‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 50 sur 180 · II. Perrault ayant envoyé ses Parallèle* à M. Huet · texte numérisé non relu

II. Perrault ayant envoyé ses Parallèle* à M. Huet

1 Le poëme du Siècle de Louis le Grand, origine de la querelle, fut lu dans l'Académie le 27 janvier 1687. (o.)- En 1687, la liste des Académiciens comprenoit messieurs : Renouard de Villayer, Bussy-Rabutin, Irland de Lavau, Bergeret, Racine, Charles Perrault, Bossue t, l'abbé Jacques Testu, Gallois, Thomas Corneille, le duc de Coislin, l'abbé Tallemant, Charpentier, de Tourreil, le cardinal d'Estrées, Pellisson, Qulnault, Potier de Novion,le comte d'Avaux, de Cbaumont, Boyer, le marquis de Dangeau. Boileau- Despréaux, La Fontaine, l'abbé de Dangeau. Segrais, l'abbé de La Chambre, Harlay de Champvalon, le comte de Crécy, le duc de Saint-Aignan, Jean Doujai, B?n.»erad.\ Huet, Barbier-d'Aucour, Fléchier, Rose, Colbert, archevêque do Rouen, Régnier des Marais, l'abbé François Tallemant. Une | 'ace éloit inoccupée : c'étoil celle de Furetiére, exclu en 1685, et qui ne fut remplacé qu'en

L'abbé d'Olivel met hors de cause Bossuet et Fléchier : leur opinion valait cependant bien qu'on cherchât a l'exposer.

* Sans nommer personne, il y attaque formellement Pierre Perrault, qui avoit publié une défense de l'opéra VAlceste, par Quinault. Voyez Y Histoire de la querelle des anciens et des modernes, par M. H. Rigault, p. 132. — Nous ne pouvons recommencer ici à tniter cette question, épuisée dans le savant ouvrage auquel nous renvoyons.

L'ABBÉ DE LAVAI'. Î83 celui-ci entreprit de le tirer d'erreur, par une lettre insérée dans le recueil de ses Dissertations, outre qu'il revient encore plus d'une fois à la charge dans Huetiana% livre qu'on peut regarder comme son testament littéraire.

III. A l'égard de La Fontaine, sans toucher ici à ses autres ouvrages, contentons-nous d'une épttre qu'il composa dans le fort de la dispute, et où, après avoir dit nettement :

Que faute d'admirer les Grecs et les Romains, On s'égare en voulant tenir d'autres chemins,

il ajoute :

Je vois avec douleur ces routes méprisées.

Arts et guides, tout est dans les champs Élysées.

J'ai beau les évoquer, j'ai beau vanter leurs traits,

On me laisse tout seul admirer leurs attraits.

Térence est dans mes mains; je m'instruis dans Horace;

Homère et son rival sont mes Dieux du Parnasse.

Je le dis aux rochers : on veut d'autres discours;

Ne pns louer son siècle est parler à des sourds.

Je le loue, et je sais qu'il n'est pas sans mérite,

.Mais près de ces grands noms notre gloire est petite '.

IV. Homère étant un des anciens, contre qui Perrault s'est le plus déchaîné, l'ahbé Régnier essaya de le faire connoltre par une traduction en vers françois du premier livre de Y Iliade1, précédée d'une longue préface

1 Êpître à M. Huet, en lui donnant un (juintilien traduit par Toscanella. o.)

* Despreiux écrivait à ce sujet a Brouette : c 11 parolt ici une traduction en vers du itr livre de Y Iliade d'Homère, qui, je croi*, va donner cause gagnée a M. Perrault... Cette traduction est cependant d'un fameux Académicien, et qui la donne, dit-il, au

m G01BAUD DU BOIS.

où il montre, non-seulement beaucoup de zèle, mais beaucoup de raison et de goût.

V. Je ne dis rien de M. Despréaux. On ne sait que trop avec quelle vigueur il combattit. Il ne se contenta pas d'aiguiser, il empoisonna ses traits.

Pour anéantir donc Homère, Sophocle, Euripide, Térence, Virgile, Horace : pour opposer à Racine, à Huet, à La Fontaine, à Régnier, à Desprcaux, nous avons d'Académiciens, jusqu'en 1087 : MM. de Lavauet Charpentier, guidés par M. Perrault, qui avoiteu pour précurseur M. Desmarests.

