ce sujet, si vous me permettez de mêler les choses plaisantes aux sérieuses, et d'oublier pour un peu de temps le Parlement de Paris, auquel je ne manquerai pas de revenir, je puis vous faire deux contes, qui serviront non-seulement à vous divertir, mais en-

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Gore à vous confirmer ce que je viens de vous dire sur Topinion que le vulgaire ayoit de rÂçadémie.

Le premier est d'un certain marchand de Paris, qui avoit, dit-on, fait déjà le prix d*une maison assex com* mode pour liu dans la rue des Cinq-Diamants oùlogeoit M. Chapelain, chez qui 1* Académie s*assemb1oit alors. n prit garde qu'à certains jours il y avoit grand abord* ëe carrosses «, il en demanda la cause, et l'apprit, et en même temps rompit son marché, sans en rendre autre raison, sinon qu'il ne vouloit point se loger dans une rue où il se faisoit toutes les semaines tme Oadèmie de Manopoleurê.

L'autre conte n'est peut-être pas moins plaisant. Pendant que nous étions au collège, mon frère et moi, on nous permettoit d'aller passer tout le temps des vacations à la campagne, chez quelques-uns de nos parents; tantôt à Ondes*, ce séjour aimable, dont je n'oublierai jamais ni le nom, ni les douceurs; tantôt en Gascogne auprès de M. Dubourg, dans sa belle maison de Clermont. Ce gentilhomme, comme vous savez sans doute, avec une grandeconnoissance des belles-lettres^ et avec beaucoup d'esprit, possède une humeur si gaie et si enjouée, qu'elle lui fait trouver presque en toutes choses quelque madère de raillerie, mais d'une raillerie noble et galante qui sent son bien et sa personne de condition, comme il Test en effet, ayant Thonneur de compter parmi ses ancêtres le fameux Anne Dubourg, conseiller au Parlement de Paris ^, et Antoine Du**

* Dans la Haute-Garonne.

' Les éditions de 1730 et 1743 de d*01ivet portent : GonseiUer

bourg, chancelier de France sous François I^. Nous étions donc chez lui, et M. de Fontrailles *, son proche voisin, celui-là même que vous connoissez, et qui depuis a eu tant de part à une des plus importantes affaires de notre temps, y ètoit aussi. Il y vint un jeune gentilhomme nouvellement arrivé à la Cour \ on lui demanda, comme c'est la coutume, ce qui s*y passoit de nouveau. Il répondit qu*il n'y avoit rien de plus remarquable qu'une Académie établie depuis quelques années par M. le Cardinal de Richelieu, pour la réformation du style. — Vous verrez, dit M. Diibourg, qui ne deroandoit qu*a rire, que cet homme aura inventé quelque nouveau parti contre les procureurs et autres gens du palais, pour les obliger ou à réformer leur style ou à financer. Le jeune gentilhomme, qui étoit peut-être informé des mauvais bruits qu'on faisoit courir dans Paris de TAcadémie, crut bonnement que son hôte pouvoit être dans quelque erreur semblable ^ et pour le désabuser, s'efforça de lui montrer par vives raisons, que cette réformation du style ne regardoit que les poêles et les orateurs. M. Dubourg, voyant la

ao Parlement de Pau. — C'est une erreur que n'avait pas commise la i^ édition. — L'abbé d'Oiivet comptait lui-même, parmi ses prédécesseurs dans l'abbaye de ce nom, un petlt-flls d'Anne Dubourg, Jean-Baptiste Dubourg, qui fut évéque de Rieux.

