‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 40 sur 180 · P. de Doiu. t. N. <te Dout, i. N. de D««i · texte numérisé non relu

P. de Doiu. t. N. <te Dout, i. N. de D««i

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Raymond Pellisson fut ambassadeur de France en Portugal en

PELLISSON. 259 nom ancien dans la robe , il ajouta celui Je sa mère, Fontanier, pour se distinguer de son atné. Sa mère, femme de beaucoup d'esprit, mais fort entêtée du calvinisme, le nourrit dans l'erreur'. Il fit ses humanités à Castres3, sa philosophie à Montauban et son droit àTou-

1536. En 1537, il Tut fait président au sénat de Chambéry; en 1546, mattre des requêtes.

l'ierre Pellisson fut le premier de sa race à embrasser la religion protestante; odieux pour ce fait à sa famille, il ne put entrer dans la succession de son pore. Henri IV, pour l'en dédommager, le fit, en février 1585, maître des requêtes de l'hôtel de Navarre; le 31 juillet 1592, conseiller en la cbambre de l'édit de Castres ; et le 28 septembre, conseiller au conseil privé ; en 1588, il épousa Anne Dubourg. (Gf.t. I, p. 43).

Jean-Jacques Pellisson fut conseiller a Castres; c'est lui qui a fait l'abrégé des Arrêts de Géraud de Maynard ;Cf. t. I, p. 105). Il épousa Jeanne de Fontanier, fille et héritière de Fr. de Fontanier, secrétaire du Roi, intime ami de M. de Lomenie, secrétaire d'fitat. MM. de Bouillon, dit-on, sont sortis de celle famille par les femmes. La charge de J.-J. Pellisson, qui valait cinquante mille écus, fut perdue, à sa mort, pour ses enfants.

Des deux garçons laissés par Jacques, l'alné, Georges, uniquement occupé de ses éludes, ne tira aucun parti d'un très-grand savoir et d'une très-belle intelligence. On a de lui cependant des Mélanges de divers problèmes qu'il publia en 1017, où il expose le pour et le contre dans des questions de physique et de morale, comme La Molhe Le Vaycr. Créé conseiller d'État en 1600, après avoir rempli quelques charges en province, il vint mener à Paris une vie obscure, qu'il termina en 1077. Sa mère, qui lui avait acheté sa première charge, laissa en mourant toute sa fortune à son fils cadet, Paul Pellisson, l'auteur de V Histoire de V Académie .

Noos écrivons le nom de Pellisson comme l'illustre écrivain. Il signait : Pellisson- Fontanter. (Voy. à la Bihlioth. inip« r., fonds Seguier, n" '■?;.)

1 La mère de Pellisson, restée veuve vers IOÎ0, fut seule chargée de l'éducation de ses enfants.

• Sous M«>rus, le père du célèbre Alexandre Morns. pasteur de

louse, où à peine eut-il donné quelques mois à l'étude, qu'il entreprit de paraphraser les Inslitutes de Justinien1. A la vérité, il n'en publia que le premier livre : mais ce premier livre suffiroit pour nous faire douter que ce pût être l'ouvrage d'un jeune homme, si la date de l'impression n'en faisoit foi.

Peu de temps après il vint à Paris, où le célèbre Conrart, pour qui les protestants de Castres lui avoient donné des lettres de recommandation , se lit un honneur de le montrer à ces premiers Académiciens, dont sa maison étoit le rendez-vous. Tout portoit dès lors M. Pellisson à oublier sa province. Il eut cependant le courage d'y retourner, et de suivre le barreau à Castres, pour se disposer à remplacer dignement ses pères. Mais sa carrière ne faisoit que de s'ouvrir, lorsqu'il fut tout à coup arrêté par une petite-vérole, qui non-seulement lui déchiqueta les joues et lui déplaça presque les yeux, mais affaiblit et ruina pour toujours son tempérament2.

l'église réformée de Cbarenlon.A l'âge de douze ans, ayant déjà ter» miné sa rhétorique, il alla faire sa philosophie à Montauban (1636).

