‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 3 sur 174 · ÉTAT DK L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE AU XVI° SIÈCLE · texte numérisé non relu

ÉTAT DK L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE AU XVI° SIÈCLE

reprendre pied sur ces rivages, el la civilisation refleurira dans ce Tell où elle a brillé d'un si vif éclat, dix siècles auparavant. Hélas, pas encore ! Les guerres acharnées, les rivalités des nations chrétiennes et aussi les découvertes et les conquêtes de l'Amérique détourneront, encore une fois, de l'Afrique l'attention de l'Europe et permettront à une puissance étrangère de recueillir sans peine le fruit des efforts réalisés, depuis cinquante ans, parles Espagnols et les Portugais.

Puissance de l'Empire Turc. — Celte puissance nouvelle est celle des Turcs, dont nous avons suivi de loin le développement. Après avoir failli être détruits par Timour, ils n'ont pas tardé à relever la tête. Mohammed I a rendu â l'empire ottoman son éclat, et bientôt Mourad II s'est lancé dans les provinces danubiennes, a menacé la Hongrie et enveloppé Constanlinople. En 1 153, Mohammed II, son fils, prend d'assaut cette métropole et met fin à l'empire d'Orient. La conquête de la Grèce et de la Morée, de la Bosnie, de l lllyrie, de la plupart des Ues de l'archipel, suit cette victoire. L'Italie est menacée, mais Rhodes retient les Turcs par sa glorieuse résistance, et le grand conquérant meurt, en laissant une succession disputée par ses deux fils (1-181). Cependant Selim I, qui parait avoir hérité des qualités guerrières de son grand-père, monte sur le trône en 1512, et Père des grandes conquêtes, interrompue depuis trente ans, renaît. Il s'empare d'abord d'une partie de la Perse, du Diarbekir et du Kurdistan, et menace la Syrie, l'Arabie et l'Egypte. Lorsqu'il aura ainsi assuré ses frontières au Midi et â l'Est, il se tournera vers l'Occident. Ainsi le jeune empire turc est encore dans la période ascendante, et sa puissance n'a pas atteint tout son rayonnement1.

Les Ciikriks marocains. — A l'opposé, dans la région saharienne du Maroc, d'où sont partis presque tous les marabouts qui se sont répandus depuis deux siècles dans la Berbérie, des Arabes, se disant Cherifs, descendants de Mahomet, ont acquis une grande autorité indépendante et lutté, pour leur compte, quelquefois avec succès, contre les Portugais établis sur le littoral océanien; ils se préparent ù renverser les Merinides et à prendre en main le gouvernement de l'empire du Mag'reb. Nous résumons plus loin leur histoire*.

1. F.l-Kairouani. p. 305 et suiv. — Mallouf, Précis de l'histoire ottomane, p. 19 cl SUIT.

2. Mozhet-el-fladi, texte arabe de Mohammed-el-Oufrani, public par M. Houdas (Leroux 1888), p. 3 et suiv. Ju texte arabe, 5 et suiv.

HISTOIRE DK |/a»'RIQL'B

Etat de l'Espagne. — La mort prématurée d'Isabelle, le règne de Jeanne, l'introduction des Flamands en Espagne, et, enfin, le second mariage de Ferdinand, avaient enrayé, presque détruit, l'œuvre d'unification commencée par les « rois catholiques ». Cependant, Philippe étant mort, et Jeanne incapable de régner, Ferdinand revint de Naples en Espagne et se fit décerner de nouveau la régence, qu'il exerça au nom de son petit-fils, Charles, prince régnant, élevé en Flandre sous la direction de Maximilicn, tandis que Ferdinand, fils puîné de Philippe, restait en Espagne, jouissant de la tendresse et des préférences de son aïeul. Nous avons vu le grand rôle joué par Jiménès, cardinal d'Espagne, dans la direction des affaires de la Caslille, durant l'absence du roi d'Aragon, et les conditions dans lesquelles il s'était résigné à la retraite. Ferdinand entendait, en effet, gouverner seul le double royaume.