1 M. de Fontrailles, qui signa k Madrid, le 13 mars i643, au nom de Monsieur, Gaston d'Orléans, le traité de ce prince avec l'Espagne. Plus heureux que Cinq-Mars, il put, comme le duc de Bouillon, écbapiier à la juste peine de cette trahison. On trouve, au t. 631 de la Collection des Mss. Dupuy, des lettres d'abolition en sa faveur (1643).

plaisante pensée qu'il avoit, poursuit sa pointe, répond que le Cardinal étoit plus fin qu'on ne croyoit ; que depuis dix ans tous les partis qu'on avoit vus avoient eu ainsi de beaux commencements et des prétextes honnêtes; mais qu'on viendroit infailliblement des orateurs aux procureurs'; qu'on les condamneroit i l'amende pour chaque faute qu'its feroient, ou que pour s*en racheter, on les contraindroit à payer de grosses taxes; qu'un nommé ^^, qui étoit le sien au Parlement de Toulouse, étoit ruiné : car, ajoutoit-il, le moyen qu'il se réforme maintenant? il y a trente ou quarante ans qu'il est au Palais, et lors même qu'il veut faire un compliment, il lui échappe toujours quelque terme de chicane. Sur tout cela il prenoit M. de Fontrailles pour juge, qui ne manquoit pas d'approuver tout, et de consentir à tout, ni ce jeune gentilhomme non plus de s'obstiner au contraire : ce qu'il fit durant une aprèssotipée entière, avec tant de zèle pour la défense de la vérité, et un tel dépit de voir de si honnêtes gens dans une opinion si étrange, que ce conte, qui vous semblera peut-être froid en le lisant, ne me repasse jamais dans l'esprit, encore aujourd'hui, sans me donner envie de rire.

Or, pour revenir maintenant au Parlement de Paris, et à la difficulté qu'il faisoit de vérifier l'édit de l'Académie, vous ne croirez pas, et personne ne s'imaginera sans doute, qu'il appréhendât pour le style des procureurs. Quant à moi, voici ce que j'en pense. Ce grand Corps, où il y a toujours quelques personnes extraordi-

* Voir aux pièces justificatives.

naires, parmi beaucoup d'aulres qui ne le sont pas ^ étoit divisé, si je ne me trompe,. sur le sujet de TAcademie et du Cardinal de Richelieu, par les mêmes passions et par les mêmes opinions qui divisoient tout le reste de la France, excepté peut-être qu'il y avoit en cette Compagnie moins d'aflTection pour lui que partout ailleurs, et que la plupart le considéraient en euxmêmes comme Vennemi de leur liberté, et Finfracteur de leurs privilèges.

J'estime donc qu'il y pouvoit avoir trois partis dans le Parlement sur ce sujet. Le premier, et le moindre , de ceux qui, jugeant sainement des choses, ne voyoient rien à blimer ni à mépriser dans ce dessein. Le second, de ceux qui, pour être ou animés contre le Cardinal, ou trop attachés à la seule étude du Palais et des affaires civiles , se moquoient de cette institution comme d'une chose puérile; et de ceux-là il y en eut un ', à ce que j*ai appris, qui, opinant sur la vérification des Let« très, dit <x que cette rencontre lui remettoit en mémoire ce qu'avoit fait autrefois un Empereur, qui , après avoir ôté au Sénat la connoissance des affaires publiques, l'avoit consulté sur la sauce qu'il devoit faire a un grand turbot qu'on lui avoit apporté de bien loin. • Je crois enfin qu'il y avoit un troisième et dernier parti, qui peut-être n'étoit pas le moins puissant, de ceux qui tenant tout pour suspect, appréhen-

< Le conseiller de GrandXbainbre qui tint ce discours étoit M. Scarron, p^re du fameux poète de ce nom. Il donna d'autres sujets de mécontentement au cardinal de Richelieu , qui enfin Texila, ot supprima sa charge en 1641. (o.)

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.doîent, aussi bien que le vulgaire, quelque dangereuse coDséquence de cette institution. J'en ai deux preuves presque convaincantes-, la première, cette lettre du Cardinal^ où vous voyez qu'il assure le premier Présidei^t « que les Académiciens ont un dessein tout autre que celui qu'on avoitpu lui faire croire. » La seconde, cette clause de TÂrrét de vérification : a Que TÂcadémie ne pourra connoitre que de la langue Françoise, et des livres qu elle aura faits ou qu'on exposera à son juger ment ; » comme s'il y eût eu quelque danger qu'elle s'attribuât d'autres fonctions et qu'elle entreprit de plus grandes choses. VA c'est là, comme je pense , Ifi cause des obstacles qu'on apporta durant deux ans à la vérification de ces Lettres.