1 Pellisson entreprit, à l'âge de dix-neuf ans, en 1615, celte paraphrase, qu'il publia plus tard. — Cf. I, pp. 18-19.

* Pellisson se retira alors à la campagne, chei M. de La Ville- Bressieux, pour qui il fit une traduction, maintenant perdue, des quatre premiers livres de V odyssée. La Bibliothèque de l'Arsenal (Bis. de Conrart, in-4°, t. xix) conserve une copie d'un Discours sur les livres V-1X de l'Odyssée, écrite par Conrart , corrigée de la main de Pellisson. M. Marcou, qui .s'occupe d'un travail spécial sur Pellisson et à l'obligeance duquel nous devons plusieurs bons renseignements, nous fournil la preuve que ce Discours est de Pellisson, en nous citant ce fragment d'une lettre écrie par lui à M. de Donneville, son ami(31 décembre 1630) : « J'ai dicte quelques livres d'Homère de la manière que vous savez. » (Ms. de Conrart, in-f, V.)

Au lieu de chercher de vains secours dans l'art des médecins, il crut ne pouvoir se consoler qu'avec les Muses', et pour cela il revint à Paris. Ses amis ne le reconnurent plus aux traits du visage. Ils le reconnurent à des traits plus durables, à des manières douces et liantes, a un enjouement délicat, et surtout à une certaine éloquence de conversation, qui lui étoit particulière. 11 abusoit, disoit-on, de la permission qu'ont les hommes d'être laids3 : mais avec toute sa laideur, il n'a voit pour plaire qu'à parler. Son esprit lui servoit, non pas à en montrer, mais à en donner ; et I on sortoit d'avec lui, non pas persuadé qu'il eût plus d'esprit qu'un autre, mais se flattant d'en avoir pour le moins aulant que lui, tant il avoit l'art de se proportionner à toute sorte de caractères.

Parmi les personnes qu'il cultiva, et que son mérite lui avoit données pour amies, M11* de Scudéri tient le premier rang3. Une parfaite conformité de génie, de

1 Peut-être Pellisson y était-il venu à l'époque ou il publia, chet le libraire Somma ville, sa Paraphrase du premier Ixvre des Instt tûtes, dédiée par lui, sous le nom du libraire, au cbancelier Scguier. Il y était à coup sûr à la lin de 1G5U, puisque sa première lettre à M. de Donneville est datée du 31 décembre de celle année ^oy. la note précédente). Mais, en 1048 et 1040, il était a Castres, comme on le voit par les registres des séancrs de l'Académie de Castres, dont les statuts sont datés du 19 nov. 1048. On y trouve la mention de douze morceaux plus ou moins considérables qu'il y lut dans le cours de ces deux années, et dont quelques-uns sont encore conM*rv« s.

• Madame de Se v igné, lettre LXXV. (o.)

1 Mjgdeleine de Scudéri, auteur de plusieurs romans, morte a l'ige de 04 ans, le 2 juin 1701. (Voyez le Journal des Savants.) (oj — Celte lin de la note a élé donnée dans l'édition de 1743.

goût et de sentiments les avoit faits l'un pour l'autre. Jamais, peut-être, liaison si tendre ni si constante1. Ou ils se virent, ou ils s'écrivirent tous les jours, durant près de cinquante ans, hors une partie du temps que M. Pellisson fat à la Bastille, comme je le dirai tout à l'heure.

Un autre favori des Muses, le célèbre Sarasin, étoit de leur société. Après sa mort, qui fut prématurée, et môme, à ce qu'on a toujours cru, violente 2, le recueil de ses ouvrages fut dédié à M,,e de Scudéri3, et accompagné d'une préface où le bon cœur de M. Pellisson ne se fait pas moins sentir que la justesse de son esprit. Mais une chose qui paraîtra singulière, et que je n'aurois point hasardée sans la savoir d'original, c'est que Sarasin étant mort à Pézenas en 1654, et M. Pellisson passant par cette ville quatre ans après 4 , il se transporta sur la tombe de son ami, l'arrosa de ses pleurs, fit célébrer un service pour lui, et lui fonda un anniversaire, tout protestant qu'il étoit alors5.

1 Ta Hem a nt rapporte quelques circonstances qui se rattachent au début de cette liaison, t. ix, p. U2 (édit. in-18). — M1'0 de Scudéri, née en 1607, avait dix-sept ans de plus que Peilisson.

