‹ Histoire de l'administration parisienne au XIXe siècleChapitre 189 sur 221 · Arrêté du 30 décembre · texte numérisé non relu

Arrêté du 30 décembre

97i. L'histoire n*est pas un recueil d'anecdotes ; mais, elle n'en exclut pas le récit* et l'exposé qui va suivre présente un intérêt assez manifeste, pour qu*on n'ait nul besoin de le faire ressortir.

En 1867, à l'issue d'uûe séance de l'Assemblée municipale, un groupe de conseillers entourait, suivant Tusage^ Dumas, président, qui aimait, au milieu de ce cercle restreint, à formuler malicieusement, sur un ton de bonhomie apparente, des critiques sur Haussmann,dont il aurait souhaité être le c protecteur », auprès du Conseil. M^ Ducloux, notaire, était au nombre des assistants ; il lança une allusion et se disposait à la rendre saisissable, lorsqu*un signe de tète du président l'avertit de se taire ; mais, tout à coup, Dumas rompit le colloque et entraîna Ducloux dans son cabinet, pour se renseigner complètement, sur la portée du propos tenu quelques minutes auparavant ; mis en demeure de s'expliquer, TinterlOcutenr avoua qu'un de ses clients, M. Legrand, entrepreneur du boulevard Arago, était venu le consulter, pour savoir s'il devait souscrire à l'exigence d'un chef de service qui, sur la plainte verbale portée, au sujet du retard préjudiciable que subissait la remise de ses bons de délégation, visés par la Ville, s'était écrié : «Quand on veut des promptes, onlespaie! » Dumas accueillit palpitant cette communication et prit congé de Ducloux, avec ces paroles : « N'en dites rien à personne > ; puis, descendant, aussitôt, sur la place de THôtel-de- Ville, où l'attendait sa voiture, courut aux Tuileries et racontâtes faits à l'Empereur, dans une intention évidemment défavorable à Haussmann. Mais, Napoléon III, peu soucieux de l'intégrité, chez les fonctionnaires ou les particuliers, répçndit, sans se départir de son flegme habituel : « Il faut eu parler au préfet '^ela Seine,afin d'étouffer l'affaire ! » Huitjoursaprès,il n'était

uît, au palais de Grève, que de l'incident, qui fâcha fbrt

Haussmann contre Dumas ; le Conseil se saisit d'une question affectant les finances de la Ville, en môme temps que lareoommée de Tadminlstration. L enquête apprit qu'un certain nombre de concessionnairesavaicntdéféréà la demande du prévaricateur, qui, quoique notoirement besogneux, produisit des quittances constatant la prétendue restitution de l'indû, moyennant quoi on lui accorda une pension de retraite.

Le 31 décembre 1867, en la salle du trône, Haussmann, s'adr38sant au personnel intérieur, venu pour lui présenter ses vœux^ tint exactement ce langage : « Messieurs, j'ai été beureux d'améliorer, dans une certaine mesure, votre condition pécuniaire; qui n'est pas, sans doute, à la hauteur de tous les besoins ; je ne puis donc en vouloir à ceux d'entre vous qui cherchent, dans des occupations extérieures, un appoint à leurs ressources ; cependant, il y a là un écueil contre lequel je dois vous mettre en garde ; veuillez, de grâce,vous concerter avec moi, avant de prendre des engagements ; cela importe à la discipline, et c'est pour avoir manqué à cette formalité qu'un homme, qui m'était tout dévoué, a dû me donner sa démission ; du reste, à part ce manquement hiérarchique, il est encore digne de mon estime et de la vôtre. . . »

On comprend, sans peine, que le préfet de la Seine voulût connaître la nature de travaux pouvant réagir sur la dignité et les devoirs professionnels ; mais, on ne saurait concevoir l'assimilation, entre une tâche étrangère à l'administration et un acte rentrant, au contraire, dans l'exercice des fonctions officielles. Dans le l^r cas.. Haussmann jouissait d'une autorité discrétionnaire, pour permettre ou défendre à ses collaborateurs le cumi^l de 2 métiers ; dans le 2^ cas, il n'avait aucune qualité, pour approuver un acte prévu et puni par Part.!?? du Code pénal ^CBLV il s'en serait rendu complice, au lieu d'innocenter le coupable principal.

L'oblitération du sens moral avait empêché le personnage, ainsi exclu, ajuste titre, de Tadministration, d'apercevoir un expédient qui n'échappa point à i'œil exercé des ingénieurs du service municipal. En dressant les devis estimatifs des travaux, servant de base aux dépôts réclamés des concessionnaires de voies nouvelles, leshommesdeTarteureuttoujours l'adresse de comprendre, dans la somme à verser, le montant d'honorai* res qui, en fin de compte, se trouvaient retomber à la charge de la Ville, quoique celle-ci n'en dût point aux agents qu'elle rémunérait, par des allocations fixes et annuelles. A l'aide de ce moyen, les honoraires étaient imputables sur des fonds en caisse dont le préfet de la Seine réglait l'emploi : la forme devenait irréprochable, sans que l'indélicatesse cessât d'exister.

Néanmoins, si le chef de service mis à l'écart eut fait usage d'un pareil procédé,il n'est pas douteux que personne n'aurait été admis à déclarer incorrects les avantages consentis en sa faveur, parce qu'alors, malgré son caractère abusif, la rémunération constituant une dépense, pour la Ville, et une simple avance, pour les entrepreneurs, serait rentrée dans le cadre d'opérations normales, par leur nature.

C'est là ce qu'aurait pu dire Haussmann ; mais, ses paroles, fidèlement rapportées, sont loin de cadrer avec l'ordre d'idées que nous venons de définir.

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