‹ Histoire de l'Académie française (volume 5)Chapitre 72 sur 81 · LES OCCUPATIONS DE L* ACADÉMIE V · texte numérisé non relu

LES OCCUPATIONS DE L* ACADÉMIE V

DiviD Balzac, prince de TéloqueDce, Tu veux qu'enÛD je rompe mon silence; Tu me choisis entre tes favoris Pour te mander ce qu'on fait à Paris.

Tu me choisis au milieu de nos roattres Qui vont partout, qui savent tous les êtres Du double mont que doit bien fréquenter L'esprit hardi qui te veut contenter...

Or, commençons par notre Académie.

Quoique toujours puissamment affermie, Elle ne va qu'à pas lents et comptés Dans les desseins qu'elle avoit projetés Sous Richelieu, l'ornement de notre âge. Qui lui donna crédit, force et courage. Le grand Seguier, qui marche sur ses pas. Par ses bienfaits entretient ses appas ; Il lui témoigne une tendresse extrême.

Mais il faudrait que le Roi fit de même. C'est là qu'on voit tous ces rares esprits

* Voy. p. 80 et p. 110.

Qui du beau style ont emporté le prix. Séparément, ce sont autant d'oracles; Tous leurs écrits sont de petits miracles ; Leur belle prose avecque leurs beaux vers Portent leurs noms au bout de Tunivers. Pour dire tout enfln, dans cette épttre, L'Académie est comme un vrai chapitre; Chacun à part promet d'y faire bien ; Mais tous ensemble ils ne tiennent plus rien, Mais tous ensemble ils né font rien qui vaille. Depuis six ans dessus l'F on travaille, Et le destin m'auroit fort obligé ' S'il m'avoit dit : Tu vivras jusqu'au G. A dire au vrai, Balzac, ce que j'en pense, Si leur travail avoit sa récompense.

Sur la Crusca nous aurions renchéri Ce bel ouvrage en tant de lieux chéri, Et dans six ans nous aurions fait la nique Aux règlements de la troupe italique.

On nous auroit suivis et révérés; Qui rit de nous nous auroit admirés; Je ne dis pas encore qu'on ne le fasse ; Mais l'artisan employé sans argent Dans son travail n'est jamais diligent.

1 Dans une épttre à M. de Gineste, Bois-Robert a écrit aussi

Conte-moi tous les accidents Et du dehors et du dedans; Dis-moi si notre Académie, Qui fut toujours ta bonne amie, Achève TF, et si le G En son lieu se volt subrogé.

Favre, que ce beau Corps inspire, Te fournira de quoi m'instruire.

On n'y voit plus Tagréable Voiture '

Dont tu m'as fait une riche peinture,

Dans ces beaux vers qui, de majestés pleins,

Font honte aux vers des plus doctes Bomains.

Il cherche ailleurs de plus doux exercices ;

C'est sous un dais qu'il trouve des délices.

Là son débit n'est jamais contrôlé;

On l'applaudit sitôt qu'il a parlé;

11 connoft trop et les esprits critiques

£t le dégoût de nos académiques,

£t que Catulle, avec tous ses appas,

Non plus que lui ne s*en sauveroit pas.

Ton vieux Maynard, ce merveilleux génie,

Nous y fait voir sa Muse rajeunie.

Qui sous la presse augmente sa vigueur

Et qui des ans méprise la rigueur;

Ton Chapelain, dont le bel art excelle,

Nous y fait voir sa guerrière Pucelle,

Et ses hauts faits qu'on n'eût jamais poussés

Si fortement dans les siècles passés.

Là chaque auteur sa marchandise étale ;

' Voici les vers de Balzac auxquels il est fait allusion ici. Us sont tirés d'une épltre latine à Bois-Robert. — Voy. Œuvres de Balzac, In -^, II, S" part., p. ââ.

Quid par ingeuio Superi» ? muicetne diserto NympharuDi serroone choro», auicque faTenti J ura dak, atque animii aese gaudentibut infert VicTCBcs, dulcem redoiena led talaua Hymcttum? Victuri mihi nola mei lat Tita, Metelle, latest; Ulum casta lui largo Veuua imbuit imbre Neclaria, et cunctoi uni trantcripiit amorei : Ule, aliud Tel agendo, «etema oracola fundit ; lUe meum loperat ealamo ludenke laborem ; Ute uerit régnât plenimque in montiboi abicos, Despeclaram etiam cura ambitioia Sororam.

Ton Dom surtout remplit toute la saDe.

Quand de la poche on tire quelque éoit Frais émonlu qui part de ton esprit, A ce grand nom on porte révérence ; Ctiacnn s'approche, on fait un grand silence ; Mais on le rompt par exclamations, Tant ce beau style émeut nos passions, Et n'est auteur si discret qui ne fasse En t'écoutant grimace sur grimace.

Voilà comment nous nous diverUssons En beaux discourt, en sonnets, en chansons ; Et la nuit vient qu'à pdne on a sa faire Le tiers d'un mot pour le vocabulaire.

J'en ai vn tel aux Avents commencé Qai vers les Bois o'étolt guère avancé...

(Les Épltre* dn siear de Bois-Roberl Heicl, abbé de ChltillOD. — Parla, chei Cardio BesoDgne, Ittl. — f vol. iii-4°, p. 17.)

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