IV. De quelques choses remarquables qui s'y sont passées
DE L'ÉTABLIS8EMIU(T
l'ACADÉMIE FRANÇOISE.
L' Académie (Vançoise n'a été établie par édit du Roi qu'en Tannée 163S^ mais on peut dire que son origine est de quatre ou cinq ans plus ancienne*, et qu'elle doit en quelque sorte son institution au hasard.
Ceux qui ont parlé ' de TAcadémie des Humoristes de Rome, disent qu'elle naquit fortuitement aux noces de Loren^o Mancini , gentilhomme romain -, que pluaieurs perionneade condition d'entre les conviés, pour donner quelque divertissement aux dames, et parce que c'étoit au carnaval, se mirent à réciter premièrement sur-l^^chaiopi et puis iiveo plus de préméditation) des
* Voyez, aux pièces jusUGcalivç^, les extraits des lettres inéctites de Chapelain.
* If. Mai|dé, en son Dialogue de Mascnrati page 148, où il cite
pag. 80. (p.)
sonnets, des comédies, des discours, ce qui leur fit donner le nom de Belli humori; qu'enfin ayant pris goût insensiblement à ces exercices, ils résolurent de former une Académie de belles-lettres ^ qu'alors ils changèrent le nom de Belli humori en celui à'Humo^ risii^ et choisirent pour devise une nuée qui, après s'être formée des amères exhalaisons de la mor, retombe en pluie douce et menue, avec ces trois mots du poète Lucrèce, pour àme : Jiedii agmine duld^ ^
L'Académie françoise nest pas née, à la vérité, d'une rencontre comme celle-là, mais il est certain que ceux qui la commencèrent ne pensoient presque à rien moins qu'à ce qui en arriva depuis. Environ l'année 1629, quelques particuliers, logés en divers endroits de Paris, ne trouvant rien de plus incommode dans cette grande ville, que d'aller fort souvent se chercher les uns les autres sans se trouver, résolurent de se voir un jour de la semaine chez l'un d'eux ^. Ils étoient tous gens de lettres, et d'un mérite fort au-dessus du commun : M. Godeau, maintenant évèque de Grasse,
* Tout ce passage est U tradaction i peu près exacte do texte italien donné par G. Naudé, qui l*avoit tiré, en Fabrégeant, da Uvre d*Alberti. (Voy. Jugement de tout ce gui a été imprimé contre ie cardinat Mazarin, ou dialogue de Nascurat et de Saiot-Ange, p. f48-l49.)
* La première de ces assemblées s'élait tenue, selon d*01tvet, chez Conrart, qui avait réuni plusieurs de ses amis pour leur présenter son jeune parent, Oodeau, et leur faire entendre les vers que celui-ci apportait de Dreux. Voy. à la fin de ce volume, dans le Catatogue de Messieurs de V Académie française^ Tarticle il, consacre il Godeau, et, aux pièces justificaUres, les extraits de la correspondance inédite de Chapelain,
qui n'éloit pas encore ecclésiastique, M. de Gombauld, M. Chapelain, 14. Conrart, M. Giry, feu M. Habert, commissaire de Tartillerie. M. Tabbé de Gérisy, son frère, M. de Serizay, et M. de Malleville. Ils s'assembloient chez M. Conrart, qui s'étoit trouvé le plus commodément logé pour les recevoir, et au cœur de la ville *, d'où tous les autres étoient presque également éloignés. Là ils s'entretenoient familièrement, comme ils eussent fait en une visite ordinaire, et de toute sorte de choses, d'affaires, de nouvelles, de belles-lettres. Que si quelqu'un de la compagnie avoit fait un ouvrage, comme il arrivoit souvent, il le communiquoit volontiers à tous les autres, qui lui en disoient librement leur avis; et leurs conférences étoient suivies tantôt d'une promenade, tantôt d'une collation qu'ils faisoient ensemble. Ils continuèrent ainsi trois ou quatre ans, et comme j'ai oui dire à plusieurs d'entre eux 5 c'étoit avec un plaisir extrême et un profit incroyable -, de sorte que quand ils parlent encore aujourd'hui de ce temps-là, et de ce premier âge de l'Académie, ils en parlent comme d'un âge d'or, durant lequel avec toute l'innocence et toute la liberté des premiers siècles, sans bruit et sans pompe, et sans autres lois que celles de l'amitié, ils goûtoient ensemble tout ce que la société des esprits et la vie raisonnable ont de plus doux et de plus charmant ^.
* Dans la rue Saint-Martin.
' L*Abbé de La Chambre» répondant au discours de réception de Boileau Despréaux, fait des réunions de Conrart un éloge sem-
10 ËTAbLlSSEMENT
Ils avoient arrêté de n'en parler à personne; et cela fut observé fort exactement pendant ce temps-là. Le premier qui y manqua fut M. de Mallevilie : car il n'y a point de mal de l'accuser d'une faute qu'un événe*
bUble ; iqais il exagère sans doute un peu pour critiquer le genre satirique adopté par Despréaux :
a Nous avouons, dit-il, M. Gonrart pour instituteur de cette petite Académie naissante, formée seulement de sept ou huit personnes d*élite, que Tamour des Lettres a voit rassemblées pour conférer ensemble des productions de leur esprit et pour se perfectionner mutuellement.
« Dans cette école d'honneur, de politesse et de savoir, Ton ne s'en faisoit point accroire. Ton ne s*entétoit point de son prétendu mérite, Ton n*y opinoit point tumultuai rement et en désordre ; personne n*y dispntoit aveo altercation et aigreur ; les défauts étoient repris avec douceur et modestie, les avis reçus avec ((ocilité et soumission ; bien loiq d'avoir de la jalousie les uns des autres. Ton se faisoit un honneur et un mérite de celui de ses confrères, dont on se glorifioit plus que du sien propre. Au lieu d'insulter aux faiblesses insép$irablement attachées à l'humanité, et encore plus à la profession des Lettres humaines... l'on se faisoit une loi expresse de cacher les défauts de son prochain, de les étouffer dans le sein de la compagnie, d*en dérober la connoissance aux étrangers sans s'étudier à en régaler ceux de dehors, ou k en divertir le public p^r de sanglantes railleries, aux dépens des particuliers et de ses plus çhers amis.
« Là, chacun s'effbrçoit de devenir de jour en jour plus savant et plus vertueux... Là, chacun étoit maître et disoiple à son tour ; chacun donnoit et recevoit , tout le monde contribuoît à un si agréable commerce : inégaux, mais toujours d^coord. Celui qui étoit repris et corrigé s'estimoit plus que celui qui corrigeoit ; le vaincu s'en retournoit plus glorieux, plus satisfait et plus chargé de dépouilles que le vainqueur. 9
[Ikc, (kM Harangues prononcées par Messieurs de T Acad . franc., ld9S, iMS p. 453-454.)
