ÉTABLISSEMENT DE L'AUTO RITE TLROL'E EN H K II II K K I K
loi:.- 1530
Les Algérien» appellent Aroudj. — Aroudj s'empare de Cherchel et d'Alger, où il met à mort le cheikh Salem. — Expédition infructueuse de Diego de Véra contre Alger. — Aroudj s'empare de Tenès et de tout le pays compris entre cette ville cl Alger. — Usurpation d'Abou-Hammou III à Tlemcen. Aroudj est appelé par les habitants de cette ville. — Fuite d'Ahou-llammou. Aroudj est accueilli à Tlemcen comme un libérateur. — Aroudj fait périr Al>ou-Zeyane et ses parents à Tlemcen. Les Espagnols s'emparent de la kalaa des Ileui-Hached. — Fuite et mort d'Aroudj. — Abou- Hammou est rétabli sur le trône de Tlemcen. — Khéïr-ed-Dine fait hommage du royaume d'Alger a Selim I et reçoit, de lui, des secours. — Expédition de Hugo de Moncade contre Alger; son désastre devant cette ville. — Guerre entre Khéïr-ed-Dine et Dcn-el-Kadi. Khéïr-ed-Dine défait, se réfugie à Djidjeli. — Les Kabiles et Ben-el-Kadi maîtres d'Alger. — Khéïr-ed-Dine défait et tue Hen-el-Kadi, rentre en maître a Alger et rétablit son autorité dans la province.— Révolte dans la province de Constanline contre les Turcs. — Mort du Hafside Moulai Mohammed. — Usurpation de son lils Hasscn. — Khéïr-ed-Dine s'empare du Penon et crée le port d'Alger.
Les Algériens appellent Aroudj. — Nous avons laissé Aroudj, rentrant, « la rage dans le cœur », à Djidjeli, après sa tentalive infructueuse, son nouveau désastre devant Bougie. Khéïr-ed-Dine, son frère, essaya de réparer leurs pertes en se lançant audacieusement sur mer, où il fit de nouvelles et importantes captures, tandis qu'Aroudj scellait définitivement son alliance avec Ahmed-bed-el- Kadi, cheikh ou roi de Koukou. Peut-être avait-il fait contre lui, dans le cours de l'hiver 1515-10, ainsi que l'affirme Ilaédo, une expédition dans laquelle les armes a feu avaient triomphé de la valeur des Kabiles mal armés. Mais cela n'est rien moins que prouvé; et dans tous les cas, cette alliance détacha de lui Abd-el- Aziz, chef des Bcni-Abbès, qui l'avait soutenu jusqu'alors.
Le 22 janvier 1516 eut lieu la mort du souverain catholique, et cet événement produisit en Bcrbérie une certaine agitation, les indigènes se considérant, en général, comme déliés des engagements consentis vis-à-vis du défunt. A Alger surtout, l'ellervenec fut grande, car la population n'était pas seulement blessée dans
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ses sentiments par la présence des Espagnols sur l'îlot du Pcnon, mais elle se trouvait, par ce fait même, empêchée de se livrer à la course cl privée des ressources de cette industrie. Salem-et- Toumi, le cheikh arabe qui y commandait, se laissa alors entraîner pur un mouvement populaire, à solliciter l'appui de ces corsaires turcs, dont les prouesses arrivaient à Alger sur les ailes de la renommée ; une dépulation fut envoyée à Djidjeli et Aroudj la reçut avec autant de surprise que de joie, saisissant cette occasion comme un retour inespéré de la fortune.
Aroudj s'empare de Ciierciiei. et d'Alger ov il met a mort le cheikh Salem. — Aussitôt, Aroudj se prépara avec son activité ordinaire à marcher sur Alger. Il réunit tous les navires dont il disposait, au nombre de 15 ou 10 voiles, qu'il chargea de matériel, de canons et d'une partie de ses compagnons levantins ; en même temps, Ben-el-Kadi recevait l'ordre de grouper ses contingents, puis toutes ces forces partaient pour Alger. Quoi qu'en disent les chroniques algériennes, nous pensons, selon la version d'IIaédo, qu'Aroudj prit la route de terre. Parvenu dans la Metidja, il se porta d'abord sur Chcrchcl, où l'un de ses anciens lieutenants, du nom de Kara-Hassen, s'était établi en maître quelque temps auparavant, avait obtenu l'appui de la population formée en majorité de Maures de Grenade et de Valence, et était parti de ce port pour faire d'heureuses courses sur mer. Or, Barberousse ne voulait pas de rival sur ses lianes. Kara Hassen espéra le fléchir par une humble soumission, mais son ancien chef le lit mettre à mort, puis, laissant à Cherchel une petite garnison, se rendit a Alger.
