‹ Histoire de l'Acadie, privince de QuébecChapitre 7 sur 40 · LA COLONISATION DE L'ACADIE · texte numérisé non relu

LA COLONISATION DE L'ACADIE

qu'un très grand nombre d'Acadiens, revenus en foule au pays au printemps de 1768, après la permission que le gouvernement anglais leur en avait donné, tard en 1767, s'établirent à la Petite-Rivière de Montréal, en 1768, et que c'est depuis que cette colonie commença à s'appeler La Cadie, La Nouvelle-Cadie, La Petite-Cadie, et qu'elle a été définitivement appelée L^Acadie.

Les Acadiens, on le sait, furent instruits à l'école du malheur. Après que les Anglais et les Français se furent successivement emparés de leur patrie, ils en furent brusquement enlevés, en 1755, par les Anglais qui en étaient devenus maîtres, et transportés sur mer aux colonies anglaises, maintenant les États-Unis, o\\ ils furent dispersés, un grand nombre de parents^ séparés les uns des autres. Ils y pleurèrent longtemps tournés vers l'ancienne Acadie, comme autrefois les Hébreux sur les rives des fleuves de Babylone, et plusieurs- d'entre eux y moururent de peine, de misère et de faim.

"Bien longtemps après le départ des Acadiens, — dit Gameau dans son histoire du Canada, — on vit ^^ leurs bestiaux s'assembler, à la fin du jour, autour ^^ des ruines, et les chiens passer les nuits à pleurer ^^ l'absence de leurs maîtres, en poussant des hurlements " plaintifs.''

C'était un peuple laborieux, économe, plein de patriotisme et de foi catholique, et ayant le courage de ses convictions. Les enfants acadiens étaient soumis à leurs parents et remplis de respect pour eux. Les

tous Acadîens, bien que plusieurs d*entre eux fussent de cette origine, et qu^ils aient donné à leur nouvelle patrie le nom de leur ancienne.

Les Coté, les Simard et les Tremblai' étaient originaires de la Baie Saint-Paul : les Terrien, les Audet et les Moreau étaient de Québec et de Tîle d'Orléans : les MoUeur et les Rov venaient de Contrecœur.

Mais les Hébert, les Cire, les Landry, Jes Brault, les G ranger, les Bourgeois, les Boudreau, les Conieau, les Trahan, les Fvanoue, les Richard, les Clouâtre» et beaucoup d'autres, dont les noms apparaissent aux registres de Saint- Philippe et de La prairie, puis à ceux de L'Acadic, étaient Acadiens d'origine ou de naissance.

D'autres ont hérité le sang acadien par des alliances matrimoniales : tels les Toupin, les Rémillard et les Déland d'aujourdMiui par leur aïeule maternelle, Marie Lanoue, épouse de b-Baptiste Simard; tels les Roy, par leurs ancêtres maternelles, Isabelle et Françoise- Rose Brault, épouses respectives de MM. Laurent et François Roy, les anciens, et Esther Hébert et Charlotte Dupuis, épouses successives de M. Joseph Roy, aussi l'ancien.

A la population cfmadienneet acadienne de L' Acadie

LA COLONISATION DE l'ACADIE 31

vinrent se joindre, après la guerre de 1812, plusieurs familles d'Irlandais catholiques et d'Ecossais ou d'Anglais protestants. De ce nombre furent les McDermot, les Ryan, les Dunn, les O'Brien, les Callaghan, les Simpson, les Brunwrick, les Trumbly, les Denison, les Shortley,les Ligget, les Cousins, les Antney, les Richardson, les Berry, les McDonald, le sergent York, dont l'épouse était catholique, et autres, que nous croyons avoir été presque tous des soldats licenciés. Mais leur nombre va toujours en diminuant.

Avec toutes ces recrues la colonisation avança fort vite à L'Acadie. Outre les terres, dont nous avons parlé, M. Deschambeault, pour la baronne, concéda une terre à Constant Cartier, à la Petite-Rivière, le 7 février 1770, une autre à Laurent Roy, le 5 mai 1771, et une autre, le 13 juin 1779, à Joseph Roy, aussi toutes deux à la Rivière. Les chemins s'étaient déjà faits partout, lorsque Paul Lacroix, député grandvoyer, fit, le 11 'octobre 1797, un procès-verbal, qui fut homologué, le 10 janvier 1798, pour redresser le chemin de front (déjà fait par conséquent) de la Première Grand' Ligne, entre la baronnie de Longueuil et la seigneurie de De Léry.