DE L'ACADÉMIE. il
ment si heureux a effacée. Il en dit quelque chose à M . Faret, qui venoit alors de faire imprimer son Hon-niée homme \ et qui, ayant obtenu de se trouver à une de leurs conférences, y porta un exemplaire de son livre qu'il leur donna. Il s*en retourna avec beaucoup de satisfaction, tant des avis qu'il reçut d'eux sur cet ouvrage, que de tout ce qui se pas^ dans le reste de la conversation. Mais comme il est difficile qu'un secret que nous avons éventé ne devienne tout pubUc bientôt après , et qu'un autre nous soit plus fidèle que nous ne l'avons été à nous-mêmes, M. Desmarests^ et M. de BoisFobert eurent connoissance de ces assemblées, par le moyen de M. Faret. M. Desmarests y vint plusieurs fois, et y lut le \iremier volume de \ Ariane qu'il composoit alors. M. de Boisrobert désira aussi d'y assister, et il n'y avoit point d'apparence de lui en refuser l'entrée*, car outre qu'il étoit am^ de la plupart de ces Messieurs, sa fortune même lui donnoit quelque autorité, et le rendoit plus considérable^. Il s'y trouva
' Eq 4030, d*aprèi( la |is|e, clopnéepar d'QUvet, des œi^yres laissées par les Académiciens ; mais Pellisson lai-méme, dans sa police sur F^iret, dit 46^3. -r L^ privilège ^st daté du âO 9vril 1630; sur aucun exemplaire pQ^$ q^avon^ trpu\é ^ date Qîi fat acheyée d'imprimer la l'« édition. — En 1634 parut à Paris une traduction espagnole, avec le lext^ en regard ; le privilège est du 24 novembre, et Xac^y^ «{'iniprij^ef du %% décembre 1633.
' rious écrivpI^ le nom en un mot, e( nop çn deux comme fait toujours d*Ql^vet» pou? nuus conforqier à Torthograph^ expressém^t indiqué^ ^x Pellis^^ dau^ T^rrato de s.;^ â« édition.
* « Monsie^r^ l^ii écrivait HaUs\c le !«' décembre 1634, i*ai piUé de vo^rç boBi|ç for^upe... Vous estes n)a|bei|re\)x d'çstre s| aim^^
iS ÉTABLISSEMENT
donc; et quand il eut vu de queHe sorte les ouvrages y étoient examinés, et que ce n*étoit pas là un commerce de compliments et de flatteries, ou chacun donnât des éloges pour en recevoir, mais qu'on y reprenoit hardiment et franchement toutes les fautes jusqu'aux moindres, il en fut rempli de joie et d'admiration. Il étoit alors en sa plus haute faveur auprès du cardinal de Richelieu ; et son plus grand soin étoit de délasser Tesprit de son maître, après le bruit et l'embarras des aflaires, tantôt par ces agréables contes qu'il fait mieux que personne du monde, tantôt en lui rapportant toutes les petites nouvelles de la cour et de la ville ; et ce divertissement étoit si utile au Cardinal, que son premier médecin, M. Citois', avoit accoutumé de lui dire : a Monseigne^ir , nous ferons tout ce que nous pourrons pour votre santé -, mais toutes nos drogues sont inutiles, si vous n'y mêlez un peu de Boisrobert '. »
et un homme nécessaire à tant de gens est de nul usage pour soimême... Vous voudriez bien vous en dédire ; il n'est plus temps... Il faut que vous soyez toujours le médiateur entre Apollon et les poètes. 9
> < J*ai la réputation d*avoir dans mes vers aussi bien que dans mes conversations un air enjoué.
Un tour galant) une certaine aisance Qu*on peut louer sans trop de complaisance.
Quand plusieurs personnes de la première qualité ne Pauroient pas dit après un amy si croyable (Gombauld), j*ay de quoy le justifier par les Mémoires du temps. On y peut voir que feu M. le Cardinal étant malade à Narbonne, et demandante M. Cytois, son médecin, quelque remède particulier qui le soulage&t, et qui ne fût ni casse, ni rhu^^arbe, ni saignée : « Je n'ai plus rien, dit-il,
Parmi ces entretiens familiers, H, de Boisrobert qui Tentretenoit de tout, ne manqua pas de lui faire un récit avantageux de la petite assemblée qu'il avoit vue, et des personnes qui la composoient ; et le Cardinal qui avoit Vesprit naturellement porté aux grandes choses, qui aimoit surtout la langue françoise , en laquelle il écrivoit lui-même fort bien ', après avoir loué ce dessein, demanda à M. Boisrobert si ces personnes ne voudroient point faire un corps et s'assembler régulièrement, et sous une autorité publique. M. de Boisrobert ayant répondu qu'à son avis cette proposition seroit reçue avec joie, il lui commanda de la faire, et d'offrir à ces Messieurs sa protection pour leur Compagnie, qu'il feroit établir par Lettres Patentes ; et à chacun d'eux en particulier, son affection qu'il leur témoigneroit en toutes rencontres.
Quand ces offres eurent été faites, et qu'il fut question de résoudre en particulier ce que l'on devoit répondre, à peine y eut-il aucun de ces Messieurs qui n'en témoignât du déplaisir, et ne regrettât que l'honneur qu'on leurfaisoit, vint troubler la douceur et la familiarité
Monseigneur, à \ous ordonner, que deux drachmes de Bois-Bobert après le repas. *
{Les épistres en vers et autres œuvres poét. de M. de Boisrobert-Metel ; Paris, Courbé, 1659, in-S». — Avis SiU lecteur.)
* Outre les «papiers politiques que nous avons de lui, imprimés ou manuscrits, on connaît du Cardinal plusieurs ouvrages, entre autres : Traité qui contient ta méthode la plus facile et la plus csseurée pour convenir ceux gui se sont séparez de V Église, 1651 et aussi 1653, in-4**.— Traité de la perfection du c/ir«^icn,1646, in-12; — etc.
de leurs cotiftrences. Qoel(}ués-i]iis même, et surtout MM. de Serîsay et de MaHerille» êtoient d'avis qu'on s'excusât envers le Cardinal le mieux qu'on pourroit. Mais ces deux-li^ outré les raisons générales qui leur étoient communes avec les autres, en avoient une particulière qui les regardoit. M. deSerizay étoit intendant de la maison du duc de la Rochefoucauld', et M. de Malleville étoit secrétaire du maréchal de Bassompierre. On considéroit ces deux seigneurs comme ennemis dû Cardinal : le premier, ne se sentant pas bien à la cour, s'étoit retiré en son gouvernement de Poitou ; et l'autre étoit déjà prisonnier dans la Bastille*. Or, vous savez eil quelle réputation étoit alors ce Ministre : on croyoit que, se voyant en une place si enviée et si exposée aux entreprises des grands, il n'y en avoit presque point chez qui il n'eût quelqu'un à ses gages pour lui donner avis de tous leurs desseins. Ces deux Messieurs craignoient donc que cette liaison, qu'ils auraient avec lui par le moyen d'une Académie dont il serait le fonda* teur et le protecteur, ne donnât à parler à beaucoup de gens, et ne les rendit suspects à leurs maîtres. Ainsi ils n'oublièrent rien pour persuader à la Compagnie ce qu'ils désiroient. A la fln pourtant il passa' à l'opinion
< François V* du nom, l*** dnc de La Rochefoocanld, né le 5 septembre 1588, mort le 8 février 1650; père de Tautear des Maximes.
> Le cardinal de Richelieu, qui craignait le maréchal, Tavait fait renfermer depuis le 23 février 1631.
' Il semblerait qu*on dût lire : ils passèrent ; aucune édition ne nous a autorisé à changer le texte donné par Pellisson et respecté par d*0Uvet.