La population de celte ville, ayant à sa tète le cheikh Salem, sortit au devant de lui et l'accueillit comme un libérateur. Sans perdre de temps, Aroudj lit placer ses canons en batterie contre le Penon et, après une sommation fièrement repousséc par le commandant espagnol, donna l'ordre d'ouvrir le feu. Cette démonstration, qui n'était au fond qu'une fanfaronnade, ne fut suivie d'aucun résultai, et, chose inévitable, l'opinion publique changea d'orientation, d'autant plus que les Turcs se rendaient insupportables par leurs exigences et leurs insolences. Salem, qui avait été le premier à s'apercevoir de sa faute, car Aroudj le traitait avec le plus grand dédain, cherchait le moyen de la réparer en se déharassant de son hôte.
Dans de telles conjonctures, la décision était indispensable. Celte qualité, qui manquait au cheikh, était la caractéristique de son adversaire; aussi eut-il bientôt dressé et exécuté son plan. Il pénétra dans le bain où Salem se rendait l'après-midi et l'étrangla
l'autorité turque en uerhérik (151(>)
de ses propres mains. Revenant ensuite, avec un groupe d'hommes dévoués, il joua la surprise, appela tous les corsaires aux armes et, pendant que les habitants de la ville, terrifiés par une telle audace, se réfugiaient dans leurs demeures, Aroudj montait à cheval, suivi de la soldatesque, et se faisait proclamer roi d'Alger.
Les citadins entrèrent alors en pourparlers avec les Espagnols du Peûon et s'entendirent avec les Thâaleba de la plaine pour expulser les Turcs. Mais Aroudj découvrit la conspiration, arrêta les principaux chefs en pleine mosquée et les fit décapiter. De sévères exécutions, l'arrestation de quiconque essaya même un blâme indirect, consolidèrent son autorité en enlevant aux Algériens toute velléité de résistance.
Ainsi le premier Barbcrousse avait réalisé le projet par lui carrossé depuis longtemps: il était maître d'un royaume important et disposait de trois ports, Alger, Cherchel et Djidjeli, sans parler de Djerba'.
Expédition infructueuse de Diego de Vera contre Ai.oer. — Le succès d'Aroudj, son audace causèrent aux principicules indigènes une terreur que l'avenir ne devait que trop justifier, et ce fut vers le chrétien que les musulmans se tournèrent afin d'obtenir assistance. Déjà, le fils de Toumi, réfugié d'abord àOran, était passé en Espagne pour demander vengeance. Le cheikh de Ténès, celui de Mostaganem redoublèrent d'instances auprès du cardinal .'iménès et furent appuyés par le gouverneur d'Oran*.
Enfin la garnison du Penon se trouvait dans un état fort critique, contrainte de faire apporter jusqu'à son eau d'Espagne ou des îles; il fallait à tout prix la secourir et écraser dans son berceau la nouvelle puissance qui venait de se former. A la fin de septembre 1510, une Hotte de trente-cinq voiles portant près de 3.000 hommes de débarquement quitta l'Espagne sous le commandement de Diego de Vera. Le 30, elle aborda dans l'anse où se trouve le faubourg Bab-el-Oued et, le débarquement s'étant opéré
1. Haédo, Ilots d'Alger, traduction de Gramraonl {Revue a fric. u°» 139 et suivants). — Sander-Rang, Fondation de la régence d'Alger, t. I. p. 61 et suiv. — De Grammont, f/ist. d'Alger, p. 21 et suiv. — Watblcd, Etablissement de la domination turque en Algérie (Revue alric., n° 101. p. 352 et suit. — W'alsin Estcrhazy, Domination turque, p. 122 et tuiv. — E. d Aranda, Antiquités de la ville d'Alger. Taris 166", p. 12 et suiv.
2. Voir Lettres arabes de l'époque de l'occupation espagnole en Algérie (Revue afric. n° 100, p 315 et suiv.).
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sans peine, le général étendit ses lignes sur les pentes qui s'élèvent vers la Kasba.
Les Arabes de la plaine, qui avaient promis leur concours, se tenaient à dislance, dans l'expectative. Quelques jours se passèrent en escarmouches sans importance: puis, le vent ayant changé, la flotte se trouva fort exposée dans cette rade ouverte, avec des ilôts à fleur d'eau, et le général ordonna la retraite. C'était le moment attendu par Aroudj ; aussitôt, il sort de la ville à la tête de ses troupes et charge les Espagnols qui fuient en désordre et se voient attaqués de l'autre côté par les Arabes. Le désastre fut aussi rapide que complet. Quinze cents prisonniers, un grand nombre de tués, voilà le bilan de cette expédition, que la tempête acheva en coulant plus de la moitié des vaisseaux.
