CHAPITRE X
Suite de l'aveisture du chevalier du Boif .
Parmi les discours qu'eurent ensemble don (^chotte et le chevalier du Bois, l'histoire rapporte que le dernier dit à l'autre : Enfin , monsieur , vods saurez que ma destinée et mon choix: m'ont rendu amoureux de l'incomparable Cassildée de Yandalie.
Je l'appelle incomparable, parce qu'il n'y a point de femme au monde qui puisse égaler sa beauté et son mérite ; mais , s'il m'est p^-mis de le dire, il n'y a point aussi de femme sur la terre qu'elle ne surpasse en ingratitude : quelque chose que j'aie pu entreprendre râur Cassildée, et quelques offres que je lui aie faites , elle n'a jamais récompensé mes intentions et mes services qu'en me créant de nouveaux moyens de me signaler en diverses rencontres , et me faisant souffrir des travaux plus grand» que ceux d'Hercule , sur l'espérance dont elle m'a toujours abusé, de me récompenser pleinement à la fin de chaque avantare qu'elle me fiiit entreprendre. Un jour elle m'envoya défier la Giralda , cette fféante objet de l'admiration de Séville ; oui, sans sortir jamais d'un lieu, est cependant touiours en action et fait bien voir qu'elle est la créature du monde la plus remuante et la plus légère. J'y allai, je la vis, je la vainquis et je fixai son mouvement , secondé par le vent du nord qui souffla toute une semaine. Une autre fois , elle m'ordonna d'aller peser les furieux taureaux de Gui- 'sando, entreprise plus digne d'un crocheteur que d'un chevalier. Quelque temps après, elle me commanda de me précipiter du haut du mont Cabra dans ses plus profonds abîmes, et d'observer soigneusement tout ce que nous cache cette grande
obscurité, plus épaisse que les ténèbres d'Egypte , aventure inouïe , et dont on ne peut sortir sans miracle. Que vous diraije? j'arrête donc le mouvement de la Gi^ ralda, je pèse les taureaux de Gnisando, je mets au jour les secrets des abtmes de Cabra, et je trouve Cassildée ingrate et dédaigneuse, et toutes mes espérances trahies. Enfin, il y a quelque temps qu'dle m'ordonna de courir par tontes les provinces d'Espagne , et de faire confesser par force, à tous les chevaliers errants qui y cherchent les aventures, qu'elle est seule digne do la couronne de la beauté, et que je suis le plus vaillant et le plus amoureux chevalier de l'univers. Depuis ce commandement, j'ai parcouru une grande partie de l'Espagne, et j'y ai vaincu tous les chevaliers qui ont été assez hardis pour me contredire. Mais la plus belle victoire oue j'ai remportée, et celle dont je tire le plus de gloire, c'est d'avoir vaincu, en combat singulier , le grand , le fameux chevalier don Quichotte delà Manche, et de lui avoir fait confesser que Cassildée de Yandalie est incomparablement plus belle que Dulcinée du Toboso ; victoire à jamais glorieuse pour moi et dans laquelle je puis me vanter d'avoir vaincu tous les chevaliers du monde, puisque le grand don Quichotte, dont je vous parle, les a tous vaincus.
