JEAN-JACQUES DE M ES M ES
hommes illustres dans l'épée1, dans la robe, dans les ambassades; d'un nom que les Passerai, les Balzac, les Voiture 3, ont rendu si célèbre sur le Parnasse ; il soutint le poids de ce grand nom avec dignité. Ajouterois-je rien à cet éloge, quand j'aurois à y faire entrer de ces faits éclatants, sans quoi le vulgaire ne s'imagine point qu'on lui parle d'un grand homme? Un magistrat est souverainement grand, lorsqu'il remplit par de grands principes, et avec une fidélité non commune, les devoirs communs de son état.
11 n'y a d'imprimé de M. le président de Mesmes, que le discours qu'il Ot à l'Académie le jour de sa réception. Mais tous les discours faits en pareil cas, et les harangues des Académiciens prononcées devant le Roi, ou en d'autres occasions, se trouvent dans un recueil qui est connu du tout le monde4. Ainsi d'en allonger à chaque article la liste de leurs ouvrages, il y auroit eu à cela plus d'ostentation que d'utilité.
1 Le nom de M. de Mesmes, illustre dans la robe et dans les ambassades, ne tient guère à l'épée que par ses ascendants maternels.
9 Jean-Jacques de Mesmes, deuxième du nom, fils unique de Henri de Mesmes et de Jeanne Hennequin, eut pour précepteur Passerat.
• Claude de Mesmes, duc d'Avaux, célèbre en effet dans les œuvres de Voiture et de Balzac, était le second fils de Jean-Jacques II. Ses ambassades, surtout à Munster, l'ont rendu justement célèbre.
4 Nous avons fait à ce recueil de fréquents emprunts et Pavons souvent cité nous-méme.
Auditeur en la Chambre des Complet de Paris, reçu à l'Académie en 1670, mort le 16 novembre 168 S.
Il étoit Parisien, et de bonne famille. C'est ainsi qu'en parlent ses contemporains1 ; ils en dévoient être instruits ; et leur autorité prévaut à celle d'un imposteur1, qui, dans un ouvrage dicté par la médisance et par la colère, insinue que M. Quinault étoit fils d'un boulanger 3. Quand cela seroit, il n'en mériteroit que
1 Voyez le Menagiana et les Hommes illustres de Perrault, (o.) — D'01ivet,qui d'ordinaire méprise fort les anas n'est pas heureux en citant le Menagiana. Ménage dit en propres termes, a propos de Quinault : « Depuis que Piaule a été valet d'un boulanger, ce n'est plus un grand déshonneur ou une tache essentielle à un poêle d'en être descendu. » (Edit. 1694, t. I, p. 338.)
* Factura de Furelière contre l'Académie, (o.) — Voyez les Pièces justificatives.
* C'est un des torts de l'abbé d'Olivet de se montrer toujours passionné contre Furetière. Ici, la prétendue insinuation de l'imposteur se trouve être une vérité que Ménage avait signalée comme on l'a vu, et des Réaux l'avait aussi divulguée dans une anecdote qu'on lira plus bas. Leurs dires sont d'ailleurs confirmés par une pièce sans réplique, l'acte de naissance de Quinault. M. Beflara l'a publié d'après les registres de la paroisse de Saint- Eustache. On y voit, sous la date du 3 juin 1633, que Philippe Quinault est t fils de Thomas Quinault, maître boulanger, et de Perrine Riquier. » — Nous avons eu entre les mains une pièce où t Nicolas Quinot [sic), maître boulanger à Paris, • qui élit * domi-
plus d'estime, pour avoir si bien réparé le tort de sa naissance ; et bien loin de m'en taire, je me ferois un devoir de le dire en faveur de ceux qui viennent au monde avec des talents pour tout héritage. On les anime par ces sortes d'exemples -, la distance, qu'ils croyoient voir entre eux et la gloire, disparolt à leurs yeux ; ils aspirent à se donner un mérite, qui les venge de la fortune.