Aroudj s'empare db Tenès et de tout le pays compris entre cettb ville et Alger. — Ainsi, tout réussissait a Barberousse. Son frère, Khéïr-ed-Dine, venu le rejoindre avec la flotte et les prises, lui avait amené leur troisième frère, Ishak, et cette association d'hommes hardis et dévoués les uns aux autres allait permettre à Aroudj de tirer parti de son succès dont l'effet avait été considérable en Berbérie et en Espagne. La première victime devait être le cheikh de Tenès, dont on connaissait les relations avec les Espagnols. Laissant Alger sous le commandement de son frère et traînant à sa suite des otages garantissant la sécurité de cette ville, Aroudj s'avança en maître à travers la Mitidja, culbuta les Zenètes qui, en grand nombre, sous le commandement de Moulai Abd- Allah, essayèrent de l'arrêter à Ouédjer, et entra à Tenès pendant que le cheikh se réfugiait dans le sud. Les arquebusiers turcs avaient porté la terreur partout et aucune population indigène ne paraissait disposée à leur résister (juin-juillet 1517).
A l'est, les vaisseaux de Khéïr-ed-Dine avaient pris possession de Dellis, de sorte que l'empire de Barberousse s'étendait jusqu'au delà de cette ville. Dans la plaine et les premières montagnes, les indigènes avaient offert leur soumission et s'étaient obligés à servir le tribut.
Ces succès vertigineux étaient bien faits pour griser un homme tel qu'Aroudj ; son audace et son ambition allaient causer sa perte.
l'si'RPATION d'AihiU-HaMMOU III A TlEMCEN. AllOUDJ EST APPELE PAH
les habitants de cette ville. — Cependant, à Tlemcen, Abou-Abd- Allah-Mohammed, lils de Thabeti, était mort (1510), sans laisser d'héritier en état de prendre la direction des affaires. C était la
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porte ouverte aux compétitions. Abou-Zeyane, frère cadet de l'émir défunt, essaya de recueillir l'héritage : mais son oncle Abou- Hammou, soutenu par une partie des gens de la ville et les Arabes de l'extérieur, vint l'attaquer dans son propre palais et, s étant rendu maître de sa personne, le jeta en prison.
Ce succès eût été sans conséquence dans l'état d'affaiblissement de l'empire zeyanite, si le nouvel émir n'avait compté sur un appui effectif: celui des chrétiens. Abou-Hammou III écrivit en conséquence au gouvernement de Castille et conclut avec lui un nouveau traité par lequel il s'obligea à servir au roi Charles V un tribut annuel de 12,001) ducats et à lui fournir, comme vassal, douze chevaux et six gerfauts mâles. Moyennant l'exécution de ces engagements, il serait protégé par l'Espagne. Le gouverneur d'Oran reçut des ordres en conséquence.
Mais la situation était telle à Tlcmcen, la population, comme la famille royale, si divisée, que la tranquillité y était impossible. Les partisans d'Abou-Zeyane, les légistes, outrés des complaisances d'Abou-Hammou pour les infidèles, songèrent à appeler à leur secours le champion de l'Islam, le fameux Baba Aroudj, dont les victoires transportaient de joie tous les vrais musulmans. Une députation lui fut adressée, alors qu'il se trouvait à Tenès, ou dan9 la Mitidja, et les délégués n'eurent pas de peine à obtenir de lui la promesse d'une intervention. C'était, pour le chef turc, l'occasion d'étendre ses conquêtes vers l'ouest, et il se mit en devoir d'organiser son expédition. Les Tlemcéniens, dans leur aveuglement, allaient attirer sur eux de nouveaux malheurs.
Fuite d'adou-Hammou ; Aroudj est accueilli a Tlemcen comme un libérateur. — Ayant reçu à Tenès, des renforts et de l'artillerie envoyés par son frère Kheïr-ed-Dine, Aroudj se mit en route vers l'ouest, à la tète d'un corps expéditionnaire composé de quinze à seize cents arquebusiers et janissaires, levantins ou maures andalous, augmentés bientôt d'un certain nombre de volontaires indigènes (fin 1517). Sa marche fut probablement rapide ; sinon on ne s'expliquerait guère l'inaction du gouverneur d'Oran « et de la province de Tlemcen »>.