Don Quichotte eut besoin de toute sa patience pour s'empêcher de donner cent démentis au chevaher du Bois , ^ il ne se retint oue pour lui foire confesser de sa propre doucm ou qu'il était un imposteur, on qu'on l'avait abusé; si bien que , sans lémoigapr aucun emportement : Seinmir
chevalier , la! dil-il , je yeui bien croire que TOUS ayes vaincu la plupart des chevaliers errants d'Espagne , et même tous cenx du monde » si vous voulez ; mais »
four ce (fui est do don Quichotte de la lanche , j'en doute fort : vous vous ôtes trompe, sans doute, et vous avez pris quel- 4iue autre pour lui» quoique à la vérité il y en ail bien peu qui lui ressemblent. Comment, répliqua le chevalier, je me suis mépris I c'est que je ne connais pas don Qui- ■chotte peut-être I Allez, seigneur , je Fai combattu, je Tai vaincu et je fai vu soumis à ma discrétion; et, pour vous faire voir que je le connais, c'est un grand homme, sec , maigre de visage , mais robuste et nerveux, qui a le poil mêlé, le nez aquilin , un peu courbé , et qui porte de grandes moustaches noires et abattues ; il combat sous le nom du chevalier do la Triste-Fignro et monte un fameux coursier qu*on appelle Rossinante ; son écuyer se nomme 8ancho Pança, et il a pour dame une Dulcinée du Toboso, autrefois Aldonza Lorenzo, dont il a chansé le nom, commej'ai fait de cehii de Gassildée, que j'appelle Casfilldéc de Vandalie , parce qu'elle est Andalouse; et si ce n'est pas vous donner asfsez de renseignements pour justifier la vérité que j*ai dite, je porte une épée qui sait mettre les incrédules à la raison. Doucement , seigneur chevalier , répartit don Quichotte, ne vous emportez pas, et écoutez ce que je vais vous dire. Il faut que vous sachiez que le don Quichotte dont vous parlez est un de mes meilleurs amis , au point que sa réputation ne m*est pas moins chère que la sienne propre. Aux marques que vous m'en avez données:
je ne saurais douter mie te ne soit luimême que vous ayez vaincu; mais aussi je sais, de science certaine, que cela est tout à fait impossible; ce qu'il y a de plusprohahle dans une chose si incertaine , c'est que quelque enchanteur de ceux qui le persécutent, et un , entre autres» qui est 6on ennemi particulier, aura pris méchamment sa ressemblance et se sera laissé vaincre exprès pour lui faire perdre la réputation que ses exploits lui ont justement acquise par toute la terre habitable; et, pour confirmer cette vérité , je tous apprenis que defNiis deux jours les veilla-
SOS de mariciens ont endiantè la belle Icinée du Toboso, et Font transformée en une vilaine et difforme paysanne. Si, après cela, il vous reste encore qudque doute, voici doo Quichotte lui-même , qui vous feft voir, armé ou dàsarmé, à pM
DON QUICflOrrE.
ou À cheval, de telle manière qu'il vous plaira, que vous êtes dans l'erreur.
A ces mots, don Quichotte se leva brusquement et porta la main sur son épée, attendant la résolution du chevalier du Bois, qui lui répondit froidement : Un bon payeur ne craint point de donner des gages : seigneur chevalier, celui qui a su vous vaincre transformé , peut bien espérer de vous vaincre de toute autre manière ; mais, comme c'est le propre des brigands et d(*s poltrons de combattre de nuit, et que les chevaliers errants ne doivent pas ensevelir leurs exploits dans l'obscurité, attendons le lever du soleil ; nous verrons pour lors à qui le dieu Mars sera favorable , à telle condition, seigneur chevalier, que le vaincu sera à la discrétion du vainqueur et obligé de faire tout ce qu'il lui ordonnera, pourvu que ce soit selon les règles de la chevalerie. J'accepte la condition, répondit don Quichotte. Et ils allèrent en même temps chercher les écuyers, qu'ils trouvèrent ronflant , et à qui ils ordonnèrent de tenir leurs chevaux prêts et en bon état,
Krce qu'au lever du soleil ils devaient se rer un combat sanglant. Sancho,.tout étonné de cette nouvelle, craignit beaucoup pour son maître , après les prouesses qu'il avait oui conter du chevalier du Bois à son écuyer. Cependant les deux écuyers allèrent reprendre leurs chevaux , et chemin faisant, celui du Bois dit à Sancho : Vous n'ignorez pas , je pense , ijae ce n'est pas la coutume en Andalousie que les écuyers demeurent les bras croisés quand leurs maîtres se battent : ainsi nous n'avons
2u'à nous préparer à jouer des couteaux, ette coutume, dit Sancho est bonne pour ceux qui ne savent que faire, et pour des désespérés I mais que ce soit la coutume des écuyers errants , je ne le crois pas ; au moins , n'en ai-je jamais oui parler à mon maître , qui sait |>ar oosur toutes les ordonnances de la chevalerie errante; et après tout, monsieur l'écuyer, quand il y aurait une ordonnance comme cela, il faut aussi qu'ilyaitune peine pour les contrev^iant»,. et j'aime mieux souffrir cette peine, qui ne passe pas, j'en suis sûr, la valeur do deux livres de cire : en payant, quitte; j'en aurai ton|ours meilleur marché , qu<v de me faire donner quelque mauvais coup et me ruiner en emplâtres. Mais il y a bienf plus, mon cher monsieur; c'est oue je n'ai point d'épée , et n'en ai porté de ma vie qu'il me souvienne. Quant à cela, je sais un bon remède, repartit l'écuyer : j'ai ici deux sacs de toile de même grandeur ;
1K)N OtlCUOTTE.
