I.l'TTES DES CHRÉTIENS CONTRE LES ConSAIRES
dey et le diwan : grâce à la bonne volonté qu'il rencontra chez les musulmans, il obtint la conclusion d'un traité favorable aux intérêts de la France et qui fut signé le 25. Ce document consacre les franchises antérieures, établit les bases de la réciprocité pour le commerce des deux nations, désormais unies par la paix et l'amitié, règle les conditions, en cas de naufrage, l'aide et l'assistance qui doit être portée et contient, enfin, les dispositions ordinaires des traités de cette sorte.
L'article 2 stipule la mise en liberté immédiate de « tous les esclaves français qui sont dans la ville de Tunis, etc., sans en excepter aucun ; comme aussi de tous les esclaves janissaires, seulement, qui se trouveront être du royaume de Tunis ». Ainsi, le dey ne s'inquiète nullement du sort de ses sujets berbères et arabes. L'article 13 dispose que « même les chcvaliersdcla croix », se trouvant sous le pavillon français, ne pourront être faits prisonniers, non plus que les passagers ou marchands français pris sous d'autres pavillons. Enfin, par les articles 15 et 17, il est établi que le consul français résidant à Tunis aura la prééminence sur tous les autres ; qu'il pourra avoir dans sa maison une chapelle et des prêtres pour le service religieux de tous les sujets de sa majesté chrétienne, et que toutes les nations, à l'exception des Anglais et des Flamands, ayant alors des consuls particuliers, devront passer par l'intermédiaire de celui de France et lui payer les droits accoutumés ».
Ce traité avait été conclu, pour Tunis, par Hadj-Moustafa-Kara- Kouz, qui succéda à Moustafa-Laz, décédé le 21 juin 1605. Il s'était emparé du pouvoir par un acte d'énergie et d'audace, et ne larda pas à se livrer à des violences qui indisposèrent contre lui, même ses partisans les plus fidèles. On essaya d'abord de l'empoisonner et, comme il avait résisté au poison et était devenu de plus en plus méchant, le peuple, uni aux Yoldachs, se révolta. Kara-Kouz, ayant été arrêté et jeté en prison, y fut mis à mort (juin 1006).
Quelques mois auparavant Hammouda-Pacha avait terminé sa longue et glorieuse existence (avril 1600).
Après l'arrestation et la mort du dey Moustafa, les Yoldachs essayèrent en vain de conclure un arrangement pour le choix de son successeur. Le poste resta donc vacant durant bien des mois ; reconnaissant alors qu'ils ne pouvaient s'entendre, les janissaires prirent un de ces partis dont les collèges électoraux ont le secret : ils élurent un vieux reïs, nommé Hadj-Mohammcd-Our'li, qui,
1. Voir le texte de ce traite, Annales Tunisiennes, p. 475 et suiv.
ayant à peu près perdu la raison, était réputé comme très sage, puisque le doigt de Dieu l'avait marqué (1667). Les prétendus sages qui l'avaient porté au pouvoir devaient être les premiers à s'en repentir *.
Traité de paix entre Alger et la France (1666). — En exécution des préliminaires arrêtés entre le consul Dubourdieu et le dey d'Alger, M. Trubert, commissaire général des armées navales, chargé par le roi de conclure le traité, arriva dans cette ville, muni de pleins pouvoirs, au printemps de 1666. On ne tarda pas à se mettre d'accord et, le 17 mai, le traité fut signé. Il stipulait, au profit de la France, des avantages du même genre que ceux accordés par Tunis. De plus, le Bastion était rétabli et Colbert en confiait la direction au sieur Jacques Arnaud, « homme de beaucoup d'esprit, de pénétration et de droiture », qui avait rendu de grands services pour la conclusion du traité. Si l'on s'en rapporte aux assertions de Trubert, et il doit parler en connaissance de cause, les Anglais firent leur possible pour empêcher la réussite des négociations et allèrent même jusqu'à offrir 3H vaisseaux aux Algériens, afin de leur permettre de résister à la France. Mais les tendances pacifiques l'emportèrent et 1,127 captifs français furent restitués au représentant de Louis XIV.
