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ma conscioncc m'ontonne de faire. » Puis j'envoyai k Millcrand mes témoins.
Il reï^lail à Méline, cp jour-lâ, une lilehelé à coniracUro : il n'hésita pas. II avait le droit de dire cjn'il avait rompu avec Schcurer,son ami de irenlc ans, cl avei; moi, son ami aussi , depuis lonfiftcmps , et .son collaborateur à la flt'/î«6/iç«e française, quoTid je lu dirigeais. Mais il s'écria i- que l'iionnêleté cl la droiture des ministres protestaient contre de telles solîdaritt's... Non, il n'est pas permis d'essayer aiuH de déshonorer ses adversaires ! >• Pour Seheurer, " il n'avait déposé aucune pièce, elle Oouveinemenl n'eu pouvait recevoir aucune ».
" Je n'ai rien à ajouter, riposta Millerand, au bruit des applaudissements de la droite et de la ^'auche, à l'exécution que M. le Président du Couseil vient de faire de l'honorable M. Schenrcr-Keslner (i). «
ARu que l'humiliation de Méline et de Billot fût complète, Alphonse Ilumhert inlerviul : " Pour amener le ministre de la fïncrre A son banc et à son devnir, il ;i fallu que le chef de l'I-ltatMaJor j.'iai enfin un rri et fit appel h l'opinion publique ronlre riioinnie qui sélail déclaré le gardien de l'armée cl qni ne le défendait pas. »
l'n député des Landes, Jumel, avait déposé un ordre (lu jour honnête et sensé : » La Chambre, jufj;eaHt qu'elle n'a point à s'immiscer dans une «jucsliou d'ordre purement judiciaire... •• Il réunit quaire-vingt-dix voix (2).
n'en rMe.f qu'un, et ceux (|iii. nvvc lui. nvnieiil mené celle cam- [lùgni-, nvnîcnl été ]iliis: pcrsiiinircs et {iliis clflir\'ovimt» i|uc moi. - Il miicrivil. avec mie lielie loyoul,-: . \i,w iif vous ^tnnriTcx i>as si je vous d'i» quo j\ii eu une joie juirlii-iilién-ii proiiunctT rcD paroles ciimiiie une rÉpnrnlion i[iii \c)iis riail ilitr dv la lourde injUHliee n»e j'av.iîs iiivolotiUiirenii-nl rumiui-i', >
(i- • Vif» npplautlisscmeiils ;i Riuiclii', à levlri'mc l'OiicIip et h (li-uile. »
',1: l'armi leiïquatrc-vingt-ilix (lépiiU-" qui votri'pnt In |iriorîté en faveur de tel ordre du jour, je relève le? noms de Decrais,
146 IIFSTOIHt: DE L AFFAIRE DHEYFL'S
On vota ensuite, paragraphe par paragraphe, un long ordre du jour où la Chambre se déclarait « respectueuse de la chose jugée (i) >», « s'associait à Thommage rendu par le ministre de la (iuerre à l'armée {2\ ►>, « approuvait les déclarations du Gouvernement (3) » et « flélrissî»il le^ meneurs do la campag^ne odieuse entreprise pour troubler la conscience publique (/|) ».
Plusieurs avaient le rouge au front, votaient quand même : « Je m'associe, me dit Tun d'eux, à la lâcheté génénde. *>
Le coup de la fausse dépe^che avait réussi ; la victoire de Boi^delïVe était complète. •
Ainsi fûmes-nous flétris (ce qui n'était rien) ; ainsi (ce qui était plus grave) abdiquèrent la Chambre et le <jou- T»ernement de la République, en route, — si les flétris ne s'étaient pas mis en travers, — pour un Sedan moral, plus terrible cent fois que Tautre.
Le lendemain, j échangeai deux balles avec Millerand, sans résultat «5).
Charles Diipiiy, Chaulcinps, Dorian, Etienne, Ba^^lid, Hémon, (le Lnsleyrio, I.acrelellc, Val lé, Odilon Barrot. Renaiill-Morlière, IsarnbtM'l. Jounarl, Maurice Lebon. I.eyflrues, Maruéjouls, Rivot, Hihi>(. lUrard. Hoiivier, Sarrien, Thom-son, Trouillot. (^)ualre cent (iou/e <l«'iHilés le repoussèrent, dont Léon lUmr^'cois, Lockroy, Millerand, Pasrlial Groussel, Camille IVllelan, Aynard, Eniesl Caruot, Hou.inet, Francis Cliarnies, Develle, Puincaré, Jules Kf)>he, lU^m'i^at, i)escha:iel, Vaillant, Cluserel, Charles Ferry, (Joldet, Viviani, Jules (iuesde, Montebello, Jvrantz, Mé/ièi-cs, Melchior de Vogué.
