H 1 1» POLYTE- J U LES
PILET DE LA MESNAHD1ÊRE
Lecteur ordinaire de U Chambre du Roi, reçu à l' Académie en I6N5,
mort k t juin 1G63.
Il étoit de Loudun et sa patrie môme lui fournit une belle occasion de se faire auteur. Ce fut quand les religieuses de cette ville se crurent possédées. Un docte médecin 5 publia une dissertation où son dessein étoit de prouver qu'il ne leur arrivoit rien d'étonnant qui ne pût être l'effet d'une imagination dérangée par un excès de mélancolie \ La thèse contraire fut défendue par M. de La Mesnardière , qui ne faisoit que de
1 Un exemplaire de son traité des Esprits, offert ù « son ami M. Fienicle, » est signé : Mesnardière, comme porte le litre, L'n exemplaire de ses poésies, offert à Mme Des Drosses, est signé La Mesnardière : ces deux volumes sont s\ la bibliothèque de l'Arsenal. — La Poétique porte au titre : Lu Mesnardière^ au faux litre : Mesnardière. Dreux du Dadier Hiblioth. fus t. du Poitou) a donc tort d'écrire La Mainardièrc.
» Tallemanl ledit» hls d'un apothicaire, et de Julien qu'il s'appeloit,il s'appelle Jules, en l'honneur de Jules-César. » {Histoire de Vussv, t. vi, edit. in-18. i
3 Marc Duncan, Ëcossois, dont il est parle dans le dictionnaire de Bayle, article Cup.iswtks. o.)
4 Mélancolie. — « C'est, dit Furelière, une des quatre humeurs qui sont dans le corps, la plus pesante et la plus incommode. »
9i LA M ESNAKDIÉRE.
sortir alors des écoles de Nantes, où il avoit été reçu docteur en médecine.
Quelquefois la destinée d'un ouvrage dépend moins de son mérite réel que des conjonctures où il voit le jour1. Celui-ci plut infiniment au cardinal de Richelieu, et aussitôt l'auteur, Itatté de se voir dans l'estime du premier ministre , vint à Paris, où il fut d'ahord médecin ordinaire de Gaston, duc d'Orléans a : c'est le litre qu'il prenuit en [(Y.\H \ Mais ce qui me ferait soupçonner qu'il ne larda pas à se débouter de sa profession \ c'est que les charges de maître d'hotel
1 On sait asse/. quel intérêt liieliclieu prenait à celle affaire, que termina le supplice dTrhain lîrandicr.
i Tallemaut le donne loc, ctt.) connue « medeeiu-doinesiique » île Mine de Sable.
5 Dans le privilège du Pane<jyrirj;tr de Trojun, et au-devant de ses Raisonnements sur la nature dis esprits, o.)
* La Mesnardiére était riche. Outre sa maison de Besse [Poésies,]). 89, il avoit une charge de lecteur du ltoi qui ne lui rapportait que «00 livres de g;»j.'es , mais qui ne pouvoil être tenue que par un homme considéra hk» : après lui nous voyons comme lecteurs, sur les contrôles, un président aux enquêtes, M. de Périgny, successeur direct de La Mesnardiére, et M. d'Àvaux.de la maison de Mesmcs. — Ce n'e>t<|u'a la lin de IGôT, (|ue La Mesnardiére fut nomme lecteur, et voici en quels termes Loret nous rapprend dans sa Lettre du 8 décembre !(»;»" :
Noire gra-nl Jules 'jui m l comme La Mciuurdiere t»t hahiie liuinmo, Mumme d'honneur, homme Inen ne, El de* mieux iiiteiitiontié, l.'a présente de sa main même A noire purte-diailême, Ou», d un accueil doux et clui maul, fa re<;u favorablement.
En 1603, atteint déjà de la maladie d<>nt il mourut, il vendit ta charge au président de Pcrigny :
LA MESNARDIÉRE. Oo et de lecteur, qu'il a successivement exercées le Roi, ne semblent pas laites pour un médecin qui se plairoit à être couru du public'. Quoi qu'il en soit, au moins voyons-nous que M. de La Mesnardiêre , dès qu'il se fut fixé à Paris, ne lit plus d'ouvrages de médecine et ne parut occupé que de Belles- Lettres.
Il ouvrit sa carrière par le Panégyrique de Pline , dont il publia une paraphrase des plus libres , sans respect pour le tour concis de l'original. Tombant ensuite dans une autre extrémité, il traduisit servilement les Lettres du même auteur ; et, par la torture où il se mit pour les rendre mot à mot, il n'y laissa presque rien de cette facilité qui fait le mérite du style épistolaire. Il ne considéroit pas qu'entre la paraphrase et la version littérale il y a un milieu ; que celle-ci dérobe toujours des grâces nécessaires , et que celle-là en prête rarement d'utiles.