DE L'A€ADËMtË. 4S
contraire^ qui étoit eelle de M. Chapelain ) eût eotnme il n'avoit ni passion^ ni intérêt contre le Cardinal^ duquel il étoit connu, et qui lui avoit môme témoigné Testime qU'il faisoit de lui en lui donnant une pension, il leur représenta qtt'4 la vérité ils se fussent bien passés que leurs eonférences eussent ainsi éclaté , mais qu'en Fétat où les choses se tfouvoient réduites, il ne leor étoit pas libre de suivre le plus agréable de ces deux partis^ qu'ils avoient affaire à un homme qui ne vouloit pas médiocrement ce qu'il vouloit, et qui n'avoii pas accoutumé de trouver de la résistance, ou de la souffrir impunément) qu'il tiendrait à injure le mépris qu'on feroit de sa protection, et s'en pourroit ressentir contre chaque particulier ^ que du moins, puisque par les lois du royaume toutes sortes d'assemblées qui se faisoient i^ans autorité du Prince étoient défendues, pour peu qu'il en eût envie, il lui seroit fort aisé de faire, malgré eux-mêmes, cesser les leurs, et de rompre par ce moyen une société que chacun d'eux désiroit être éternelle.
Sur ces raisons il fut arrêté : «Que M. de Boisrobert seroit prié de remercier très-humblement Monsieur le Cardinal de l'honneur qu'il leur faisoit, et de l'assuref qu'encore qu'ils n'eus^nt jamais eu une si haute pensée, et qu'ils fussent fort surpris du dessein de Son Éminence, ils étoient tous résolus de suivre ses volontés. » Le Cardinal reçut leur réponse avec grande satisfaction ', et donnant divers témoignages qu'il prenoit cet étabUssement à cœur, commanda à M. de Boisrobert de leur dire, «qu'ils s'assemblassent comme de cou-
tume, et qu'augmentant leur Compagnie, ainsi qu'ils e j ugeroient à propos, ils avisassent entre eux quelle forme et quelles lois il seroit bon de lui donner à Tavenir. »
Gela se passoit^ ainsi au commencement de Tannée 1634. En ce même temps, M. Gonrart, chez qui les assemblées s'étoient faites jusques alors, vint i se marier K Ayant donc prié tous ces Messieurs, comme ses amis particuliers, d'assister à soh contrat, ,ils avisèrent entre eux qu'à l'avenir sa maison ne seroit plus si propre qu'auparavant pour leurs conférences. Ainsi on commença à s'assembler chez M. Desraarests ^, et a penser sérieusement, suivant l'intention du Cardinal, à rétablissement de l'Académie.
Si vous vous souvenez d'avoir lu dans quelque poète la description d'une République naissante, où les uns sont occupés à faire des lois et à créer des magistrats; les autres à partager les terres, et à tracer les plans des maisons ; ceux-ci a assembler des matériaux ; ceux-là à jeter les fondements des temples ou des murailles ; imaginez-vous qu'il en fut à peu près de même en cette première institution de l'Académie, et qu'il s'y passa presque en même temps plusieurs choses qui ne peuvent être rapportées que Tune après l'autre.
Une des premières fut que ces Messieurs grossirent leur Compagnie de plusieurs personnes considérables par leur mérite, entre lesquelles il y en avoit qui Té-
* Il épousa, en i634, M"« Muisson.
• A Thôtel PeUevtS à Tangle de la rue du Uoi-dc-Sicile et de la rue Tison.
DE L'ACADÉMIE. il
toient d^ailleurs par leur condition. Car comme la 0>ur embrasse toujours avec ardeur les inclinations des ministres et des favoris, surtout quand elles sont raisonnables et honnêtes, ceux qui approchoient le plus près du Cardinal, et qui étoient en quelque réputation d'esprit, faisoient gloire d'entrer dans un corps dont il étoit le protecteur et le père. Non-seulement H. Desmarets et M. de Boisrobert, qui avoient su les premiers ces assemblées secrètes, mais encore M. de Montmor, maître des requêtes, M. du Cbastelet, conseiller d'Etat, H. de Bautru, aussi conseiller d*Etat, et qui étoit en grande faveur , M. Servien, alors secrétaire d'État, et M. le garde des sceaux Séguier, maintenant chancelier de France, voulurent être de cette Compagnie. Mais parce que je dois parler ailleurs de tous les Académiciens en particulier, je me réserve à dire en cet endroit-là en quel temps et en quelle occasion chacun d'eux y fut reçu.
Pour donner aussi quelque ordre et quelque forme à leurs Assemblées, ils résolurent de créer d'abord trois officiers : un Directeur et un Chancelier, qui seroient changés de temps en temps, et un Secrétaire, qui seroit perpétuel : les deux premiers par sort, et le dernier par les suffrages de TAssemblée. lie Directeur fut M. de Serizay, le Chancelier M. Desmarests, le Secrétaire M. Conrart, à qui cette charge fut donnée en son absence ' , d'un cominun consentement , tout le
* n était alors à Jonquières depuis au moins 1633, comme on le voit par Içs lettres manuscrites de Chapelain. {Biblioth, fr, de Goujet^ t. XV u, page 396.) — Nous en citerons de nombreux extraits dans les Pièces justificatives.
a ËTiSLisSElMEKT
mi^n^ deoMuranlt d'accord que perspnoi» ne pouyoit Tfftftnx remplir c^tte place. Dès tors il commença à éprir9 o9 qui se passoit dans les Assemblées, et h tei^ir ces registres, d'oi^ j'^i tiré la meilleure et la plus grande partie de cette lielation. Ils (commencent au 13 mars 1634.
Qnlfp pes trois officiers, on créa un libraire de TA* cad^mie, lequel devpit aussi lui servir comme d'huis- ^^r• Cette charge fut donnée i Camusat \ qui étoit de tQiiç peux d'alors celui que Ton esdmoit le plus habile ; car outre qu'il étoit très-entendu en sa profession, il étoit homme de bon sens, et n'imprimoit guère de mauvais ouvrages; de sorte qu'encore lorsque nous spmmes venus dans le monde vous et moi, et que nous avons commencé à lire des pièces françoises, c'étoit presque une marque infaillible des bonnes, que d'être de son impression.
On délibéra aussi ^, dans ces commencements, du nom que prendroit la Compagnie, et entre plusieurs qui furent proposés, eelui de l'Académie françoise, qui avoit déjà été approuvé par le Cardinal,* fut trouvé le meilleur. Quelques-uns l'ont nommée depuis Y Académie des beaux esprits ^ quelques autres, \ Académie de FÊloquence^ comme M. de Boissat % qui lui écrivit de Daupbiné avec ce titre, par erreur, bien qu'il en fût luimême. Plusieurs autres ont cru qu'elle s'appeloit l'^cadémie Éminenie^ par une allusion à la qualité du Cardinal son protecteur; jst j'avoue que je m'y spîs
^ Registres, 10 avril 1694. — * Registres, 30 mars i634. * On verra plus loin dans quelle circonstance.
OB I/i£iDJSIllB. iB
aussi tropipé autrefois dayis^Épitre <)é(}icaU)irii d^ premier livre de U Paraphrase de» Instituts» ' \ ipaiç ^^l'm elle ne s'est jamais appelée eUerfln^fne qiie TApafléfoie Françoise.
