Sir Edward Spragg, d'après M. Playfair
LL'TTBS DES CHRETIENS CONTRE LES COnSAIHES (1660) 275
d élire un ag'a: cinq personnes désignées successivement déclinèrent le périlleux honneur qui leur était offert. Cependant les reïs et les gens sérieux cherchaient à sortir de cette situation intolérable pour tous. Après bien des délibérations on finit par décider l'institution d'un dey sur le modèle de celui de Tunis. Alger venait de traverser encore un bouleversement politique dont la conséqueuce était la création d'un nouveau rouage de gouvernement.
Le premier dey fut un reïs nommé Hadj-Mohammed, vieillard sur lequel son gendre Baba-Hassen exerça une grande influence. Ainsi les deys d'Alger furent, dans le principe, les élus de la Taïffe sur laquelle ils s'appuyèrent pour gouverner. Nous verrons bientôt cette fonction devenir une prérogative de la milice et recevoir son organisation définitive *.
Etat des provinces d'Oran et de Constantine. Evénements db Tunis. — Il est facile de comprendre que, pendant que les Algériens étaient ainsi occupés chez eux, les provinces d'Oran et de Constantine demeuraient livrées à elles-mêmes. Selon M. le général de Sandoval, une armée turque, soutenue par des contingents arabes, serait venue, en 1669, commencer le siège d'Oran et après quelques jours de blocus aurait été contrainte, par le gouverneur Requesens, marquis de Los Vêlez, de lever le siège. Au mois d'avril 1669, le gouverneur de F. Faxardo, en exécution d'une cédule royale, obtenue par lui le 31 octobre précédent, expulsa d'Oran les Juifs qui y étaient établis. Un seul, nommé Isaac Cansino, descendant d'une famille depuis longtemps au service des Espagnols en Afrique, obtint d'être débarqué, sous la promesse formelle de se convertir au christianisme. Ils se réfugièrent, pour la plupart, en Italie et paraissent être rentrés, peu à peu et subrepticement, à Oran. Une église, sous le vocable du Saint-Christ de la patience, fut élevée à la place de leur synagogue.
Dans la province de Constantine la peste avait fait une nouvelle apparition et moissonné de nombreuses victimes. Selon le rapport de Si Salah-el-Antri, le bey Mohammed, fils de Farhate, fut destitué en octobre 1666 et remplacé par son oncle paternel, Redjeb-
1. De Graromont, Relations entre la France (Revue afric, n° 167, p. 341 et s.). — Le même, Hist. d'Alger, p. 218 et suiv., 226 et suiv. — S. R. L. Playfair. Episodes de l'Hist. des Relations (Revue afric, n° 132, p. 404 et s.) — De Grammonl, Documents algériens (Revue afric, n° 174, p 451 et suiv. — Berbrugger, Occupation anglaise de Tanger (Revue afric, n« 29, p. 345).
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Bey. Ce personnage, qui avait jusqu'alors résidé à Alger, était devenu l'époux de sa belle-sœur Aziza-i3ey, à laquelle il avait fait élever l'habitation [servant actuellement d'archevêché', qui fut affectée comme logement aux beys de Constantine lorsqu'ils venaient en personne verser l'impôt. Kn mars 16(38, Aziza-Bey fut assassinée par l'ordre de son mari, dit-on, dans une partie de campagne aux environs de Constantine. Les causes et les conditions de ce drame intime sont restées toujours inexpliquées; nous dirons seulement que c'est à tort que Aziza a été placée, par certains auteurs, dans la liste des beys.
A Tunis, le dey Iladj-Mohammed-Our'li conserva, malgré son incapacité absolue, le pouvoir durant deux ans. Dans le mois de juillet 100U, la milice se décida à le remplacer par un Turc, du nom d'El-Hadj-Chàbane. Le vrai maître était alors Mourad-Bey, qui avait hérité du pouvoir et du prestige de son père Hammouda. Il ne tarda pas à entrer en lutte avec le dey et à miner sourdement son autorité.
En 1070, le marquis de Martel se présenta devant Tunis. N'ayant pu obtenir les satisfactions qu'il était venu chercher, il canonna la Goulette. Deux ans plus tard (1072), cet amiral contraignit le dey Hadj-Châbane à signer avec lu France un nouveau traité complétant les avantages stipulés au prolit de cette puissance, par celui de 1005. Il y est dit, notamment, que les Grecs résidant à Tunis seront soumis, à différents points de vue, à l'autorité du consul de France1.
1. De Saudoval, Inscriptions d'Oran (Revue afric, nos 90. p. 446.91. p. 53 et suiv. — Yayssettes, Histoire des Beys de Constantine (Roc. de la Soc. archéoi., 1868, p. 264 et suiv.). — Pellissier, Mémoires historiques et géographiques, p. 271. — Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 5'i et suiv., 480 et suiv. — El-Kairouaoi, p. 364 et suiv., 402 et suit. — Cahen, Les Juifs, loc. cit., p. 168, 169.