‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 30 sur 174 · LES TURCS ET LES CHER IFS MAITRES DE LA BERRKRIE · texte numérisé non relu

LES TURCS ET LES CHER IFS MAITRES DE LA BERRKRIE

consolida l'avènement au trône d'Abou-l'Abbas-Ahmed, qui était pour une bonne part dans le succès et reçut à cette occasion le surnom d'El-Mansour (le victorieux ).

En réalité, cette brillante victoire avait été préparée par Abdel-Malek, dont la prudence égala l'habileté ; son frère recueillit le fruit de ses efforts ; il sut se montrer à la hauteur de son rôle et porter à son apogée la gloire de la dynastie saadienne, ainsi que nous le verrons plus loin. Le nouveau sultan était alors âgé de trente ans ; il avait la taille haute, les joues pleines, les épaules larges, le teint légèrement jaune, les traits réguliers, les yeux et les cheveux noirs. Il était né à Fes et avait reçu une solide éducation complétée par ses voyages ; comme son frère, il avait adopté le costume et divers usages des Turcs. Sa mère, la dame Messaouda, destinée a mourir en odeur de sainteté en 1500, était une femme remarquable. Lorsque son fils fut au pouvoir, elle s'appliqua à doter Maroc de constructions utiles.

A son arrivé à Fès, dans le mois de septembre, Abou-l'Abbas- Ahmed-el-Mansour fut accueilli avec enthousiasme par les troupes et la population qui lui prêtèrent le serment de fidélité. Peu après, il reçut, s'il faut en croire le Nozhet-el-Hadi, des félicitations du sultan, du pacha d'Alger, du roi de France et de celui d'Espagne, ainsi que les ambassadeurs du régent de Portugal

L'Espagne renonce aux grandes luttes pour la possession de l'Afriqie. Alger sous le pacha Hassan Vene/iano. — L'indifférence avec laquelle Philippe II apprit la nouvelle du désastre de l'Ouad-el-Mekhazen ne s'expliquerait pas si l'on ne savait qu'il était absolument dégoûté des campagnes d'Afrique et fort occupé par ses guerres du nord de l'Europe. Il avait même cherché à traiter avec la Porte et ses offres avaient été repoussées, grâce surtout à l'intervention de Euldj-Ali, qui exigeait au préalable 1 évacuation d'Oran et de Mers-el-kebir, mesure à laquelle la cour d Espagne était presque ralliée, en raison des dépenses causées par cette occupation. Après avoir hésité et s'être fait remettre rapports sur rapports, le roi se prononça pour le maintien, et les pourparlers avec le sultan furent rompus. En 1577, Don Diégo de Cordova, troisième marquis de Comarès, nommé « capitaine général des royaumes de Tlemcen et de Tenès, gouverneur de la ville d'Oran et de la place de Mers-el-Kebir »>, vint prendre pos-

t. Sozhet-El-Hadi, p. 78 el suiv. du texte arabe. 140 et suiv. de la U-ad.

HISTOIRE DE L AFRIQl'K

session de son commandement et continuer la série des petites expéditions ordinaires, sans gloire, sinon sans danger.

A Alger, un renégat vénitien, du nom de Hassan-Véncz-iano, était venu, au mois d'avril 1577, remplacer Ramdane-Pacha, envoyé à Tunis. C'était un homme d'une rare énergie, mais violent et cupide, qui sut maîtriser les Yoldaohs et les réïs et faire obéir chacun à Alger. Cervantes, captif dans cette ville pendant qu'il la gouvernait, nous a laissé de lui un portrait peu flatteur ; il est vrai qu'il avait eu cruellement à souflrir de ses brutalités. En 1578, Hassan alla ravager, pendant l'été, les côtes des Baléares et les rivages de l'Espagne. Puis, craignant que l'armada qui s'organisait à Cadix ne fût destinée à une expédition en Afrique, il s'appliqua à compléter et réparer les forlilicalions d'Alger. Le pays, à peine débarrassé de la peste, soutirait de la disette causée par une sécheresse prolongée.

Les grandes luttes contre l'Espagne et le Portugal sont actuellement terminées, et les Turcs demeurent maîtres incontestés de l'Ifrikiya et du Mag'reb central, comme les chcrifs saadiens du Mag'reb. L'histoire du pays est entrée dans une nouvelle phase1.

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