‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 60 sur 180 · DE L'HISTOIRE DE L'ACADEMIE · texte numérisé non relu

DE L'HISTOIRE DE L'ACADEMIE

Je me souviens d'avoir lu que l'Ordre de Citeaux, assemblé capitulairement, fit un statut par lequel il fut ordonné que, vu le grand nombre do leurs religieux qui avoient été inscrits au catalogue des saints, ils ne poursuivraient désormais la canonisation d'aucun ; et cela, de peur que la trop grande quantité n'en fit baisser le prix : Ne multitudine Sancti vilescerent in Ordine 1 : précaution sage, et nécessaire sans doute, dans les temps héroïques de ce fameux Ordre, lesquels, je l'avoue, me sont encore moins connus que ceux de la Grèce. (Juoi qu'il en soit, je ne serois pas fâché que les Académies fissent un statut dans ce goùt-là, d'autant plus qu elles n'ont pas l'infaillibilité de l'Église. A force de multiplier nos héros, les véritables y perdront; les faux n'y gagneront pas; et le monde se fera tellement à nos apothéoses, qu'elles ne signilieront plus rien.

Que des militaires aiment à lire la vie d'un Condé, d'un Turenne, cela est dans l'ordre : ils y trouveront l'agréable et l'utile. Mais à quoi bon les mémoires d'un guerrier qui ne s'est point signalé ? Voilà cependant à quel excès l'histoire littéraire est portée de nos jours. Autant que j'en puis juger par les journaux d'Allemagne, cette mode nuus est venue de certaines Universités, où il n'est guère permis d'enterrer un bachelier, et à plus forte, raison un docteur, sans prononcer et imprimer son oraison funèbre. Voyez, je vous prie, le Dictionnaire de Moreri, combien vous v verrez des gens incou nus d'ailleurs î combien d'illustres qui n'ont brillé

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