Ainsi, les relations amicales étaient rétablies, et les anciennes injures oubliées de part et d'autre; la prééminence du consul de France était officiellement constatée, le Bastion relevé, les captifs délivrés, et tout cela au lendemain de la « victoire de Djidjcli •>, dont les Turcs d'Alger s'étaient si démesurément enorgueillis. Malgré notre insuccès, cette expédition n'avait donc pas été inutile et c'est à l'effet moral produit par une telle démonstration, que l'on doit certainement attribuer la conclusion du traité de 1666. Les corsaires, il est vrai, ne cessèrent pas, d'une manière absolue, leurs rapines contre les Français ; maison ne pouvait exiger d'eux rien d'absolu, étant donnée l'organisation politique d'Alger, et l'on jouit enfin d'une paix relative dont notre commerce profila largement *.
Le ciierif Eh-Racimd s'empare de Fës et asseoit son autorité sur
1. El-Kairouani, p. 363 et miiv. — Ilousseau, Annales Tunisiennes, p. 51 et suiv.
2. De Grammoul, Relations avec la France (Revue ufric, n°» 167 in fine, 168. p. 38y et suiv. — Lettres de Trubert et documents de la chambre de commerce de Marseille.
LB UAG'hEB SOUS LES CHBRIFS HASSANI (1667)
l'est et sur lb nord du Maroc. — Après avoir, ainsi que nous l'avons dit, effectué la conquête de Tafilala, Moulaï-Rachid, le cherif, ramena les troupes vers le Tel et alla attaquer Taza (avril 1666). Il s'en empara de vive force. Les gens de Fès, s étant portés au secours de cette ville furent mis en déroute et poursuivis jusqu'au Sebou par le prétendant. Ils essayèrent alors d'entrer en pourparlers, mais on ne put s'entendre. A son retour, Er- Rachid vint poser son camp devant Fès et, durant trois jours, tenta de s'en emparer (août). Dans un des combats qui furent livrés, il reçut une blessure à l'oreille et se décida à lever le siège. Il alla guerroyer dans le Rif contre le rebelle, maître de cette contrée et, après une campagne vivement conduite, il s'empara de lui.
Reprenant alors la route de Fès, Er-Rachid atteignit la capitale et en recommença le siège. Après un mois de luttes acharnées, il entra le 24 mai 1667 à Fès-Ia-Ncuve, par une brèche pratiquée dans le rempart, pendant qu'Ed-Dreïdi prenait la fuite du côté opposé. Le lendemain, il pressa vigoureusement la vieille-ville. Ibn-es-Srcïr, chef des Lamta, se réfugia, avec son fils, dans le bastion de la porte d'El-Djiça d'où ils gagnèrent la campagne. Le jour suivant Ibn-Salah, chef des Andalous, prit la fuite à son tour.
Er-Rachid restait définitivement maître de la capitale. Il reçut le serment de fidélité des habitants pour lesquels il ne se montra pas d'une dureté excessive et prit possession du palais du gouvernement. Sans perdre de temps, il fit poursuivre et rechercher les chefs fugitifs et on les mit à mort, ainsi que leurs principaux adhérents.
Ainsi les régions orientales et la province de Fès obéissaient à Rachid : c'était beaucoup, mais tout le reste du Mag'reb restait à conquérir et il fallait, avant de se lancer dans le sud-ouest, réduire le caïd R'aïlane1, maître du R'arb, que le gouverneur anglais de Tanger, lord Bellasis, avait su gagner à sa cause en contractant alliance avec lui. Le sultan cherifien marcha contre lui avec toutes ses forces, le chassa d'El-Kçar, où il s'était réfugié, et le contraignit à gagner Acila d'où il prit la mer et alla demander asile aux Turcs d'Alger. Après avoir obtenu ce résultat, Er-Rachid entreprit une série d'opérations contre les tribus berbères qui refusaient de reconnaître son autorité. Il surprit d'abord les Aït-Oullal, soutiens des marabouts de Delà, et leur enleva du butin. Mais ils le suivirent à son retour et vinrent, sous le commandement de Mohammed-el-Hadj, camper au lieu dit Bab-Meroura près de Fès,
