A L'ACADÉMIE FRANÇOISE. 4S
entré force honnêtes gens dans le lieu; il y avoit presque tous les officiers du sceau, grands audienciers et autres, plusieurs secrétaires du Roi, quelques conseillers et maîtres des requêtes. Tous ces gens-là étoient debout devant nous, et même un peu éloignés de nous. M" le Chancelier étoit à la gauche de la Reine, mais du coté du feu ; vis-à-vis de lui, au côté droit de la princesse, mais du coté de la porte, le Directeur, qui est M. de La Chambre; ensuite, M. de Bois-Robert, moi, M. Pellisson, M. Cotin, M. l'abbé Tallemant, et ainsi ensuite. M. de Mézeray étoit au bas bout de la table, vis-à-vis de la princesse, avec l'écritoire, le papier, le cahier et le portefeuille de la Compagnie; et cela, comme représentant le secrétaire. Le tour des chaises, où nous étions assis, passoit derrière lui. Nous étions tous découverts, et M«r le Chancelier comme nous.^Après que nous eûmes pris nos places, le Directeur se leva et nous avec lui ; M«r le Chancelier demeura assis. Le Directeur lit son compliment, mais si bas, que personne ne l'entendit, car il étoit tout courbé : il n'y avoit que la Princesse et M*r le Chancelier qui pussent l'entendre. Je ne doute point que |e Directeur ne dit de fort bonnes choses, parce qu'il a tout l'esprit qu'il faut pour cela, et que la princesse m'rac témoigna par ses gestes qu'elle en étoit satisfaite.
« Après le compliment fait, nous nous rassîmes ; le Directeur dit qu'il avoit un Traité de la Douleur, pour ajouter à ses Caractères des passions, et que, si Sa .Majesté l'avoit agréable, il lui en liroit le premier chapitre. « Fort volontiers,» dit-elle; il le lut, et, après l avoir lu, il dit à la princesse qu'il n'en liroit point davantage, de peur de l'ennuyer. « Point du tout, dit-elle; car je m'imagine que le reste ressemble à ce que tous venei de lire. » — Ensuite. M . de Mézeray dit que M. Cotin avoit quelques vers que Sa Majesté trouveroil sans doute fort beaux, et que, si elle l'avoit agréable, on les lui liroit : M. Cotin prit aussitôt ses vers et les lut. Ils étoient fort beaux : c'éloient deux traductions de deux endroits de Lucrèce, l'un où il attaque la Providence, l'autre où il décrit l'origine du monde, suivant l'opinion d'Epicurc, par la rencontre des atomes; et, de sa la-