LES CHRÉTIENS EXPULSES DU LITTORAL OCEANIEN
(Deren), il les y bloqua et les força à la soumission. A peine étaitil de retour à Meknès qu'il apprit que son neveu Ahmed-Bcn- Mahrez et son frère El-Harran s'étaient de nouveau réunis dans le Sous et retranchés à Taroudent. Ayant marché contre eux, il commença le siège de cette ville. Sur ces entrefaites, Ben-Mahrcz fut tué par un parti de cavaliers, qui le rencontrèrent allant à un pèlerinage et ne le reconnurent pas. El-Harran conserva le commandement et résista jusqu'au mois d'avril 1087; un dernier assaut livra alors la place au général du sultan. Quiconque s'y trouvait encore fut massacré et, pour repeupler la ville, Moulaï-Ismaïl y envoya des Rifins établis à Fès ; ainsi il fut débarrassé d'adversaires qui, depuis de longues années, lui causaient les plus grands ennuis.
De retour à Meknès, le sultan prépara une nouvelle expédition contre les montagnards de Fazaz, toujours indisciplinés : quelques peuplades s'empressèrent d'envoyer leur soumission. Baïchi-cl- Kebli, cheikh de ces Berbères, fut confirmé dans sa fonction et devint un auxiliaire précieux pour Ismaïl, qu'il conduisit dans leurs montagnes escarpées. Le sultan fit construire, aux points stratégiques, des forts occupés par des Abid (1688-89).
Cependant Ahmed-ben-IIaddou pressait El-Araïch depuis de longs mois ; grâce à une mine qui avait fait sauter un pan de muraille, les musulmans avaient pénétré dans la place, forçant les chrétiens à se retrancher dans un fort appelé El-Kebilate. Vers la fin d'octobre, ces derniers se décidèrent à se rendre. « Les Marocains, dit Braitwaite, ne durent cette conquête qu'à la trahison des moines, dont le ventre affamé ne put souffrir le retranchement des vivres ; ce furent eux qui traitèrent de la reddition de la place, à la condition qu'ils auraient la vie sauve et ne seraient pas réduits en servitude, ainsi que plusieurs des officiers. Le reste des habitants fut esclave, et la plupart prirent le turban » Les Espagnols occupaient cette place, qui leur avait été cédée parle cherif saadien Moulaï-Cheikh, depuis soixante-dix-neuf ans. D'après les écrivains musulmans, les prisonniers chrétiens d'El-Araïch étaient au nombre de 1,800 à '2,000. Ils furent employés aux travaux publics à Meknès et l'on repeupla leur ville au moyen des Rilins, qui paraissent avoir eu toute la confiance du sultan. Ahmed-ben- Haddou y lit construire des monuments publics.
Ainsi, pour employer le langage des musulmans, tout le littoral de l'Atlantique était purgé de la souillure des chrétiens. Aeila, cependant, aurait résisté jusqu'en 1601, d'après l'auteur d'Et-Tordjeman,