Tristan l'Hermite !, qui avoit vieilli dans la carrière du théâtre, jugea que M. Quinault pourroit un jour s'y distinguer ; et par un zèle assez rare dans les vieux auteurs, il entreprit de le former dès l'enfance, au hasard de se voir surpasser par son disciple. Celui-ci, avant
cile en son hôtel, rue Saint-Martin, » se porte, à la date du 25 février 1611, comme créancier d'un sieur Georges Duport < pour la somme de trente livres tournois, en vertu de certaine obligation faicte et passée le XXX1' sept. [M.] VIr VI, comme héritier de feu Lambert, son beau-père. » — Il est donc permis de penser que l'on connaît maintenant le grand-père de Quinault; Nicolas Quinault, de son mariage avec N'" Lambert, aurait eu Thomas, d'où Philippe Quinault.
1 Quinault était domestique de Tristan, c est-à-dire attaché à la maison de Tristan, et peut-être même simplement son valet, si l'on en croit Ménage et Tallemant. On lit dans les Historiettes, édit. in-18. t. VU, p. 120 : c M. de Guise parlant un jour d'un jeune garçon nommé Quinault, qui fait des comédies, où il y a beaucoup d'esprit : Vous voyez, dit-il, c'est le tils d'up boulanger : il n'enfourne pas mal. C'étoit le valet de Tristan... >
Voici maintenant ce que dit le Menagiana [édit. citée, t. I, page 135): iM. Quinault etoit valetjde M. Tristan. M. de Montausier disoit qu'en mourant il lui avoit laissé son esprit de poëte, qu'il auroit bien voulu lui laisser aussi son manteau, mais qu'il n'en avoit point. « — Voyez aux Pièces justificatives, Faclums de Furetière.
PHILIPPE QUrNÀULT. 227
l'âge de vingt ans, se fit connoltre Mais quelque succès qu'il dût espérer dans le genre dramatique, il fut trop sage pour vouloir se borner à la profession de poète, et il étudia pour embrasser celle d'avocat2. On assure mÇrae qu'il s'y rendit habile \ J'en doute roi s volontiers ; car un rimeur qui tous les ans donne une pièce, et quelquefois faux, ne sauroit guère pâlir sur le Code. Pour ne rien outrer, bornons-nous à dire que la science qu'il acquit chez un procureur, si elle ne fut pas des plus profondes, du moins fut heureuse pour lui, puisqu'elle amena son établissement. Un riche marchand de Paris, homme de bonne foi, mais que ses associés commençoient à inquiéter, parce que ses comptes n'étoient pas clairs, eut recours à M. Qqinault, comme à son ami, pour le tirer de leurs chicanes4. Peu de
1 Ne en 163a, Quinault a voit déjà, donné avant 1655 deux comédies el une tragi-comédie, favoir : les Rivales, représentée en 1653, la Gmdreuse Ingratitude, en 1634, et VAmoar indiscret la même année.
5 a Je l'ai vu, dit Ménage, clerc d'un avocat au conseil. ■ (Menagiana. édit. citée, t. Il, p. 132.)
» Perrault, Hommes illustres, dans l'éloge de Quinaujl. On peut voir aussi la Vie de Quinault* lu tête de ses ouvrages, édition de Paris, 1713. Mais celle Vie a été faite sur des mémoires peu exacts, (o.) — On lit en effet dans cet ouvrage, qui cite un passage de Perrault, que l'avocat dont Quinaull étail clerc, le chargea d'accompagner chez le rapporteur d'une ufluire un gentilhomme qu'elle intéressait. En attendant ce rapporteur, alors absent, Quinault mène le gentilhomme au théâtre. C'était en 1634. On jouait V Amant indiscret, h* gentilhomme, étonne de l'accueil que faisaient a son compagnon les gens les plus qualifies, le fut bien davantage quand il apprit que Quinaull était l'auteur de la pièce, el surtout quand il put juger de son enlenle des affaires.
4 Ménage rapporte autrement ee fait : « Un marchand qui ai-
temps après que ses affaires furent terminées, il mourut ; et M. Quinault épousa sa veuve, assez jeune encore pour lui donner une postérité nombreuse '.
A l'occasion de ce mariage, il prit une charge d'auditeur des Comptes2, et cessa de travailler pour le théâtre de la Comédie.
Alors l'Opéra ne faisoit que de naître en France 3 ; mais l'art incomparable de Lulli eut bientôt porté ce spectacle à une perfection où les Italiens eux-mêmes, qui en sont les inventeurs, ne l'ont jamais vu chez eux4.
moît la comédie, conçut tant d'estime pour lui qu'il l'obligea de prendre un appartement chez lui. • — Les deux récils d'ailleurs ne se contredisent pas. C'est peut-être parce que Quinault demeurait déjà chez lui, que le marchand le chargea de ses intérêts.
