‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 29 sur 174 · LES TURCS ET LES CHERIES MAITRES DE LA BKRIIKRIE · texte numérisé non relu

LES TURCS ET LES CHERIES MAITRES DE LA BKRIIKRIE

réunit ses forces, appela aux armes tous les chevaliers et reçut de Philippe II, qui n'était nullement fâché de voir son voisin se lancer dans une entreprise aussi hasardeuse, un corps de troupes espagnoles. En même temps, ce souverain lui envoya la couronne de son grand-père Charles V, pour surexciter son ardeur, tout en lui adressant des conseils de prudence qu'il savait bien ne pas devoir être suivis par ce jeune homme de vingt-trois ans, au caractère ardent.

Le cherif était repassé en Afrique pour réunir ses adhérents, nombreux à ce qu'il allirmait, et, en exécution du traité, il avait livré aux Portugais le havre d'Acila, où l'on n'avait cessé d'expédier du matériel. Enfin, au commencement de l'été 1378, l'armée expéditionnaire fut chargée sur une immense flotte qui aborda heureusement à Acila. Moulai- Mohammed l'attendait avec quelques cavaliers seulement. Il conseillait de s'emparer tout d'abord de Tétouane, d'El-Kçar-el-Kebir et d'El-Araïche , alin d'avoir des points d'appui sérieux avant de se porter en avant ; mais cet avis si sage ne prévalut pas et l'armée alla s'établir au lieu dit Tahedarte. Quel était l 'effectif de l'armée chrétienne? Les auteurs musulmans l'évaluent à plus de 100,000 hommes, avec 200 pièces de canon, sans parler de 23,0110 marins, demeurés sur les navires ; mais les écrivains espagnols et portugais réduisent considérablement ce chiffre, qui ne dépassait sans doute pas celui de trente mille combattants.

Cependant à Maroc, Moulai Abd-el-Malek se préparait activement à la lutte, tandis que son frère, Abou-l'Abbas-Ahmcd, réunissait les contingents de l'Est, à Fès. En attendant, il écrivit à Don Sébastien : « Vous avez fait un grand acte de courage en passant la mer pour venir m attaquer ; mais si réellement vous êtes aussi brave que vous voulez le paraître, attendez-moi là où vous êtes et je ne larderai pas à venir vous trouver: sinon vous êtes un chien, fils de chien. » Le piège était grossier ; cependant le chevaleresque Sébastien s'y laissa prendre.

Lorsqu'ils furent prêts, les deux frères se portèrent chacun de leur côté vers le nord. Abd-el-Malek, très malade, vovageait en litière : mais, lorsqu'il se fut rendu compte de la forte position occupée par l'armée chrétienne, en arrière de l'Ouad-el-Mckhazcn, il ne perdit pas sa présence d'esprit et, s 'adressant encore à 1 amour-propre de son adversaire, lui écrivit : « «l'ai fait seize étapes pour me rapprocher de vous, n'en ferez-vous pas une pour venir à ma rencontre ? »

Aussitôt le bouillant Sébastien ordonna de se porter en avant et même de franchir l'Ouad-el-Mekhazen, large et profond en cet

HISTOIRE DE 1. AFRIQUE

endroit, au moyen du seul pont qui existât ; puis il s'avança encore et établit son camp auprès de Kçar-Ketama (ou El-Kçar-el-Kebir). Abd-el-Malek rangea alors son armée en bataille, mais il eut soin d'envoyer un parti de cavaliers couper le pont sur les derrières des chrétiens. Les ennemis se jetèrent les uns contre les autres et l'action s'engagea avec une extrême vivacité ; pendant ce temps le cherif cessait de vivre dans sa litière. Le renégat Redouane, qui se trouvait près du sultan, en eut seul connaissance et, montrant une rare présence d'esprit, il continua à transmettre les ordres à haute voix, comme venant de son maître, tout en faisant avancer la litière.

Moulai Abou-l'Abbas se couvrit do gloire dans cette bataille et grâce à son ardeur communicative, ne tarda pas à faire plier les lignes chrétiennes. Ine panique inexplicable entraîna alors l'armée portugaise dans une déroute insensée, et cette tourbe de gens etîarés se trouva tout à coup sur les rives de l'Ouad-el-Mekhazen, dont le pont n'existait plus ; en vain les premiers arrivés cherchèrent un gué: poussés par la cohue, ils furent jetés dans le fleuve et y périrent, sans en excepter Don Sébastien lui-même 1 i août 157H). La bataille n'avait duré qu'un peu plus de quatre heure?.

Quant â Moulaï-Mohammed, le nègre, ainsi que l'appellent les chroniques chrétiennes, il essaya de trouver un gué à l'écart, mais ne fut pas plus heureux, et se nova dans l'Ouad-el-Kous, où son corps fut retrouvé : on l'éeorcha, et sa peau, bourrée de paille, fut envoyée à Maroc et promenée ignominieusement dans diverses localités. Le désastre des chrétiens fut complet ; à peine une soixantaine d'entre eux, selon le dire de Don S. de Galderon, parvint à se sauver ; tout le reste avait péri dans le combat, s'était noyé dans le fleuve ou était prisonnier. Le cardinal Don Henri, oncle de Don Sébastien, qui prit en main la direction des affaires de Portugal, après la mort de son neveu, se hâta de faire la paix avec le cherif et envoya au Maroc des sommes considérables pour racheter les prisonniers1.

Le ciikhik Aiiou-i.'Aiiiias-Ahiied-ei.-Mansouh, souverain du Maroc. — La victoire de l'Ouad-cl-Mekha/en, connue dans notre histoire sous le nom de Bataille des Trois Rois, ou d'Al-Kazar-cl-Kebir,

1. Sozhet-El-Iladi, p. 73 et suiv. du texte arabe. 131 et suiv. de la trad. — Général Dastuguc, /.« bataille d'Al-Kazar-El-Kébir, loc. cit., p. 134 et suiv. — E. de la Primaudaie, Villes maritimes du Maroc (Revue afric, n° 95. p. 400).— Haédo. Jiois d'Alger, loc. cit., p. 427 c* suiv. — Abbé Godard. Maroc, p. 471 «t suiv.

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