PHILIPPE G01BAID Dt BUIS,

H. çi» a l'Académie le it novembre 1693, mort le rr juillet 161*4.

Puisqu'il n'a point laissé d'enfants, à qui la connoissance que Ton aura de son origine puisse nuire ou déplaire, et que d'ailleurs nous devons, comme je crois l'avoir déjà remarque ', faire bt ntir à ceux dont la naissance est obscure, qu'il ne lient qu'à eux de s'élever par la voie des lettres , je ne me ferai pas un scrupule de dire que M. Du Bois, cet auteur de tant d'ouvrages si graves, commença par être maître à danser.

Il fut produit en cette qualité auprès du duc de

public, pour faire voir Homère dans toute sa force. » (Lettre du M juil. 1700. — Correspond, de Boihau rt de Rtoxscfir, publiée par M. Laverdet. Paris, Tecbeoer, I vol. in-tt". * Dans l'article deQuiuault.

GOIBAUD 1>U BOIS. 28.S Guise1, qui, dans sa plus tendre enfance, s'accoutuma si bien à le voir, et se prit tellement d'amitié pour lui, qu'il ne voulut point d'autre gouverneur. Ce n'est pas une chose rare, qu'il y ait dans les hommes de tout autres talents, et des talents bien plus essentiels que ceux dont leur profession leur donne lieu de faire usage. On ne fut pas longtemps à l'éprouver dans M. Du Bois-, et si, par son premier métier, il étoit propre à former son disciple aux exercices du corps, la suite fit voir qu'il Fétoit infiniment plus à lui donner des leçons de morale, et à lui inspirer l'amour de la vertu.

Pour se mettre en état de bien faire son emploi, il eut le courage d'apprendre les éléments du latin à l'âge de trente ans. 11 s'y appliqua par le conseil de MM. de Port-Royal, qui gouvernoient non-seulement mademoiselle de Guise, mais tout ce qui approchoit cette vertueuse princesse. Il les choisit pour directeurs et de sa conscience et de ses études. Il devint sous leur discipline un modèle de régularité. Il prit même assez leur manière d'écrire : ce style grave, soutenu, périodique, mais un peu lent et trop uniforme.

Après qu'il eut sagement élevé le duc de Guise, il eut la douleur de le voir mourir â la fleur de l'âge2. Dès lors, maître absolu d'un grand loisir, il se destina entièrement à traduire les ouvrages qu'il jugea les plus utiles, soit de saint Augustin, soit de Cicéron. En même temps, pour avoir avec qui partager l'ennui ou la dou-

' Louis- Joseph de Lorraine, dnc de Guise, né en 1050. mort en 1671. o.)

* A l'â ,'e de tin«i pi un ans.

286 GOIBAUD DU BOIS,

leur de sa solitude, il prit le parti de se marier. Il étoit de Poitiers 1 , et le hasard ayant amené à Paris une de ses anciennes connoissances^ la veuve d'un de ses compatriotes, il 1 épousa.

Oserai-je, pour donner ici une idée de son style, rapporter ce qu'une dame, qui a du goût et qui se nourrit de bonnes lectures, m'a fait penser sur ce sujet? Elle me demanda comment il se pouvoit faire que saint Augustin et Cicéron, deux auteurs qui ont écrit sur des matières si différentes, et qui ont vécu en des temps si éloignés l'un de l'autre, eussent un style tout à fait semblable ? Je lui demandai à mon tour, où elle avoit donc trouvé cette prétendue conformité. Est-ce, ajoutai-je, dans le choix ou dans l'arrangement des mots? Est-ce dans le tour des pensées ? C'est, me dit-elle, dans M. Du Bois. J'y trouve que saint Augustin et Cicéron étoient, l'un comme l'autre, deux grands faiseurs de phrases, qui disoient tout sur le même ton 2.

» Où il étoit né en «626.

* L'auteur des nouvelles de la République des Lettres fait le plus grand éloge du travail auquel s'est livré M. Du Bois, pour w rendre à tout le monde, comme dit aussi Baillet, riotelligence des lettres de saint Augustin très-facile. » — ■ Celte traduction, lit-on dans les nouvelles, est exacte, Adèle, pure, élégante et admirablement démêlée... Le traducteur a mis partout des sommaires fort bien faits, des notes fort savantes sur les points d'histoire, de chronologie et sur tous les autres endroits qui pourroient faire quelque difficulté. Il a rétabli ce qu'il y avoit de corrompu dans le texte. > — Ajoutons que M . Du Bois publia dans son édition plusieurs lettres de saint Augustin jusqu'alors inédites. (Voyez les Nouvelles de la République des Lettres, novembre 1684.) — Voyez surtout ce que dit plus bas l'abbé d'Olivet, page 287 ; il attribue le mérite des notes au savant Sébastien Le Nain de Tillemout.