Au choîi^ de ce ^(im qui n'a rien pi ^e siiper))e, qi d'étrange , elle a témoigné peut-être moins de ga}ai)T lisrie, mais peut-être aussi plus de ji|gpoiei)t ef pli|9 de solidité, que les 4cadérpie$ de de-)à Ips fflpi^fa}, qpi sp
sont piquées d'en prendre ou de mystérjep:!^, ou 4*^~
lûiieux, ou de bizarres, te)s qu'op 1^ prpi^drpi^ eif ui) earropsei on en upe rn^sc^rade •' ppa?ffîe si çe^ eipsrr cices d'esprit étoieqt pUit^t des débaucher et des jeui^ que des occupations sérieuses. Ainsi leurs Acedénii* ciens ^ se sont appelés à Sienne Iniramii^ à Florence délia Cpisca^ à Rome ffumorisii^ Linceiy Faniastici^ i Bologne Otipn^ à Gènes Adiorm^Wh ^ P&doue Ri-
t Parflphrfise 4et l^ffftutions de l'empereur Justinian contenanf une claire explication du texte latin^ avec beaucoup de réflexions morales et politiques. Paris, Sominaville et Courbé, 1647, in-8°. {Anonyme.) — La dédicace au chancelier Séguier, signée, non de Pelliseon, mais du libraire Sommaville, contiept le passage suir Yaot : % N'est-jce p^s cbez tous qife s^^^s^mble c^ite |.roupe d*excellents esprits, pette Académie véritablement éminente, dont presque tous les meilleurs écrivains du temps sont ou membres ou disciples? »
t Voyez M. Naudé en son Dialogue de Mascurat, p. U7, où il nommjs encore les Qffusççtti de Gésèoe, Disuniti de Fabrlano, Filoponï de Faïence, Caliginosi d*Ancone, Adagiatide Rimini, Assorditi de Cita de Gastello, Insensati de Pérouse, Raffrontati de Ferme, Catenati de Macerata, Ostinati de Viterbe, Immobili d*Alessandrie, Occulti de Bresse, Perseveranti de Trévise, Filarmo^ nici de Vérone, Jhttnorosi de Cortone, Oscuri de Laques, (p.)
coftrati et Orditi^ k Yicenze OUmpiei^ i Panne Inno-minati , i Milan Naseasii^ i Naples Ardenti^ 4. Mantoue Innaghitij à Pavie AffidaH\ et je ne sache que la seule Académie florentine, la plus ancienne de toutes, qui ait voulu prendre un nom simple et sans affectation.
Mais peut-être traiterai-je quelque jour ailleurs, et en un discours à part, de toutes ces Académies et de leurs noms. Pour revenir maintenant i celle dont j'ai entrepris de parler, en même temps qu'elle. choisissoit le sien , elle délibéroit aussi sur les occupations qu'elle auroit, et sur les lois qu'elle devoit établir. Tous les Académiciens eurent ordre d'y penser en particulier. M. Faret fut chargé de faire cependant un discours qui contint comme le projet de TAcadémie, et qui pût servir de préface & ses Statuts -, et M. de Serizay, de faire une lettre i M. le Cardinal, pour le supplier d'honorer la Compagnie de sa protection. Ce fut par cette lettre et par ce projet qu'on commença.
La lettre qui est du 22 de mars 1634, contenoit en substance : « Que si M. le Cardinal avoit publié ses écrits, il ne manqueroit rien a la perfection de la Langue, et qu'il auroit fait sans doute ce que l'Académie se proposoit de faire*, mais que sa modestie l'empêchant de mettre au jour ses grands ouvrages, ne Tempêchoit pas néanmoins d'approuver qu'on recherchât les mêmes trésors qu'il tenoit cachés, et d'en autoriser la recherche; que c'étoit le plus solide fondement du dessein de l'Académie, et de son projet, qui seroit présenté à son Eminence, avec cette lettre, par Messieurs de Bau-
tru, du Chastelet et de Boisrobert-, qu*e1Ie ne vouloit recevoir Vàine que de lui, et que Tespérance de sa protection l'obligeoit déjà à un extrême ressentiment. »
Ce projet étoit un discours fort étendu, plein de plusieurs beaux raisonnements, et qui seréduisoientà peu près à ces chefs : « Que de tout temps le pays que nous habitons, avoit porté de très-vaillants hommes \ mais que leur valeur étoit demeurée sans réputation au prix de celle des Romains et des Grecs, parce qu'ils n'avoient pas possédé Tart de la rendre illustre par leurs écrits ; qu'aujourd'hui pourtant les Grecs et les Romains ayant été rendus esclaves des autres nations, et leurs langues même si riches et si agréables étant comptées entre les choses mortes, il se rencontroit heureusement pour la France, que non-seulement nous étions demeurés en possession de la valeur de nos ancêtres, mais encore en état de faire revivre l'Éloquence, qui sembloit êh'e ensevelie avec ceux qui en avoient été les inventeurs et les maîtres ; qu'après les grandes et mémorables actions du Roi, c' étoit une très-heureuse rencontre qu'il se trouvât aujourd'hui parmi ses sujets tant d'hommes capables de faire lire avec plaisir ce que nous avions vu exécuter avec étonnement-, qu'aussi n'étoit-ce pas une des moindres pensées de ce grand Cardinal, son premier Ministre, que d'embrasser, comme il faisoit, la protection des belles lettres, si nécessaires pour le bien et pour la gloire des États, et de les faire fleurir par sa faveur et par son approbation^ qu'il sembloit ne manquer plus rien à la féUeité du Royaume que de tirer du nombre des langues barbares cette langue que nous parlons, et que
tous nos voisins parleroient bientôt, si nos conquêtes continuoient comme elles avoient commencé ; que pour un si beau desseiti H aroH trofûté i propos d'assembler un certain nombre de personnes capables de seconder ses intentions ; que ces conférences étoiènt uh des plus Assurés moyens pour en venir à bout ; que riotre langue plus parfaite déjà que pa^ une dès ûattes vivantes, pdurroit bien étifln succéder & la Latine, comme la Laiifle à la Grèèquè, si on pf ëhoit p\m de soin qu*on n'avoit fait jusqtlMci de rélôcutiôti, qui n'étoit pas à la vérité toute réibqdence, tnais qui en ialsôit une fort bonne et fott côtiâidétable partie. »
Après cela il étoit (ijottté : a Que pour Tordre , la police et lés lois dé cette Assemblée, on i trouvé à propos de lès réduire en iiH Siatùt â part, et dé ne traiter eti cet endroit que de deiix choses qtii eussent été trop contraintes et trop gênées piar la brièveté qii' affecté le stjrîè des lois : Ift première, des qualités qiiè devôiètit dvëir cëii^ à qui ort confioit cet emploi ; et la seconde, qdelles Perdent leurs fonctions , et quelles matières ils atiroiènt à traiter.
