‹ Histoire de l'administration parisienne au XIXe siècleChapitre 154 sur 221 · Id. (art · texte numérisé non relu

Id. (art

784. Avis du 9 novembre 1859 (dame Feuilloys; suppression partielle de la rue Basse-du-Rempart). Il s'agissait de favoriser Emile Péreire, qui dirigeait la Compagnie immobilière, propriétaire des terrains sur lesquels on a élevé le Grand-Hôtel.

785. Notamment rue Monge, opération exécutée par la compagnie Heulant, dont l'architecte était Henri Blondel, homme d'une très vive intelligence et d'une prodigieuse activité, qui, après des débuts heureux, irréprochables, se lança dans les sjpéculations sur terrains; la Ville lui vendit à Tamiable beaucoup de lots, à des taux convenables, de 1852 à 1860. Par la suite, les affaires qu'il conclut, avec l'administration municipale et avec plusieurs sociétés financières, prirent ud aspect des plus fâcheux; citons, à titre d'exemples :

LIVRB — IL PÉRIODE 1830-1870 571

io L'ouverture de la rue du Pont-Neuf, concédée, en s'abstenant Yolontairement de toute déclaration d'utilité publique, ce qui conduisit à viser, dans les actes préfectoraux, des plans et décrets, ne renfermant pas les dispositions annoncées^ puisqu'il fallut, à la date du 24 février 1882, rendre un décret classant la rue du Pont^Neuf parmi les voies publiques ;

2^ L'élargissement^ à 20 m., sans aucune des formalités légales, de la rueduCardinal-Lemoine, aux abords de la rue Monge, pour augmenter la subvention à payer en faveur de la compagnie Heullant, bailleur de fonds d'Henri Blondel ;

3<> La concession amiable de l'entreprise du boulevard Saint Germain, entre les rues Bellechasse et Saint Dominique, avec dation en paiement de terrains communaux situés, les uns boulevard du Palais, les autres dans le quartier de l'Europe, et qui valaient beaucoup plus que le cbifîre estimatif;

4» La remise, au mois d'août 1870, des cautionnements déposés, pour les deux sections du même boulevard (1^ entre les rues de Bourgogne et de Bellechasse ; 2^ entre cette dernière rue et la rencontre de la rue Saint Dominique), alors que l'entrepreneur était loin d'avoir satisfait aux clauses de son marché : nous l'avons reconnu, en 1872, lorsque Léon Say nous confia la direction du bureau de la voie publique, des promenades et de Téclairage. Blondel se plaignit de ce que notre contrôle sévère l'eût privé d'un bénéfice de 200.000 fr.

5° La cession amiable des terrains de l'abattoir Popincourt (ou Ménilmontant), qui comporte quelques détails qu'on trou« vera plus loin (note 788).

Après la guerre de 1870, Henri Blondel reprit ses spéculations effrénées : c'est lui qui conçut les projets suivants : hôtel Continental (sur les terrains occupés, avant 1871, par i ministère des finances), Bourse du Commerce, nouveau

5t2 HISTOIRE DE L'ADMINISTRATION PARISIENNE

quartier Marbeuf. A l'occasiou de cette dernière entreprise (1882), un relevé fait, au premier bureau des hypothèques de la Seine, révéla l'existence d'inscriptions, grevant pour plus de 6 millions les propriétés de Blondel ; ce dernier, par an arrêt de la Cour d'appel du 19 mai 1892, fut déclaré en état de faillite ouverte, avec un passif net supérieur à 32 millions.

Depuis lors, un jugement consulaire du 15 janvier 1894 constata que les opérations faites, par la Société des dépôts et comptes courants, c avec Blonde], avaient pour but de procurer à celui-ci le moyen de participer à la création de diverses sociétés...; que d'autres étaient destinées à permettre à Blondel de prendre des intérêts dans certains syndicats ou de participer à des entreprises diverses... • (Droit du 27 juillet 1895).

Dans un autre jugement du 30 juillet 1894, le Tribunal de commerce mentionne la c prise en charge, par Blondel, de la dette du baron Haussmann (329.996 fr.) i, envers la Société des dépôts et comptes courants. Le compte de l'ancien préfet de la Seine, s'était ouvert, en avril 1870, par un prêt de 300.000 fr. ; le 30 juin 1884, Bondel donnait l'ordre de transférer le passif à son débit personnel {Droit des 13-14 août 1894).

