‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 81 sur 174 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

LUTTES ENTRE L'ALGÉRIE ET LA TUNISIE. — ÉTABLISSEMENT D'UN BEYLIK HÉRÉDITAIRE A TUNIS

Expédition des Algériens contre Mohammed-Bey à Tunis. — Moulaï-Ismaïl envahit la province d'Oran. Il est repoussé par les Turcs et achevé la soumission des tribus berbères au Maroc. — Expédition de Hadj-CMbane- Dey à Tunis. Il renverse Mohammed-Dey et le remplace par Mohammed- Tchaker. — Mohammetl-Bey défait Ben-Tchaker et rentre en possession de Tunis. — Hadj-Chàbane-Dcy est assassiné à Alger et remplacé par El-Hadj- Ahmed. — Mort de Mohammed-Bey à Tunis. Il est remplacé par son frère Ramdane.Mort de celui-ci. Mourad, fils d'Ali-Bcy, prend le pouvoir. — Maroc: Moulaï-Ismaïl attaque infructueusement Oran et presse sans succès le siège deCeuta et celui de Mellila.— Mourad-Bey envahit de nouveau la province de Constantine et assiège cette ville. — Hadj-Moustafa, dey d'Alger, marche contre Mourad-Bey, le défait près de Sétif et le force à évacuer la province. Excès de Mourad en Tunisie. — Moulaï-Ismaïl envahit la province d'Oran. Il est complètement battu au Djedioua par le dey Hadj- Moustafa. — Mourad-Bey marche contre les Algériens. Il est assassiné par Ibrahim-Cherif qui s'empare de l'autorité. — Rupture entre Tripoli, Alger et Tunis. Siège de Tripoli par Ibrahim-Bey. Rupture entre celui-ci et Moustafa, dey d'Alger. — Moustafa-Dey envahit la Tunisie, bat et fait prisonnier Ibrahim-Bey et vient mettre le siège devant Tunis: il est repoussé par Hasseïn-ben-Ali, le nouveau bey. — Révolte contre Moustafa-Dey. Sa mort à Collo. II est remplacé par Hassan-Khoudja. Hasscïn-Bey reste seul maître du pouvoir à Tunis et fonde une dynastie héréditaire.

Expédition des Algériens contre Mohammed-Bey a Tunis. — Depuis la mort d'Ali-Bey, la Tunisie avait retrouvé quelque tranquillité ; mais la peste y reparut en 1089 et lit, durant huit mois, de nombreuses victimes. La Porte avait envoyé à Mohammed- Bey un firman, par lequel son autorité était reconnue et consacrée, mais cela ne pouvait durer. Cn certain Mohammed-ben-Tchakcr, appelé par des auteurs Ben-Tcherkès, autrefois au service du bey, dont il était l'allié, avait dû, à la suite de ses intrigues, quitter la Tunisie et s'était réfugié à Alfjer. Là, étant devenu le favori du dey Hadj-Châbane, il sut le décider à lui confier une armée, avec laquelle il comptait s'emparer de Tunis et usurper la place de bey

(1G92). Une division algérienne, renforcée d'un corps amené de Tripoli à Bône par mer, envahit alors la Tunisie.

Mohammcd-Bey marcha à sa rencontre avec des forces nombreuses et livra bataille aux Algériens; mais il fut entièrement défait et contraint de découvrir la route de Tunis ; Ben-Tchakery fut proclamé bey ; mais Mohammed, qui avait rallié ses troupes et ses auxiliaires, rentra en possession de sa capitale, tandis que son adversaire et les Algériens reprenaient la route de l'ouest; après la défaite de Mohammed, son frère Ramdane, soutenu par le dey Ali-Reïs, avait été proclamé bey; mais lorsque ceux-ci apprirent son retour, ils s'empressèrent de s'embarquer ensemble et de gagner l'Italie».