* Voy. les Mémoires de Daniel de Cosnac, publiés par la Société de l'Histoire de France : l'auteur y nie ce fait.

* Par Ménage, éditeur du Recueil : Les Œuvres de M. Sarasin, Paris, Courbé, 4656, 2 tomes en un vol. in-8°. La Prérace de Peilisson, très-laudative, ne compte pas moins de 72 pages. — Sur les rapports de Peilisson, Sarasin, Mlle de Scudéry et la société de leurs amis, Voy. les très-curieuses Chroniques du samedi, que publie en ce moment M. Feuillet de Conches.

* En 1659, lorsqu'il alla prendre possession d une charge de maître des comptes à Montpellier. Il avoit été pourvu de celle de secrétaire du Roi en 1652, et il fut maître des requêtes en 1671 . (o.)

» D'Olivet, dans une de ses Lettres au président Bouhier (voy.

Au reste, il n' avoit pas moins l'esprit des affaires que celui des lettres ; et lors même quil avoit paru faire son capital de la poésie, et d'autres semblables amusements, il n' avoit pas laissé de travailler en même temps à se faire un fonds de connoissances utiles, qui le rcn* doient propre à toute sorte d'emplois

Tant de talents réunis , et dans un si haut degré, lui attirèrent l'estime de M. Fouquet, surintendant des finances, qui le fit en i657 son premier commis, et bientôt son confident. Quatre années tranquillement passées dans cet emploi lui firent goûter le plus doux plaisir d'une grande âme, le plaisir de pouvoir faire du bien. Mais en 1661 , la disgrâce de M. Fouquet ayant éclaté, le premier commis fut mis à la Bastille2.

On crut que, pour découvrir d'importants secrets, le vrai moyen c'étoit de faire parler M. Pellisson. Pour cela on aposta un Allemand simple et grossier en apparence, mais fourbe et rusé, qui feignoit dVtre prisonnier à la Bastille, et dont la fonction étoit d'y jouer le rôle d'espion. A son jeu et A ses discours M. Pellisson le pénétra : mais ne laissant point voir qu'il connût 1<«

a la suite de mie Histoire ], reconnaît sou erreur. LVpitaphe de Sarasin n'est pas de Pellisson, mais de Ménage, et elle figure parmi les poésie* latines de ce dernier. ( fcdil des Elicv., p. 86.)

1 En 16N», il fui revu maître des compte* à Montpellier, après avoir négocie et prépare le rétablissement de la Compagnie qui avait ete interdite; le i'.i septembre 1660. il prêta serment de conseiller d'Etat, peu de mois après son frète, Georges Pellisson.

* Arrêt»» a Vîmes avee Kouquet, pellisson fut rament' à Pari», a cheval, par d'Arlagnan, qui, a)ant laisse Fouquet ;i A m boise, le conduisit lui-même à la Pastille, ou Pellisson, dit fiuv Patin ^lettre du 6 dec. 1661), arriva • à rhev.d, en bonne compagnie. »

. 264 PKLLISSON.

piège, et redoublant au contraire ses politesses envers cet Allemand, il enchanta tellement son espion, qu'il en fit son émissaire. Il eut par là un commerce journalier de lettres avec M11* de Scudéri, et fit passer jusqu'à elle divers ouvrages qu'il avoit composés dans sa prison en faveur de M. Fouquet. Quand ils parurent, on ne fut pas longtemps à en deviner l'auteur. Pouvoit-on se tromper à son genre d'éloquence? Aussitôt plumes et encre lui furent ôtées, et l'on s'y prit de manière à empêcher qu'il n'eût la moindre correspondance au dehors.

Resserré dans un Heu isolé, qui ne prenoit jour que par un soupirail, n'ayant pour domestique et pour toute compagnie qu'un Basque stupide et morne, qui ne savoit que jouer de la musette , il crut devoir se précautionner contre les attaques d'un ennemi que la bonne conscience et le courage ne domptent pas toujours: je veux dire contre les attaques d'une imagination oisive, qui devient le plus cruel supplice d'un solitaire, lorsqu'une fois elle s'effarouche. Voici donc à quel stratagème il eut recours. Une araignée faisoit sa toile à ce soupirail dont j'ai parlé : il entreprit de l'apprivoiser, et pour cela il mettoit des mouches sur le bord de ce soupirail, tandis que son Basque jouoit de la musette. Peu à peu l'araignée s'accoutuma à distinguer le son de cet instrument, et à sortir de son trou, pour courir sur la proie qu'on lui exposoit. Ainsi l'appelant toujours au même son , et mettant toujours sa proie de proche en proche, il parvint, après un exercice de plusieurs mois, à discipliner si bien cette arai-

PELLISSON. 26S gnée, qu'elle partoit au premier signal pour aller prendre une mouche au fond de la chambre, et jusque sur les genoux du prisonnier.