1. Ce chef est appelé aussi El-Khadîr-ben-Railane, les document» européens en ont fait Gailan ou même Galland.
270 HISTOIRE DE L AFRIQt'E
Après trois jours de luîtes acharnées, Er-Rachid les força à fuir en désordre. Il soumit ensuite les Beni-Zeroual du Rif, s'avança jusqu'à Tetouane où il entra en maître, et s'empara du chef de la Djemâa, Ahmed-en-Nekcis ; puis, après avoir laissé à Fès ses prisonniers, il alla faire une expédition contre les Beni-Iznacene qui s'étaient révoltés (1067-68).
Vers le même temps, Abd-el-Kerim (Kerroun) le Chebani mourait à Maroc et était remplacé par son fils Abou-Beker1.
Er-Rachid marche sur la zaoi/ïa de Delà. Défaite des marabouts a Batbn-er-Roummane. Destruction de la zaouïa. Dispersion des marabouts. — Après avoir obtenu ces résultats, le sultan Er-Rachid marcha directement sur la zaouïa de Delà. A son approche, les marabouts se portèrent bravement a la rencontre de l'ennemi, sous la conduite d'un fils de Mohammed-el-Hadj et lui offrirent le combat à Baten-Er-Roumman dans le canton de Fazaz. Mais ils furent complètement défaits et bientôt le chéri f atteignit la zaouïa, que les maraboutsdurenllui livrera discrétion (24 juin 1668). Le vainqueur ne versa pas leur sang, il se contenta de les envoyer sous bonne escorte à Fès. Quant à leur zaouïa, qui était devenue une véritable ville peuplée et somptueuse, il la lit raser jusqu'aux fondations, dispersant même les pierres qui la composaient et transformant en vulgaires champs ces locaux consacrés par la sainteté du fondateur et la puissance de ses descendants. Mohammed-el- Hadj, que le succès avait si bien favorisé au début et dont l'ambition avait causé la perte, fit, pour la dernière fois et en captif chargé de chaînes, cette route de Fès qu'il avait naguère si glorieusement parcourue.
La destruction de la zaouïa de Delà et la dispersion des marabouts furent douloureusement ressenties dans le Mag'reb. On composa de nombreuses élégies à ce sujet et ce n'est pas sans une profonde mélancolie que l'auteur du Nozha écrit : « Cette zaouïa avait brillé comme un soleil levant ; mais les coups du sort éteignirent son éclat ; son abri tutélaire, sa richesse disparurent et après avoir resplendi et répandu si longtemps ses parfums, elle fut désertée par les littérateurs qui l'illustraient de leur présence. »
Mohammed-el-Hadj, alors fort âgé, après avoir été détenu quelque temps à Fès, fut exilé à Tlemcen, y mourut postérieure-
1. Noxhet-FA-Hadi, p. 287, 302 et suiv. du texte ar., 476 et suit, de la trad. — Et-Tordjeman, p. 16 et suiv. de la trad., 8 et suiv. du texte arabe. — E. de la Primaudaîe, Villes maritimes du Maroc (Revue afric, u» 94, p. 317). - Abbé Godard, Maroc, p. 488 et suiv.
LE MAG'rEB SOLS LES CHER1FS HASSAN! (1670) '271
ment à l'année 1670 et fut enterré dans la mosquée de Sidi-Senoussi. Ses parents obtinrent alors de rentrer à Fès'.
