LIVRE PREMIER. - PERIODE
mains de l'Assemblée nationale ; celle-ci, à son tour, s'eiTaça devant des groupes disposant àe la force brutale et menaçant les élus de la France, qui, à un moment donné, reprirent le dessus et renversèrent lôs institutions municipales de Paris. Pendant les années 1789 à 1796, il n'y oui, à aucun moment, de moyen terme, entre le règne de la populace et l'oppression du pouvoir central ; puis, de 1796 à 1799 inclusivement, on tomba dans une situation presque aussi déplorable ; les intérêts cdilitaires furent confiés à l'administration départementale, nu Hurcau Central et aux municipalités, entre lesquels n'existait point d'entente et d'harmonie ; on s'accordait seulement pour gçmir, sur la pénurie des ressources, l'insuffisance des services, l'oubli des devoirs.
Lorsque les Conseils législatifs se décidèrent, en rétablissant l'octroi, à vivifier Tensemble des branches dépérissantes, à l'ombre desquelles la population cherchait un refuge, le mal avait trop duré, les esprits étaient lassés d'un régime qui ne procurait, ni les avantages d'une direction fixe, ni les bienfaits d'une liberté sage.
Le retour aux anciens errements parut une délivrance : les personnes étaient changées, mais les actes qui, dix années auparavant, semblaient faire
peser, sur les citoyenSi un joug intolérable, furent accomplis de nouveau, sans soulever, désormais, la moindre proleslalion.
La tâche des administrateurs de Tan VIU consista donc, non pointa imaginerdcs procédés plus modernes, plus ingénieux que ceux dont avaient fait usage les magistrats en fonctions, au xviii^ siècle, mais à réparer les ruines accumulées, en quelques années de désordre, à déployer des efforts qui ne devaient avoir de succès qu'en imposant à la population des sacrifices progressifs, parce qu'on avait hâte d'effacer des souvenirs douloureux et de mettre en relief la supériorité d'un gouvernement autoritaire, actif et persévérant, sur un mécanisme empirique qui excluait les avantages de chaque système politique, au lieu de les associer.
Malheureusement, la loi d'égalité, entre l'action et la réaction, ne s'applique pas aux seuls mouvements de la matière brute : elle régit de même les manifestations extérieures des courants d'esprit qui donnent l'impulsion aux collectivités humaines ; le despotisme n'est pas le fruit d'une conception individuelle et d'une pression aussi l)rusque qu'imprévue : ses voies lui sont frayées d'avance, par Tcntraînement de l'opinion éperdue ; il ne reste, pour le plus habile des ambitieux, qu'à saisir le moment