■i; Par ^H', \oix contre i8.
i'j.) Pareil voix contre iS.
(3) Par 3i() voix «'onlre iTm».
tV' t*»»' i4^ voix c<mtre 73. — l/enseinble fut v<»té par ,3o8 voix cotilre 1)2.
:» !.*»< témoins de Millerand furent Viviani et Gérault-Hichard ; AOsniieFis, Di'loncle et Adrien Hastid.
l'eJJÇUÉTE de PELLlEi;X
Sclieurer demanda à inlerpetler le Président du Conseil el le ministre de la Guerre au sujet des déclarations qu'ils avaient faites à la Chambre (i).
Ce (|ui, plus que la folie ou la couardise des députés, lavait indigné, celait le mensonge de Billot afflrmant: " Dreyfus a été justement et régulièrement condamné. >>
il ne songeait pas à rendre le Sénat juge eutre Dreyfus el E^terliazy; mais il eût voulu démontrer que la possibilité d'une erreur judiciaire u'avail pas toujours été écartée par l'iïtat- Major.
Les lettres de Gonse el de Picquart ont décidé la conviction de Scheurer. Lues, commentées par lui, elles seront d'un grand effet. Cionse, Henry en ont si grand peur que, d'avance, ils les font discréditer, dénaturer parles journaux. Encore quelque temps de ce travail, et, défraîchies, fanées, quand elles paraîtront dans leur véritable texte, elles donneront l'impression d'une cbose déjà vue, d'une vieillerie.
Mais Leblois, au nom de PicquarL défendit à Scbeurer de les porter au Sénat (2).
Picquart n'avait revu Leblois qu'une seule fois, le jour où Pellieux l'y avait autorisé [3). Et, sans doute, il n'était pas homme à récriminer pendant le combat; pourtant, il le trouvait mal engagé,. prématuré ; suitout, dans cette aventure, il tenait à éviter tout ce qui pour-
'liLeltre du <i décembre 1897 au président du ï^i^nat. l.oubet.
a., Le 6. — Prop*« Zola, 11, 3:i3, l,ai)ori : « Picqiinrl sv cipposail. >■ — .\ l'audience du iî février i8i(8, Picquart dil lifl-in^me <|u'jl s'j était opposé « de la fa£o.i la plus nh^olne m.
13) Voir p. laj.
rail lui être reproché, à torl ou à raison, comme une infraction h la règle, un manquement çu secret professionnel ; cl son ambition était de rester jusqu'au bout, à travers tant d'obstacles accumulés, le soldat discipliné qu'il avait été jusqu'alors. Dès lors, il avait signifié nettement à Leblois et il venait de lui faire savoir à nouveau qu'il entendait, désormais, agir à sa tète, comme il en avait bien le droit, qu'il le couvrait pour le passé, mais qu'il protesterait publiquement, et vivement, si quelque indiscrétion se produisait (notamment sur sa correspondance avec Gonse), car ce serait un abus de confiance.
Boisdeffre, en demandant «^ Picquart sa parole de ne pas voir Leblois, en dehors d'une permission spéciale, avait pris une habile précaution. La presse continuait à le dire le complice de Scheurer, quand il ne pouvait même pas se concerter avec son avocat.
L'intérêt de Picquart, qui se confondait, dans une si grande cause, avec l'intérêt de la cause elle-même, c'était délaisser produire ces lettres, devant une assemblée comme le Sénat, par un homme comme Scheurer. Bien qu'elles traitent d'une affaire d'b^tal, elles sont écrites sur un ton familier, cène sont pas des lettres de service. Elles ont été montrées déjà à trop de gens pour que Gonse lui sache gré d'une discrétion tardive. Il en conclura seulement que Picquart, pris de crainte, hésite et s<» dérobe. « La meilleure stratégie, a écrit rllausewilz. consiste h être toujours très fort, d'abord en général, |>uis au point décisif. C'était le princip(» de Najmléon qu'au point décisif on ne peut jamais êlre trop fort. Toute réserve destinée à n'être emj)loyée qu'après est une faute (i). »
i; GÉM*:nAL di: Clm>e\vitz, De la Guerre, f, 3io, 3'.>i, 329.