Er-Rachid s'empare de Maroc et soumet les régions du sudouest. Ses campagnes dans le Sors. Soumission de toi t le Mag'rlb. Mort d'Er-Rachid. Règne db Moulaï-Ismaïl. — Le sultan Moulaï- Rachid, après avoir détruit la zaouïa de Delà, se porta sur Maroc du, ainsi que nous l'avons dit, le Chabani Abou-Beker détenait le pouvoir, depuis la mort de son père. Terrifiés par l'exemple des marabouts de Delà, les Chebanate prirent la fuite et cherchèrent un refuge dans les montagnes reculées. Er-Rachid entra donc à Maroc sans coup férir. Etant parvenu à se saisir d'Abou Beker, il l'envoya au supplice, ainsi que tous ses parents et adhérents qu'il put faire arrêter. Sa vengeance n'étant pas encore satisfaite il alla jusqu'à ordonner de retirer du sépulcre le cadavre d'Abd-el-Kerim, père du précédent et de le brûler publiquement.
Après avoir réorganisé l'administration de Maroc, et tout fait rentrer dans l'ordre, le sultan revint à Fès et en repartit vers la fin de l'année, pour entreprendre une campagne contre les Chaouïa, Berbères cantonnés sur la rive droite de l'Oum-er-Rebïa. A la fin du printemps de l'année suivante (1669) Er-Rachid, traversant le Grand-Atlas, alla attaquer les Aït-Aïach, puissante tribu berbère établie vers les sources de l'Ouad-Guir et dont les déprédations étaient devenues insupportables. Rentrant ensuite par la vallée de la Moulouïa, il s'appliqua à assurer partout l'obéissance à son autorité. Cette campagne faillit lui coûter la vie, car il tomba gravement malade et arriva à la porte du tombeau. Cependant il se rétablit et, de retour à Fès, s'occupa de travaux d'utilité et d'embellissement et notamment de la construction de quatre arches du pont du Sebou et de la restauration de celui d'Er-Recif sur l'Ouad-Fès. Il avait, depuis quelque temps déjà, fait frapper des monnaies qui furent appelées Rachidiennes. Dans le courant de l'année 1670, il présida au mariage de son frère Moulaï-Ismaïl, réservé à une brillante destinée, et donna à cette occasion de grandes fêtes.
Ainsi le Maroc était à peu près soumis ; mais le Sous ne reconnaissait pas son autorité ; Abou-l'Hassen, dit Abou-Hassoun, venait d'y mourir et avait été remplacé par son fils Mohammed. Il fallait à tout prix réduire ce dernier opposant. A la fin de l'année 1670, Er-Rachid se mit en marche vers le sud à la tête d'une puissante
t. Nozhct-El-Hadi, p. 284 et suiv. du texte ar.. 471 et suiv. de la trad. — Et-Tordjcmann, p. 19 et suiv. de la trad., 9 du texte ar.
272 HISTOIRE 1)15 L AKKIgLE
armée. Il attaqua d'abord les Hechtouka, s'empara de Taroudent et força les Berbères de cette région à la soumission après leur avoir tué plus de 2,500 hommes. Puis il descendit vers le littoral et bientôt les gens du Sahel, auxquels il infligea des perles encore plus sensibles, se décidèrent aussi à reconnaître son autorité.
De là, le sultan, escaladant les mamelons défendu» par des contingents berbères au service de son ennemi qu'il culbuta en tuant 2,000 des leurs, alla enlever la forteresse de Vala, résidence royale de la famille d'Abou-Hassoun. Malgré ces succès, Er-Rachid n'avait pas triomphé de son ennemi et il ne jugea pas, à l'entrée de l'hiver, devoir prolonger plus longtemps la campagne dans le Sous. Vers le 15 novembre 1670, de retour à Fès, il s'occupa avec une grande activité des affaires administratives et des travaux qu'il avait entrepris. Il fit notamment construire la nouvelle Kasba, dite d'El-Khemis, dans le quartier des Lemtouna.
