LA REINE CHRISTINE A L'ACADÉMIE
çon, il y avoit une vingtaine de vers pour soutenir la Providence. Ensuite M. l'abbé sans être prié ni ordonné (dit plaisamment M. de Bois-Robert), se mit en place et lut deux sonnets qui ne valent pas grand'chose, mais qui passèrent pour bons : ces deux lurent leurs vers debout ; mais nous étions tous assis, et tous les autres lurent assis. Ensuite on dit à M. de Bois-Robert qu'il eût à dire quelque chose : cela se faisoit assez bas par M«r le Chancelier et par nous autres. Il dit à la Reine qu'il n'avoit rien de nouveau que ses madrigaux pour Mmc d'Olonne, mais qu'il croyoitque Sa Majesté lesavoit vus. « Point du tout, dit-elle, et vous me ferez plaisir de les lire.» Ils les dit par cœur : ' ils sont jolis, et la Reine en témoigna grande satisfaction aussi bien que de tout ce qu'on avoit lu auparavant. Ensuite on demanda si Pellisson n'avoit rien. Il me dit : « J'ai bien quelque chose, mais je voudrois bien que M. de Bois-Robert le voulût lire. » Je le dis à M. de Bois-Robert ; mais il me répondit : « Je le voudrois bien, mais je ne puis lire qu'avec des lunettes, et cela seroit ridicule. » Enfin, M. Pellisson les lut lui-même. C'étaient une traduction d'Jmemus, mea Lesbia, de Catulle, et un madrigal : tout cela fut trouvé fort joli.
« Ensuite le Directeur dit à la Reine que l'exercice ordinaire de la Compagnie étoit de travailler au Dictionnaire en attendant grammaire, rhétorique, etc. ; que, si Sa Majesté l'avoit agréable, on lui en liroit un cahier. « Fort volontiers, » dit-elle. M. de Mt reray lut donc le mol de Jeu, où, entre autres façons proverbiales, il y avoit : Jeux de princes qui ne plaisent qu'à ceux qui les font, pour dire une malignité ou une violence faite par quelqu'un qui est en puissance. Elle se mit à rire ; on acheva le mot qui étoit au net, où, pourtant, il y avoit bien des choses à dire. 11 eût été mieux de lire un mot à éplucher, et choisir quelque beau mot, parce que nous eussions tous parlé; maison fut surpris, et les François le sont toujours. Cela lit aussi qu'il n'y eut pas beaucoup de pièces prêtes pour lire. Cela néanmoins se passa fort bien, et la Reine en témoigna grande satisfaction. Après que le mot de Jeu eut été lu, et après environ une heure de temps, la princesse, qui voyoit qu'il n'y avoit plus rien à