‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 58 sur 180 · I. Que la Foi, pur don de Dieu, est seule infaillible · texte numérisé non relu

I. Que la Foi, pur don de Dieu, est seule infaillible

H. Que la raison humaine n'a d'elle-même nul moyen de parvenir à la connoissance d'aucune vérité ;

III. Que par conséquent, dans les points où la Foi paroît opposée à la raison, il est juste de ne pas déférer aux prétendues lumières de la raison, et nécessaire de s'attacher uniquement à l'infaillibilité de la Foi.

Pour la première de ces trois propositions, l'illustre auteur ne la touche que superficiellement, parce qu'il la suppose établie dans sa Démonstration êvangêlique; pour la troisième, c'est une suite incontestable des deux autres : ainsi la seconde éloit la seule qui demandât d'être prouvée, et c'est à quoi il emploie ce dernier traité, où il n'y a proprement de lui que la méthode et le stvle, car les anciens lui en ont fourni le fonds.

Quelque vénération que je conserve pour la mémoire de ce grand homme, j'avoue que sa deuxième proposition, prise dans un sens relatif à la foi, souffre de

1 Voyez plus loin les extraits inédits des lettres de l'abbé d'Olivet.

* Si id ex levitate processerit, contemnendum est ; si ex insania, miseratione dignissimum ; si ab injuria, remittendum. Cod. legtunica. Si quis imperatori. (o.)

' Les opinions philosophiques de Huet ont été l'objet de mainte controverse. (Voyez les extraits des lettres inédiles de l'abbé d'Olivet.) L'abbé d'Olivet fut vivement attaqué par le P. du Cer-

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grandes difficultés, parce qu'en nous (Haut tout droit de nous appuyer sur notre raison et sur le témoignage de nos sens, on affaiblit, ce me semble, l'impression que les motifs de crédibilité peuvent et doivent faire sur nous. Je m'en étois assez expliqué longtemps avant que son ouvrage donnât lieu à cette question1. Mais enfin, de ce que le journaliste et moi nous ne goûtons pas une doctrine, il ne s'ensuit pas qu'elle soit digne d'anathème, surtout quand d'autres gens que le journaliste et moi, mais gens d'une toute autre autorité dans les matières tliéologiques , sont les auteurs et les apologistes de cette doctrine.

Or l'auteur, qui est-il ? Un saint et* savant évêque.

Mais l'idée qu'il a eue, n'est-ce point de ces idées passagères dont quelquefois l'homme le plus sage peut se laisser éblouir pour un moment, et qu'on rejette ensuite avec horreur ? Point du tout. Il avance cette opinion dans sa Démonstration évangèlique2, dans le debut même du livre et sans la moindre ambiguité ; il la répète dans ses Qiuestiones Alnetance*; il en fait enfin

ccau. H. Barlholmcss, dans sou livre intitulé : Huet, ou du scepticisme philosophique, a recommence le débat ; M. l'abbé Flottes, dans une dernière Étude sur Huet, semble avoir épuisé la question. Nous renvoyons le lecteur à cet ouvrage ( 1 vol. in-8°, Montpellier, Seguin, 1857;.

1 On peut voir mes Remarques sur la Théologie des Philosophes grecs, article Démochitk, où je dis formellement : « qu'un chrétien sensé et zélé, qui comprend jusqu'à quel point sa religion est appuyée sur le témoignage des sens, ne se laissera engager qu «vec frayeur dans les routes du scepticisme. » (o.)

* Préface, article IV. (o.)

* Pages 3 et 43, tout au bas. (o

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un Traité particulier* et près de quarante ans ayant sa mort, ce Traité étoit annoncé, souhaité, prêt à paroi tre1.

Mais, depuis qu'il paroi t, a-t-il été approuvé par quelque théologien orthodoxe? Par plusieurs, et nommément par le P. Bal tus, dont les veilles sont depuis longtemps consacrées à la défense de la religion, et qui a été choisi, entre tous les jésuites de France, pour exercer à Rome l'emploi de censeur général des livres composés par des auteurs de sa Compagnie. H a lu, il a examiné le Traité philosophique de M. Huet; il déclare n'y avoir trouvé que ce qu'enseignent communément les Pères et les Docteurs de l'Église 2.

Quand donc le journaliste et moi nous voyons des hommes d'un rare mérite et d'une vertu non suspecte penser autrement que nous, le sens commun nous dicte d'être fort retenus à les condamner, principalement s'il s'agit d'une opinion qui se présente à différents esprits sous des faces toutes différentes. Permis à nous, en pareil cas, de nous en tenir à notre sentiment, parce qu'il est bon, et que même nous le croyons le plus sûr-, permis à nous, par conséquent, de combattre le sentiment contraire, pourvu que ce soit avec cette modération qui est toujours amie de la raison et de la vérité.

Mais que l'on en soit venu, comme a fait le journa-

« Voyez \e* Nouvelles de ta République de* Lettres, article VI, mai 1686. (o.)

* Voyez la dissertation du P. Baltus, imprimée dans les Mémoires de littérature et d'histoire, tome 11. (o.

liste, aux invectives les plus violentes, et que l'on ait traité un homme tel que M. Huet comme on traiterait un Bodin et un Spinoza, je doute si c'est assez d'en demander pardon à Dieu, et s'il n'est pas d'une nécessité absolue d'en demander pardon aux hommes, pour effacer, autant qu'on le peut, le scandale qu'on a causé.

Quel scandale, en effet, qu'un soupçon d'irréligion jeté sur l'auteur de la Démonstration èvangèlique ! Mais non, l'impiété n'en jouira pas. Grâces au ciel, j'écris dans un temps où Paris est plein encore de gens qui ont connu le savant et le pieux évêque d'Avranches; qui savent que toute sa vie a été l'innocence même, la vie d'un homme à qui le monde n'est rien et que ses livres occupent tout entier; qui savent que ses immenses travaux ont eu pour objet la religion, et que les saintes Écritures ont toujours été sa principale étude; qui savent que depuis qu'il fut prêtre, tous les dimanches, après s'y être disposé par le sacrement de Pénitence, il approchoit des saints autels; qui savent que tous les jours, depuis qu'il fut évôque, il avoit ses heures réglées avec son aumônier pour réciter ensemble l'Office divin. Et comme, en matière de religion, les plus petites choses nousconduisentàimaginer du grand, lorsqu'elles se trouvent dans un génie supérieur, j'ajoute, pour faire mieux connoître encore M. Huet, que tous les jours il récitoit le chapelet en trois fois, un tiers le matin, un tiers à midi et un tiers le soir, aux coups de Y Angélus. Or, il y a loin certainement, il y a loin d'un savant qui dit son chapelet à un homme qui étend le pyrrhonisme sur les points essentiels de la foi.

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