Sur ces entrefaites, on apprit que le prince Ahmed-ben-Mohammed, neveu du sultan, s'était révolté à Maroc et aussitôt Er- Rachid marcha sur cette ville. Mais il ne tarda pas à rencontrer un groupe de ses officiers lui amenant le rebelle qu'ils avaient arrêté. Le sultan se contenta de l'interner à Tafilala. Ayant néanmoins continué sa route, il arriva à Maroc et donna l'ordre d'y préparer une expédition contre le Sous. A cette nouvelle, les rebelles s'empressèrent d'expédier à Er-Rachid une députation des leurs venant lui offrir leur soumission. Er-Rachid resta à Maroc jusqu'au printemps de l'année 1072. Des fêtes ayant été données dans cette ville à l'occcasion de l'Aïd-el-Kebir, il y prit part et, en galopant dans le parc d'El-Mesreb, sur un cheval fougueux qu'il ne put maîtriser, il heurta de la tète une branche d'oranger avec une telle violence qu'il en eut le crâne fendu et expira sur-le-champ (9 avril 1672).
Ainsi se termina le règne de ce prince qui avait, en peu d'années, assuré l'établissement de la dynastie des cherifs Hassani, détruit l'autorité des marabouts et des petits chefs, qui rendait impossible toute unité de commandement et étendu sa puissance sur tout le Mag'rcb, de Tlemcen à l'Ouad-Noun. Le Sous, il est vrai, n'était pas encore sérieusement soumis, mais le fils d'Abou-Hassoun avait été réduit au rôle de chef de partisans. Tels étaient les résultats de ce règne. Er-Rachid était fortement mulâtre. Ses adversaires l'accusent de férocité et de débauche ; certains prétendent même qu'il était ivre lorsqu'il fut victime de l'accident qui causa sa mort.
On est fort surpris d'apprendre qu'Er-Rachid avait su, lorsqu'il n'était encore maître que de Tafilala, lier des relations avec le roi
de France et recevoir, en 1000, dnns cette oasis saharienne, la visite d'un sieur Roland Fréjus, de Marseille, venant, au nom de son pays, tenter de conclure un traité de commerce pour toutes les provinces du Mag'reb à lui soumises ; cet ambassadeur, qui était le délégué d'une société commerciale dite Compagnie d'Albouzem, rapporta une lettre d'Fr-Raehid, adressée à Louis XIV, avec concession de privilèges commerciaux et autorisation de foncier un comptoir à El-Hucémas. Les marchands de Londres et de Bristol avaient jusqu'alors accaparé le commerce du Maroc.
Le l i avril 107:2, Moulai Abou-Nacer-Ismaïl, frère d'Fr-Rachid et héritier présomptif, fut solennellement proclamé sultan du Mag'reb en présence des délégués de toutes les régions. Il avait alors 20 ans
Luttes des puissances chrétiennes contre les corsaires d'Alger. Révolte contre le pacha Ali ; il est mis a mort. Institution d'un dey nommé pau les ré) s. — Cependant, à Alger, les bonnes relations avec la France n'avaient pas tardé à éprouver un nouveau trouble, provenant d'une cause indirecte. Kn 1008, les reïs. qui venaient encore d'être battus par les Vénitiens dans une tentative faito par ordre du sultan pour ravitailler La Cariée, furieux de cette disgrâce, enlevèrent, sans distinction, les navires marchands qu'ils rencontrèrent à leur retour et, parmi eux, des vaisseaux français. Dès le mois de juin, le marquis de Martel prit la mer pour obtenir réparation de cette violence. Ayant paru devant Alger, le 29 du même mois, il exigea avec beaucoup de fermeté toutes les satisfactions désirables. Puis il leva l'ancre et cingla vers Tunis afin d'y régler des affaires du même genre. Quelques mois plus tard, (le 0 octobre) le chevalier Allen arrivait à Alger à l'effet d'obtenir, à son tour, la réparation d'acle3 de piraterie commis au préjudice de ses nationaux.
