‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 71 sur 180 · A L'ACADÉMIE FRANÇOISE · texte numérisé non relu

A L'ACADÉMIE FRANÇOISE

qui étoit le secrétaire ; on lui dit que c'étoit M. Conrart, duquel elle eut la bonté de parler obligeamment comme le connoissunt de réputation, et de ces autres messieurs absents aussi, à qui elle donna de grandes louanges. Ensuite de cela, M. le Directeur lui dit que, si ou avoit pu prévoir la visite de Sa Majesté, on auroit prépart' quelque lecture pour la divertir agréablement; mais que, dans la surprise où se trouvoit la Compagnie, on se serviront de ce que l'occasion pourrait fournir ; et que, comme il avoit Tait depuis peu un traité de la Douleur, qui doit entrer dans le troisième volume des Caractères des passions, qu'il étoit près de donner au public, si Sa Majesté lui commandoit de lui en lire quelque chose, il croyoit que ce seroit un sujet assez propre pour lui Taire connoitre la douleur de la Compagnie de ne se pouvoir pas mieux acquitter de ce qui étoit dû à une si grande Reine, et de ce qu'elle devoit être sitôt privée de sa vue par le prompt départ de Sa Majesté. Cette lecture étant achevée, à laquelle la Reine donna beaucoup d'attention, M«r le Chancelier demanda si quelqu'un avoit des vers pour entretenir Sa Majesté. Sur quoi M. Cotin en ayant récité quelques-uns du poète Lucrèce, qu'il avoit mis en vers francois, la Reine témoigna y prendre grand plaisir. M. l'abbé de Bois-Robert récita aussi quelques madrigaux qu'il avoit faits depuis peu sur la maladie de Mmr d'Olonne, et M. l'abbé Tallemant un sonnet sur la mort d'une dame. Après cela, M. de La Chambre demandant encore quelque chose, M. Pellisson lut une petite ode d'amour qu'il a faite à l'imitation de Catulle, et d'autres vers sur un saphir qu'il avoit perdu et qu'il retrouva depuis, qui plurent au*si extrêmement à Sa Majesté, à laquelle on lut un cahier entier du Dictionnaire contenant l'explication du mot de Jeu, pour lui faire connoitre quelque chose du travail présent de la Compagnie; et, cela étant achevé, la Reine se leva et fut reconduite à son carrosse par M«r le Chancelier, suni de tous les Académiciens, et Sa Majesté partit le lendemain de Paris pour s'en retourner à Fontainebleau, où elle ne coucha que deui nuits «près lesquelles elle se mil en chemin pour retourner en 'talie.

iM VISITE DE LA REINE CHRISTINE

« Le dessein de M*r le Chancelier étoit que l'Académie s'assemblât dans la chambre de M. de Priézac, selon sa coutume ; mais , parce que le haut du degré pour y entrer étoit un peu obscur et malaisé, il jugea qu'il valoit mieux que cette séance se tînt en son appartement : ce qui fut plus convenable pour Sa Majesté et plus glorieux pour l'Académie.

« Quand on commença à lire le cahier du Dictionnaire, M" le Chancelier dit à la reine de Suède qu'on alloit lire le mot de Jeu, lequel ne déplairoit pas à Sa Majesté, et que, sans doute, le mot de Mélancolie lui auroit été moins agréable. A quoi elle ne répondit rien.

« Dans la suite de cette lecture, cette façon de parler s'étant rencontrée : « Ce sont des jeux de princes qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, » la reine de Suède rougit et parut émue; mais, voyant qu'on avoit les yeux sur elle, elle s'efforça de rire, mais d'uue manière qui faisoit connoitre que c "étoit plutôt un ris de dépit que de joie. »

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