GOIBAUD DU BOIS. Î87

Rien, peut-être, ne fait mieux sentir de quelle importance il est pour bien traduire, d'entrer si fort dans l'esprit de son auteur, qu'on parvienne à ne faire qu'un avec lui. Un habile traducteur doit être un Protée, qui n'ait point de forme immuable, et qui sache prendre toutes les diverses formes de ses originaux. Mais pour cela, outre la souplesse de génie, il faut de la patience, vertu qui manque plus que le génie aux François, et qui manque surtout aux traducteurs. Car tout écrivain ne fait d'effort qu'à proportion de la gloire qu'il se promet de son ouvrage ; et comme les traducteurs savent que le préjugé du public n'attache qu'une gloire médiocre à leur travail, aussi sont-ils sujets à ne faire que des efforts médiocres pour y réussir.

Je n'accuse pourtant pas M. Du Bois de s'être négligé. Au contraire, l'empreinte d'un grand travail n'est que trop visible dans ses écrits. Mais ce que je m'imagine, c'est que l'élocution de Cicéron l'ayant désespéré souvent, et celle de saint Augustin l'ayant dégoûté plus souvent encore , il s'est cru permis de les jeter , si j'ose ainsi dire, dans le même moule, en leur prêtant à l'un et à l'autre son style personnel.

A l'égard des savantes notes, dont il accompagne ses traductions de saint Augustin, soit pour éclaircir des points chronologiques, soit pour rétablir le texte, personne assurément ne croira que ce soit l'ouvrage d'un homme qui avoit commencé si lard ses études. Ainsi ce n'est point faire tort à sa mémoire, et c'est faire grand honneur à ces notes, d'avouer qu'elles sont de M. l'abbé de Tillemont, son ami particulier.

288 (iOlBAUD DU BOIS.

Il a mis à la tête des Sermons de saint Augustin une longue préface, où il déploie toute son éloquence pour prouver que les prédicateurs doivent renoncer à l'éloquence ; que la chaire ne souffre point de ces figures qui s'emparent de l'imagination, point de ces tours qui remuent les passions ; et qu'en un mot l'Évangile, dont la simplicité a tant de charmes, doit là-dessus servir de règle à ceux qui l'annoncent.

Aussitôt que cette préface fut imprimée, et avant qu'elle fût répandue dans le public, il en fit tenir un exemplaire à M. Arnauld, comme souverain juge de sa doctrine. Dans la réponse que lui fit M. Arnauld , et qui a été imprimée plus d'une fois, ce nouveau système est foudroyé'. Il fut assez heureux pour ne la point voir ^ car la mort prévint en lui la douleur qu'il aurait eue de se voir contredit, ou plutôt anéanti par son maître. Il s'étoit retiré à Vincennes pour éviter le mauvais air des fièvres pourprées, dont Paris étoit infecté; mais le mauvais air alla l'y chercher, et il n'eut que le temps de se faire rapporter chez lui, où il mourut le septième jour de sa maladie, âgé de soixantehuit ans.

• Imprimée d'abord sous le titre de Réflexions sur Vèloquence des Prédicateurs y à Paris, in-fî, 1693 : et une seconde fois, avec des lettres de Silléry,evéque de Soissons, contre le P. Lamy, bénédictin, sur le même sujet, dans un recueil dont la Préface est du P. Bouhours, et qui a pour titre : Réflexions sur l'Eloquence. Paris, in- 12, 1700. (o.)

JEAN BARBIER-D'AUCOUK ,

Avocat au Parlement, reçu à l'Académie le i9 novembre 1683, mort le

13 septembre 1694.

Dès l'âge de quatorze ans il quitta Langres sa patrie, clans la vue de chercher à se pousser de lui-même. Son premier asile fut Dijon, où il fit sa philosophie, logeant chez un riche magistral, qui le prit moins pour précepteur de ses enfants que pour leur compagnon d'étude. Il gagna ensuite Paris, se mit répétiteur au collège de Lisieux, et en même temps étudia en droit.

