ETAT DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE AU COMMENCEMENT
nu XVI» SIÈCLE
Affaiblissement des empires berbères. — Formation de nouvelles provinces et de petites royautés indépendantes; féodalité indigène et marabouts. — Puissance de ) empire turc — Les cherifs marocains.— État de l'Espagne.
— Étal de l'Afrique Septentrionale. Cyrénaïque et Tripolitaine. Tunisie. Province de Constanlitie. Province d'Alger. — Province d'Oran. Ma^'reb. — Notice sur les cherifs bassani et saadiens. — Résumé de la situation.
— Progrès de la science en Berbérie ; les grands docteurs; le Soufisme; les confréries de Khouan.
Affaiblissement des empihes berbères. — Avec le xvi* siècle, la Berbérie est entrée dans une phase nouvelle. Décors et acteurs, tout change, et, comme prélude, le chrétien abhorré s'empare d'Oran, de Bougie, de Tripoli, de presque tout le littoral marocain delà Méditerranée et de l'Océan ; il s'y installe en maître, tient Alger sous le feu de ses canons, et a reçu la soumission de Dellis, de Tenès, de Moslaganem et de bien d'autres places. Ainsi, de ce9 puissants empires qui ont maintenu l'Afrique septentrionale courbée sous le joug de Berbères régénérés : les Almoravides, les Almohades, les Merinides, les Abd-el-Ouaditcs, les Hafsidcs, il ne reste que le souvenir, car les tristes descendants de ces trois dernières dynasties achèvent de mourir, non seulement sans gloire, mais trop souvent sans dignité: celui de Tlemcen est déjà venu à Burgos apporter humblement sa soumission au roi catholique et
HISTOIRE DE I.AFRlQt'K
implorer son appui, c'est-à-dire une honteuse tutelle ; celui de Tunis ne tardera pas à l imiter. Quant à l'empire de Fès, il se dissout dans l'impuissance résultant des compétitions et de l'anarchie. A peine ces sultans ont-ils conservé quelque autorité dans les villes de l'intérieur; le reste de l'empire n'obéit plus à personne. En un mot, toutes ces dynasties sont caduques et se survivent.
C'est que l'unité de la race berbère, qui, malheureusement pour elle, n'a jamais été bien complète, s'est émiettée, s'est fondue au cours des longues années de guerres intestines que nous avons retracées dans les volumes précédents. L'élément arabe-hilalien, par son introduction il y a cinq siècles, a rompu, modifié, dispersé, grâce à une action lente, l'élément indigène, qui cependant l'a absorbé, mais ne se retrouve ou ne se reconnaît que dans les montagnes élevées et dans l'extrême sud; partout ailleurs, il n'y a plus ni Berbères, ni Hilaliens, mais seulement une population hybride, qui, en maints endroits, va prendre ou a déjà pris de nouveaux noms1.
Formation de .nouvelles provinces et de petites royautés indépendantes. — Féodalité indigène et marabouts. — Le pays lui-même tend au fractionnement, et de nouvelles provinces, de nouvelles capitales, de nouveaux chefs-lieux vont avoir leur vie propre. L'autorité de ces gouvernements, étant plus faible, ne pourra s'étendre aussi loin, et partout, au sein de cette anarchie, se formeront de petites royautés : à Touggourt, en plein Sahara, comme à Koukou dans la Grandc-Kabilie, et les maîtres de ces démocraties prendront le titre de sultan ou de roi. Ailleurs, les chefs des grandes tribus rénovées, émirs, jouant au sultan, viendront dans les vieilles cités royales, comme Conslantine, dont ils se sont érigés les prolecteurs, exiger des descendants de leurs anciens maîtres le tribut du vasselage. C'est une véritable féodalité qui se fonde; et cependant, dans ces villes, qu'elles se nomment Tunis, Kaïrouan, Constantine, Tlemcen ou Fès, llorissent des écoles de savants remarquables ; mais, c'est là le seul reste de leur ancienne splendeur, et, dans un tel moment, ce genre de supériorité n'a guère d'utilité pratique. Les marabouts commencent à former, dans les campagnes, des centres religieux dont l'influence sera autrement importante.
L'islamisme est donc en péril dans l'Afrique du Nord. La chrétienté, entraînée par un puissant empereur, va sans doute
1. Nous nous sommes appliqué, dans le 2' volume, à suivre pas à pas celte transformation. (Voir ses tables.)