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vous en prendrez on et moi Fautre, et nuus nous en donnerons iusqu'anx gardes à grands coups de sacs. Ue cette manière là j*y consens, dit Sancho : nos armes seront plus propres à ùter la poussière de nos habits qu'à nous faire des blessures. (x>mmenl l'entendez- vous? répliqua fécuyer. Je prétends que nous mettions une dmizaine de cailloux dans les sacs, de crainte qne le Tent ne les emporte, et après cela nous nous battrons en tonte sûreté. Comme vous dites, repartit Sanrho , c'est une chose bien douillette qu'une douxaine de cailloux ! Si tous avez la tète de bronze, pour moi je l'ai de chair et d'os. Mais en un mot comme en mille , monsieur l'écuver, quand vous ne mettriez dans les sacs qne du coton ou de la soie , je ne suis pas en humeur de me battre. Que nos maîtres combattent tant qu'ils voudront, s'ils en ont tant d'envie , pour nous , bavons : ma foi , c'est le plus court et le plus sûr. Le temps aura bien soin de nous 6ter la vie sans que nous raccourcissions de nousmêmes. U ne faut pas se presser de cueillir ces prunes ; elles tomberont de reste quand elles seront mûres. Avec tout cela, répliqua l'écuyer, ne devrions-nous pas combattre au moins quelque demi-heure. Non, non , monsieur , répondit Sancho , pas seulement une minute : il ne sera jamais dit que j'aie été assez ingrat pour (Quereller tin homme avec qui je viens de boire et de manger, il faudrait ne pas savoir vivre. £t puis , qui diable , peut se battre sans être en colère? Ah ! s'il n'y a que cela , dit l'écuyer , le remède est tout prêt : avant qud nous commencions le combat, je m'approcherai tout doucement de vous, et, avec cinq ou six coups de poing dans les dents et autant de coups de pied dans le ventre , je suis assuré de réveiller votre colère, fut-eUe plus assoupie qu'une marmotte. Oh! je sais encore un meilleur moyen , repartit Sancho : je prendrai un bon gourdin ; et avant que vous ayez réveillé ma colère, j'endormirai si bien la vùtre, qu'elle ne pourra se réveiller (jue dans l'autre monde, où Ton sait bien si je suis homme à me laisser manier de la sorte. Finissons, je pense que le meilleur est de laisser dormii* la colère de l'an etdel'autre^ puisqu'on dit qu'il ne faut point éveiUer le chat qui dort, et souvent tel va chercher de la laine qui revient sans poil. Dieu a béni la paix et maudit les querelles. C'est ce que nous avons de mieux à faire. Si un chat qu'on enferme devient un lion , que pourrais-je devenir, moi qui suis un homme?
Voilà tout oe qtf OQ pont dire , intr ironipiO l'écuyer du Bois. Il sera bientôt jour, et noas verrons ce qu'il faudra décider.