11 se brouilla dès lors avec les Jésuites, et c'est à cette hrouillerie que nous devons ses premiers ouvrages. Tous les ans ces Pères exposent dans l'église de leur collège des tableaux énigmaliques, qu'ils font expliquer sur un théâtre fait exprès pour ce jour-là, et qui cache le maître-autel. Ceux qui veulent y parler ne le doivent faire qu'en latin. Or il arriva qu'en l'année 1663, M. d'Aucour s'etant mis de la partie, il laissa échapper quelques ternies peu modestes. Averti par le Jésuite qui présidoil à cet exercice, de mesurer ses paroles, parce qu'ils étoient dans un lieu sacré, il répondit brusquement : Si locvs est sacrus, quareexponitù? 11 ne put achever sa phrase, far de toutes parts il. I»

2'JU BAKBIEK-D Al COLK.

les écoliers, comme autant d'échos, répétèrent son barbarisme; les maîtres en rirent, et le sobriquet d'acocat sacrus lui en demeura.

Si je rapporte cette petite bistoire de sa jeunesse, c'est pour montrer de combien peu s'engendrent quelquefois les aversions ou les inclinations qui nous dominent toute la vie. Jamais M. d'Aucour n'ojjhlia que les Jésuites avoient ri. Il fit d'abord contre eux une satire en vers burlesques, intitulée VOnguent pour guérir la brûlure1 -, et parce qu'on l'accusa d'y avoir ellleuré des matières trop sérieuses pour trouver place dans le burlesque, aussitôt il publia son apologie, mais conçue de telle sorte qu'en tâchant de mettre sa religion à couvert, il redouble les injures qu'il avoit dites a ses ennemis.

Par la même raison qu'il s'éloignoit des Jésuites, il se lia avec MM. de Port-Royal ; et quand l'illustre Racine les eut attaqués par cette ingénieuse lettre, dont je parle ailleurs, il rechercha l'honneur de lutter contre un athlète si terrible a.

1 Le litre porte : Onguent à la brûlure.

* L'abbé d'Artigny attribue à Barbier-d'Aucour la Lettre en vers libres à un ami sur le retranchement des fêtes, qui a paru anonyme : pièce fort rare, réimprimée récemment par M. Ed. Fournier dans les Variétés historiques et littéraires de la Bibliothèque elzévirienne ; mais il doute fort que la Lettre contre Racine, datée du l'r avril 1666, soit de la même plume : « On attribue communément, dit-il, à M. d'Aucour, la seconde lettre contre Racine, datée du 1er avril 1666. Je ne sais qu'en croire. Outre que M. Dupin, qui eloit ami de M. d'Aucour, n'en dit rien dans sa Table universelle, le style de celte lettre est grave, sérieux, froid même et tout différent, à ce qu'il me parott, de la manière d'é-

BAKBIKH-b AUCOl H. 29|

Mais de tous ses combats, le plus fameux intéresse le P. Bouhours, la meilleure plume d une Compagnie, qui jusque alors, tout occupée à former des Pelaux et des Sirmonds, avoit paru dédaigner un peu notre langue. On sentit dans les Entretiens d Ariste et d'Eugène un auteur capable de tenir téte à ceux qui se piquoient de savoir le mieux écrire. Sa gloire blessa tellement M. d'Aueour, qu'il entreprit de le critiquer; et il découvrit effectivement une infinité de petites taches dans un livre que tout le monde admiroit : preuve bien sensible de cette vérité, qu'il y a peu de bons livres donton nepuissefaire unecritique très-bonne.Car il faut convenir que l'ouvrage de M. d'Aueour est admirable en son genre, qu'on y trouve de la délicatesse, de la vivacité, de l'enjouement, un savoir bien ménagé, et un goût sûr, qui saisit jusqu'à l'ombre du ridicule dans un amas d'excellentes choses, comme le creuset sépare un grain de cuivre dans une once d'or'.

crire satirique, libre et enjouée que le jeune avocat d'Aucour affectoit dans ce temps-là. J'y trouve d'ailleurs quelques traits qui ne conviennent guère à ce jeune écrivain... » En effet, un passage de la Lettre à Racine, attaque les Chamillardes et V Onguent à ta brûlure, ouvrages de d Autour, a MM. de Port-Royal et leurs amis ont publié tant de livres anonymes qu'il est bien difficile de ne pas s'y tromper. « ( \ouieuux Mémoires dhhlo,r< et de littérature, par l'abbé d'Arlig.iy, t. VI, p. 351.)