Se tenant, du reste, à une distance raisonnable du littoral, Barberousse passa par la Kalàa des Beni-Rached, ville berbère, à une journée à l'est de Maskara, et fut si bien accueilli par les habitants de ce po-te fortifié par la nature et par l'art qu'il se décida à l'occuper, afin d'assurer ses communications et pour enlever aux Espagnols d'Oran les ressources qu'ils tiraient de cette région, comme centre d'approvisionnement. Ishak, le frère aîné
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des Barbcroussc, y fut laissé, avec trois cents soldats levantins ; puis, Aroudj continua sa route, précédé par la renommée que ses succès lui avaient acquise.
Abou-IIammou jugea toute résistance inutile dans ces conditions ; il prit la fuite et alla demander asile et vengeance aux Espagnols d'Oran. Peut-être, ainsi que certains documents l'affirment, trouvant la roule de cette ville déjà occupée, se réfugiat-il à Fês ; cela n'a pas une grande importance, mais on y voit la preuve des contradictions qui se rencontrent à chaque pas dans les chroniques de cette époque.
Aussitôt après le départ d'Abou-IIammou, la population de Tlemeen mit en liberté sa victime Abou-Zeyane : puis elle se porta, avec ce dernier, à la rencontre du libérateur, des glorieux champions de l'Islam. L'entrevue fut des plus cordiales. Cependant on lit jurer à Baba- Aroudj, sur le Koran, qu'aucun désordre ne serait commis et que les propriétés et les vies de tous seraient respectées ; après quoi, on entra en grande pompe dans la ville, au bruit des accalamtious du peuple.
Aroi dj fait périr Abou-Zeyane et ses parents a Ti.emcen. — Les Lspaomu.s s'emparent ue la Kalaa pes Beni-Raciied. — Trop souvent, pour les peuples comme pour les individu?, les jours de joie n'ont pas de lendemain. Les habitants de Tlemeen en firent l'expérience : les exigences, la brutalité des Turcs révoltèrent aussitôt les citadins qui les avaient accueillis comme des sauveurs. Cédant à leurs instances, Abou-Zeyane voulut faire entendre quelques timides observations aux oppresseurs. C'était, pour Aroudj. le prétexte cherché. Il pénétra dans le Mechouar à la tête de ses gardes, se saisit d' Abou-Zeyane et le fit aussitôt pendre aux traverses de la galerie du palais ; ses fils subirent le même sort cl furent attachés autour de lui. Mais celte exécution ne lui ; utlisait pas. Il voulait détruire jusqu'au dernier, les membres de la famille royale de Tlemeen et, étant parvenu à arrêter soixante-dix d'entre eux. il les fit jeter dans le grand bassin dont on peut voir encore les vestiges dans celte ville, s amusant de leurs angoisses et de leurs luttes contre la mort et aidant lui-même à rejeter dans l'eau ceux qui essayaient d'en sortir. Le massacre d'un grand nombre de citoyens occupa ensuite ses sicaires et le pays gémit sous la plus affreuse tyrannie.
Cependant, Abou-IIammou, réfugié à Oran, pressait le marquis de Comarès d'agir contre l'envahisseur et, en présence des derniers événements, il n'y avait plus à hésiter. Charles V venait d'arriver en Espagne, amenant avec lui de bonnes troupes.
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Aussitôt, le marquis alla lui présenter ses hommages et lui faire connaître la situation du pays, et obtint un renfort d une dizaine de mille hommes. Avec son coup d'œil militaire, le gouverneur espagnol jugea fort bien la situation et résolut d'abord d'enlever la Kalâa des Beni-Kaehed, afin de couper la retraite aux Turcs et de les isoler. Abou-Hammou et les Arabes y bloquaient depuis quelque temps les janissaires. Martin d'Aréole, le meilleur capitaine espagnol, fut envoyé vers lui avec un renfort. Mais la place était vaillamment défendue par Ishak, frère d'Aroudj, et ses yoldachs commandés par Iskander, rompus à tous les genres de guerre, à tous les dangers.
On se trouvait alors vers la fin de janvier 151H. L'arrivée des Espagnols exaspéra les Turcs qui tentèrent plusieurs sorties fort meurtrières de part et d'autre. Désespérant enfin de pouvoir tenir plus longtemps, ils demandèrent et obtinrent une capitulation honorable. Mais, à peine étaient-ils sortis de leurs remparts, que les Arabes se jetèrent sur eux. Une lutte acharnée s'engagea, à laquelle l'armée assiégeante ne tarda pas à prendre part. Tous les Turcs, y compris Ishak et Iskander, périrent en luttant dix contre un1.
