‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 32 sur 180 · LE DUC DE SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

LE DUC DE SAINT-AIGNAN

11 eût prétendu avec uti égal succès à une autre sorte de couronne, s'il eût vécu du temps que la Grèce attachoit tant d'honneur à ces jeux célèbres, où des rois même alloient faire preuve d'adresse et de force. Ces deux qualités, dont les anciens croyoient l'usage si utile à leurs héros, le faisoient infiniment paroltre dans les ballets de la cour. Premier gentilhomme de la Chambre' , à peine avoit-il reçu les ordres immédiats du Roi, que dans un moment il concevoit l'idée d'un spectacle magnifique, il en traçoit le plan, il composoit une partie des récits2 ; et quand Sa Majesté distribuoit les person nages, elle lui permettoit de choisir toujours le plus difficile.

Pour l'ordinaire, le sujet de ces fêtes galantes étoit tiré de nos vieux romans, dont il savoit imiter jusqu'au style3, comme nous le voyons par quelques-unes de ses

deVaucouleurs, P. Cally, Marin Le Verrier, J. LeTellier, Fr. Dolley» Savary, Beaussieu, Bosroger, de Montenay le Neuf, Bardou et Levavasseur. — L'ode du duc avait été lue par Joseph de Prémont Graiodorge, de Caen, étudiant au collège du Bois.

1 Il y avait quatre premiers gentilshommes de la Chambre, qui servaient une année chacun, et qui touchaient 3,500 livres de gages.

* Voyez les Plaisirs de l'Ile enchantée, dans Molière, les ballets, les carrousels, etc. (o.)

' L'abbé d'Olivet s'avance beaucoup trop en disant que c pour l'ordinaire le sujet des fêtes galantes de la Cour étoit tiré de nos vieux romans. • Il suffit d'en lire le catalogue pour voir que, s'il y a beaucoup de ballets tirés de la mythologie ou fondés sur des actualités, il y en avoit fort peu tirés des vieux romans. D'ailleurs les vers de ballets étaient récités, et le style archaïque y aurait fait, pour cette raison seule, assez mauvais effet. Ce n'est donc pas là que le duc de Sainl-Aignan essayait ses pastiches.

LE DUC DE SAINT-AIGNAN. 221 lettres imprimées avec celles de Voiture, et qui feraient grand honneur à Voiture lui-même *.

Quant à ses poésies9, le peu qu'il en a laissé sortir de son cabinet montre qu'il possédoit les règles de Fart comme ceux qui en font leur principal objet; mais que, par une (inesse de l'art même, il y répandoit de ces négligences méditées, qui donnent lieu de croire qu'on n'en a fait que son amusement.

Il procura en 1669 l'établissement de l'Académie d'Arles5, qui a cela de singulier, qu'elle ne doit être

1 Voyez dans les œuvres de Voilure, édition 1681, t. Il, p. 60» une « Lettre de M. le comte (depuis duc) de Saint-Aignan, étant prisonnier, à M. le comte de Guîche » (en prose;. Il y parle notamment de ces fêtes galantes auxquelles il ne peut plus assister : « par mon chief, moult desconforté suis et mis en désarroy. Hélas! cher sire, où sont maintenant allés jeux, momeries, danses et chansons? où sont mussez loing de moy jongleurs, menestriers, farceurs, herpeurs et appointeurs de vielles? Que sont devenus tournois, behours et tels autres esbanoyements où Ton voyoit piéça heaulmes enfondrer, haubers démailler, glaives froisser, destriers affoler, chevaliers gésir et escus desrompre....? »

» Il y en a dans les Mercure* galants, et dans quelques autres recueils de son temps.

L'abbé de Marolles, daus son Dénombrement d'auteurs, fait mention de Bradamante, pièce de théâtre, qu'il attribue a M. le duc de Saint-Aignan. Il y a en effet une tragi-comédie sous ce ' titre, imprimée sans nom d'auteur en- 1637. (o.) — 11 y aussi de ses ouvrages dans les œuvres de Voiture, de Scarron, dans les Mémoire* littéraire* de l'abbé d'Artigny, etc.. Celui-ci regrette qu'on n'ait pas recueilli les œuvres du duc de Saint-Aignan : on devait cet hommage c a un seigneur qui honora les beaux-arts et qui répandit ses bienfaits et ses largesses sur tous les poètes de son temps, a (Tome II, p. 310.)

' L'Académie royale d'Arles, nommée aussi simplement l'Académie royale, à en juger par le litre que prend M.deVertron, « de

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