! Louis-Auguste Alleman, avocat au parlement de Grenoble, éditeur des buvettes remarques de Vaugebs, et auteur anonyme de ia Guerre civile des Fianços sur la langue, a laisse dans un de ses ouvrages la note suivante sur Barbier d'Aucour : nous la trouvons reproduite dans l'abbé d'Artiguy \ ouvrage cité, tome II P3geî"0) :

« M. Barbier-d'Aucour, de l'Académie fran.;oise, mourut à Pa

BAKBIfcK-D'AUCOljK.

Quant à ses factums, j'ai entendu dire aux gens du métier que c'étaient des modèles , et que s'il avoit voulu plaider, il auroit été l'ornement du barreau. Mais la première fois qu'il y parut, devant faire un plaidoyer d'apparat, il n'en prononça que cinq ou six lignes et demeura court1. Depuis cet accident, qui peut arriver à des orateurs consommés dans leur art, il ne voulut plus s'exposer à plaider, et il se contenta d'écrire dans les occasions d'éclat2. Hardi la plume à la main, il avoit hors de là une certaine timidité3, dont

ris (le 13 septembre «694.) C'éloit nne des plus belles plumes qu'il y eut, témoin plusieurs beaux ouvrages qu'il a faits, comme entre autres cette belle critique intitulée : les Sentiments de Cléanthe sur les Entretiens d'Arïste et d'Eugène du P. Bouhours. C'est lui qui a le plus travaillé à perfectionner et à parachever le Dictionnaire de l'Académie; cependant l'état de sa fortune, qui ne pouvoit pas être pire, fait on reproche aux grands du royaume qu'ils n'ont pas soin des beaux esprits. Tant que feu M. Colbert a vécu, M. d'Aucour a eu un protecteur, parce que ce ministre aimoit véritablement les gens de lettres ; mais, depuis sa mort, il n'a jamais pu trouver un autre Colbert. »

1 Despréaux, piqué de ce que d'Aucourt avoit écrit contre Racine, le désigne à la fin de son Lutrin : (o.)

Le nouveau Ciccron, pale, défigure, Cherche en vain son discours, etc.

' M. de Clermont-Tonnerre, évoque et comte de Noyon, qui succéda à Barbier-d'Aucour, a fait IV* loge de son prédécesseur: il vante « son éloquence grave et facile dan» les ouvrages de prose et de vers, son mérite estimé par un ministre estimable, sa reconnoissance dans une harangue discours de réception) qui marque autant de cœur que d'esprit, sa charité victorieuse pour la défende d'un innocent prêt a subir e dernier supplice d'un coupable, et son attachement inviolable à tous les intérêts de son Corps. »

3 C'est celte timidité sans doute qui l'empêcha de signer ses

BARBIER-D'Al COUR. 2*3 je m'imagine que sa mauvaise fortune, encore plus que son tempérament, pouvoit bien être la cause.

Jamais, en effet, la fortune n'a moins bien traité un bomme de mérile. La seule rbose qu'elle fit pour lui, ce fut de rapprocher de M. Colbert, qui lui confia l'éducation d'un de ses fils, et lui donna quelque commission dans les bâtiments*. Mais les épargnes qu'il put faire dans cet emploi, il les mit à des entreprises commencées sous M. Colbert, et qui échouèrent à la mort de ce ministre, sans qu'il pût même retirer ses avances. Enfin, pour avoir de quoi subsister, il épousa la fille de son libraire. Il n'en eut point d'enfants, et il mourut d'une inflammation de poitrine, dans sa cinquante-troisième année.