Déjà de tous côtés , on eotendait le gazouillement de mille petits oiseaux qui saluaient, sur les arbres, le retour de raumre; les herbes étaient déjà toutes couvei tes de. cette agréable ros*V qu'elle répand à son lever, et qui semblent autant de perles liauides , les saules distillaient leur manne délicieuse, et les bois, les prés, les fontaines , les coteaux et les vallons reprenaient leurs premières beautés. Mais pendant que la naissance du jour commençait à rendre la vie et la couleur aux objets , Sancho Panca.ne jouissait pas tranquillement d'un bien qui enrichissait toute la nature. La première chose qui s'offrit à sa vue, fut le nez de l'écuyer du llois , dont la longueur démesurée lui fit tant de peur^ qu'il pensa tomber à la renverse; et véiitablement , si l'on en croit l'anteur , qui n'aime pas à exagérer, ce nez était si pn»digieux, qu'il faisait presque ombre à tout son corps, il avait en outre une grosse bosse au milieu, et il en sortait comme sept ou huit autres nez tout parsemés tlo verrues verdàtres et violettes , sans compter qu'il descendait presque de trois doigts ail-dessous de la bouche; ce qui faisait nu effet si terrible au visage de l'écuyer, qu'on n'aurait pu le regarder sans horreur. Cet(«) hideuse vision épouvanta si fort le pauvro Sancho, qu'il lui prit un tremblement uni* verset, il se voua dans son cœur à toutes les dévotions d'Espagne, pour être délivré de ce fantôme , et résolut d'en soullrir cent gouraïades plutôt que de songer à réveiller sa colère.
Cependant don Quichotte jeta les yeux sur son adversaire, qui avait déjà le casque en tète et la visière baissée , si bien qu'il ne put le voir au visage ; mais il remarqua que c'était un homme fort et nw buste, quoique de taille médiocre ; il por* tait sur ses armes une casaque qui parais* sait de brocart d'or, où l'on vopit éclater quantité de petites lunes ou miroirs d'argent qui faisaient un fort bel effet; son casque était couvert de nlumes jaunes, vertes et blanches , et sa lance» qui était appuyée contre un arbre, était grosse^ longue, et ferrée par le bout d'un acier luisant d'un pied de long. Don Quichotte, ayant observé tout cela, jugea que le chevalier devait être doué de grandes forces; mais il en eut do la joie, bien loin de s'étonner, et, s'avançant d'un air libre vers le chevalier des Miroirs : Seigneur chevalier , lui dit-il , si
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rardeur qui vmu wrie au combat n'allérc p<ilni voire courtoisie Je vous prie de haos- M»r la vifti^?rc, afln que je yoie si votre borirus mine et votre air répondent à la videur que promet la disposition de votre taille, Heifçneur chevalier» répondit celui des Miroirs , vous aurez du temps de reste pour m'examiner ; je ne puis vous raccorder pour rheurc, parce qu*il me semble que je fais tort & la beauté de Cassiidée et à ma propre gloire tant que je diffère de (!orfibaUre > et de vous faire confesser des vérii/^s importantes. Au moins, réplic[ua don Quichotte, vous pouvez bien me dire, avant que nous soyons à cheval, si je suis ce don Ouichottc que vous prétendez avoir vaincu. A cela , dit le chevalier des Miroirs, j*ai à vous répondre qu*on ne peut pas avoir plus do rosscmblance ; mais, après ce que vous m*avcz dit de la persécution quo vous éprouvez de la part do quelques enchanteurs, je n'oserais jurer que vous soyez le même. £n voilà assez, dit don Quichotte; qu'on amène seulement nos chevaux, et je vous tirerai entièrement d'erreur en moins de temps que vous n'en auriez mis à hausser la visière ; et si Dieu, ma dame et mon bras ne me manquent, je verrai votre visaf^e, et vous ferai voir si je suis ce don Quichotte qui se laisse