Mais ces difficultés, qui retombaient sur le gouvernement d'Alger, n'avaient aucun effet direct sur les rcïs qui les avaient provoquées ; leur audace, au contraire, semblait s'en augmenter et, de toute
1. Nozhet-El-Hadi, p. 303 et suiv. du texte. 501 et suiv. de la Irad. Houdas. — Et-Tordjeman, p. 11 et suiv. du texte, 21 et suiv. de la trad. — Fréjus, Relation de son voyage. Paris, Cloutier, 1670. — Lettre escrilte. etc., sur le même sujet par M... qui a demeuré vingt-cinq aus dans la Mauritanie. Clouzier, 1670. — Castonnet des Fosses, Dynastie des cherifs Filalis (Rev. de l'Afrique française, 1888, p. 387 et suiv.). — E. de la Primaudaie, Villes maritimes du Maroc (loc. cit.), p. 316, 317. Cheikh Bou-Itas (trad. Arnaud), loc. cit., p. 303 et s. — Abbé Godard, Maroc, p. 510 et suiv.
HISTOIHP. DE l/AFHlQL-B
part, il se produisit de nouvelles violations des traités. Aussi, dès le mois d'avril de Tannée suivante (1009), le comte de Vivonne se présenta-t-il à Alger et cxigea-t-il que les reïs coupables fussent punis. Il obtint qu'on en pendit trois en sa présence. Dans le mois de septembre 1609, ce fut au tour des Anglais : le chevalier Allen 1 revint, avec une Hotte de vingt-cinq vaisseaux. Mais les reïs étaient en nombre et s'opposèrent à toute transaction. Après cinq jours de démarches infructueuses, l'amiral anglais ouvrit le feu contre le môle. Aussitôt les reïs sortirent du port, luiolTrirent courageusement le combat et, après une lutte acharnée, les vaisseaux anglais endommagés autant par la lempèteque parlennemi, se retirèrent. Durant l'année 107<>, les Hottes de France, d'Angleterre, de Hollande, de Sicile, de Malte et du Pape, ne cessèrent de croiser, en donnant la chasse aux reïs. Seule l'Espagne, la plus intéressée peut-être, s'abstint. Le roi Philippe IV était mort (17 septembre 1005) et le pays subissait une minorité, celle de son (ils Charles II, enfant chétif et sans avenir. Knlin au mois de mai 1071, sir K. Spragg surprit dans le port de liougie 12 navires de corsaires algériens et, malgré le feu des batteries de terre, força l'entrée de la darse en brisant la chaîne et en renversant les estacades qui la fermaient, attaqua les vaisseaux ennemis et les prit, brûla ou coula jusqu'au dernier ; de la, l'amiral anglais se porta sur Alger et, s'il n'y a pas eu confusion entre les deux faits, renouvela, mais sur une plus petite échelle, ses exploits de Bougie.
Les puissances chrétiennes, on le voit, étaient bien décidées à mettre fin aux excès des corsaires ; mais ceux-ci semblaient renaître de leurs désastres plus hardis et plus nombreux. Cependant les pertes qu'ils éprouvaient depuis quelque temps étaient fort sensibles et il en résultait une vive irritation contre le pacha Ali. auquel ils ne pouvaient pardonner sa faiblesse, surtout devant les réclamations de la France. L'nis aux yoldachs, les reïs provoquèrent une révolte dans le mois de septembre 1071. Ali voulut résister avec énergie et, étant parvenu à arrêter le chef de la sédition, lui lit trancher la tête ; mais son courage ne le sauva pas ; tombé entre les mains de ses adversaires, il fut mis à mort. On se porta ensuite à sa demeure pour la piller et, comme on n'y trouvait pas d'argent, sa femme fut mise à la torture afin de l'obliger à révéler l'endroit où l'on supposait que son trésor était caché.
La victoire était aux yoldachs et à la populace qui se livrèrent pendant cinq jours à tous les excès. En vain l'émeute essaya