Comme toutes les anciennes paroisses de la province, L'Acadie a toujours été soumise au système féodal, que le roi de France avait établi en Canada pour l'ouverture de la colonie. De grandes étendues de terre furent octroyées à des gens favorisés par la Couronne ou ayant bien mérité de la patrie, à condition, sous peine de retrait, d'y établir des familles et de les faire

défricher. Si ces seigneurs vendaieut leurs terres, ils devaient en payer le cinquième du prix au roi, ce qui s'appelait le droit de quint.

Les seigneurs, tle leur coté, concédaient des terres à des- colons, moyennant de les habiter dans I*an et jour de la date du contrat de concession, d^ défricher chaque année une certaine étendue de terre, et d'en payer annuellement les cens et rentes, ainsi que les lods et ventes, c'est-à-dire le dou2ième du prix stipulé dans le contrat de vente» si le censitaire les vendait^ et de subir le retrait, qui permettait au seigneur de reprendre sa terre au prix stipulé dans Facte de vente, s'il ne trouvait pas ce prix assez élevé.

Ces différents droits avaient été imposés pour maintenir le seigneur et le censitaire sur leurs terres ; mais les lods et ventes surtout étant devenus exorbitants furent abolis, vers 1854, par îa Loi Sei^eurialet moyennant compensation aux seigneurs, qui y perdaient. ^

Mais les seigneurs français, ecclésiastiques ou laïques, stipulèrent toujours, dans leurs actes de concession, des conditions beaucoup plus douces et acceptables pour les colons, que ne le firent ensuite les seigneurs anglais protestants.

On en pourra juger par deux contrats de concession, C[ue nous allons citer in extenso vers la fin de ce volume,

î Certaîas démap^ogues parlent aujourd'litiî d^ abolir compîètemetit la tenure seigneuriale, sans paraître saisir que cet aboîissement obligerait à d'énormes compeosations du trésor public envers ks seigneurs et les paroisses situées en dehors des seigneuries.

LA COLONISATION DE l'ACADIE 33

et que chacun pourra comparer. L'un est le contrat de concession à Jean Moreau, notre bisaïeul, par le Père Floquet, jésuite, d'une terre sise à Touest de la Petite-Rivière, sur le territoire actuel de L'Acadie, en 1770 (Note A), et l'autre, celui de la concession à François Lanoue, par M. Gra.nt de Blairfindie, en 1783, de la terre où nous sommes né, à la Petite- Acadie de Saint- Luc, et qui fait suite à la terre actuellement possédée par M. Lucien Toupin aux Concessions (Note B).

Le seigneur anglais exigeait le double du blé, et encore fallait-il le payer en argent, et à une piastre le minot, s'il l'exigeait, prendre part à des corvées d'hommes et de chevaux, ce que les Jésuites n'exigeaient pas, et s'assujettir à toutes sortes de réserves.

C'était l'époque laborieuse et pénible de la paroisse. Il fallait aux colons arracher les terres à la forêt, et les arroser de leurs sueurs. Les anciens habitants de ce coin béni du ciel ne les ménagèrent pas. Aussi, plusieurs d'entre eux laissèrent-ils de beaux patrimoines à leurs enfants. Dieu bénissait, d'ailleurs, leurs travaux, et leur donnait de nombreuses familles, ce qui fit prodigieusement augmenter la population.

En 1817, M. Paquin fit 287 baptêmes, 72 mariages, et 118 sépultures, à L'Acadie, et y trouva 2,800 communiants à sa première visite de paroisse. Il s'y fit 335 baptêmes, 71 mariages et 182 sépultures, en 1820 ; et, en 1824, même après l'érection de Saint-Cyprien, il y avait encore 3,800 communiants.

Les choses ont bien changé. En 1906, il ne s'est

fait qtie 36 baptêmes, 11 mariages^ et 22 sépultures. Mais la génération actuelle, essentiellement agricole, est, en grande partie, remarquable par sa manière habile de cultiver la terre, et son attachement au soi

L'un des derniers actes de foi et hommage de la baronnie de Longueuil, ainsi qu'on le voit aux archives fédérales, a été fait en 1781 » par Mlle la baronne Marie- Charles-Joseph Lemoyne de Longueuil, fille posthume et unique héritière de cette belle seigneurie, lorsque, au Château Saint- Louis de Québec, en compagnie de M. Grant, époux de sa mère, et en présence du gouvernetir, tête nue et un genou en terre ^ elle dit à haute et inteHi^ble voix qu'elle rendait foi et hom* mage au roi.

A Tavèoement de cette baronne, cette belle terre tomba de lance en quenouille, et Mlle de Longueuil fut la transition par laquelle cette baronnie passa aux mains anglaises et protestantes.

Page 1