‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 16 sur 180 · FRANÇOIS LE MÉTEL DE BOIS-ROBERT · texte numérisé non relu

FRANÇOIS LE MÉTEL DE BOIS-ROBERT

Ablx; de Châtil Ion-sur- Sviue, Conseiller d'Etat, l'un des premiers Académicien!,

mort en 1 662.

Tout ce qui peut se dire aujourd'hui d'un homme mort depuis plus de soixante ans , jamais ne vaudra le témoignage d'un de ses contemporains. Puis-je donc mieux faire que de transcrire ici ce qui se trouve dans les Origines de Caen , dont l'illustre auteur avoit fort connu l'abbé de Bois-Robert > J'y ajouterai seulement quelques noies à la manière des commentateurs.

« François Le Métel de Bois-Robert naquit à Caen, « dans la paroisse de Notre-Dame-de-Froideruc, fils « d'un procureur de la cour des Aides de Rouen1. Il y a « eu à Caen d'anciennes familles de son nom qui pour- « rdient faire croire qu'il en étoit sorti. L'agrément9 de

1 Buis-Hoberl obtint pour lui dos Icllics de noblesse; on lit dans uo remerciment qu'il adressa au chancelier Seguier :

... Tu me fis mon père gentilhomme A mon retour du voyage di- Rome.

Avec chagrin j'ai souvent vu ma nacre, Noble de sang, reprocher à mou përe

Qu'il o'étoit pas d'égale qualité

Je te pressai, tu lut Tus favorable.

D'un avocat tu lia uo ecuyer.

' Il avoit souverainement le don de celte naiserie affectée, qui esl familière à Caen, et que Patris se vantoil d'avoir enseignée a

90 BOlS-flOBERT.

« son esprit cl de son humeur lui méritèrent ln faveur 1

Voiture, comme nous l'apprenons de M. Huet, dans l'endroit de ses origines de Caen, où il parle de Patris. Un conte charmoit dans la bouclie de Bois-Robert. Il étoit tjrand dupeur d'oreilles. C'est lui-même qui le dit, en représentant à Conrart, qui l'invîtoit à publier ses poésies, qu'elles pourroient bien n'avoir pas, sur le papier, tout l'agrément qu'il avoit l'art de leur donner quand H les recitoit :

En rcrilant, d«? vrai je fais merveilles.

Je suis, Omrnrt, un grand dupeur d'oreilles, (o )

1 II y eut un intervalle de disgrâce, et voici à quel sujet Quand la tragédie de Mirante fut jouée pour la première lois, le Cardinal Ht défense d'y laisser entrer qui que ce lut, hors les personnes qu'il auroit nommées lui-même. Dois-Robert cependant ne laissa pas d'y faire entrer secrètement deux femmes d'une réputation équivoque. La duchesse d'Aiguillon, qui ne l'aimoit point, comme ordinairement les parents des grands n'aiment point leurs favoris, profila de celle occasion pour le perdre, en remontrant au Cardinal que Bois-Robert étoit le seul qui eùl ose mépriser ses ordres, et qu'à la vue de la Reine et de loule la Cour, il avoit été le profanateur de son Palais. C'est ce que portent les lettres manuscrites de Chapelain. Je n'en ai point voulu adoucir les termes, exprès pour mettre dans son jour l'action que lit l'Académie en corps, action qui mérite d'être immortalisée. La Compagnie n'ignoroit pas que la nièce du Cardinal étoit irritée; elle savoit que, dans le fond, Bois-Robort avoit tort ; et cependant elle eut le courage dedepuler au Cardinal, pour lui redemander Bois-Robert après quelques mois d'exil. Qu'il est beau de voir entre les premiers Académiciens, non-seulement une société de littérature, mais encore une société d'intérêts ! Ils Miivoientceitc admirable maxime de Quintilien : .Von est sanetius sacris iisricm, quant studits initiari. Le Cardinal recul parfaitement bien les députes, et après leur avoir dit qu'ils nieritoient d'avoir un confrère moins étourdi que Bois-Robert, il ajouta que l'heure du pardon n'eloil pas encore venue, mais qu'elle pourroit venir. En effet, à quelque temps de la. Bois-Robert rentra dans ses bonnes grâces; mais pour en jouir bien neu,car le Cardinal mourut la même année, [o .) — Tallemant donne la même cause à la disgrâce de Bois-Robert.

DOIS-ROBERT. f>l « du cardinal de Richelieu, et ensuite l'abbaye de Clm- « tillon-sur-Seinc \ le prieuré de la Ferté-sur-Aube, « avec d'autres bénéfices 2. Il prenoit la qualité d'au- « mônier du Roi et de conseiller d'Etat ; et par-dessus « tout cela, il obtint des lettres d'anoblissement pour « lui et ses frères, l'un desquels étoit le sieur d'Ouville, « auteur de ce recueil de contes qui est entre les mains « de tout le monde, et de la comédie intitulée : Aimer « sans savoir qui 3. 11 eut bonne part à l'établissement « de l'Académie françoise4. Jamais homme n'a em-

1 II la vendit ensuite à P. Lenet, auteur des Mémoires. 1 II parle lui-même en termes assez légers de son abbaye de La Ferle :

Mo» moines sont cinq pauvres diables...

Unooiitn.it tnoin» dan» leur ca:. ton

le latin que le bas-breton;

Mai» ils boitent, comme il me semble,

Plus que tous les eautoiii ensemble.

J'oy braire ici matin et soir

t'inq paysans vêtus de noir,

Ft do ors ij;nor^tites bêtes

Je n'ai que plaintes et requête».

l^Urct, etc.;

1 II était connu aussi comme géographe.

* On peut voir là-dessus l'histoire de M. Pf llisson, et une épllrc de Ïtois-Hobert à !Ialzac,oiit racontant les occupations de Y Académie, qui s'j^embloit alors chez lui, il dit plaisamment :

Pour dire tout enfin dan» code epitre, L'Acailt tme o*t comnn- ut» \r.n ( h .pitre, l'.tiaoun a part prniuol d'y fnre h ou, Mais tou» ensemble ils ne tieiux'ut pîu» n« n.

A la vérité, si le travail commun n'y alloit pas fort vile, du moins les Académiciens s'y oceupoieiit utilement pour eux, car ils y (torloient leurs propres ouvrîmes, dont la lecture donuoit lieu a une critique instrucli>e et amusante:

Voila comme ht lou> nous divrrltttoas

ta beau» discours, en son et», en cban>ou»,

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