vaincre si hicilement. Us montèrent à cheval aans parler davantage, et en mèmetemps ils tournèrent leurs chevaux pour prendre du champ ; mais à peine s'étaient-ils éloignés de vingt pas que le chevalier des Miroirs appela don Quichotte, et Us se rapprochèrtHit l'un de l'autre* Seigneur chevalier, dit cehii des Miroirs, vous vous souviendrez que les conditions de notre combat sont que le vaincu sera à la discréticm du vainqueur? Je m'en souviens, répondit don ilnichotte ; et aussi que le vainqueur n'imposera rien qui soit contre les lois de h t'I^valerie* Cela est juste, repartit celui des Mir^ùr»« En ce moment ils allaient se sê-
ri>r , quand don Quichotte jeta par hasard veux sur l'tkuver au grand nei. Pendant qui! considérait cette effroyable ti$;ur«^. quil prenait pour un monstre, 8«ue)Hv» qui se tenait <hMTiére la cftwpe de Hoti^nante» et qui n'avait pas le eoonge 4» deaneiirer avec son affireux eoiptgnon, voyant sa« maître sur le point de partir^ 1^ dit à lfor«4Ue : Je voo» supplie, moii- »ieur« de m aidinr à monler sur ce chêne, ffoà j^ponumi \airpln»àsMNaaise\o^ eoitthat qui siuw; je pense* nm des plus be^iuv lin WMMie* N esl-ce poînl phitOl . réf«>4Miil ANa VMcifMe» que In scfnbbte»
aise de Toîr sans péril le eonibat des taureaux? A ne point mentir, repartit &uiciio» le nez de ceL écuyer me fiiit peor, et je ne demeorerais pas seul avec lui pour tons les biens du monde. Comment diable ee chevalier peut-il sonflîv ce fiintôme en sa compagnie? Je me doute bien pourtant que c'est renchantenr yù a soin de ses afiaires ; et tout cela, monsieur, ne me parait point ée bon présage. J'avoue, dit don Quichotte, que voua la plus effiroyable chose que je vis de ma vie, et, si je n étais ce que je suis» j^en serais épouvanté ; mais quand ce serait Satan même, je lui ferais voir à qui il se joue. Allons, Sancho, viens que je t'aide à monter, et que j'aille apprendre à ce chevalier si je suis le véritable don Quichotte. Pendant que don Quichotte aidait Sancho à monter sur l'arbre, le chevalier des Miroirs s'était éloigné pour prendre du champ ; et , croyant que don Quichotte aurait fait la même chose, il tournait bride pour Tenir à sa rencontre. Il courait de toute la force de son cheval, c'est-à-dire au petit trot, car le coursier n'était ni plus vigoureux ni de meilleure apparence que Rossinante ; mais, comme il vit don Quichotte occupé à autre chose , il retint la bride et s'arrêta au milieu de la carrière, au grand plaisir de son cheval, qui n'en pouvait déjà plus. Cependant don Quichotte, qui s'imagina que le chevdier venait contre lui comme un tonnerre, pressa vivement les flancs de Rossinante, et ranima de telle sorte, que rhistoire remarque qu'il prit enfin le galop, ce qu'on ne loi avait encore jamais vu Cabre. Avec cette furie extraordinaire, le chevalier arriva auprès de celui des Miroirs, qui ne cessait de talonner sa monture, sans ponvoir fe faire remuer, ce qui mettait le pauvre dievalier teOement en désordre, qu'il ne put même tenir la laace en arrêt; don Qaà^ chotte, sans prendre nrde à létat oà il trouvait son ennemi, fondit sor faii arec tant de force, qu^il lui fit vider les arçons et renvoya à terre sans aucun signe de vie. Silôt que Sancho vit le chevalier par tetre, il se laissa conler en bas de son arbre et coonit promptemant vers son mnHify «n, s'êtant dj^ jeté sor le chevalier des Miroirs, lui délaçait le arane, pour voir s'il était nort, on pour hn ooainer de Faîr» si par hasard il le tramait vivant. Qaipooim dire rétoBnement de don Qoichatle qninÉ il put considéfftr les traits da chevalier des Muroirs? Viens voir, Sancho, si viens voir ce qui le s^rprcmèras cl ce i In ne powras croire.