MoUl.AÏlSMAÏl. ENVAHIT I.A PROVINCE d'OrAN. Il EST REPOUSSÉ PAR

les Turcs et achùvb la soumission des trihus berbères au Maroc. — Sur ces entrefaites, on apprit que le sultan Ismaïl avait préparé une expédition contre la province d'Oran. Ce prince avait, en 1690 et 1691, effectué une campagne contre les Aït-Malou, Aït- Afelmane et Aït-Isri, puissantes tribus berbères de la région de Fazaz, parcouru en vainqueur leurs montagnes et réduit ces indigènes à la soumission. L'année suivante, il fit réunir des approvisionnements et des munitions à Fès, confia le gouvernement de cette ville à son fils aîné, Abou-l'Alâ-Mahrcz et, au mois de mai 1692, donna à l'armée l'ordre de partir vers l'est, sous le commandement de son fils Zidane ; quant à lui, il ne la rejoignit qu'après la fin du Ramadan (mi-juin).

Mais Hadj-Châbane, de son côté, avait réuni toutes ses forces et s'était mis en marche, à la tête de 10,000 janissaires et 3,000 spahis, plus le contingent des Kabiles Zouaoua. Ayant dépassé Tlemcen avant l'arrivée de l'armée marocaine, il alla l'attendre au gué de la Moulouïa. Les forces d'Ismaïl se composaient de 14, (KM) fantassins et 8,000 cavaliers. Attaqué avec vigueur par les Algériens, le sultan essaya de profiter de la supériorité numérique de son armée, mais bientôt il vit tous ses soldats en déroute et éprouva un désastre qui le mit à la discrétion du vainqueur. 5,000 Marocains avaient été tués et le reste était dispersé et poursuivi dans tous les sens.

On dit que le puissant Ismaïl se montra fort humble et fut très heureux de signer avec les Turcs, à Oudjda, un traité par lequel il reconnaissait leurs droits. Pour se consoler de cet échec, après

t. Rousseau. Annales Tunisiennes, p, 72 et stiiv. — Marcel, Tunis, loc. cit., p. 186.

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avoir rallié son armée, il envahit les régions de l'Atlas, occupées encore par des tribus berbères indomptées, les terrifia par le bruit et l'effet de ses canons et de ses mortiers et répandit la désolation dans ces régions : 12,000 têtes furent, dit-on, coupées dans cette campagne : quant au butin rapporté, il était considérable. Le général Ali-ben-Ichchou reçut alors du prince l'ordre de traiter pareillement la tribu des Guerouane, qui interceptait le chemin du sud, entre le Haut-Moulouïa et le passage d'El-Kheneg. Cette prescription fut strictement exécutée, et le général expédia à Meknès 12,000 têtes qu'il acheta, pour la plupart. La soumission des Aït- Malou et des Aït-Afelmane acheva d'assurer la pacification de la région centrale du Mag'reb. Toutes ces tribus avaient été contraintes de livrer leurs chevaux et leurs armes. Les postes d'Abid, les Arabes Oudaïa de l'armée régulière, les gens du Hif, toujours fidèles au sultan, et les Aït-Afelmane, conservèrent seuls le privilège d'avoir des chevaux et d'en élever *.

Expédition de IIadj-Ciiabane-Dey a Tunis. Il renverse Moiiammbd- Bey et le remplace par Mohammbd-Tchaker. — A son retour du Mag'reb, le dey Hadj-Châbane trouva Alger en révolte. Les Kabiles et les citadins, comptant sur la victoire do Moulaï-Ismaïl, s'étaient emparés de la ville et voulaient en expulser les Yoldachs. Mais les soldats vainqueurs se précipitèrent sur eux et en eurent bientôt triomphé. De nombreuses exécutions suivirent cette victoire et l'on dit que les tribus auxquelles appartenaient les Kabiles rebelles furent frappées d'amendes (août 1693).

Sur ces entrefaites, le dey de Tripoli, qui venait de rompre avec la France, à la suite du retour des otages imprudemment renvoyés, adressa un député à son collègue d'Alger pour l'inviter à coopérer à la conquête de la Tunisie, sous le prétexte que le bey Mohammed venait de conclure une alliance avec le sultan marocain. Hadj-Chfibane prêta l'oreille à ses incitations, poussé dans cette voie par son favori Ben-Tchaker et, au printemps de l'année 1G91, l'armée algérienne se mit en roule vers l'est et rallia, en passant, un corps tripolilain amené par mer à Bône. Châbane, qui commandait, franchit alors la frontière tunisienne.