k Pour la préttlière, qu'il né suffisoit pas d'avoir une grftnde et [ifofOnde connoissanèe des sciences, ni une facilité dé parler agréablement en èonvèrsation, ni une ifriaginatioti Vite et prompte, câpilblè de beaucoup inventer; mais qti'il f«lloit comme un génie f^articuNer^ et une lUrhièf e naturelle capable de juger dé ce qii'H y avoit de plus flii et de plus caché dëns FÉloquènce; qu1l falloit enfin comtné un mélangé de toutes èe^ autres (Qualités en un tempérament égal^
assujetties sotisiA loi dé rétitefidemefitetstfâs Un jugemetil solide;
a Quant à leurs font;tions, qdi étoient \û teconde chose dont on aroit promis de traiter : qu'elles è^ roient de nettoyer la langue des ordures qu'elle atoit contractées , ou dans la bouche du peuple, ou dans la foule du Palais et dahs les impuretés de la chicane, ou par les mauvais usages des courtisans ignorants, ou par Tabus de ceut qui ta corrompent en l'écriTant, et de ceux qui disent bien dans les chaires ce qu'il faut dire, mais autrement qu'il ne faut ' -, que pour cet effet il seroitbon d'établir un usage certain des mots ; qu'il s'en Irouveroit peu à retrancher de ceux ddnt on se servoit aujourd'htii^ (jourtu qu'on lésfapportât à un des trois genres d'écrire, auxquels Ils se poùvdîent appliquer ; que Ceux qW he yaudroietitrien, par exemple, dans le style subliitie, seroient soufferts àixii lé fnédidcré, ël approuvés dans le plus bas et danis le Cotiliqué-, qti'ùh de^ môyehs dont les Académiciens se serviroîerit pour parvenir â la perfection, Seroit rexahïeil et la correctioti de leurs proprés diiVrages -, qti'dtl examiiieroit sê^ rieusement te sujet et là manière de le traite^, les arguments, le stylé, le nombre et chaque mot en particulier; qu'après dé si eîtdcles observations on laîsseroit faire ceux qui roudfoiettt prendre la peine d'y ajoutef* les leurs, peut-être ûvet un succès aussi ridicule que
* On peut rapprocher de ce passage les éloges adressés à FAcademie par M. de Gallières dans son discours de réception, et par Charpentier dans la réponse qaMl y fit comme directeur. (Rec, des harangues de Messieurs de l'Académie fr., in-4'', i698, pp. 546 et 564.)
ceux qui pensoient avoir remarqué des taches dans le soleil', qu'aussi bien TÂcadémie ne désiroit plaire qu'au plus sage de tous les hommes, et non pas- à des fous qui commençoient d'être éblouis de la gloire qu'elle recevoit d un si grand protecteur *, que si ses résolutions ne pouvoient servir de règles à l'avenir, au moins pourroient-elles bien servir decon* seils , puisqu'il n'y avoit point d'apparence que tant d'hommes assemblés n'eussent pu décider des choses dont on ne pouvoit nier qu'ils n'eussent fait voir une assez heureuse pratique -, que cette Compagnie avoit pris le nom à' Académie Françoise^ parce qu'il étoit le plus modeste, et le plus propre à sa fonction ; que pour le sceau dont elle se serviroit et les privilèges dont elle jouiroit, elle s'en remettoit à son fondateur et a son au* torité qui seule, ayant donné la forme à cette institution, la pouvoit élever sur des fondements assez forts pour durer autant que la Monarchie. »
Ce projet accompagné de la lettre dont je vous ai parlé, fut présenté au Cardinal par les trois députés de la Compagnie. Il se fit lire la lettre deux fois, l'une par le Cardinal de La Valette, qui se trouva auprès de lui \ l'autre, par M. de Boisrobert même, et répondit aux députés en ces propres termes, comme je Fai trouvé dans les Registres ^ : « Qu'il estimoit toute la Compagnie en général, et chacun de ceux qui la composoient, en particulier^ qu'il lui savoit gré de ce qu'elle lui demandoit sa protection, et qu'il la lui accordoit de bon cœur. » Il se fit lire aussi le projet, leur marqua quel-
1 Registres, 27 mars 1634.
ques endroits qu'il jugeoit devoir être corrigés, et pro« mit de l'approuver quand il auroit été mis au net.
Ce rapport ayant été fait à la Compagnie, on commit, pour examiner ce discours, premièrement Messieurs Silhon et Sirmond ' -, et depuis encore. Messieurs Chapelain, Godeau, Habert, Desmarests. Enfin, comme chacun des Académiciens y trouvoit toujours quelque chose à redire, il fut résolu que chacun d'eux Texamineroit en particulier *, que jpour cela on en feroit imprimer trente copies, qui leur seroient distribuées, mais qu'ils jureroient de n'en point parler, et de ne les montrer à personne \
J'ai appris la dessus une chose que j'estime assez remarquable : c'est qu'on prit pour avoir ces trente copies la voie de l'impression, non-seulement parce qu'on la jugea la plus facile, et la plus prompte, mais encore parce que, suivant l'opinion commune, moins les yeux ont de peine à lire un ouvrage, plus Tesprit a de liberté pour en juger ; qu'on y voit plus clair, et qu'on en remarque mieux les grâces et les défauts, quand il est écrit d'un bon caractère, que s'il l'étoit d'un mauvais*, et mieux aussi quand il est imprimé, que s'il étoit écrit à la main ; que de fait le Cardinal du Perron, qui n'épargnoit ni peine, ni soin, ni dépense pour ses livres, les faisoit toujours imprimer deux fois : la première, pour en distribuer seulement quelques copies à des amis particuliers, sur lesquelles ils pussent faire leurs observations^ la seconde, pour les donner
< Registres, 1" mai 1634. — ' Registres, 8 mai 1634.
au public en la dernière forme où il avoit résolu de leè mettre; et qu'afin qu*ils ne fussent pas ditulgués contre son gré de cette premiël'e sorte, il n'y faisoit tratailler que dans sa maison de Bagnole! , où il atoit une imprimerie exprès.
Quoi qu'il en soit, les trente copies imprimées furent rapportées par les Académiciens, avec leurs notes ' ; et, ce qui est considérable d'un si grand nombre, il n'y en eut pas un qui ne gardât le secret.
Le discours fut examiné ensuite avec grand soin en diverses assemblées ^, dont il y en eut même plusieurs d'extraordinaires pour ce sujet. Enfin M. Faret le mit en état d'être présenté pour une seconde fois au Cardinal-, de quoi lui et H. de Boisrobert fureht chargés. Le Cardinal retint la copie qu'ils lui en donnèrent, et, l'ayant approuvée pour la matière, la renvoya bientôt après à la Compagnie, avec ses apostilles de la main de Charpentier son seTcrétaire, qui ne regardoient que la forme et les expressions. On ordonna ^ a qu'il seroit très-humblement remercié de cette faveur, et qu'on eorrigeroit suivant son intention les endroits qu'il avoit marqués, d Seulement^ par une liberté assez louable, en un temps où toute la Cour étoit idolâtre de ce Ministre, et où c'eût été un crime que d'oser lui contredire , il fut arrêté sur deux de ces endroits \ « qu'il seroit supplié de dire s'il vouloit absolument qu'on les changeât, parce que soif apostille étoit conçue
< Registres, 18 teai 1634. — * Registres, 19 juin, 17 juillet, 30 octobre 1634. — » Registres, 15 novembre 1634.— * Registres, 97 novembre I6S4.