Je finirois en ce lieu cette première partie de mon travail, touchant la naissance et la fondation de l'Académie^ mais il me souvient x]ue j'ai parlé en passant des satires qu'on fit d'abord contre elle, et (^ue pour ne rien omettre, il est à propos de vous en dire ici quelque chose, comme d'autant de circonstances de son établissement.

Le premier qui écrivit contre l'Académie fut l'abbé de Saint-Germain*, qui étoit alors a Bruxelles, ac* compagnant la Reine-Mère, Marie de Médids, dans son exil. Comme il déchiroit sans cesse par . ses écrits, et avec une animosité étrange , toutes les actions du

* Voyez aux pièces justificatÎTes l*aiUque de Tabbé de ftaitil- Germain, et TexpUcation de m>o errear au sujet de l' Académie et dtt Bureau d^adresse.

cardinal de Richelieu, il ne manqua pas de parler fort injurieusement de rAcadémie Françoise, qu'il confondoit avec cette autre académie que le gazetier Renaudot avoit établie au Bureau d*adresse ; soit qu'il voulût ainsi se méprendre, soit qu'en effet il ne fût pas bien informé de ce qui se passoit à Paris. L'Académie ne voulut point y répondre par un ouvrage exprès ; mais M. du Chastelet qui en étoit, et qui répondoit alors pour le Cardinal à la plupart de ces libelles de Bruxelles, fut prié, après la proposition qu'il en fit luimême dans l'Assemblée, d'ajouter sur ce sujet quelques lignes, qui furent ensuite lues et approuvées par la G)mpagnie * . Les pièces de l'abbé de Saint-Germain contre le cardinal de Richelieu ont été imprimées depuis à Paris en deux volumes, après la mort du feu roi Louis XIH. Les réponses de M. du Chastelet étoient dans une pièce qu'il n'acheva point, étant prévenu par la mort, et qui n'a point été imprimée.

De toutes les autres choses qui ont été faites contre cette Compagnie, je n'en ai vu que trois qui méritent qu'on en parle. La première est cette Comédie de rAcadémie^^ qui, après avoir couru longtemps manuscrite, a été enfin imprimée en l'année 1650, mais avec beaucoup de fautes, et sans nom ni de l'auteur ni de rimprimeur. Quelques-uns ont voulu l'attribuer à un des Académiciens même ', parce que cet ouvrage

* Registres, 0 et 30 juillet 163S.

* Voir aux pièces justificatives.

* A Sai ut- Amant. Chevreau, page 307 de ses Chevrxana, dit que cette comédie est du comte d'EUan , flis du maréchal de

ne se rapporte peut-être pas mal à son style, à son esprit et à son humeur, et qu'il y est parlé de lui comme d'un homme qui ne fait guère d*état de ces conférences ; mais quelques autres m'ont assuré qu'elle étoit d'un gentilhomme normand , nommé M. de Saint-Évremont; et yéritahlement, si l'auteur de cet écrit étoit de l'Académie, je dirois qu'il y auroit mis plusieurs choses à dessein, pour faire croire qu'il n'en étoit pas, comme quand il fait M. Tristan académicien, qui ne l'étoit point encore, et ne l'a été que plus de dix ans après, et quand aussi il introduit le marquis de Bréval % délibérant s'il doit aller à la guerre ou demeurer à l'Académie : le marquis de Bréval, dis-je , qui n'en a jamais été, et duquel je ne trouve aucune mention petite ni grande dans leà registres, ni dans les mémoires qui m'ont été communiqués. Cette pièce, quoique sans art et sans règles, et plutôt digne du nom de farce que de celui de comédie, n'est pas sans esprit et a des endroits fort plaisans. La seconde, dont j'ai à vous parler, et qui a été

Saint-Luc. î\ n'y a pas à douter qu'elle ne soit de M. de Saint- Ëvremont, puisqu'elle a été insérée après sa mort dans le recueil de ses autres ouvrages, mais remaniée, et fort différente de ce qu*elle étoit dans l'édition faite en 1650. (o.)