1 Quinault, on le verra plus loin, eut cinq Ailes et n'eut point de Gis.
» C'est en 1671 que Quinault acheta sa charge d'auditeur des Comptes. Vers celte époque, une charge de conseiller à la Cour des Comptes se payait cent mille livres environ. (Voy. les Parlements de France, par M. le vicomte de Bastard d'Estang. Paris, Didier, 1857, 2 vol. in-8°, t. I, p. 114.)
Depuis Pausanias, tragédie, jouée en 1666, il n'a voit rien composé pour la scène comique ou la scène tragique. La Cour des Comptes fit quelques difficultés pour l'admettre. De là les vers simaols :
Quinault, le plut grand des auteur* Dant votre Corps, Messieurs, a dessein de parottre. Puisqu'il a fait tant d'auditeurs.
Pourquoi Pempéchei-vous de l'être ?
s Le premier opéra français représenté en France est dû à Perrin, pour les paroles et fut chanté en 1659, à Issy, chez M. de La Haye, dont la fille épousa plus tard (1663) La Motbe-le-Vayer.
* Les uns attribuent la composition des premiers opéras à Otlavio Rinuccini, les autres à Emilio Cavalieri,mais on est d'accord sur l'origine italienne de ce spectacle.
Parmi tout ce qu'il y avoit de poètes en ce temps-là (et jamais la France n'en a eu ni de meilleurs ni en plus grand nombre) Lulli préféra M. Quinault', dans qui se trouvoient réunies diverses qualités, dont chacune en particulier avoit son prix, et dont l'assemblage faisoit un homme unique en son genre : une oreille délicate, pour ne choisir que des paroles harmonieuses ; un goût tourné à la tendresse, pour varier en cent et cent manières les sentiments consacrés à cette espèce de tragédie; une grande facilité à rimer, pour être toujours prêt à servir le Roi au besoin 3, une docilité encore plus rare, pour se conformer toujours aux idées, ou même au caprice du musicien \
i De Fréneuse de la Viéville, dans son livre intitulé Comparaison de la musique italienne et de la musique françoise, Bruxelles, 1708, prétend que Lutly, qui avoit le monopole des représentations en musique, avoit fait avec Quinaull un traité par lequel il s'engageoit à payer au poète quatre mille livres par chaque opéra, et celui-ci à lui fournir au moins un opéra par an.— Voyex aussi la Vie de Quinaull, placée en tête de ses œuvres, édition «739.
* Ce n'étoit pas seulement à faire des vers que paraissoil la facilité de Quinaull : « Le discours qu'il prononça le jour de sa réception [à l'Académie] et deux autres qu'il 6t au Roi sur ses conquêtes, à la tête de celle Compagnie, ont fait voir que Quinaull n'étoit pas mollis bon orateur que bon poète, surtout lorsqu'à) ant appris la nouvelle de la mort de 11. de Turenne au moment qu'il alloit haranguer le Roi, il en parla sur-le-champ d'une manière si juste et si spirituelle, qu'il seroit mal aisé d'exprimer la surprise qu'en eut toute la cour.» (Perrault, cité dans la Vie de Quinault, édition 4739.)
» Si l'on en croil De Freneuse de la Viéville, Lulli s'étoit réservé le droit de modifier à son gré la poésie de Quinault, que celui-ci avoit do déjà préalablement soumettre à la révision de Boyer et de Perrault, par ordre de Colbert.
Pendant qu'il travail I oit à un opéra, dont le Roi lui avoit prescrit le sujet, il Gt ces jolis vers, où il dit que l'opéra difficile à son gré, ce n'est pas celui que le Roi lui demande, mais c'est d'avoir à marier ses cinq filles 1 :
[ Ce n'est pas l'opéra que je fais pour le Roi
Qui m'empêche détre tranquille.
Tout ce qu'on fait pour lui parott toujours facile.
La grande peine où je me voi,
C'est d'avoir cinq filles chez moi,
Dont la moins âgée est nubile.
Je dois les établir et voudrois le pouvoir : Mais à suivre Apollon on ne s'enrichit guère]
C'est , avec peu de bien , un terrible devoir De se sentir pressé d'être cinq fois beau-père.