Mohammed-Bey, après avoir en vain essayé de détourner l'orage, en offrant de payer un tribut, se prépara résolument à la guerre. Ibrahim-Khoudja. qui avait été nommé dey, fut laissé à la garde de Tunis ; puis le bey s'avança, avec toutes ses forces, contre les

!. Et'Tordjeman, p. 23 et suiv. du tcxle arabe, 44 de la trad. — De Grammont, Mit. d'Alger, p. 262.

envahisseurs et leur livra bataille en face du Kef. Il fut entièrement défait et parvint, non sans peine, à se réfugier dans la capitale (fin juin). Bientôt, l'armée algérienne parut sous ses murs et en commença le siège. On lutta, de part et d'autre, avec acharnement ; mais, au bout de trois mois, Mohammcd-Bey, apprenant la perte de la flotte et des villes environnantes, jugea inutile la prolongation de la résistance et profila d'une nuit sombre pour s'enfuir (novembre). Il gagna Kaïrouan, espérant y trouver des partisans ; ce fut le contraire et à peine eut-il le loisir de traverser la ville et de continuer sa fuite vers le sud.

Pendant ce temps, les Tunisiens offraient leur soumission à l'armée algérienne ; Mohammed-ben-Tchaker entrait en maître dans la ville, Ibrahim-Dey se voyait destitué et exilé et remplacé par un cerlain Mohammed-Tabar. Les Algériens, sans soumettre la ville à un pillage en règle, firent supporter aux habitants bien des vexations ; de plus, Hadj-Châbane exigea de Ben-Tchaker, le nouveau bey, une indemnité de 400,000 piastres, plus 100,000 pour lui à titre de cadeau ; et, pour le satisfaire, il fallut extorquer ces sommes aux négociants ou aux Juifs. On finit cependant par contenter l'avidité de tous et, vers le 15 janvier 1695, le dey d'Alger, qui avait déjà renvoyé une partie de ses troupes par mer, rentra par la voie de terre ; il traînait à sa suite un butin considérable, ainsi que de l'artillerie, trophée de ses victoires, et fut accompagné jusqu'à la frontière par son tributaire Ben-Tchaker1.

Mohammrd-Bky défait Ben-Tchaker et rentre en possession de Tunis. — Après avoir quitté le - troupes d'Alger, le nouveau bey Ben-Tchaker alla faire une tournée à Kaïrouan et dans diverses localités, rançonnant partout les habitants, car il lui fallait de l'argent, et se montrant d'une rigueur extrême. En outre, prêtant l'oreille à toutes les délations, il lit couler à flots le sang de ses sujets, sans s'apercevoir du mécontentement qui se manifestait autour de lui. Dans le mois d'avril, Souça et Kaïrouan donnèrent le signal de la révolte et bientôt Mohammed-Bey arriva du sud pour prendre le commandement des rebelles. Ben-Tchacher, ayant marché contre eux, trouva son rival aux environs de Kaïrouan et

1. Rousseau. Annales Tunisiennes, p. 74 et suiv. — De Grammont, Hist. d'Alger, p. 263 et suiv. — Le même, Correspondance des consuls d'Alger (Revue a fric., nu 183. p. 189 et suiv.). — Berbrngger, Epoques militaires delà grande Kabylie, p. 116. 117. — El-Hadj-Hammouda ben Abd-el-Azit, continuateur d El-Kairouani (passim).

LUTTES ENTRE I.'aLGÉRIB ET I.A TUNISIE (1695)

fut battu par lui (1" mai 1695). Il vit même sa retraite coupée et n'eut d'autre ressource que de chercher un refuge au Maroc.

Sans perdre de temps, Mohammcd-Bey marcha sur Tunis, où le dey Mohammed-Tabar ne cherchant même pas à défendre la ville, employait ses derniers jours de pouvoir à tout mettre au pillage avec 400 malandrins de son espèce qui se livrèrent aux plus abominables excès ; quand le bey fut arrivé, il se réfugia, avec ses hommes, dans la Kasba, où il se fortifia, résolu à lutter jusqu'à la mort. Mohammed-Bey était, de nouveau, maître de la capitale, mais il craignait la vengeance du dey Hadj-Châbane et s'empressa d'envoyer une députation à Alger pour essayer de détourner l'orage, tandis qu'il poussait le siège de la Kasba.