A Feutrée du troisième hiver qu'il passa à la Bastille, Mt,e de Scudéri s'étant doutée qu'il pourroit demander un ramoneur, elle tenta cette voie pour lui écrire. Sa lettre, malgré les barrières et les verroux, lui fut heureusement rendue. Eh! de quelle ressource n'est pas une sincère amitié ! Elle a toute la vivacité, toute l'industrie de l'amour ; elle n'en a pas la folie.

Par les soins de cette amie généreuse, qui fît parler en sa faveur les plus honnêtes gens de la cour, enûn il obtint un peu de liberté. On lui permit d'avoir des livres, il demanda la Bible et les Pères de l'Église ; il lut particulièrement les grecs, qui lui parurent si fort opposés au dogme affreux de Calvin sur la prédestination , que l'évidente fausseté de ce dogme capital suffit pour troubler sa conscience, et pour lui rendre suspects les autres points du calvinisme. Plus il les examina, plus il en reconnut l'erreur.

Après quatre ans et quelques mois de prison, il fut élargi1. Mais, quoique catholique dans l'âme, .il différa encore de quatre autres années son abjuration, par des motifs que le monde appelle principes d'honneur, mais

1 Pendant sa captivité, Tanneguy Le Fèvre lui dédia son édition de Lucrèce, avec commentaires, et sa traduction du Traité de la Superstition , de Plutarque; le jour où il fut permis de le visiter, le duc de Montausier, qui avait ett* reçu le malin au Parlement, le duc de Saint-Aignan et une foule de personnes du plus haut rang s'empressèrent de le venir voir.

que les casuistes nomment foiblesse et mauvaise honte. Tout son bien s'étoit dissipé pendant sa prison il ne vouloit pas qu'on pût le soupçonner de s'être converti par des vues de politique et d'intérêt. Telle étoit son inquiétude, quand le Roi, touché de la fermeté qu'il avoit marquée dans ce qu'il avoit cru son devoir, voulut s attacher un si fidèle serviteur, lui assura deux mille écus de pension, et lui ordonna de se tenir à la cour. Alors sa fortune n'étant plus dans son idée un obstacle à son changement de religion, il se déroba pour en aller faire la cérémonie dans l'église souterraine de Chartres, et il la fit le 8 d'octobre 1670 \

Je ne sais pas au juste combien de temps après il prit le sous-diaconat. Mais il le prit certainement; et les protestants qui lui ont fait un crime d'avoir des bénéfices pour vingt mille livres de rente, ont apparemment ignoré qu'il les tenoit en qualité d'ecclésiastique 3.

Tout ce qu'il a fait depuis sa conversion peut se renfermer en deux mots, car il n'eyt dès lors que ces deux objets devant les yeux : l'avancement de la religion et la gloire du Roi.

1 Deloi t cite plusieurs lettres adressées à Colbert par Pellisson et par sa mère, pour demander soit des adoucissements à sa prison, soit des dégrevations de taxes. Dans une lettre du 29 novembre 1665, il se dit ruine, taxé à deux cent mille livres, etc.

» Pellisson fil son abjuration entre les mains de Gill>erl de Choiseul du Plessis-Praslin, alors évoque de Chartres et, depuis, de Tournai.