Quoi ! cinq actes devant notaire,
Pour cinq filles qu'il faut pourvoir!
0 Ciel ! peut-on jamais avoir
Opéra plus fâcheux à faire'?
Plaisanterie toute pure ; car M. Quinault étoit opulent. Sa femme lui avoit apporté plus de cent mille écus. D'ailleurs le Roi lui donnoit deux mille livres de pension, et Lulli, pour chaque opéra, quatre mille livres.
Ainsi, n'ayant point de fils, il n'étoit pas embarrassé de
1 Le passage qui suit, entre crochets, donne le commencement de la petite pièce de Quinault dont l'abbé d/Olivet ne cite que la fin.
* Le Menagiana nous a conservé uue réponse faite à ce madrigal fédit. citée, 11, 153) :
J'en sais, galant auteur, qui no tous plaignent puère De vous Sentir pressé d'être cinq fois beau-père.... etc.
se voir cinq filles. Trois ont été religieuses, et deux avantageusement mariées1»
Au reste, il a eu ses partisans, et ses ennemis. D'un côté, si nous écoutons M. Perrault, c'est « le plus grand
poète que la France ait jamais eu pour le lyrique et pour le dramatique*. » D'un autre côté, M. Despréaux, en plusieurs endroits de ses ouvrages, et surtout dans la troisième de ses Réflexions sur Longin, réduit presque à rien le mérite poétique de M. Quihault. Il met au rebut toutes ses comédies, toutes ses tragédies. Il reconnolt seulement en lui « un talent tout particulier pour faire des vers bons à mettre en chant. Mais, ajoute- t-il, ces vers n'étoicnt pas d'une grande force, ni d une grande élévation *, et c'étoit leur foiblesse même qui les rendoit d'autant plus propres pour le musicien, auquel ils doivent leur principale gloire \ puisqu'il n'y a en effet de tous ses ouvrages que les opéras qui soient recherchés. Encore est-il bon que les notes de musique les accompagnent. »
Mais, pourroit-on dire à M. Despréaux, s'il est nécessaire que nos vers aient une certaine foiblesse « qui les rende propres pour le musicien, » ne blâmez donc
1 Dans l'exposé des faits d'an mémoirf public pour un procès qui cclala après la mort de Quinault entre ses deux gendres, on lit : i Fait : Du mariage de messire Philippe Quinault, auditeur des Comptes, et de dame Louise Goujon, son épouse, sont nés deux enfants, Marie-Louise, épouse du sieur Lebrun (Charles Lebrun, auditeur des Comptes), et Marie Quinault, femme de M. Gaillard (conseiller en la Cour des Aides). Marie-Louise Quinault Lebrun a eu en dot 63,000 litres, Marie Qulnault-Gaillard, 80,000 livra.»
1 Parallèles des anciens et des modernes, (o.)
pas M. Quinault, puisqu'en ne leur donnant, ni une grande élévation, ni une grande force, il a fait, de votre aveu, ce qu'il devoit1.
Quoi qu'il en soit, une chose bien à remarquer dans
* L'abbé d'Olivet est revenu de son erreur. On Ut en effet dans ses Remarques de grammaire sur Racine (Paris, Gandouin, 1738), p. lit: c Je m'étois imaginé autrefois que des vers, pour être bons à mettre en cbant, ne dévoient avoir ni une grande force ni une grande élévation. J'étois tombé dans cette erreur parce que • je m'en étois rapporté à Despréaux. Mais s'il est bien vrai, comme des connoisseurs me l'ont assuré, que la musique des chœurs d'Esther et d'Alhalie soit parfaitement belle, il est donc faux que la musique demande des vers qui manquent de force et d'élévation. Racine et son musicien ont pensé, ont exécuté le contraire... Ainsi, toutes les fois que nos paroles d'opéra sont rampantes et misérables, ce n'est pas la faute ni de notre langue ni de notre musique, c'est uniquement la faute du poète. »
—Voici le passage de Despreaux, auquel fait allusion l'abbé d'Olivet . « Mœe de Montespan et Mme de Thianges, sa sœur, lasses des opéras de M. Quinault, proposèrent au Roi d'en faire faire un par M. Racine, qui s'engagea assez légèrement à leur donner cette satisfaction, ne songeant pas dans ce moment-là à une chose dont H éloil plusieurs fois convenu avec moi, qu'on ne peut jamais faire un bon opéra, parce que la musique ne sauroit narrer ; que les passions n'y peuvent être peintes dans toute l'étendue qu'elles demandent; que, d'ailleurs, elle ne sauroit souvent mettre en chant les expressions vraiment sublimes et courageuses. » — Despréaux ajoute qu'il commença en secret un prologue d'opéra et que Racine travailla de son côté, non sans dégoût, à un ouvrage du même genre. Il dit ensuite :
« Un heureux incident nous tira d'affaire. L'incident fut que M. Quinault s'étant présenté au Roi les larmes aux yeux, et lui ayant remontré l'affront qu'il alloit recevoir s'il netravailloit plus au divertissement de Sa Majesté, le Roi, touché de compassion, déclara franchement aux dames dont j'ai parle qu'il ne pouvoit se résoudre à lui donner ce déplaisir. .Sic nosservavit A polio. » (Avertissement, avant le Fragment dun prologue d'Opéra.)