Les Espagnols attaquent Tlemcen. — Fuite et mort d'Aroudj. — Ahou-Hammou est rétabli sur le trône de Tlemcen. — La nouvelle de la chute de la Kalâa, de la mort d'Ishak et des préparatifs des Espagnols parvint en même temps à Aroudj et, si son courage n'en fut pas ébranlé, la plus élémentaire prudence lui conseilla de chercher un appui, car il ne pouvait plus attendre de secours d'Alger. Il se tourna alors vers le souverain merinide de Fès et sollicita son alliance, en lui représentant le danger qui résulterait pour lui de l'occupation de Tlemcen par les Espagnols. On ignore exactement le résultat de cette démarche : mais il est probable, comme les historiens espagnols l'aHimient, qu'il obtint de lui des promesses d'intervention.
Pendant ce temps, le marquis de Comarès, avec ses meilleures troupes et un grand nombre d'auxiliaires arabes commandés par
1. Sander-Rang, Fondation de la regrnee d'Alger, t. I. p. 98 et suiv. — Documents sur l'occupation espagnole (E. de la Primaudaic, Revue afric.. n° 110, p. 149 et suiv ). — Abbé Barris. Complément de l'histoire des lieni-Zeiyane, p. •431. — Watblcd. Etablissement de la domination turque en Algérie (Revu*! afric. n° 101, p. 357 et suiv. — De Grammont, Hist. d'Alger, p. 25. 26. — E. d'Aranda, Antiquités de la ville d'Ager, p. 24 et suiv. — Zohrat-en-Nairat (Irad. Rousseau) p. 16 et »uiv.
Abou-Hammou, arrivait sous les murs de Tlemcen et en commençait le siège. Aroudj, dont l'effectif de Turcs et de renégats était peu considérable (cinq cents environ), et qui ne pouvait compter sur la fidélité des Tlemcéniens, n'osa pas sortir de la ville pour essaver d'arrêter la marche de l'ennemi. Mais il organisa la résistance derrière ses remparts, avec autant d'habileté que de courage. Pendant six mois, les assiégés n'avancèrent que par l'emploi de la poudre ; néanmoins il arriva un moment où le premier Barberousse dut renoncer à défendre ses lignes, pour se retrancher dans les rues et enfin se renfermer dans le Mechouar. Il aurait pu y tenir longtemps encore, mais les habitants de Tlemcen, voyant l'occasion de se venger de lui et de ses suppôts, s'entendirent avec les Espagnols et, ayant obtenu des Turcs la permission d'entrer dans le Mechouar pour y visiter la mosquée à l'occasion de la féte de la rupture du jeûne, en ouvrirent la porte à leurs attidés et se mirent a massacrer Osmanlis et renégats. Aroudj avait pu se retrancher dans un réduit d'où on communiquait avec l'extérieur par une poterne. La nuit venue, il sortit de la ville par cette issue, suivi d'une poignée d'hommes portant toutes les valeurs qu'il avait pu enlever aux trésors des souverains zeyanites, et gagna le large.
On a beaucoup discuté sur la direction prise par Aroudj, dans sa fuite. Haëdo aflirme qu'il se sauva sur la route d'Oran et fut rejoint par les Espagnols au Hio-Salado. Cette version a été reproduite par le L)r Shaw et défendue dans ces derniers temps par M. de Grammont ; mais tous les historiens arabes indiquent la montagne des Beni-Zenasscn, comme la direction de la fuite du corsaire et plusieurs historiens, parmi lesquels Berbrugger, ont démontré, à notre avis, que celte tradition est d'accord avec la logique des faits et même avec les indications des auteurs espagnols. Comment admettre, en effet, qu'Aroudj, attendant de jour en jour l'arrivée de l'armée du sultan de Fès, n'ait pas pris la direction de l'ouest et se soit lancé sur la route même d'Oran, centre de ses ennemis ?
Les Turcs fuyaient donc vers le couchant, sur le chemin d'Oudjda, lorsqu'on s'aperçut de leur départ. Aussitôt, Espagnols et Arabes se lancèrent à leur poursuite. On dit qu'Aroudj, se voyant serré de très près, employa un stratagème renouvelé des anciens et qui consistait à semer sur sa route des pièces d'or et des objets précieux pour attirer la cupidité de ses ennemis et ralentir l'ardeur de la poursuite. Quoi qu'il en soit, un groupe d'une quarantaine de cavaliers espagnols, conduits par l'enseigne Garcia Fernandez de la Plaza, était près d'atteindre les fuyards. On avait