* Achille de Harlay, marquis de Bréval, seigneur de Champvallon, père de François de Harlay, successivement archevêque de Bouen et de Paris. l\ mourut à Bréval^ le 3 novembre 1637. On trouve une lettre du marquis de Bréval à Balzac^ dans la 2« partie du Recueil de Faret : il y parle de la vraie éloquence, et engage Balzac à la cultiver. (1627, in-8<^, II, p. 35.) — En 1650, il publia^ chez J. du Bray, un Panégyrique pour le Roi. (In-fol.)

moins vue que les autres, est intitulée : Rôle des pré^ sentaiions faites aux grands jours de V Éloquence françoise * . C'est comme un registre de quelques requêtes ridicules pour la conservation ou bien pour la suppres* sion de quelques mots, suivies d'autant de réponses imaginaires de TAcadémie, comme par exemple :

K Se sont présentés les secrétaires de saint Innocent, requérans qu'il soit déclaré que le mot de secrétaire ne peut signifier en bon françois le clerc d'un conseiller. — Réponse : Seront sur ce faites remontrances au roi de la Bazoche.

« S'est présenté H. Fierbraa, cadet gascon, se faisant fort de tous ceux de son pays, et requérant qu'on n'ôtàt pas le point à leur honneur, ni V éclaircissement à leur épée. — Réponse : Pour ce qui est du point, soit communiqué aux professeurs des mathématiques \ et pour Véclaircissement, renvoyé aux fourbisseurs. »

Quelqu'un m'a dit que ce Râle des présentations étoit de l'auteur du FrancUm et du Berger extravagant '^. On l'imprima d'abord, et il a été réimprimé depuis en même volume que la comédie, mais fort tronqué, et changé en diverses sortes.

La dernière de ces trob pièces est cette ingénieuse

< Voir aux places ju3lificaUve8.

' Charles Sorel , auteur du Franekm^ Bie fbrmeUeiiienl quUl soU Tauteur de ce Rôle des présentations, dans celui de ses ouvrages qui a pour titre : IMJCotirj sur VAeadénUe ^ançùise, pour »çavo\r si elle est de quelque utilité aux particuliers et au public, Paris, inH2, 1654. (0.)— Voir aux pièces Justiûcatives.

DE L*AGADÉMIE. 51

Requête des Dietionnaire9 S qu*un imprimeur a aussi publiée naguère en petit, avec beaucoup de fautes, et qui depuis a été imprimée plus correctement in-quarto. Tout le monde sait qu*elle a été composée par M, Ménage, homme non-seulement fort savant et fort poli, mais encore plein d'honneur, et d'une solide vertu. Il a toujours beaucoup estimé lui-môme l'Académie, et en a parlé honorablement en plusieurs de ses ouvrages; il étoit aussi ami particulier et intime, comme il l'est encore aujourd'hui, de plusieurs Académiciens dont il est parlé dans cette Requête, et ne l'entreprit, comme il le proteste lui-môme , par aucun mouvement de haine ou d'envie, mais seulement pour se divertir, et pour ne point perdre les bons mots qui lui étoient venus dans l'esprit sur ce sujet. Aussi la supprima-t-il après l'avoir faite, et elle est demeurée plus de dix ans cachée parmi ses papiers, jusqu'à ce qu'une personne ^, qui les avoit toutes en garde, se laissa dérober celui-là par quelqu*un que nous connoissons, qui en donna bientôt après plusieurs copies.

Ces trois écrits et tous les autres qu'on a faits contre l'Académie ', prennent pour fondement une chose qui

< Voir aqx pièces Jastiflcatives.

* Ménage, dans son Ànti^BaHlet, chap.LXXXii» donne là-dessus de longs éclaircissements ; mais dont on peut bien se passer ici.

Une lettre non imprimée de Balzac , du 4 juin 1646, m'apprend que de tous les Académiciens nommés dans cette Requête burlesqmôf il n*y eut que Tabbé de Boisrobert qui s*en fftcblt sérieusement. (0.)