Digiti:
DON QUIGHOTIU
quel esl le pouvoir de la magie I Gonsidèrey admire quelle est la malice des enchaoteurs et la force des enchantements I Sancho s'apptocha, et^ reconnaissant que c'était le bachelier Samson Carrasco, il fit vingt signes de croix, et pensa ne jamais revenir de son étonnement. L'infortuné bachelier ne revenait pas non plus de son étourdissement, et Sancho, ne sachant si le chevalier était mort ou vivant : Monsieur, ditil, mettez-moi à tout hasard votre épée deux ou trois fois dans la ^rge dece monsieur Garrasco : qui sait si vous ne tuerez noint quelque enchanteur de vos ennemis? Je pense que tu as raison, répondit don Quichotte : aussi bien plus nous en tue~ rons, moins en restera-t-il à combattre. Il allait en même temps exécuter le conseil de Sancho y quand Técuyer du chevalier des Mhroirs, qui n'avait plus son grand nez, courut à lui, en criant de toute sa force : Arrêtez, monsieur I prenez bien garde à ce que vous faites : celui que vouf voyez à vos pieds est le bachelier Garrasco, votre bon ami, et c'est moi qui lui servais d'écuyer.
A d'autres I dit Sancho , et où est le nez? Le voici , répondit Técuyer. U tira aussitôt de sa poche un nez de carton, de la même figure qu'il a été dépeint. Cependant Sancho , qui ne cessait de considérer Técuyer, dont il avait moins de peur commença à leveries mains avec admiration, et tout d'un coup il s'écria : Eh 1 sainte Vierge I n'estce jpas là Thomas Gecial, mon compère ? Chu, oui, mon ami Sancho, c'est moiinême, répondit l'écuyer , et je vous dirai tout à l'heure par quelle aventure je me trouve Ici ; mais, en attendant, priez votre maître qu'il ne fosse point de mal au chevalier des Miroirs, car c'est assurémentlepauvreSamson Garrasco , notre bon voisin. Sur cela , le malencontreux chevalier revient à lui , et, au premier signe de vie qu'il donna, don Quichotte , lui portant l'épée à la gorge : Vous êtes mort, chevalier , lui cria-t-il , si TOUS ne confessez que Ikdcinée du Toboso remporte le prix de la beauté sur votre Gas* sildee de Vandalie, et si vous ne promettez I qu'an cas que vous guérissiez de vos hkih \
sures, vous irez au Toboso, vous présenter de ma part devant madame , pour vous soumettre à tout ce qu'elle vous ordonnera; après (juoi , si elle vous rend la liberté , vous viendrez me chercher à la trace de mes exploits, pour me rendre compte de ce qui se sera passé entre elle et vous; vous conviendrez que ce sont-là toutes condi^ tions naturelles et essentielles à l'ordre de la chevalerie errante. Je confesse, dit Tinfortuné chevalier, qu'un seul regard de madame Dulcinée vaut mieux que toutes les faveurs de Gassildée , et au' elle-même encore ; je promets encore ae plus d'aller au Toboso, et de revenir vous rendre un compte exact de toutes choses. U faut que vous confessiez encore, ajouta don Quichotte, que le chevalier que vous vainquîtes autrefois n'était ni ne pouvait nulles ment être don Quichotte de la Manche , mais seulement quelqu'un qui lui ressemblait, comme aussi Je reconnais de ma part oue vous n'êtes pomt le bachelier Samson Garrasco , quoique vous lui ressembliez parfaitement, mais quelque autre à qui les enchanteurs mes ennemis ont donné la même forme , afin de modérer les mouvements impétueux de ma colère , et m'obliger d'user avec clémence de ma victoire. Je l'avoue et le confesse comme vous le souhaitez, ré{>ondit le chevalier; mais, pour Dieu, laissez-moi lever, car je me trouve fort incommodé de ma chute. Don Quichotte lui aida avec Thomas Gecial, sur qui Sancho tenait les yeux constamment attachés , lui faisait mille questions différentes, |K>ur découvrir si c'était véritablement lui; et ne pouvait encore s'en fier à ce qu'il voyait, tant il trouvait la rencontre singulière, et tant l'opinion qu'avait don Quichotte du pouvoir des enchanteurs s'était imprimée dans son esprit! Enfin don Quichotte et Sancho demeurèrent dans l'erreur , et le chevalier des Miroirs , après avoir pris congé d'eux, alla avec son écuyer se faire remettre les côtes. Un moment après , don Quichotte continua son chemin vers Saragosse , où il faut le laisser aller, pour voir au vrai qui étaient le chevalier des Miroirs et Técuyer au grand nez.
Digiti:
iK6
\Km QUICHOTTE.
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