L AUTORITE TURQUE EN BEBBHBIE
franchi plus de 90 kilomètres et atteint la plaine de Debdou, lorsque Aroudj se décida à se lancer vers la montagne des Heni- Zenassen. Il se retrancha dans une ruine située sur un des premiers contreforts, près du Marabout de Sidi-Moussa et, avec la poignée de janissaires qui lui restait, opposa une résistance désespérée, combattant lui-même comme un lion. Mais l'ardeur de ses adversaires n'était pas moindre et, après une lutte héroïque, tous les Turcs furent tués. Aroudj périt de la main de l'enseigne, qui reçut plus tard de Charles Y, un diplôme lui accordant le droit de reproduire dans se> armoiries le souvenir de ce glorieux fait d'armes1.
La tête d 'Aroudj fut apportée à Tlemcen, puis à Oran, quant à ses vêlements, qui étaient de velours rouge, brodés d'or, on les expédia en Espagne, où ils finirent par être déposés au monastère de Saint-Gérôme de Cordoue ; ils y furent transformés, paraît-il, en chape d'église. Baba-Aroudj avait, au dire d'Haëdo, 41 ans, lorsqu'il fut tué. « D'une taille moyenne, il était robuste, infatigable et très vaillant : il avait la barbe rousse, les yeux vifs et lançant des llammes. le nez aquilin, le teint basané. »
Les vainqueurs furent accueillis â Tlemcen par les acclamations de tous. Abou-Hammou reprit alors possession de sa capitale et s'engagea à servir chaque année au gouverneur « une redevance de 12,1)1)0 ducats d'or, plus douze chevaux et six faucons femelles » (151 H).
S'il faut en croire Haëdo. le sultan de Fès ne tarda pas à s'approcher de la frontière, a la tête de contingents importants ; mais, apprenant la défaite et la mort de son allié, il licencia ses troupes et rentra dans sa capitale'.
KllEÏB-ED-DlNE FAIT HOMMAGE DU ROYAl'ME D'ALGER A SeLIM I ET
1. Voir le texte de ce diplôme donné en appendice par Goraara dans sa Chronique des Barberousse.
2. Abbé Barges. Complément de l'histoire des Beni-Zeyane , p. 435 et «uiv. — Berbrugger. I.a mort du fondateur de la régence d'Alger (Revue afric. 1859-60. p. 25 et suiv.).— Sander-Raiig, Fondation de la régence d'Alger, t. I, p. 103. — De Grammont, Histoire d'Alger, p. 26, 27 et Jievue afric. 1878, p. 388. — YYatbled . Etablissement de la domination turque (Revue afric. 1873. p. 357 et suiv ). — Bcrbruggcr. Le prgnon d'Alger, p. 58 et suiv. — Haëdo, F.pitome des rois d'Alger (Revue «fric, 1880. p. 77 et suiv.). — Goraara, Chronique des Barberousse, pasHÏra. — Xozhet-El-Hadi, p. 19-20. — Dourdjet-en-Nachcrf dictioun. biogr. (article Abou-I Abbas-beii-Me!ouka). — Cheikh-Bou-Ras (trad. Arnaud, Revue afric, u°* 149, 150. — D Arauda, loc. cit., p. 32.
HISTOIRE DE l'aFRIQI'E
reçoit de i.Li des sbcolrs. — Le désastre d'Aroudj eut un profond retentissement dans toute l'Afrique septentrionale. Bientôt, ce fut à qui romprait tout lien avec les Turcs, d'autant plus qu'une nouvelle attaque des Kspagnols contre Alger était imminente. La Kabilie, à la voix d'Ahmed-ben-el-Kadi, se mit en état de révolte. Tenès et Cherchel firent de même ; enfin le roi de Tunis somma Kheïr ed Dine de reconnaître sa suzeraineté. Voilà à quels diflicultcs le frère d'Aroudj eut tout d'abord à faire face, sans parler de 1 hostilité de plus en plus caractérisée des Algériens à son encontre. Tout autre aurait abandonné la partie ; mais Kheïr-ed-Dine avait l'âme aussi fermement trempée que son frère, avec un esprit politique beaucoup plus développé. Il comprit qu'il ne fallait plus compter sur l'appui des populations africaines et jugea qu'il ne lui restait qu'un seul espoir de conserver sa conquête; c'était d'en offrir la suzeraineté à la Porte.
Selim I, surnommé Vouvouz (l'inflexible;, sultan des Turcs, venait de se couvrir de gloire par la conquête de la Syrie et de l'Arabie; il était maître de la Mekke et de Médine cl avait reçu, à Damas, le serment de fidélité des émirs de l'Arabie et des cheikhs de la Syrie et du Liban I5H> ; puis il était entré en souverain à Jérusalem, avait traversé la Palestine, envahi l'Kgyptc et défait les Mamlouks de Touman-Bey, souverain de ce pays (janvier 1517;. Knliu il ne lardait pas à s'emparer du Caire. Touman-Bey, fait prisonnier, était pendu (15 avril 1517), et l'empire des Mamlouks-Teherkès détruit. Ainsi la victoire restait constamment fidèle à ce prince, dont les succès portèrent la renommée à son comble. Après avoir organisé ses nouvelles conquêtes préparé et complété sa flotte. Selim rentra à Constautinoplc et ajouta à ses titres celui de « serviteur des deux villes sacrées et nobles » '.
C'est dans ces conjonctures que le sultan des Ottomans reçut l'hommage de Kheïr-ed-Dine ; saisissant avec empressement l'occasion d'étendre son autorité sur la Berbérie, Selim adressa au deuxième Barberoussc le litre de Bev des Bevs *, ou de Pacha, avec le droit de battre monnaie, et lui expédia des troupes et des munitions. Quatre mille volontaires levantins, auxquels les privilèges des ^ oldachs janissaires) avaient été accordés, débarquèrent sur la plage de Bab el-Oued. Il était temps que ce secours arrivât, car la population d'Alger, d'accord avec les Arabes de la plaine, allait se révolter et les Espagnols approchaient (1518-11»; 3.