Ce fait montre à quel point Haussmann était dénué de sens moral et perdu par les habitudes d'opulence priaes dans les fonctions publiques. Jamais il n'aurait dû, ni réclamer, ni accepter les services d'un homme avec lequel se traitèreot des afTaires importantes et délicates, au nom de la Ville de Paris.

Du reste, l'emprunt personnel contracté, en 1870, prouve qu'Haussmann n'avait point la fortune légendaire qu'on lai attribuait et qu'il ne fit même pas d'économies sur ses émoluments, dont voici la nomenclature intéressante :

Traitement de préfet 50.000 fr.

Bénéfice sur fonds d'abonnement de l'Etat

(matériel) • 50.000 »

Gratification du Ministre de l'intérieur, sur

les fonds secrets 25.000 »

Indemnité du Ministre de la guerre pour le

Conseil de révision du recrutement 2.000 »

Dotation sénatoriale 30.000 »

Frais de voitures . . . 10.000, puis 12 et 14.000 »

Frais de réceptions périodiques 80.000 »

Prélèvement sur le crédit des fêtes, pour

payer les bals 150.000 »

BBBSSaSBBBBBa

En chifl'res ronds 400.000 fr., sans compter la valeur locative des appartements, à l'Hôtel de Ville, et de la maison de campagne, au bois de Boulogne.

La caisse intérieure de la préfecture était presque toujours en avance avec Haussmann, et quand celui-ci dut quitter le palais de Grève, en 1870, le caissier s'opposa au déménagement, jusqu'à libération; pour permettre à l'ancien préfet d'emporter ses bardes et son mobilier, il fallut le concours dévoué d'un chef de section, M. A. Bufïet, auquel^ dans ses Mémoires, Haussmann est loin de payer le tribut de reconnaissance dû à des services nombreux et inappréciables rendus personnellement.

Comme administrateur, M. Buffet avait, du reste, été, très jeune, remarqué par M. Defresne, secrétaire général et Conseiller d'Etat en service extraordinaire, jusqu'en 1830. Lorsque Chabrol organisa la comptabilité en matières, c'est M. Buffet qui reçut le soin d'en assurer la tenue. Pendant 14 ans que siégea le Coqseil électif, sous le gouvernement de

m HISTOIRE DE L'ADMINISTRATION PARISIENNE

Juillet, nous n'avons pas relevé, dans les délibérations budgétaires, la moindre critique, contre le service du matériel, de la part d'une assemblée ombrageuse et difficile à contenter.

786. Rue de Rennes, terrain au carrefour des rues du Regard et Saint Placide.; rejet d'une demande formée par le D^ Dolbeau, professeur à la Faculté de médecine et co-détenteur d'un immeuble contigu à la parcelle réclamée.

Cette partie de la rue de Rennes fut ouverte, en 1866» par la Société Tbome et C^^à laquelle son contrat imposait l'obligation formelle « d'exécuter le décret du 26 mars 1852 » (art. 2), c'est-à-dire, notamment : lo de mettre en demeure les ayants droit d'acquérir les zones inexploitables ; 2® en cas de refus, d'exproprier les terrains et bâtiments qui devaient s'accroître des parcelles hors lignes. Ced deux clauses restèrent lettre morte, soit de 1866 à 1870, soit depuis 1871, parce que Thome ne voulait pas courir le risque d'aller devant le jury d'expropriation, qui aurait pu fixer à bas prix la valeur des terrains en bordure, à réunir aux maisons voisines, et à des taux élevés les indemnités de dépossession. Actuellement encore, on peut voir, rue de Rennes (numéros pairs), près de la place Saint-Germain-des-Prés, d'anciennes façades en arrière de Talignement et que la compagnie Thpme était tenue de faire avancer, sur la limite nouvelle ; cela n'empêcha point l'administration municipale de rendre au concessionnaire son cautionnement, comme s'il avait satisfait à toutes les charges de son entreprise : une haute et irrésistible influence fit bon marché des objections graves de nature à empêcher qu'on restituât la somme déposée en garantie d'engagements considérables.

