‹ Histoire de l'admirable Don Quichotte de la MancheChapitre 42 sur 136 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Qui élaicnt le chevalier dei Miroiri €t Véwjer au grnnd nez

Don Quichotte s*en allait triomphant, et tout glorieux de la victoire qu'il avait remportée sur le chevalier des Miroirs , qu'il f^rcnai t pourle meilleur chevalierdu monde* 1 no pensait pas qu il manquât désormais rien à se gloire. D'ailleurs , se conGant à la parole que ce chevalier lui avait si solennellement donnée , et qu'il ne pouvait violer sans se déclarer lui-même indigne du nom de chevalier, il s'attendait à apprendre bientôt des nouvelles de la princesse Dulcinée, et si son enchantement durait toujours. Mais don Quichotte pensait une chose , et le chevalier des Miroirs une autre : celui-ci ne songeait qu'à se guérir promptemcnt de sa chute pour être en état d'exécuter un nouveau dessein. Cependant l'auteur, qui ne veut pas laisser le moindre doute dans l'esprit du lecteur , nous apprend que le bachelier Samson Carrasco ne conseilla à don Quichotte de retourner à la quête des aventures qu'après avoir conféré avec le curé et le barbier d'un commun accord, et que tous conclurent que le meillcurmoyen pour guérir le pauvre chevalier d'une si étrange maladie était de le laisser aller, puisqu'?ussi bien ne pouvait-on le retenir ; que Samson» se présentant à lui sur son cnemin en chevalier er^ tant, trouverait moyen de l'appeler au combat et de le vaincre , comme il n'était ^as difficile , ayant préalablement mis dans les conditions du combat que le vaincu serait à la discrétion du vainqueur ; qu'après cola le bachelier, profitant de son avantage, ordonnerait à don Quichotte de retourner dans sa maison, et de n'en sortir de deux ans, s'il ne le lui permettait, ce que don Quichotte accomplirait sans doute religieusement pour ne pas contrevenir aux lois de la chevalerie; que peut-être pendant ce temps-là il oublierait ses imaginations extravagantes, ou qu'eux-mêmes trouveraient moyen d'y remédier. Carrasco s'était chargé de bon cœur de l'entreprise ; et Thomas

Cecial , compère et voisin de Sïmcho , et ouï était un bon compagnon, s'omit pour lui servir d'écuyer. Carrasco s'équipa donc, comme nous avons vu , sous le nom du chevalier des Miroirs, et Cecial a'étant mis un faux nez pour n'être pas reconnu de Sancho, ils suivirent don Quichotte à la trace , et de si près , qu ils pensèrent se trouver à l'aventure du char de la mort; enfin ils le joignirent dans le bois où se passa le combat que nous venons de raconter. Et ce qu'il y a de bon, c'est que, sans les visions extraoi*^ dinaires de don Quichotte, qui aurait juré sur son arae que ce n'était point Carrasco, monsieur le bachelier serait demeuré pour jamais incapable de prendre les degrés de docteur, avec la honte encore d'avou: trèsmal réussi dans son dessein.

Thomas Cecial, voyant le malheureux succès de leur voyage, et le disgracié Carrasco en si mauvais état : En bonne foi , monsieur le bachelier, luidit-41, nous avons ^ bien ce que nous méritons; il n'est pas difficile de faire des entreprises , mais on n'en vient pas aussi aisément à bout. Don Quichotte c'est un fou, et ùous nous croyons sages ; cependant il s'en va sain en riant , et nous nous en retournons tous deux tristes» et vous , de plus , bien frotté. Je voudrais bien savoir à cette heure quel est le plus fou , à votre avis , ou de celui qui l'est parce qu'il ne pent s'en empêcher, ou de celui qui veut bien l'être. La différence qu'il y a entre ces espèces de fous, répondit Samson , c'est que celui qui l'est par force le sera toujours, et que celui qui ne l'est que parce qu'il veut bien l'être cessera de l'être quand il voudra. Puisqu'il en est ainsi, reprit Cecial, j'ai bien voulu être fou en vous servant d'écuyer ; et, pour ne pas Fêtre davantage, je vais reprendre le chemin de ma maison.

Vous en êtes le maître, répartit Samson; mais de prétendre que j'en fasse autant

I avant d'avoir roué don Quichotte de coups , jaimcrais mieux ne mettre jamais les piinls

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