LES CHRKTIBNS EXPULSES DU LITTORAL OCÉANIEN
route et alla mourir au Maroc. Rien de curieux comme le discours rapporté par le malheureux pacha dans une lettre qu'il écrivit, le 10 octobre 1688, à Louis XIV, pour se plaindre de ce traitement. « Votre sultan, lui auraient dit les rets, n'a rien à voir, ni aucun droit d'ingérence dans ce pays. Nous n'avons pas besoin de pacha et n'en voulons point. Retournez au lieu d'où vous êtes venu, sinon vous verrez ce qui vous arrivera. Chaque prince est maître dans son pays ; il s'y maintient par son épèe et s'acquitte du gouvernement de son état sans se soucier de personne, et nous en usons de même. Le royaume d'Alger n'est pas de trop pour nous, etc. » Ainsi le dey, déjà maître réel du pouvoir, ne pouvait même plus supporter la présence, bien inoflensive, du délégué de la Porte. C'était une véritable déclaration d'indépendance.
Sur ces entrefaites, les janissaires rentrèrent d'expédition et, lorsqu'ils furent réunis dans le camp, près de la ville, se mutinèrent, demandant à grands cris la tête du pacha. Celui-ci essaya, selon son habitude, de tenir tête à l'orage, mais ses partisans l'abandonnèrent et il dut prendre la fuite (fin 1688). Il gagna Tunis et, de là, l'Orient, où le titre de capitan-pacha lui fut décerné, ce qui lui permit de cueillir de nouveaux lauriers dans la guerre contre les Vénitiens. Un certain Hadj-Châbane, élu dey, prit la direction des a fia ires et, sur le conseil de Mercadier, s'empressa d'envoyer en France un ambassadeur du nom de Mohammed-el- Aminé pour achever la conclusion du traité préparé par son prédécesseur. Cet envoyé se présenta au roi comme délégué du seigneur Hadj-Châbane-Dcy, pacha d'Alger, du diwan et de la milice (commencement de mai 1689) et, bientôt, les conditions du traité, qui est à peu près semblable à celui de Tourville, furent arrêtées. Le 24 septembre suivant, M. Marcel, commissaire spécial, délégué par Seignelay, signa à Alger cette nouvelle convention, où tous les privilèges des capitulations antérieures étaient confirmés ' .
Maroc. Moulaï-Ismaïl triomphe de la révolte de son nbvbu Bbn- Mahrbz et de son frère El-Harran. Évacuation de Tangbr par les Anglais. Prise d'El-Araïch. Les chrétiens expulsés du littoral océanien. — Pendant que le Mag'reb central etl'Ifrikiya étaient le
1. De Grammout, Relations de la France (loc. cit.), p. 164 et suiv. — Le même, /lis t. d'Alger, p. 254 et suiv. — Ez-Zahrat-En-Naira, p. 139 cl iuiv. — Féraud, lettre d'Ismail-Pacha à Louis XIV (Revue •fric, n» 163. p. 70 et suiv.). — Traité de paix de 1689 (Revue afric, n» 42, p. 433 et auiv.).
308 HISTOIRE DE I.'.\PRIylE
théâtre de ces événements, le sultan Moulaï-Ismaïl continuait de lutter pour l'établissement de son pouvoir et l'organisation de son royaume, afin que sa dynastie eût un avenir assuré, tout en achevant l'œuvre d'expulsion des chrétiens.
A son retour de l'expédition de Tlemcen, en 1083, il se dirigea, ainsi que nous l'avons dit, vers le Sous et livra plusieurs combats sanglants à son neveu, Ahmed-ben-Mahrez, qui se vit forcé de se retrancher a Taroudent, où le sultan vint l'assiéger. Après de nouveaux combats dont le résultat fut sans doute indécis, les deux adversaires conclurent une sorte de trêve. Moulaï-Ismaïl alla faire une campagne dans la montagne de Fazaz et y construisit des forts, où il plaça des colonies de nègres. Les Beni-Idracen, de la montagne de Fazaz, offrirent alors leur soumission, devinrent les bergers du sultan et furent comblés de faveurs.
Le caïd Ahmed-ben-Haddou continuait à presser Tanger. La situation de la garnison était des plus précaires ; en effet, elle s'était vue forcée d'évacuer le fort Charles, après l'avoir fait sauter, et de se concentrer dans la citadelle. Loin de soutenir ces héroïques défenseurs, le parlement anglais ne voulait plus fournir le moindre subside pour Tanger. En 1683, il résolut même son évacuation. Le Portugal réclama en vain contre cette décision et offrit de dédommager pécuniairement la Grande-Bretagne des sacrifices qu'elle avait faits; en vain l'Espagne joignit ses protestations et ses offres à celles du Portugal... En 108-4, une escadre, commandée par lord Darmouth, jeta l'ancre à Tanger ; après avoir détruit, non sans peine, le môle et les fortifications et comblé le port, elle embarqua la garnison et ne laissa plus un soldat anglais en Afrique. Au rebours de ce qui se passe habituellement, on enterra, dans les décombres, des pièces de monnaie d'or ou d'argent à l'effigie du souverain, pour conserverie souvenir de l'occupation anglaise... et de ses destructions 1 (mars-avril 1684).
La joie des musulmans, en reprenant possession de Tanger, fut immense. Moulaï-Ismaïl repeupla en partie cette ville au moyen des gens du Hif et s'appliqua à relever les mosquées et édifices publics. Les « volontaires de la foi » y obtinrent aussi des concessions. Ces guerriers reportèrent alors toutes leure forces contre Geuta, Mellila et L'Arache.
Dans le cours de cette même année, Moulaï-Ismaïl fit une campagne vers le haut Moulouïa et, comme les tribus berbères de ces contrées s'étaient réfugiées dans les montagnes du Grand-Atlas
1. Loydard, Kist. navale d'Angleterre, t. II. p. 688 (Apud de !a l'rimaudaic).