787. Dans l'impossibilité de donner une nomenclature complète des terrains vendus à vil prix, nous citerons quelques exemples suffisants pour fixer les idées :

Dates

des décrets

autorisant

les alténations

Noms

des

cessionnaireB

Situation

des terrains

Surfaces

vendues

Prix

par mètre carré

16 déc. 1S54

Laurent

Rue de la Santé

27 jany. 18^

Thome

Promenoir de Cbaillot

de Momy

30 avril 1855

de Jouvenel

Aven, de Stdoud

18 juin 1855

Société

des aports de LoDgchamp

Terrains retranch^'8

du bois de Boulog^oe près la porte Maillot (NeuiUy).

t près de Suresnes

24 juin 1856

Millaud

id.

Moyenne. . 13fr.68

A regard de ces derniers terrains, il y a lieu de rappeler que l'Etat, en vendant, pour son compte, le domaine de Neuilly, obtint les résultats ci-après ;

28 mai 1856. . . 47,68

9 juillet 1856. . . 12,18

20 août 1856. . . 11,11

24 septembre 1856. . . 8,50 Certaines parties environnant le bois de Boulogne, à Neuilly

et Auteuil, furent aussi aliénées au profit du Trésor ; les prix atteignirent, savoir :

30 août 1853 (rue Militaire) ... 6 fr. 15 par mètre

25 octobrel854 8 fr. 29 —

Or, ces terrains, par leur situation, ne valaient pas ceux qu'on abandonna au sieur Millaud et à la Société des Sports.

Voici, maintenant, par ordre chronologique, les prix obtenus, au moyen des enchères, pour les terrains communaux,

iDS Paris ;

Dates dei décreU

Situation

Surfaces

Prix

autorisant les alièoations

des terrains

vendues

par mètre carré

3 mars 1853

Rues de Rivoli et des Mauvais Garçons

125 fr.

16 mars 1859

Rue Bonaparte à l'angle de la rue du Four

5 avril 1853

Rues des Barrés et des Jardins St-Paul

U Juin 1853

Rues de Rivoli et des 8 Boules

id.

id.

id.

as m. 83

14 mars 1854

Rue de la Cossonnerie

id.

37 juin 1854

Rues de Rivoli et Ttrechape

Rue Tirechape

Rues de Rivoli et Boucher

Rues de Rivoli et St-Denis

Suite da précédent r. St-Denis

3 octobre 1854

Rtles de la Verrerie et des Deux Mortes

17 juillet 1855

Rue de Rennes» près le boulevard Montparnasse (quartier alors délaissé).

7 août 1855

Quai Peltier

4 août 1858

Boul«v. Saint-Germain à Tangle de la rue Boutebrie

(Suite du lot précédent) rue Boutebrie

788. On vient de voir avec quelle rapidité les prix des terrains s'élevèrent, dans le centre de Paris ; cependant, en 1866, on vendit, amiablement, des terrains sis rue des Halles, sur

le prix de 500 fr. par mètre^ à M. Alfred Harmand, directeur du Vaudeville» qui déclara aussitôt commaud et put se vanter, partout, d'avoir gagné 80.000 fr.^sans bourse délier. Au mois de décembre 1869, les terrains de l'ancien abattoir Popincourt furent vendus, aussi, de gré à gré, au proût de diverses sociétés ou particuliers servant de prôte-noms à l'architecte Henri Blondel, moyennant un taux uniforme de 90 fr. par mètre ; peu de temps après, Blondel négociait facilement ces mêmes terrains à 15Ç fr. avec 10 0/0 en sus, à titre émolumentaire, soit en tout 165 fr. ; la Ville n avait donc reçu que 6/11 de la valeur courante.

789. En déduisant les résultats de Tannée 1854 (épidémie cholérique), on obtient, comme rendement moyen, 30 fr. 08; ainsi qu'il a été dit plus haut (note 557), de 1848 à 1851, le produit s'était élevé à 30 fr. 80. Le choléra n'eut point, en 1854, au point de vue qui nous occupe actuellement, la môme influence qu*en 1849 ; l'augmentation des décès, comparativement au chiffre habituel, fut de 27 0/0, et celle des recettes afférentes aux concessions funéraires de 7 0/0.

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