' Voir aux pièces justificatives.

n'est pas, et dépeignent les Académiciens comme des gens qui ne travaillent nuit et jour qu'à forger bizarrement des mots, ou bien à en supprimer d'autres ^ plutôt par caprice que par raison : cependant ils ne pensent à rien moins, et dès qu'une question sur U langue se présente, ils ne font que chercher Tusage, qui est le grand maître en semblables matières, et conclure en sa faveur. Pour moi, qui ai vu fort exactement tous leurs registres , je puis leur rendre ce témoignage que j'y ai bien rencontré plusieurs belles et raisonnables décisions, dont M. de Vaugelas a tiré une partie de ses Remarques; mais que je n'y ai point trouvé de trace d'un seul de ces grotesques arrêts qui leur sont attribués dans ces satires. On leur faisoit donc accroire toutes ces choses ; et , comme vous savez que chaque particulier a quelquefois des aversions, desquelles il ne sauroit rendre raison, pour certains mots et certaines phrases dont il n*aime pas à se servir, si quelqu'un de ce corps témoignoit une de ces aversions, en riant ou autrement, Tenvie et la médisance faisoient d'abord passer cela pour une décision académique. Il se trouva, par exemple, que M. de Gomberville n'aimoit pas à se servir du mot CAR , qui à la vérité est ennuyeux, s'il est souvent répété, et qui est bien plus nécessaire dans les discours de raisonnement que dans les romans et dans les poésies. 11 se vanta un jour de n'avoir jamais employé ce mot dans les cinq volumes de Polexandre , où Ton m'a dit néanmoins qu'il se trouve trois fois; on conclut aussitôt de son discours que l'Académie vouloit bannir le C^/Î;et, bien qu'elle n'en ait jamais

eu la moindre pensée, on en Ql mille railleries, et ce fut le sujet de cette agréable lettre de Voiture , qui commence : « Mademoiselle, CAR étant d'une si grande considération en notre langue, etc. »

L'Académie témoigna son jugement en' ce que, se mettant au-dessus de la calomnie, elle ne daigna pas s'émouvoir de tous les écrits qu'on fit contre elle. Dès le commencement même, et avant qu'on en eût encore vu aucun, elle avoit comme résolu de ne point répondre à tous ceux qu'on pourroit faire sur ce sujet \ et de peur que quelque particulier ne l'entreprit de son chef, elle avoit mis un article exprès dans ses statuts , qui défendoit à tous ceux du corps de s'en mêler sans en avoir obtenu la permission, et sans une délibération publique.

Les Académies d'Italie semblent avoir passé plus avant, et avoir voulu non-seulement mépriser, mais encore prévenir, et, pour ainsi dire, braver la médisance, s'étant donné elles-mêmes des noms très-injurieux. Ainsi l'Académie degV Intronati^ si vous recherchez l'origine de ce mot , veut dire l'Académie des hébétés ou des stupides \ car intronato signifie propre-

1 Balzac etit connaissance de cette lettre de Voiture, et il écrivit à Chapelain :

t Le Car de notre ami est une fort jolie chose , et il faut

avouer qu'il a le génie de la belle et de la noble raillerie. Je vou-

drois seulement qu'il travaillât un peu à purifier son style. Dans

ses écrits, la construction est souvent embarrassée, et ni les choses

ni les paroles ne sont pas toujours en leur juste place. » — A

Balzac, le 28 octobre 1637.

( Balzac, iu-fol., I, p. 736.

M ËTABLISSEMENT DE L'ACADÉMIE.

ment un homme que le bruit du tonnerre a étourdi, et à qui il a fait perdre le jugement ; et plusieurs autres de ces Académies, qui sont venues depuis, à l'imitation de celle-là, n'ont pas pris des noms plus honorables.

wt, mn nkjÊU tnmn,

PBS iOUftS, D86 LIBUX 8T OB LA FOUB DB SBS ASSBNBLÊES

Mais il est temps de venir à ma seconde partie, qui sera beaucoup plus courte que la première, et oix je dois vous entretenir des statuts de TÀcadémie Françoise, et en même temps des jours, des lieux et de la forme de ses assemblées.

J'ai lu autrefois avec plaisir que cette même Académie degr Intronaii de Sienne, dont je viens de parler, se contenta d'établir en 3a naissance six lois fondamentales fort eburtes :

i. Orare, i. Prier.

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