en termes dputeux, et que les phrases senibloient assez nobles et assez françoises à toute lu Compagnie. »
Je ne trduve poiht (}u*on ait changé ce§ endroits depuis, et cela suffit pbut croire que lé Carditial ne S'y obstirta pBâ davaititagè^ Or le dessein de T Académie étoit de faire imprimer ce Projet avec ses Statuts, quand ils àuroient été dressés, et qu'on en seroit demeuré d'accord; mais cela ne s'est point fait depbis, §oJt que cette première fltdeur pohr la gloire de h Cohipagriie se soit Ralentie avec le temps •, soit, comme je lé crôirois plus volontiers, qu'il affivàt alors à un Corps si judicieux, ce 4"* ATtirè tdus les jotirs en |)articulier aux plus grdiids hoitiMes, de né poutoih eux-mêmes se contèntet', lofsqii'ils corîtentent tous les autres. Peutêtre qUè l'A^àdéthië approuvant chaque partie de ce discours^ y ti-outa je he sais quoi à redire feri gros pour l'ordre et pour la conduite. J'oseroiS presque le soupçonner ainsi, noh-Séiilemént parce qd'après l'avoir lu deux fois et avec beaucoup de plaisir, il ni'a semblé pencher plûè vers ce défaut que ters aucun autre; mais encore parce qu'en une des conférences où il fut examiné comme je le vdli dans les Registfés \ il fut fdit btie réglé générale pour Tavènir^ qui ddit aussi A mori tftis servir d'utié leçon générale à ceux qui écrivent, « qd'on ne lirolt plus dans h Cothpagtlie âocuti discours, sans en apporter en même temps Tanâlyse à |)art, afin i{uè l'Acôdémie pût juger dd corps aussi è^acterfient (|tie des pâf tieS. m
< Registres, 17 juUlet 1634,
On n'avoit pas oifblié cependant à délibérer sur la principale occupation de T Académie, sur ses Statuts, et sur les Lettres qu'il falloit pour son établissement. Dès la seconde assemblée ', sur la question qui fut proposée de sa fonction, M. Chapelain représenta et qu'à son avis elle devoit être de travailler à la pureté de notre langue, et de la rendre capable de la plus haute éloquence, » comme vous avez vu qu'il est dit dans le projet; (( quQ pour cet effet il falloit premièrement en régler les termes et les phrases, par un ample Dictionnaire et une Grammaire fort exacte, qui lui donneroit une partie des ornements qui lui manquoient; et qu'ensuite elle pourroit acquérir le reste par une Rhétorique et une Poétique, que l'on composeroit pour servir de règle à ceux qui voudroient écrire en vers et en prose. » Cet avis qui tomboit dans le sentiment de tous les autres Académiciens, fut généralement suivi-, et parce que M. Chapelain s'étoit étendu sur la manière dont on devoit travailler au Dictionnaire et à la Grammaire, il fut prié d*en dresser un plan ^, qui fut vu depuis par la Compagnie, et sur lequel il fut ordonné qu'il conféreroit avec Messieurs de Bourzeys, de Gombauld, et de Gomberville. Mais j'aurai une autre occasion de vous parler plus à propos de ce plan, et d'en rapporter même un abrégé qui vous fera juger de quelle estime et de quelles louanges il étoit digne.
Quant aux Statuts de l'Académie, le premier qui travailla ' sur ce sujet par ordre de la Compagnie, fut
^ Registres, 20 mars 1034. — * Registres, 27 mars 1694, — * Registres, 27 mars 1634.
DE L'ACADËMIE. Î9
M. da Gbastelet, conseiller d'État. Après qu'on eut vu son travail, il fut ordonné qu'il en conféreroit avec Messieurs de Bourzeys, de Gombauld et de Gombervilte. Depuis il fut arrêté que tous les Académiciens seroient exhortés à donner leurs mémoires par écrit sur cette matière. J'ai vu neuf de ces mémoires, ou avis des particuliers Académiciens, qui sont ceux de Messieurs Faret, de Gombauld, Chapelain, Conrart, Sirmond, du Chastelet, Bardin, CoUetet et Baudoin. Je ne m'arrêterai point à vous dire ce qu'ils contiennent; mais je crois pouvoir remarquer en passant deux choses qui n'ont point été suivies dans les Statuts : Tune, qui est dans le mémoire de M. de Gombauld, et que je rapporte ici comme un témoignage de sa piété et de sa vertu, c'est qu^l proposoit que chacun des Académiciens fût tenu de composer tous les ans une pièce, ou petite ou grande, à la louange de Dieu; l'autre, qui m'a semblé fort étrange, quoiqu'elle fût demandée par M. Sirmond, homme d'ailleurs d'un jugement fort solide, c'est qu'il vouloit que tous les Académiciens fussent obligés, par serment, à employer les mots approuvés par la pluralité des voix dans l'Assemblée : de sorte que si cette loi eût été reçue, quelque aversion particulière qu'on eût pu avoir pour un mot, il eût fallu nécessairement s'en servir, et qui en eût usé d'autre sorte, auroit commis non pas une faute, mais un péché. Tous ces mémoires furent remis entre les mains de quatre commissaires ' , Messieurs du Chastelet,
^ Registres, 4 décembre 1654.
30 f^TiBLiSSEH^NT
Chapelain, Fafp|:^t Qombapld, pour preii4f^ d/f chacun ce qu*il$ trpuv^roii^t de jneilieur; et après leur choix, M. Gonrart qui, en qualité de secrétaire, avoit aussi assisté à toutes ces cpnféreDces particulières, digéra et coucha par écrit les articles des Statuts. Ils furent lus^ exaniimés, et approuvés par la Compagnie.
Le même M. Conrart ^ avoit été chargé de dresser les Lettres Patentes po^r la fondation de TAju^démie, c^ qui sembloit lui appartjsqir doublenoient, puisqu'il se trouYoit et secrétaire de TA^adémie, et secrétaire du Roi. Après qu'il les eut lues dans TAssemblée, Messieurs du Cbastelet, de Serisay, et de Cerisy, eurent ordre ^ djB les revoir avec lui et de les faire voir a M. le Garde des Sceaux, et M- dp BQisrobert à M. le Cardinal. Je crois que vous me saurez bon gré de les avoir ici insérées au long, puisqu'elles servent de fondement à tout le resle. et que d'ailleurs elles sont conçues en termes fort purs et fort élégants, qui, sans s'écarter des clauses et d|8S façons de parler ordinaires de la Chancellerie, sentent néanmoins la politesse de l'Académie et de la Cour •'
LOUIS, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous présents et à venir, SALUT.
Aussitôt que Dieu Nous eut appelés à la conduite de cet Etat, Nous eûmes pour but, aon-seuleoient de remédier aux désordres que les guerres civiles, .dont il a été si tpngteffîps aitligé, y avaient introduits, mais aussi de l'enrichir de tous les ornements convenables à la plus illustre et la plus ancienne de toutes les Monarchies qui soient aujourd'hui dans
< Registres, i3 novembre 1634.— ' Registres, 2 janvier 1635.
