‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 20 sur 180 · HONORAT DE BUE1LV MARQUIS DE RACAN · texte numérisé non relu

HONORAT DE BUE1LV MARQUIS DE RACAN

L un de* premiers Académiciens, mort en février 1670.

Il naquit en 1589 à la Roche-Racan, château situé à l'extrémité de la Touraine, sur les confins du Maine et de T Anjou. En 1003, il étoit a Page de la chambre sous M. de Bellegarde*, » qui, par l'ordre exprès d'ilenri IV, avoit pris Malherbe dans sa maison, et lui avoit donné « sa table, un cheval et mille livres d'appointements. » Racan, cousin germain de madame de Bellegarde, « et qui déjà commcnç,oit à faire dos vers, eut par cette rencontre la connoissance de Malherbe, dont il apprit ce qu'il a jamais su de la poésie françoist;. » Ainsi parle M. de Racan lui-même ; mais sa modestie le trompe, car il avoit un plus grand maître que Malherbe, je veux

1 On prononçait Bu-cil et non Deuil, comme le prouve t e vers d'un sonnet, compost' par lui-même sur la mort de son uls :

h* tige de Bucil, jadis ii Horiisantc.

(fcdil. de I» Itihlioth. eluv., t. 11, p. 412 )

1 Vie de Malherbe, page 15. Je cite 11 nouvelle édition, qui est an-devant des œuvres de Malherbe, Parts, 1733. io.j — Mme de Bdlegarde, née Anne de Bueil, «'lait sa cousin* germaine. (Vovei la notice sur Racan, publiée par M. Antoine Tenant de La tour, en tète de la nouvelle édition de ses œuvres. Parh:. P. Jannet, 1837. — BtUtoth. elicurtennc.)

m DE RACAN.

dire la nature. C'est la nature qui le fit poète-, et tout autre maître n'auroit pu que contribuer à le rendre bon versificateur.

« A son retour de Calais, où il fut porter les armes en sortant de Page1, » il consulta Malherbe sur le genre de vie qu'il devoit choisir. Malherbe, au lieu de répondre directement là-dessus, lui récita cet ingénieux conte du Poge, dont La Fontaine a fait une de ses plus jolies fables, intitulée, le Meunier, son fils et leur âne. Enfin à l'âge de trente-neuf ans, le marquis de Racan se maria2 et sa postérité est aujourd'hui tout ce qui reste de la maison de Bueil, maison des meilleures qu'il y ait en France.

Pour bien juger de son mérite poétique, sachons d'abord ce qu'en pensoit Malherbe. Il disoit que May-

1 Vie de Malherbe, pages 37 et 58. (o.) — C'était vers 1608. ~ Dans une ode à Louis XIV, il nous apprend qu'il a pris part à presque toutes les expéditions de Louis XIII :

Je l'ai suivi dans les combats.

J'ai tu foudroyer les rebelles.

J'ai vu tomber les citadelles

Sous la pesanteur de son bras ;

J'ai vu forcer les avenues

Des Alpes qui percent les ducs.

Et leurs sommets imperieui

S'humilier devant la foudre,

De qui IVclat victorieux

A voit mis I.a Rochelle eu poudre.

* Il épousa, en 1628, Madelaine du Bois, lille de Pierre du Bois, sieur de Fontaine Marany , Angevin. Le mariage se Gt pendant le siège de La Rochelle, et il en Tint quatre lils et trois Biles. {vonran, eitë par M. I». Paris, commentaires sur Talleraant des Reaux, ii, 575. — Vuy. dansTalleiuant, t. i,p. 222, uue lettre de Malherbe sur ce mariage.

DE KACAN. 113

nard étoit de tous ses disciples « celui qui faisoit les meilleurs vers, mais qu'il n'avoit point de force -, que Racan avoit de la force, mais qu'il ne travailloit pas assez ses vers ; que le plus souvent, pour s'aider d'une bonne pensée, il prenoit de grandes licences; et que de May nard et de Racan onferoit un grand poète »

Joignons à cela le sentiment d'un critique qui ne se trompa jamais : « La vérité est, dit-il en parlant de Malherbe, que la nature ne l'avoit pas fait grand poète. Mais il corrige ce défaut par son esprit et par son travail ; car personne n'a plus travaillé ses ouvrages que lui, comme il parolt assez par le petit nombre de pièces qu'il a faites. Notre langue veut être extrêmement travaillée. Racan, ajoute M. Despréaux, avoit plus de génie que Malherbe, mais il est plus négligé, et songe trop à le copier. Il excelle surtout, à mon avis, à dire des petites choses; et c'est en quoi il ressemble mieux aux anciens, que j'admire surtout par cet endroit. Plus les choses sont sèches et malaisées à dire en vers, plus elles frappent quand elles sont dites noblement et avec cette élégance qui fait proprement la poésie *. »

Voilà deux témoignages, qui, rendus à près de cent ans Tun de l'autre, nous donnent exactement la même idée de M. de Racan : qu'il avoit beaucoup de génie, qu'il étoit né poète, mais qu'à la facilité et à la supériorité du talent, il n'ajoutoit pas toujours l'opiniâtreté du travail.

On trouvera dans la Vie de Malherbe, écrite par

1 Vie de Malherbe, pa^es ôti et 37. o. > • Desprvaui. leltrc à M. de Maucroix. i<>.)

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