En 151*2, à la suite de la mort de Gaston de Foix, les Français furent chassés de l'Italie ; Ferdinand arrachait ensuite la Navarre à Jean d'Albret, cl celui-ci n'avait d'autre ressource que de réclamer le secours de la France. François, duc d'Angoulême, futur roi, ayant conduit une expédition dans le but de le rétablir sur son trône, entreprit une campagne, qui aboutit à un désastre dont la vallée de Roncevaux, déjà fatale à nos armes, fut le théâtre.

Peu de temps après, Ferdinand, abreuvé d'ennuis et de chagrins domestiques, rempli de craintes pour l'avenir, rendait l'âme (22 janvier 1510). Il n'avait pu empêcher son petit-fils Charles de prendre la couronne de Caslille, qu'il aurait tant désiré voir passer sur la tête de Ferdinand, frère de ce dernier, mais il chargeait de sa tutelle le vieux Jiménès, âgé alors de quatre-vingts ans. L'Aragon et Naples étaient légués par lui à sa fille, Jeanne la folle, avec retour, après elle, à la couronne de Caslille. Le cardinal, malgré son grand âge, accepta courageusement cette nouvelle charge, qu'il dut se résoudre à partager avec Adrien d l 'trecht, précepteur de Charles, destiné à occuper le trône de Saint-Pierre. Quanta Charles V, alors âgé de seize ans, il tenait sa cour à Bruxelles, et rien ne pouvait faire deviner en lui le grand empereur qui devait dominer le seizième siècle, réunir sur sa tête neuf couronnes et essayer d'étendre la main sur la lîerbérie.

Vers le même temps, la France voyait aussi un changement de souverain: François Pr, futur rival de Charles-Quint, montait sur le

traduction de M. Hondas (Leroux, 1889); excellent ouvrage qui éclaire complètement cette période de l'histoire du Maroc. — Abbé Godard. Histoire du Maroc, pass — Diego de Torris, Histoire des Chèrifs, p. 7 et s.

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trône, et, comme prélude de leur rupture, ou plutôt comme gage de l'abandon des droits de la France sur les Deux-Siciles, on fiançait à ce dernier la jeune fille de celui qui devait être le vaincu de Pavie.

Enfin les Maures restés en Espagne (Morisques), en sacrifiant leur foi, commençaient à se révolter contre les tracasseries dont ils étaient l'objet; ils allaient traverser encore de dures épreuves, persécution aussi impolilique qu'imméritée, et, poussés à bout, causer de graves embarras au gouvernement espagnol l.

Etat de i.'Akrioie septentrionale. — Examinons maintenant la situation de l'Afrique septentrionale, en passant en revue chaque région isolément.

Cyrénaïrfue et Tripolitaine. — De la Cyrénaïquc nous ne dirons plus rien : c'est un pays qui nous échappe, en raison de sonéloignement, et qui demeure livré à lui-même dans une indépendance pour ainsi dire absolue.

L'histoire de Tripoli nous est mieux connue. V ers la fin du xvf siècle, la population de cette ville, sur laquelle les souverains hafsides de Tunis ne peuvent plus exercer d'action, se déclare libre, et ses chefs, pour couvrir leur usurpation, se rattachent par une soumission nominale aux sultans merinides. En réalité, c'est le vieil esprit communalislc berbère qui s'y est réveillé, et, de 1 160 à 1510, la capitale des Syrtes obéit à un conseil de notables, élus, sans doute, et présidés par un cheikh. Nous avons vu qu'en 1510, les Espagnols, sous le commandement de Navarro, s'en sont emparés, non sans lutte, et que Tripoli a été rasé par les vainqueurs. Hemise, l'année suivante, au représentant du vice-roi de Sicile, cette vieille cité ne tardait pas à se relever de ses ruines.

Les tribus arabes hilaliennes de la famille de Soleïm dominaient toujours dans les régions environnantes, mais elles avaient subi la loi commune en se laissant absorber par la population indigène, tandis que, dans le Djebel Nefouça, au sud, et l'île de Pjcrba, au nord-ouest, le vieux sang berbère se maintenait intact, sous la garde de l'hérésie Kharedjite *. tels étaient ces sectaires à l'époque d'Abou-Yezid, au xue siècle, tels ils se trouvaient au xvi*; tels nous les rencontrons de nos jours*.

Tunisie. — Le sultan Abou-Abd-Allah-Mohammed occupait tou-

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