‹ Histoire de l'Académie françaiseChapitre 74 sur 180 · VISITE DE LA REINE CHRISTINE · texte numérisé non relu

VISITE DE LA REINE CHRISTINE

de M. Bourdelot, et d'un autre homme que je ne comtois point.

« D'abord qu'elle fut entrée dans le lieu où on la devoit recevoir, elle s'approcha du feu et parla à M" le Chancelier assez bas ; puis elle demanda pourquoi M. Ménage n'étoit pas là; et, sur ce qu'on lui dit qu'il n'étoit pas de la Compagnie, elle demanda pourquoi il n'en étoit pas. M. de Bois-Robert lui répondit, ce me semble, qu'il mériloit fort d'en être, mais qu'il s'en étoit rendu indigne. Ensuite, elle parla bas à M" le Chancelier et lui demanda, à ce qu'on apprit depuis, de quelle sorte nous serions devant elle, ou assis ou debout. M«r le Chancelier appela M. de La Mesnardière, qui, sur celte proposition, dit que, du temps de Ronsard, il se tint une assemblée de gens de lettres et de beaux esprits de ce temps-là, à Saint-Victor, où Charles IX alla plusieurs fois, et que tout le monde étoit assis devant lui ; il n'ajouta pas qu'on étoit couvert, si ce n'est lorsqu'on parloit directement au Roi ; mais on dit que cela est ainsi, et je ne me suis pas encore éclaira de celle histoire. Aussitôt la princesse, alla parler à M. Bourdelot, et, en passant, dit à Mœ# de Bregis qu'elle croyoit qu'il falloit qu'elle sortît. M. de Bbis-Robert dit que Mm6 de Bregis, ayaut l'honneur d'être de la compagnie de la princesse et ayant l'esprit qu'elle a, mériloit bien d'y assister. Aussitôt que la princesse eut dit un mot à M. Bourdelot, elle s'alla brusquement, à son ordinaire, asseoir dans son fauteuil ; et, au même instant, sans qu'on nous l'ordonnât, nous nous assîmes ; et la princesse, voyant qu'on étoit un peu éloigné de la table, nous dit que nous pouvions nous en approcher. On s'en approcha un peu ; mais on ne joignit pas la table, comme si on eût été là pour banqueter.

« J'oubliois à te dire que le bonhomme de Priézac, aussitôt qu'il sut que la Reine délibéroit si nous serions debout, s'en vint à moi, comme à un grand frondeur, et me dit ce qui se passoil; et, en me demandant ce que j'étois résolu de faire, ajouta que sa résolution étoit de sortir si elle vouloit qu'on fût debout devant elle. Je lui promis que je le suiirois, et que, s'il ne marchoit devant moi, je passerais le premier. Or, il étoit

Page 1