Il a donné un assez gros volume sur la Portique , et ce n'est pourtant que l'ébauche d'un plus vaste dessein2. La morl du cardinal de Richelieu, qui l'avoit
Fi pour avoir icdle charge Qui peut mettre un bomme en nviiit.
Il on donne, à cv qu'on m a ilit, Environ »iv mille piitolcs.
<lu I » avril Hf.-J.)
— La Mesnardière mourut le 4 juin suivant.
1 On vitMit de voir que c'est en IGo7, c'est- a-dire près de vingt ans aprr> la date où d'Olivet le donne comme médecin, que Lu Mesnardirre obtint la charge de lecteur du Hoi.
' Voici comment La Mesnardière expose le plan de >on travail :
î'6 IwV MESNARDIËKE.
engagé à ce travail fut apparemment cause qu'il ne l'acheva pas. Il s'étoit proposé d'abord d'embrasser toutes les parties de l'art; mais il n'a exécuté que ce qui regarde la tragédie et l'élégie. II donne là-dessus et des préceptes et des exemples : les préceptes , il les emprunte des anciens, et il les expose, non pas toujours avec une brièveté didactique, mais souvent avec un fasle oratoire. Les exemples, il les tire quelquefois de son propre fonds 2 ; car il avoit fait quantité de vers,
a J'ai voulu ouvrir la carrière par les poèmes de théâtre, qui sont la plus belle espèce et la plus considérée. Si Dieu me donne du repos, je leur donnerai deux volumes, l'un et l'autre assez remplis et, possible, assez curieux pour faire voir au lecteur que je ne m'arrête pas aux choses purement vulgaires. Le troisième et dernier expliquera le poème épique, les dithyrambes, l'élégie, l'ode, l'idylle, les hymnes, bref toutes les autres espèces dont nous avons quelques lumières. Chaque tome de cet ouvrage contiendra douze chapitres, qui nous mèneront peu a peu à l'essence de la poésie, et je crois que les trente-six laisseront à ce royaume une image assez raisonnable des beautés de la Poétique. »
{Discours, en tète de la Poétique.)
— Un autre traité didactique de La Mesnardière a passé inaperçu, parce qu'il se trouve lié à un autre ouvrage. C'est un discours, paginé à part pages 1-126), qu'on lit en tête des Relations de guerre, sous ce litre : « Dissertation sur les caractères différents de l'histoire générale et de la particulière, servant de préface à ce. recueil. »
1 Comme il fut engage par Kichclieu à ce travail, c'est par Louis XIV lui-même qu'il lut amené à écrire ses curieuses Relations de guerre.
* En général, les exemples sont tires des anciens que l'auteur admire sincèrement ; il justiûc ainsi les siens : « Si quelquesnos trouvent étrange que j'aie employé de mes vers pour faire voir des exemples de certaines beautés de l'art, je répondrai à ces messieurs que je pen>e avoir plus de droit sur les choses que j'ai produites que sur les ouvrages d'autrui ; que lorsqu'ils entrepren-
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et une tragédie, entre autres, intitulée Aiinde\ qui n'eut point de succès.
Un auteur si bien instruit des règles , faire une mauvaise tragédie2! Seroit-ce donc la faute des règles? Non, puisqu'elles ne sont autre chose qu'un amas d'observations prises dans la raison même , et fondées sur l'expérience de ceux qui ont le mieux réussi3. Mais, pour entendre les règles d'un art, il ne faut que de la lecture et du sens commun ; au lieu que pour être artisan habile , il faut du génie, et un génie propre à ce qu'on veut faire.
On a regardé autrefois cet auteur comme « un virtuose qui avoit fort bien écrit de toutes manières , et
droot de profiter au public par un travail de longue haleine et - semblable à celui-ci, non-seulement j'approuverai qu'ils se senent de leur pratique pour faire entendre leurs pensées, mais que j'aurai beaucoup d'estime pour la force de leur génie qui saura accomplir les règles aussi liien que les enseigner;... tous les illustres écrivains qui ont traité la poétique ont été poètes euxœéroeé... Et certes, celui qui instruit presse merveilleusement ceux qui reçoivent ses préceptes quand il fait voir, par son exemple, que les choses qu'il enseigne peuvent être exécutées. C'est a moi d'être modeste et de sentir ma foi blesse si je veux être raisonnable ; mais c est à vous de m'est imer et d'être persuadé que je n'iguore pas les choses, si vous m'ecoutez pour appreudre » 'Discours, en tète de la Portique.)
» C'est de cette pièce que sont tires quelques-uns des exemples qu'il donne dans sa P m tique.
* Le même cas s'est présenté plus d'une fois. Qui ne connaît /.iRobie de l'abbe d'Aubètnac, l'auteur de la Pratique du Thtûtrc?
* Ce que Ciceron dit de l'éloquence, il faut le dire des autres arts : esse non eloquentvim ex urtificio, sed arti fatum ex éloquente natum. De Oral. I. 32. o.)