3 II étoit abbé de Gimont et prieur de Sainl-Orens d'Auch. (o ) — Le prieuré de Saint-Orcns valait î,000 livres, et l'abbaye de Gimont 8,000,

On n'a rien de ce qu'il écrivit à la gloire du Roi que des pièces détachées : au nombre desquelles n'oublions pas ce fameux Panégyrique \ qu'il prononça dans l'Académie, et qui fut aussitôt traduit en italien, en espagnol, en anglois, en latin, et même en arabe9. Mais un grand ouvrage qu'il avoit presque fini, et dont jusqu'à présent on n'a publié que des fragments, c'est Y Histoire de Louis XI V, à la prendre depuis la paix des Pyrénées jusqu'à celle de Nimègue. Témoin oculaire de tout ce qui ce qui s'étoit passé, et aussi grand maître qu'il Tétoit dans l'art d'écrire l'histoire, il pouvoit donner un Tile-Live à la France, comme elle a un Sophocle et un Euripide.

Quant à son zèle pour l'avancement de la religion, les protestants s'en plaignoient si hautement dans tous leurs écrits, qu'il seroit inutile d'en alléguer d'autres preuves. Mais leurs plaintes, quel éloge pour M. Pellisson ! jamais ne tombèrent que sur l'activité de ce zèle. Car du reste ils étoient forcés d'avouer que ce grand convertisseur1, ainsi le nommoient-ils , n'usoit de sa faveur auprès du Roi que pour ménager les intérêts, tant spirituels que temporels, de ceux qui secouoient

1 Voy. l. !, |». 33Î.

* En arabe, par un patriarche du inouï Liban. L'original était, au dix-huitième siècle, dans le cabinet du Roi, et est peut-être encore maintenant à la Bibliothèque impériale.

3 Voy. une curieuse lettre de lui imprimée à la suite de l'ouvrage inUtulé : La politique du clergé de France. La Haye, 1682, in- 16, pp. 102 et suiv., où il parle de l'emploi qu'il fait des fonds de la caisse des nouveaux convertis, dont il est directeur.

le joug de Terreur1 ; que les revenus des économats 9 confiés à sa prudence étoient dispensés avec la plus exacte fidélité; et qu'enfin à l'égard de ses ouvrages polémiques, la controverse y étoit sans amertume, et la théologie avec des grâces'.

1 Dans une lettre de Rapin-Thoiras à Le Dachat (mai 1722), récemment publiée dans le Bulletin de la Société de l'histoire du Protestantisme franrois (6* année, p. 71), on lit ce passage décisif de la pari d'un auteur qui était à la fois le neveu et le filleul de Pellisson : « Quant à la religion, il auroit fallu avoir des yeux bien perçants pour démêler ses sentiments secrets parmi ses actions extérieures, par lesquelles il affectoit sans cesse de témoigner une persuasion très-sincère de son attachement à la religion romaine, et de quelques-unes desquelles vous avet été le témoin. La seule chose qui auroit pu causer quelque soupçon, mais qui n'étoit pas publique, c'est que, depuis son changement jusqu'aux temps de la grande persécution, il ne fil jamais aucun effort pour pervertir ni ma mère, sa sœur, ni mon père, ni mon frère aîné, ni moi.... Mais depuis que je fus arrivé à Londres, je me vis obligé à soutenir de terribles assauts contre lui. Il me tenta par toutes sortes de voies ... Yoilà, Monsieur, les contrastes qui donnent quelque lieu de douter de ses sentiments intérieurs par rapport à la religion : d'un côté point d'efforts pour nous pervertir, mes frères et moi, pendant que nous avons été en France; et, de l'autre, de violentes sollicitations à mon égard dès que j'ai été hors de France. » — Sur Rapin-Thoiras, auteur de cette lettre, voy. les Mémoires de Jean Hou, 2 vol. ln-8°, t. n, pages 304 i l suiv ).

' Pellisson était économe des abbayes de Cluny et de Saint- Germain des Prés.

3 « Il avoit fait un livre intitulé : Réflexions sur les différends de religion, dans lequel il prétendoit avoir battu les réformés eux-mêmes. II... m'écrivit. .. qu'il me prioit... de lui en dire mon sentiment, comme je me le dirois à moi-même, sans consulter qui que ce fût. J'obéis exactement à son ordre. Je ne sais si vous ave* lu ce livre; mais, quoi qu'il en soit, il ne respire que la