fie L'iCAOÉMIB. 31
le mpiuie. Et, qiiQiqi»^ Npui 4yoD$ travaillé sam cesM à l-eiécutioD de fie fiemvi^ > il ^ous a été impoesifole jusqu'ici d'en ¥oir l'entier accompliss^^)eDt. Leg mouvements excités si souvent dans la plupart de nos provinces, et l'assistance que Noqs avons été obligés de donner à plusieurs de nos Alliés, Nous ont direfUs de toute autre pensée que de celle de la guerre, et Nous ODt empéd)és d^ jouir du repos que Nous procurions aux autres, liais comme (putes iios intentions ont été justes, elles ont eu aussi des succès beureux. Ceux de i^os voisins qui étoient oppressés par leurs ennemis, vivent maintenant en assurance sous notre protection ; la tranquillité publique fait oublier à nos sujets toutes les misëçi^ passées; et la confusion a cédé enfin au bon ordre que Nous ayons fait revivre parmi eux, en rétablissant le commerce, en faisant observer exactement la discipline n^ilitaire daps nos armées, en réglant nos finances, et en réformant le luxe. Chacun Sii^it 1^ part que notre très-cher et très-amé cousin, le Cardin^ Duc de Richelieu, a eue en toutes ces choses, et Nous i^roirions faire tort à h suffisance et à la fidélité qu'il Nous a fait paroitre en toutes nos affaires, depuis que Nous l'avons choisi pour notre principal Ministre, si en ce qui Nous reste à faire pour la gloire et pour l'embelUssement de la France, Nous ne suivions ses avis, et ne commettions à ses soins la disposition et la direction des choses qui s'y trouveront nécessaires. C'est pourquoi, lui ayant fait connoitre notre intention, il Nous a représenté qu'une des plus glorieuses marques de la félicité d'un Ëtat, étoit que les Sciences etjes Arts y fleurissent, et que les Lettres y fussent en honneur, aussi bien que les Armes, puisqu'elles sont un des principaux instruments de la vertu ; qu'après avoir fait tant d'exploits mémorables, Nous n'avions plus qu'à ajouter les choses agréables aux nécessaires, et Tornement à l'utilité, et qu'il jugeoit que Nous ne pouvions mieux conunencer que par le plus noble de tous les arts, qui est l'Éloquence ; que la langue françoise qui jusques à préseut n'a que trop ressenti la négligence de ceux qui l'eussent pu rendre la plus parfaite des modernes, est plus capable que jamais de le devenir, vu le nombre des personnes qui ont une connoissance particulière des
32 ÊTABUSSEÏENT
BTUiUges qu'eDe possède, et de ceui qui s'y peuveDt aicore njouler ; que pour eo établir des règles urtaîneB il avait ordonné une Asseuiblée, dont les propositions l'aioient satisfait : si bien que pour les exécuter, et pour rendre le langage françois nongeulenient élégant, mais capable de traiter tous les arts, et toutes les sciences, il né seroit besoin que de continuer ces conférences, ce qui se pourroit faire avec beaucoup de fruit, s'il Nous plaisoit de les autoriser, de permettre qu'il fût fait des Hèglements et des Statuts pour la police qui doit y être gardée, et de gratifier ceux dont elles seront composées, de quelques témoignages honorables de notre bienveillance :
A CES CAUSES, ayant égard à l'utilité que nos sujets peuvent rece\'oir desdites conférences, et inclinant à la prièredenotredit cousin, Nous avons de notre grâce spéciale , pleine puissance et autorité royale, permis, approuvé et autorisé, permettons, approuvons, et autorisons par ces présentes, signées de notre main, lesdites assemblées et conférences; voulons qu'elles se continuent désormais en notre bonne ville de Paris, sous le nom de rAcAoÉwE Frahçx)ise ; que notredit cousin s'en puisse dire et nommer lechefel protecteur; que le nombre en soit limitéà quarante personnes ; qu'il en autorise les Oftlcierg,les Statuts, et les * Règlements, sans qu'il soit besoin d'autres Lettres de Nous que les présentes, par lesquelles Nous confirmons dès maintenant comme pour lors, tout ce qu'il fera pour ce regard. Voulons aussi que ladite Académie ait un sceau avec telle marque et inscription qu'il plaira à notredit cousin, pour sceller tous les actes qui émaneront d'elle. Et d'autant que le travail de ceux dont elle sera composée, doit ôlre grandement utile au Public, et qu'il foudra qu'ilsy emploient une partie de leur loisir, notredit cousin Nous ayant représenté que plusieurs d'entre eux ne se pourroient trouver que fort peu souvent aux assemblées de ladite Académie, st Nous ne les exemptions de quelques-unes des cbargea ooéreuses, dont ils pourroient être cbai^és comme nos autres sujets, et siNousneleurdonnions moyen d'éviterlapeined'allersolliciter sur les lieux les procès qu'ils pourroient avoir dans le? provinces éloignées de notre bonne ville de Paris, oii lesdites assemblées
se doivent faire : Nous avons^ à la prière de notredit cousio, exempté et eieinptODs, par ces mêmes présentes^ de toutes tutelles et curatelles, et de tous guets et gardes, lesdits de TAca- DÉMiB FtiANçoisB, jusques audit nombre de quarante, à présent et à l'avenir, et leur avons accordé et accordons le droit de Cammittimus * de toutes leurs causes personnelles, possessoFres, et hypothécaires, tant en demandant qu'en défendant, par devant nos amés et féaui Conseillers les Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel» ou les gens tenant les Requêtes de* notre Palais a Paris, à leur choix et option, tout ainsi qu'en jouissent les Officiers domestiques et commensaux de notre maison. •
Se DONKoiTs en mandement à nos amés et féaux Conseillers les gens tenmt notre Cour de Parlement à Paris, Maîtres des Requêtes ordinaires de notre Hôtel, et à tous autres nos Justiciers et Officiers ^lu'il appartiendra, qu'ils fassent lire et registrer ces présentes, et jouir de toutes les choses qui y sont contenues, et de ce qui sera fait et ordonné par notredit cousin le Cardinal Duc de Richelieu en conséquence et en vertu d'icelles, tous ceux qui ont déjà été nommés par lui, ou qui le seront ci-après, jusques au nombre de quarante, jet ceux aussi qui leur succéderont à Favenir, pour tenir ladite Académie
* H y avait le droit de Committimus da grand sceau et le droit de ComnUtiimus du petit sceau ; on nommait ainsi le privilège de faire juger ses procès par (a Chambre de» Requêtes, ou de THÔtel ou do Palais ; le droit de Committimus du petit sceau ne pouvait 8*exercer que dans le ressort du Parlement de Paris; Tautre, plus étendu, s'appliquait aux débats qu'on pouvait avoir dans toute la France. C'était ce dernier privilège évidemment qu'avaient les membres de l'Académie , puisque les Lettres Patentes veulent leur < éviter la peine d'aller solliciter sur les lieux les procès qu'ils pourraient avoir dans les provinces éloignées de Paris. » — Cette faveur leur était commune avec les princes du sang, les ducs et pairs, les officiers de la Couronne et autres grands dignitaires de VÉlat.
3^ ËTABLISSÏIMENT
Fbanvoisk : fatBanl cesser tous troubles et empècbenierits qui leur pourroient être donnés. Et pour ce que l'on pourra avoir affaire des présentes en divers iieux^Nous vouions qu^à la copie coUationnée par un de nos amés et féaux Conseillers et Secrétaires^ foi soit ajoutée comme à l'original. Mandons au premier notre Huissier ou Sergent sur ce requis de faire pour l'exécution d'icelles tous exploits nécessaires, sans demander autre permission. Càu tel bst hothk i*laisir, nonobstant oppositions ou appellations quelconques^ pour lesquelles Nous ne voulons qu'il soit différé, dérogeant pour cet effet a tous Ëdits, Déclarations, Arrêts, Règlements et autres Lettres contraires aux présentés. Et afin que ce soit chose ferme et stable à toujours, Nous y avons fait mettre notre scel^sauf en autres cboses notre droit» et d'autrui en toutes. Donné à Paris au mois de Janvier l'an de grâce 1639, et de notre règne le 25"'**
Signé, IXHJIS. Et sur le repli : Par le Roi, de Lombnib. fit •eellées du grand sceau de cire verte, sur lacs de soie rouge et verte»
On eût ajouté aiii autres privilèges, et en apparence facilement obtenu l'exemption des tailles : mais parce que tous les Académiciens d*a1ors en éloient exempts ou par leur noblesse ou autrement', personne ne fut d*avi^ de la demander, de peur qu'il ne aembl&t en avoir besoin pour lui-même, et ils préférèrent un honneur assez imaginaire au solide et véritable intérêt de leurs successeurs.
