‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 113 sur 180 · SLR UNE SECONDE ACADEMIE · texte numérisé non relu

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lions; dans les neuf premières, l'auteur Tait l'éloge des sciences et des lettres, des avantages qu'elles apportent au* peuples et aui souverains: toutes considérations auxquelles nous devons l'institution de Uni de communautés de personnes doctes, de facultés et d'universités.

« Mais ceux qui se trouvent engagés à cette nécessité d'instruire le public se sont relâchés en deux choses qui nuisent au progrès des sciences et qui les ont presque toutes défigurées.

« La première est qu'ils s'attachent opiniâtrément aux maiimes que les anciens ont laissées dans leurs écrits, et... ne veulent rien chercher au delà... 11 surfit qu'une proposition leur soit nouvelle pour être rejetéc... »

De plus, • ils se sont tellement contentés de la doctrine, qu'ils ont abandonné la politesse du langage; ils séparent l'éloquence de la philosophie, et ne croient point que les belles paroles puissent entrer en commun avec les belles connoissances. Ils ont introduit des expressions, nécessaires en quelque sorte à l'intelligence et au discernement des choses, mais si dures et si mal propres aux conversations du beau monde, qu'il est presque impossible de les employer sans passer pour un barbare.

f A ce grand mal, on n'a point apporté de remède plus convenable et plus honnête que d'établir des compagnies de personnes libres et détachées de l'obligation d'instruire le public, qui voulussent joindre ensemble leur étude et leur travail pour \h restauration des belles-lettres, pour remettre en usage les grâces de l'éloquence et relever la majesté de la poésie, poui rechercher dans les restes de l'antiquité ce qui s'est égaré par le temps, et nous dévoiler les im stères de la nature, pour enrichir leur siècle de quelque nouvelle connoissance et donner à la postérité le désir de mieux faire par les commencements de quelques merveilles.

• Us princes d'Italie se sont employés les premiers à ce grand œuvre par l'établissement de ces assemblées de savants qu'ils

nomment Académies L'Angleterre les a depuis peu de jours

heureusement imitées, par cette Société Royale qui donne de la jalousie à tous les princes de l'Europe

« Le feu roi Louis le Juste avoit commencé par l'institution de l'Académie Françoise, qui montre assez combien ces illustres Compagnies sont utiles; car nous devons aui soins de ces excellents personnages qui la composent la conservation de notre langue et sa perfection...; ils l'ont soutenue dans son progrès, et porté ses grâces et sa gloire au point où nous la voyons maintenant : et si d'autres savants ont contribué par leurs discours et par leurs écrits à l'avancement d'un si bel ouvrage, j'ose dire que nous en avons presque toute l'obligation à cette élégante Académie ; car on la regarde comme un tribunal éclairé, sévère et judicieux, dont la censure ne devoit pas être négligée, et l'on a cru qu'il falloit être d'accord avec elle pour être d'accord avec la raison.

« Mais, Sire, une Académie suffira-t-elle pour un grand royaume? Faudra-t-il se contenter de parler François, et la beauté de notre langue sera-l-elle le seul objet de uotre étude? Les Muses ont beaucoup d'autres occupations dignes des personnes de mérite et d'érudition ; les sciences ont beaucoup d'autres ennemis à combattre que la barbarie, et d'autres avantages à chercher que la pureté des paroles — Rome a pu

former encore plusieurs Académies, toutes fameuses ; Florence... en a quatre.... Quel reproche, donc Sire, seroit-il à la France, si la ville de Paris, si grande en son étendue, si nombreuse d'habitants, et remplie de tant de merveilles, ne pouvoit fournir assez en savants pour composer deux Académies de personnes de lettres? — Je veux que tous ceux qui composent la première soient des plus considérables en la connoissance des Belles- Lettres, selon la différence de leur génie et de leur travail. Je veux que la France ait de la peine d'en trouver qui les surpasse ; mais ils me permettront de dire à Votre Majesté qu'elle en a beaucoup d'autres qui peuvent aller assez loin pour acquérir de l'estime. Une compagnie de quarante personnes ne Ta pas épuisée d'orateurs, de poètes, de philosophes, de mathématiciens; Paris en a mille, et votre royaume en pourrait faire des armées !

« C'est donc à l'avantage de votre royaume, Sire, et à la gloire

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