PELLISSON. *Gî> il mettoit la dernière main à son Traité de l Eucharistie, quand la mort le surprit à Versailles, après une foiblesse de quelques jours. C'étoit un tempérament usé par de fréquentes maladies, et par un travail opiniâtre, qu'il n'avoit pas interrompu depuis sa tendre jeunesse. D'abord il ne prit la maladie qui remporta que pour un de ces épuisements passagers dont il s étoit déjà tiré cent fois. 11 l'écrivit ainsi, de sa propre main, à M1" de Scudéri, le jour même de sa mort. Il reçut ce jour-là plusieurs visites; sur le soir il se promena un peu dans sa chambre; il se mit ensuite tout habillé sur son lit, où il s'endormit, et fut trouvé mort quelques heure#après. Comme il n'avoit pas reçu les derniers sacrements, ce fut assez pour faire parler l'impiété et l'hérésie* . Mais le bruit qu'elles firent ne trouva d'asile que dans quelque coin de la Hollande-, ou s'il

douceur el la charité, et il établit pour maxime qu'on ne convertit point les gens en leur disant des injures el par la violence, etc. Comme il ne m'aToit point averti qu'il fût l'auteur de ce livre, je ne le crus point de lui. Ainsi, entre plusieurs choses, je lui dis que j'approuvois beaucoup les maximes de douceur que l'auteur établissoil ; mais qu'il me sembloil qu'elles venoient assez m al, a propos dans un temps où manifestement on suivoil en France des maximes toutes contraires; qu'il me sembloil en tendre Sganurelle écrire a sa femme : « Mon cher cœur, je vous rosserai ; doux objet de mes yeux, je vous nsso minerai. » [Lettre de. Raptn-Thon n\. citée plus b^ut.)

1 Nous renvoyons sur ce point, fort controverse , au Bulle loi du Protestantisme françois, t. IV, p. 322, t. VI, p, 7G, aux Memoires de Jean Hou, t. Il, p. 304; aux Lettres de Bossuel, edit. de Versailles, 1818, t. 37, p. 475, el enfin , par anticipation, à l'ouvrage spécial que doit faire paraître prochainement M. Marcou, et aux Chroniques du Samedi, publiées par M. Feuillet de Conçue*.

lil impression ailleurs, ce ne fut que sur ceux qui

aiment à croire que l'on meurt comme ils vivent

J'avois fini cet article dans mes deux premières éditions par une épitapbe latine de Sarasin qui m'avoit été communiquée par M. l'abbé Ferriès, propre neveu de M. Pellisson, qu'il en croyoit le véritable auteur. Mais depuis j'ai reconnu qu'elle éloit incontestablement de Ménage7, puisqu'elle se trouve imprimée parmi ses autres poésies. Avec quelle défiance un historien doit-il employer les mémoires qu'on lui fournit, ceux mômes qu'il croit recevoir de la meilleure main !

1 Les premières éditions portaient : « Perinne, que je sache, n'ayant fait répitaphe de M. Pellisson, j'en vais rapporter une dont il est auteur, et qui paroll faite pour lui :

Adsta, viator : Saracenus hic jacvt, Ooctu», disertus ; erudttut, elcgans ; Oratione qui soluta commode, Idemque versa teriberet féliciter ; C.omi», veuustua, et facetua, et placeus, Aulae perilus, et aagax, et callidui; Domi, forisque, in otio, to uegotio, Pariter jocoèis et vaeabat serii».

In cuucta rerum transieos miracula.

Luge, «iaior : Saracenu» hic jaerl.

Otons Sarasin et mettons Pellisson, la mesure du vers en souffrira; mais pour le sens il n'y aura rien qui ne cadre d'un bout à l'autre. » — Nous conservons ce passage à cause de l'éloge de Sarasin, dont l'abbé d'Olivet fait un éloge de Pellisson.

* L'abbé d'Olivet fut averti de son erreur par le savant P. Oudin, son ami. Celui-ci en effet écrivoit à M. Michault, avocat au parlement de Dijon : « Quant à l'attribution de l'cpilapbe a M. Pellisson, j'avertirai M. l'abbé d'Olivet, afin que s'il fait une nouvelle édition de V Histoire de l'Académie françoise,i\ rende à Ménage ce qui appartient à Ménage. Il ne faut pas, comme vous le dites assez plaisamment, déménager les épitaphes. » [Mélanges hist. et philolog. de Michault, t. n,p. 562

lîOGEH DK KABUTLN,

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