LE SYSTEME DES DESTITUTIONS
Le 17 février 1801, Hassen, beydeTiteri, fut arrêté et dépouillé de tous ses biens, Les richesses qu'il avait déjà amassées étaient considérables. Il fut remplacé par Mohammed-Tobdji. Le 18 septembre suivant, alors que Moustafa-dey se trouvait à la mosquée pour la prière du vendredi, un certain Ouali-Khoudja, suivi de dix conjurés, parmi lesquels le caïd de Bou-U'eni, pénétrèrent dans le palais de la Djenina, et avertirent, par un coup de pistolet, leurs aflïdés se trouvant dans la mosquée et qui devaient, à ce signal, massacrer le dey. Mais ceux-ci n'osèrent se montrer. On accourut alors au palais : il était barricadé à l'intérieur et il fallut monter sur les toits pour essayer d'atteindre les insurgés. Ceux-ci se défendaient de leur mieux en criant aux soldats qu'ils voulaient augmenter la solde, leur donner du pain blanc et permettre trois jours de pillage des Juifs. On dut, pour en terminer, faire venir le maître maçon et pratiquer dans les murailles des ouvertures par lesquelles on pénétra. Les conjurés furent en partie massacrés, les autres périrent de la main du bourreau. Lorsqu'on fut maître de ces forcenés, le dey sortit de la mosquée et vint tenir, au palais, une audience publique, pendant que le canon tonnait, en signe de réjouissance.
Vers le même temps, la paix ayant été conclue avec la Porte, Dubois-Thainville revint prendre possession du consulat d'Alger (novembre)1.
Nouveaux exploits des corsaires rarbaresquks. Satisfactions obtenues par la France. — Dans le cours des années qui venaient de s'écouler, la Mcditerrannée était redevenue la proie des corsaires de toutes les nationalités. Les Barbare=ques s'y lancèrent à corps perdu et l'on put croire que les beaux jours de la course allaient refleurir. Les nations, en guerre les unes contre les autres, favorisaient ces forbans, dans l'espoir qu'ils les aideraient à détruire la marine de l'ennemi, triste calcul dont le résultat se retournait souvent contre ceux qui en attendaient un avantage. Le réïs Ilamidou, à Alger, fut un des plus célèbres parmi ces derniers corsaires.
Ceux de Tunis se signalèrent aussi par leur audace. En 1708, ils abordèrent de nuit à l'île San-Pietro, au nord-ouost de la Sardaigne, descendirent inopinément à terre et enlevèrent 900 per-
1. Fcraud. Ephêmcrides d'un secrétaire (Rovuc afric, n° 106. p. 313 et huit. — De GrammoDt. ffisl. d'Alger, p. 337. — Berbru^^or, Documents (Revue afric, n°» 90, 91).
HISTOIRE DB I. AFRIQUE
sonnes de tout âge et de tout sexe ; les hommes, enchaînés, furent entassés dans la cale des navires ; les femmes et les enfants restèrent sur le pont des vaisseaux, où ils eurent à subir les derniers outrages. Enfin, le produit de ce rapt fut débarqué, pêle-mêle, à Tunis ; et, lorsque le bey et les hauts fonctionnaires eurent fait leur choix, on vendit le reste comme de vils troupeaux ; seuls, ceux que leur grand âge ou leurs infirmités empêchèrent de trouver acquéreur, demeurèrent à l'abandon sur la place où ils servirent de jouets aux vauriens.
La marine d'Alger, au commencement du siècle, n'était pas à dédaigner. Elle se composait d'une trentaine de navires, dont 3 frégates de 14 canons. Commandés par des hommes tels que le réis Hamidou, ces vaisseaux se mesurèrent plus d'une fois avec la marine de guerre étrangère, non sans succès. En 1802, notamment, Hamidou attaqua une frégate portugaise de force égale à la sienne, et s'en rendit maître.
Mais les réïs commettaient souvent des méfaits au détriment des côtes françaises ou des pays nouvellement conquis. Or, la paix avait été signée, entre la Régence et la France, le 2 mars. Le premier consul exigea de strictes réparations et, comme le dey cherchait des faux-fuyants, il sut lui parler sur un ton qui n'admettait pas de réplique. Le 7 août 1802, une division navale française parut devant Alger, et l'adjudant du palais, Hulin, remit au dey une lettre de Napoléon, l'avertissant que, si on ne lui donnait pas immédiatement toutes les satisfactions demandées, il enverrait en Afrique une armée de débarquement de 80,000 hommes ; Moustafa s'empressa de s'exécuter : les navires et marchandises saisies furent rendus, les prisonniers mis en liberté, ainsi que les survivants du naufrage du Banel, échoué sur le cap Ténès, quelque temps auparavant. Inutile d'ajouter que le dey renonçait à la redevance de 200,000 piastres que, selon l'expression de Napoléon, il avait l'impertinence de réclamer. Enfin, des instructions furent adressées au bey de l'Est, afin qu'on cessât toute hostilité contre le personnel des concessions. Le rétablissement de la compagnie d'Afrique avait eu lieu depuis le mois de juin 1801.
Les Hacri et Busnach servaient toujours d'intermédiaires avec la France, mais le règlement de leurs créances commençait à amener des difficultés. Pour se venger de ces humiliations, le bev fit enibarquer le consul d'Angleterre, Falcon, sous le prétexte qu'il avait eu des relations avec des femmes musulmanes, et persista dans son refus de le recevoir de nouveau, malgré la menace de bombardement faite par Nelson, venu avec une escadre. Pour se procurer une satisfaction pécuniaire, il destitua le bey de Constantine, dans