JEAN DE MONTIGNY
Léon ; et que L'année même qu'il en prit possession, étant allé aux États de sa province, qui se tenaient à Vitré, il y mourut. Les circonstances de sa mort se trouvent dans les lettres de madame de Sévigné. Du 20 septembre 1671 : « L'évêque de Léon a été à la dernière extrémité à Vitré, avec un transport au cerveau ; il est hors d'affaires. » — Du 23 : a Enfin, après avoir ballotté cinq ou six fois de la mort à la vie, les redoublements opiniâtres de la fièvre ont décidé en faveur de la mort, il ne s'en soucie guère, car son cerveau esl embarrassé. » — Du 27 : « Le pauvre Léon a toujours été à l'agonie depuis que je vous ai mandé qu'il se mouroit; il y est plus que jamais, et il saura bientôt mieux que vous si la matière raisonne. C'est un dommage extrême que la perte de ce petit évôque ; c'étoit, comme disent nos amis , un esprit lumineux sur la philosophie1. « — Du 1er octobre2 : « Il mourut lundi. Ce pauvre petit évêque avoit trente- cinq ans, il étoit établi; il avoit un des plus beaux esprits du monde pour les sciences, c'est ce qui la tué 3, il s'est épuisé. »
Par le peu qui nous reste de M. de Montigny, on voit que la philosophie ne lui avoit pas ôté le goût de la
1 Dans une autre de ses lettres, qui est du 1er septembre, elle dit qu'il était cartésien à briller. « Mais, ajoute-t-elle, dans le même feu, il soutient aussi que les bêles pensent. Voilà mon homme. Il est très-savant là-dessus; il a été aussi loin qu'on peut aller dans cette philosophie, et M. le Prince en est demeure a son avis. »
* La lettre où se trouve ce passage n'est pas du premier octobre, mais du mercredi 30 septembre. En sorte que c'est le 28, un lundi, en effet, qu'est mort l'évêque de Léon.
Le texte porte : t C'est ce qui l'a tué, comme Pascal. »
poésie et de l'éloquence. Sa prose est correcte, élégante, nombreuse; sa versification coulante, noble, pleine d'images. Quelques années de plus, où n'altoit-il pas? Mais mourir à trente-cinq ans, c'est, pour un homme de lettres, mourir au berceau.