ÉVÉNEMENTS DU MAROC
fut alors que le Cheikh dicta son auto-biographie et rédigea les règlements définitifs de son ordre, réunis dans un recueil qui porte le nom de Kounnache. La secte des Tidjanïa était fondée.
Quant à Osmane-bey, il fut, peu après son retour à Oran, frappé de révocation et remplacé par El-Hadj-Moustafa, caïd deTlemcen, qui reçut l'ordre de l'arrêter (mai 1800J. L'ancien bey avait préparé sa fuite, au moyen d'un bateau qui devait le prendre de nuit ; mais il fut dénoncé par une de ses sœurs à l'ag'a ben el-Djomli qui commandait Mers-el-Kebir. Cet officier pénétra le soir même au Château-Neuf, s'empara d'Osmane, le chargea de fers et le livra à son successeur. Envoyé à Alger pour y être mis à mort, le fils de Mohammed-el-Kebir présenta sa défense avec tant d'adresse que le dey lui fit grâce et se contenta de l'interner à Blida. Selon certaines versions, Osmanc aurait été arrêté par El-Hadj-Kouïder-ben- Sahnoun, caïd des Arabes, après une poursuite dans la direction de l'ouest. 37 bêtes de somme, chargées de ses richesses, furent conduites à Alger, ainsi que 10 juments, 20 chevaux, 5 esclaves chrétiens, 5 négresses et 16 nègres. De plus un navire apporta dans cette ville un véritable chargement de butin (novembre 1800) *.
Suite du règnb de Moulaï-Slimanb au Maroc. Il rétablit l'unité de l'empire. — Si nous avons, depuis longtemps, perdu de vue le Maroc, c'est que les événements qui s'y sont succédé n'ont rien de saillant. La peste des dernières années du siècle y fit des ravages considérables qui dépeuplèrent des contrées presque entières. Ce fléau rendit au sultan le service de le débarrasser de ses frères rebelles ou dangereux. Ce fut d'abord Moulaï-Taïeb, que Slimane avait laissé à Maroc comme son représentant, après s'être emparé de cette ville ; ce prince, il est vrai, lui avait donné des preuves de dévouement dans le cours des dernières années (juillet 1798). En même temps, El-Housseïn, le rebelle, cessait de vivre à Maroc où son frère l avait attiré. Enfin, Hecham subit le même ?ort. Ainsi le souverain légitime rentra en possession de la région de l'Oum-er-Rebia, jusqu'au Sous. Ces contrées avaient été, dans les années précédentes, le théâtre de luttes acharnées entre les Chaouïa, les Arabes et les Berbères des montagnes ; des milliers de ces indigènes étaient morts et le pays se trouvait ruiné ; les ravages de la peste complétèrent tous ces maux.
1. Arnaud. IJist. de l'Ouali Ahmed-Tedjani (Revue afric, o° 30. p. 466 et suiv.). — L. Fey, Hist. d'Oran, p. 289 el suiv. — VValsin Esterhazy, Domination Turque, p. 197 et suiv. — Féraud, Ephémcrides d'un secrétaire (Revue afric, n° 106, p 310 et suiv.).
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HISTOIRE DE LAFRIQUB
C'est pendant celte période que le consulat français de Salé, dont l'importance avait été grandement diminuée parles conditions économiques où se trouvait le pays et la concurrence de Mogador, fut transporté à Tanger. La paix fut alors signée entre le Maroc et l'Kspngne. Dans ce traité, daté de mars 18<>0, Moulai" Slimane flétrit la traite des nègres et fait des vœux pour que l'esclavage disparaisse de l'humanité. Ses relations avec la France continuèrent à être amicales et ce fut en vain que la Porte le supplia de rompre avec elle.
En 1801, l'armée cherifienne fit une campagne contre les Aït- Malou. Le caïd Kl-Hakmaouï, qui la commandait, pénétra jusqu'à Dekhiçane, où ces Berbères lui offrirent leur soumission ; mais, se sentant en lorce et bien pourvu d'artillerie, il repoussa leurs ouvertures et voulut laisser aux armes le soin de régler le différend ; mal lui en prit, car on l'attira dans les défilés des montagnes où il se trouva bientôt isolé et captif entre les mains des rebelles. Cependant ils le renvoyèrent avec quelques cherifs, au sultan, sans lui faire de mal. Peu après, Moulaï-Slimane dirigea, en personne, une expédition vers le sud et lit rentrer sous son autorité le Deràa, KI-Faïdja et Sidjilmassa, provinces qui, depuis longtemps, étaient en proie à l'anarchie. L'année suivante, de nouvelles campagnes furent faites avec succès dans le Hif, la vallée du Haut-Moulouîa et enfin, jusqu'à Oudjda que les Turcs avaient définitivement abandonné depuis 1795, renonçant à toute prétention sur cette région.
Ainsi, le Mag'reb recouvrait peu à peu son unité, sous la main forme de Moulaï-Slimane, dont le long règne était un véritable bienfait '.
Suite du règne db Moustafa-dbt a Alger. Rétablissement db la paix avec la France. — Dans le courant de l'année 1800, Dubois-Thainville, envoyé comme consul à Alger pour traiter de la paix, ne tarda pas à conclure un accommodement entre la régence et la France 'septembre). A Tunis, Devoize avait obtenu le même résultat (fin août ; mais cela ne faisait pas l'affaire de l'Angleterre. Cette puissance insista tellement auprès de la Porte qu'elle obtint de nouveaux ordres pour les deys et pachas de Berbérie. prescrivant le maintien absolu de l'état de guerre. Ils s'exécutèrent pour la forme ; on dit même que le dey d'Alger écrivit au premier consul afin de s'en excuser.
1. Tordjcman. p. 92 et suiv. du texte arabe, 173 et suiv. de la trad. — Abbé Godard, Maroc, p. 573 et suiv.