PHILIPPE Ql'INAULT. Î33
M. Quinault, car elle tient de l'héroïque dans un poète, c'est qu'il étoit sans Gel. Jamais les traits satiriques, dont il fut cruellement percé, ne le portèrent à écrire contre M. Despréaux, qui étoit l'agresseur. Il rechercha même son amitié. Homme de mœurs très-simples, n'ayant que des passions douces, régulier dans toute sa conduite, bon mari, bon père de famille.
A peine commençoit-il sa cinquante- quatrième année, qu'il sentit les approches de la mort, insomnies, dégoût, langueur, à quoi les médecins ne connoissoient rien. Pendant deux ou trois mois il se vit, pour ainsi dire, mourir plusieurs fois par jour ; c'étoient de continuelles défaillances; d'ailleurs l'idée de Lulli, mort l'année précédente sans beaucoup de préparation, l'avoit frappé; il en profita chrétiennement, et marqua bien du regret d'avoir empoisonné l'Opéra d'une morale efféminée , dont les païens même n'eussent pas souffert chez eux une école publique '.
Outre les pièces de théâtre, dont je vais donner les
1 Despréaux s'est élevé, au nom de la morale, contre les opéras , de Quinault, dans le passage suivant de sa dixième satire, publiée en 1693 (vers 127-148 : — Tu prends femme, dit-il;
• Par toi-même bientôt conduite à l'Opéra,
De quel «il penses-tu que ta sainte Terra
D'un spectacle enchanteur la pompe harmonieuse.
Ces danses, ces héros à toit luxurieuse;
Entendra ces discours sur l'amour seul roulants,
Cet doucereui Reuauds, cet insensés Roland* ;
Saura d'eux qu'à l'Amour, eotnmv au seul Dieu supretnr.
On doit immoler tout, jusqu'à la vertu même,
Qu'on ne sauroit trop |At se laisser enflammer,
Qu'on n'a ttÇU du Ciel un cœur que pour aimer,
titres et les dates, nous avons de lui quelques vers imprimés dans les recueils de son temps, et les paroles qui se chantent dans la Psyché de Molière1.
Et tout ces lieux communs de morale lubrique Que Lulli réchauffa des sons de M musique ......
A l'appui de cette critique, Despréaux citoit ces vers de l'opéra VAty* :
Dans l'empire amoureux Le de toi r n'a point de puissance :
Il faut souvent, pour devenir heureux, Qu'il en coûte un peu d'iunocenec.
[Attj$, acte III, scène n.)
' Le plan de la pièce, et la plus grande partie des vers non chantés sont de Molière; quelques-uns sont de Corneille; les vers mis en musique sont de Quinault. — Sainl-Kvremond, dans sa comédie satirique intitulée les Opéras, a employé quelques vers du prologue de Quinault. (Édlt. 1753, t. IV, p. 157.) — Dans la même pièce, il fait, avec quelques réserves, le même éloge de. Quinault (page 94), qu'il en avoit déjà fait (page 53), dans ses Réflexions sur les Opéras.
— Voici le jugement porté sur lui par Chapelain : « Quinault est un poète sans fond et sans art, mais d'un beau naturel, qui touche bien les tendresses amoureuses. » (1662.)