LE DUC DE SAINT-A1GNAN
composée que de gentilshommes. La France jouissoil alors d'une paix profonde, et le dessein de M. le duc de Saint-Àignan étoit d'inspirer le goût des lettres à une noblesse oisive, dessein véritablement digne d'un bon citoyen. Car enfin, quand le goût des lettres ne seroit de nulle autre utilité pour un royaume, du moins il est certain que c'est une passion douce, qui écarte ou qui modère les passions turbulentes, et qui sert de préservatif contre les suites de l'oisiveté et de la barbarie.
Mais la protection que M. le duc de Saint-Aignan accordoit aux gens de lettres, ne se bornoit pas à son Académie d'Arles *. Quels sont les poëtes de son temps, qui n'ont pas laissé des témoignages publics de ce qu'ils croyoient devoir ou à ses lumières ou à ses bienfaits ? Jamais le mérite ne manqua de le toucher : surtout le mérite peu aidé de la fortune 2. Au lieu de ces dépenses
l'Académie royale • fut établie par lettres patentes données en 1060 et vérifiées au Parlement de Provence. Elle fut composée d'abord de trente et ensuite (en 4077) de quarante personnes c de mérite, de savoir et de qualité,» et elle obtint les mêmes honneurs, dit de Vertron, les mêmes privilèges, dit Horeri, que l'Académie Françoise. Sa devise était un laurier planté auprès d'un autre laurier, avec un soleil dardant ses rayons sur l'un et l'autre, avec ce mot : favenlur eodem. — L'allusion est facile à saisir; on sait que l'Académie françoise avoit pour devise on laurier, avec le mot : à l'immortalité.
1 « Non-seulement M. le duc de Salnt-AIgnan étoit le protecteur d'une célèbre Académie par un titre particulier : on peut dire qu'il l'étoit de tous les gens de lettres par une générosité qui n'exceptoil personne.... Il aimoit aussi tous nos exercices, et y venoit bien plus souvent qu'on n'eût osé l'espérer. » (Réponse de M. Bergeret au Discours de l'abbé de Choisy )
* Sans parler de Voiture, Scarron, Richer, Bols-Robert, Cba-