Il ne fut pas difficile de faire sceller ces Lettres : M. le Garde des Sceaux avoit lui-même trop d'inclination à cette sorte d'exercices, pour y apporter de la résistance. C'est pourquoi dès que les Députés lui en
^ Comme ecclésiastiques ou officiers du Roi.
parlèrent, il leur donna toutes les bonnes paroles qu'ils pouvoient souhaiter ^ Un peu après mémo il fit dire à la Compagnie ^^ par M. de Gérisy, qu'il désiroit d'être compris dans le tableau des Académiciens qu'on avoit fait depuis peu. Vous verrez ailleurs comment cette proposition fut reçue *, maintenant il vous suffit de savoir qu'il scella les Lettres incontinent après, et qu'elles furent rapportées à l'Académie par M. de Ce* risy, le SG"' janvier 1635 \
Il ne restoit plus que deux choses pour l'entier éta* blissement de ce corps : l'une, de faire autoriser ses Statuts par le Cardinal, suivant le pouvoir que les Lettres lui en donnoient; l'autre, de faire vérifier ces Lettres au Parlement, La première fut fort aisée; la seconde au contraire, accompagnée de beaucoup de difficultés et de longueurs.
Pour faire autoriser les statuts au Cardinal, qui étoit alors à Ruel, on lui députa les trois Officiers , avec M. de Boisrobert^. J'ai oui dire a M. Conrart, qui étoit de cette députation comme officier, et que vous reconnoitrez à mon avis pour juste juge de choses sembla* blés, qu'il n'avoit jamais oui mieux parler que fit le Cardinal en cette rencontre ; qu'il répondit à la harangue de M. de Serizay, le directeur, comme s'il l'eût vue longtemps auparavant et qu'il eût eu le loisir de se préparer sur tous les chefs, et presque sur tous les mots qu'elle contenoit ; qu'il parla premièrement pour r Académie en généraU puis s'adressa aux quatre dé-
1 Registres^ 4 décembre 1634. — * Registres, 8 Janvier 165^ s Registres, 39 janvier 1635. — * Registres, » février 1635.
pûtes, et enfin à chacun d'eux i part; mais si à propos, avec tant de grâce, de civilité, de majesté et de douceur, qu'il ravit en admiration tous ceux qur s'y rencontrèrent. Il se fit au reste laisser les statuts pour les voir, et les renvoya quelque temps après', signés de sa main , et contresignés par Charpentier, son secrétaire, et scellés de ses armes en placard. Mais il ne faut pas oublier, que ce fut après y avoir fait changer une seule chose, qui eût semblé être trop à son avantage, et marquer en lui quelque vanité. L'article cinquième des Statuts portoit : « Que chacun des Académiciens promettoit de révérer la vertu et la mémoire de Monseigneur leur protecteur. » Il désira que cet article fût ôté ; et la G>mpngnie ordonna qu'il le seroit ^, pour obéir à son Éminence; mais qu'il en seroit fait mention dans les registres.
Je serois 'maintenant ennuyeux, sans doute, si j'en' treprenois de vous raconter par le menu combien il fallut au contraire de temps et de peine pour faire vérifier les Lettres Patentes au Parlement. Après qu'elles eurent été signées ' en commandement^ par M. de Loménie, secrétaire d'État, qu'on appeloit alors M. de la Villeauclair, et qui est aujourd'hui M. le comte de Brienne, à quoi on ne trouva point de difiicullé, elles furent mises entre les mains de M. Hennequin de Bernay, conseiller en la Grand'Chambre , pour en faire le
> Registres, 22 fétrîer 1635. — * Regislres, 12 février 1635.— > Registres, 29 janvier et 5 février 1635. * G*est-à-dire par un ordre exprès du Roi.
rapport. On ordonna diverses députations*, tant à lui qu'à Messieurs les gens du Roi, et à M. le premier Président Le Jay^; mais elles furent toutes inutiles. Et, bien que pour donner plus dç force aux sollicitations, après les deux premières on eût résolu de ne les plus faire au nom de la G)mpagnie, mais de la part de M. le Cardinal, qui le trouvoit bon ainsi; et qu*en son nom, Messieurs Desmaresls, de Bautru et de Boisrobert eussent été voir le premier Président', il leur avoit donné peu d'espérance d'obtenir ce qu i|s désiroient« Cela fut cause que le Cardinal, sur la plainte qui lui en fut faite par M. de Boisrobert, de la part de la Compagnie^, écrivit au premier Président la lettre suivante :
Monsieur,
Je ne prends pas la plume pour tous représenter le mérite des personnes dont l'Académie Françoise nouvellement établie à Paris est composée, parce que la plupart ayant l'honneur d'être connus de vous, vous ne l'ignorez pas à mon avis; mais bien pour vous copjurer de vouloir, en cette considération, et de l'affection que je leur porte en général et en particulier, contribuer le pouvoir que vous avez dans votre Parlement pour la vérification des privilèges qu'il a plu à Sa Majesté leur accorder à ma supplication, étant utiles et nécessaires au public, et ayant un dessein tout autre que celui qu'on vous a pu faire croire jusques ici. Je ne doute point que vous n'apportiez en cette occasion pour leur contentement toute la facilité qu'il vous sem
< Registres, 5 février, 12, 19 mars et 16 avril 1635. s L*oppositiOD toutefois ne pouvait veuir da premier président Le Jay, connu par son amour pour les lettres et les savants. * Registres, SES, 30 juillet 163».-- « Registres, 10 décembre 163^,
possible, et qu'ils ont lieu de se promettre de ma recoraiiiandation envers vous, vous assurant qu'outre Tobligation que ces Messieurs tous auront de la faveur que vous leur départires en ce rencontre^ je prendrai part à leur ressentiment^ pour vous témoigner le mien partout où j'aurai moyen de vous servir^ et de vous faire connoître par effet que je suis^
Monsieur^
Votre très-affectionné serviteur.
Le Càiu)IKàl de Richelieu .
Le 161] décembre 1835.
Une copie de cette Lettre fut lue dans rAcadémie ^ ; et parce que le Procureur général avoit témoigné le désirer ainsi, on obtint encore trois lettres de cachet du Roi^ Tune pour lui, et pour les avocats généraux'; l'autre pour le Parlement ; et la troisième, pour le premier président Le Jay. Le Procureur général d*alors étoit ce grand homme i qui j'ai de très-grandes obligations, M. Mole I maintenant garde des sceaux de France. Ces Lettres étoient toutes écrites au même sens, et il suffit de vous en rapporter une pour vous faire connoître les autres.