‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 70 sur 180 · VISITE DE LA REINE CHRISTINE · texte numérisé non relu

VISITE DE LA REINE CHRISTINE

Directeur étant de l'autre côté de la table, vis-à-vis de M" le Chancelier, mais un peu plus bas et plus éloigné de la table, debout, et tous les Académiciens aussi. Il lui fit un compliment qui ne contenoit qu'une excuse de te que l'Académie, se trouvant surprise de l'honneur que Sa Majesté lui faisoit , sans eu avoir eu avis que le matin, elle ne s'étoit pas préparée à lui témoigner sa joie et sa reconnoissance d'une si glorieuse faveur, selou le mérite de cette grâce et le devoir de la Compagnie ; que, si elle en eût eu le temps, elle auroit sans doute donné cette commission à quelqu'un plus capable que lui de s'en mieux acquitter; mais que, se trouvant chargé par l'avantage que la fortune lui avoit fait rencontrer de présider la Compagnie en une si heureuse rencontre, il étoit obligé de dire à Sa Majesté que l'Académie françoise n avoit jamais reçu de plus grand honneur que celui qu'il lui plaisoit de lui faire. A quoi la Reine répondit qu'elle croyoit qu'on pardonneroit à la curiosité d'une fille qui avoit souhaité de se trouver en une compagnie de tant d'honnêtes gens, pour qui elle avoit toujours eu une estime et une affection particulières.

a Ensuite, on proposa si les Académiciens seraient assis ou debout; ce qui sembla surprendre la Reine, qui s'attendoit qu'on ne seroit point assis. Mais, M«r le Chancelier ayant demandé avis sur cette difficulté, on lui dit que le roi Henri 111, lorsqu'il faisoit faire des assemblées de gens de lettres au boude Vincennes où il se trouvoit souvent, faisoit asseoir les assistants ; qu'on en usoit toujours ainsi en pareilles rencontres ; et que la reine de Suède même, lorsqu'elle étoit à Rome, avoit été à l'Académie des Humoristes, qui ne s'étoient point tenus debout : si bien qu'il fut résolu que les Académiciens seroient assis, comme ils le furent durant toute la séance, sur des chaises à dos ; mais M«r le Chancelier et eux tous toujours découverts. On fit d'excuse d'abord à Sa Majesté de ce que la Compagnie n'étoit pas plus nombreuse, parce qu'on n'avoit pas eu le temps de faire avertir tous les Académiciens de s'y trouver ; que le secré'aire se trouvoit absent par son indisposition, et MM. Gombauld et Chapelain aussi, avec plusieurs autres. Elle demanda

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