Les députés de l'Académie, qui allèrent le visiter dans sa dernière maladie, furent touchés de le voir mal

ouvrages, comme le remarqua Doujat dans sa réponse au discour* de réception de Itarhier-d'Autour : « Vous pouvez, juger, Y.onsieur, par le choix que l'Académie a fait de vous pour remplir la place d'un homme de ce mérile, quelle estime elle fait de votre personne. Elle a considère vos talents qui, malgré le soin que vous avez pris de les cacher, ne peuvent être inconnus qu'à ceux qui n ont aucune connoissance du monde. »

1 Le passage suivant du discours de réception de Barbier-d'Aucour semble indiquer qu'il tenoit à Colbert d'une façon plus intime qu'on ne le dit ici :

« Tout son ministère n'a été qu'une action continuelle, sans distinction de jour et de nuit. Le sommeil n'enlroit que dans ses yeux et jamais dans son cœur ; ses paupières se fermoient, sa main cessoil d'écrire, mais son esprit necessoit point de travailler. Et combien de fois ai-je eu l'honneur de recevoir de lui, avant le jour, des ordres dont la suite, le nombre et le dttail faisoient voir qu'il y avoit pensé toute la nuit. •»

*IU BERGERFT.

logé, a Ma consolation, leur dit-il, et ma grande consolation, c'est que je ne laisse point d'héritiers de ma misère. » L'abbé de Choisy, l'un des députés, lui dit poliment : « Vous laissez un nom qui ne mourra point. — Ah! c'est de quoi je ne me flatte pas, répondit d'Aucour. Quand mes ouvrages auroient d'eux-mêmes une sorte de prix, j'ai péché dans le choix de mes sujets. Je n'ai fait que des Critiques, ouvrages peu durables '. Car si le livre qu'on a critiqué vient à tomber dans le mépris, la critique y tombe en même temps, parce qu'elle passe pour inutile : et si, malgré la critique, le stivre se soutient, alors la critique est pareillemeni oubliée, parce qu'elle passe pour injuste. »

XXXIH

JEAN-LOIIS BERGERET,

Secrétaire de la Chambre et du Cabinet du Roi, rem à l'Académie Ir ? jamier

lf>8r>, mort le «» octobre ir>9l.

On sait comment il força les barrières de l'Académie. Deux places vaquoient en même temps : celle de Corneille latné, destinée au cadet, et celle de Cordemoy, destinée à Ménage, qui, par quantité d'ouvrages savants et utiles, avoit réparé le tort que sa Requête

1 le P. Le Long, num. 17,420, lui attribue, mais à faux, la réponse à la critique de la princesse de Clives : elle est d'un abbé de Charnes, auteur de la Vie du Tasse, imprimée on 1690. (o.)

BERGERET. ±Ki des Dictionnaires, pur badin âge de sa jeunesse, avoit pu lui faire dans l'esprit de quelques Académiciens. Une puissante brigue fit tomber celte seconde place à M. Bergeret, par une préférence injuste*.

Dont la troupe de Ménage Appela comme d'abus Au tribunal de Phébus,

dit hardiment Benserade dans ses Portraits des quarante Académiciens 2, lus en pleine Académie le jour même que M. Bergeret fut reçu.

1 Toute ta maison Colt.ert, dit Ménage, « fit une affaire de conséquence de cette affaire : messieurs de Seignelay, de Croissyje coadjoleur de Rouen, le duc de Saint Aignan sollicitèrent en personne pour Bergeret, avec plusieurs dames de la Cour. » A*ti- Baillet, ch. LXXIl. (o.) — Voyez aux Pièces justificatives .

* Voyez ci-dessus, page 242.

Dans sa réponse aux discours prononcés par Th. Corneille et Berjjeret le jour où ils furent reçus, Racine a rappelé ainsi les charges remplies par M. Bergeret :

o Nous lui avons choisi pour successeur (à M. deCordèmoy) un homme qui, après avoir été assez longtemps l'organe d'un parlement célèbre, a ete appelé à un des plus importants emplois de l'État, et qui, avec une connoissance exacte et de l'histoire et de tous les hoos livres, nous apporte encore quelque chose de bien plus utile et de bien plus considérable pour nous, je veux dire la connoissance parfaite de la merveilleuse histoire de notre Protecteur.

« Et qui pourra mieux que vous, ajoute Racine, nous aider a parler de tant de graves événements dont les motifs et les principaux ressorts ont été si souvent confiés a votre fidélité, à votre sagesse? qui sait mieux à fond tout ce qui s'est passe de mémorable dans les cours étrangères, les traités, les alliances et enfin toutes les importa nies négociations qui, sous son règne, ont donné le branle à toute l'Europe? »

— Dans son discours de réception, l'abbé de Saint-Pierre, qui

S% LA F0NTA1NR.

11 étoit Parisien -, il avoit été avocat général au parlement de Metz, et lorsqu'il sollicita une place dans l'Académie , il étoit actuellement premier commis de M. de Croissy, ministre d'État \

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