Le 16 juillet, Tabar-dey, apprenant la mort de sen protecteur Hadj-Châbane, se décida à capituler, sous la promesse de la vie sauve qui lui fut accordée. Le bey entra alors en possession de la Kasba et fit conduire Tabar-dey jusqu'à un marabout où il se renferma ; mais la populace, sans tenir compte de la sainteté du lieu, y pénétra par la force et en retira le dey qu'elle massacra. Sa tête fut promenée au bout d'une pique et l'on dit que des gens, révoltés par ses cruautés, allèrent jusqu'à déchirer avec leurs dents ses chairs palpitantes. Un certain Mohammed-Koudja fut nommé dey. Quant à la députation envoyée à Alger, qui s'était d'abord heurtée à un refus péremptoire de Châbane, elle avait obtenu de son successeur tout ce qu'elle avait demandé1.

Hadj-Chabane-Dev est assassine a Alger et remplace par El- Hadj-Ahmbd. — Cependant, le dey Hadj-Châbane était rentré à Alger avec tout son butin, le 16 février 1695. Quelques jours plus tard, le 25 février, il faillit tomber sous les coups d'assassins, en pleine mosquée. Il exerça à cette occasion de cruelles vengeances et acheva de mécontenter les Yoldachs. Sur ces entrefaites, on reçut la nouvelle des événement de Tunisie : la défaite et la fuite de Ben-Tchaker et le retour de Mohammed-Bey à Tunis. C'en était fait du prestige du dey. Dans les premiers jours du mois d'août, la colonne de l'Est, se laissant entraîner par l'esprit de révolte, revint sur ses pas et envahit Alger en poussant des cris de mort contre Hadj-Châbane. En vain celui-ci essaya d'apaiser les rebelles par la force ou les présents. Il fut jeté en prison le 5 août et torturé, pendant dix jours, par ses anciens soldats, dans le but de lui faire déclarer où se trouvaient ses trésors (ce qui,

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 76 et suiv. — El-Hadj-Hammouda beo Àbd-el-Aziz (passim).

HISTOIRE l>E l'aFRHjI'E

par parenthèse, semble indiquer le vrai mobile de la révolte). Il supporta stoïquement tout ce que la sauvage barbarie des Voldachs sut inventer pour le faire souffrir et enfin fut étranglé le 15.

Les soldats révoltés avaient, le 0 août, proclamé dey un vieux janissaire du nom d'Kl-IIadj-Ahmed, qu ils avaient trouvé occupé à raccommoder ses chaussures sur le pas de sa porte ; et le diwan s'étaitempresséde ratifier ce choix. Afin d'éviter les usurpations des précédents deys, les Yoldachs avaient stipulé que leur élu devrait se tenir strictement dans les limites du règlement primitif de l'institution. FJ-Hadj-Ahmed était un vieillard à l'esprit affaibli et fantasque dont les actes touchaient souvent à la folie1.

Mort de Mouammed-Bey a Tunis. Il est rbmplack par son frère Ramdane. Mort de celii-ci. Moirad, fils d'Ali-rby, prend le pouvoir. — A Tunis, Mohammed-Bcy ne jouit pas longtemps de son triomphe. Atteint d'une maladie contractée, sans doute, dans les péripéties de son existence agitée, il cessa de vivre le 3 octobre 1690. Le lendemain de sa mort, son frère Ramdane, rentré en grâce depuis quelque temps, fut élu bey par la population et reçut l'assentiment du dey, du diwan et de la milice. A cette occasion, les traités conclus antérieurement avec les nations européennes furent confirmés. C'est ainsi que la France vit les avantages qui lui étaient faits maintenus, notamment la réduction à 3 0/0 du droit de douane sur les marchandises importées de tous les pays par ses nationaux, au lieu de 10 0/0 exigés des autres.

Malheureusement, le nouveau bey n'avait aucune aptitude pour ses hautes et difficiles fonctions. Adonné à la débauche, il était entièrement dominé par un musicien nommé Mazoul, renégat florentin qui arriva bientôt à diriger toutes les affaires de la régence. Cette conduite, de la part du dernier fils de Hammouda, ne tarda pas à provoquer le mécontentement général et les yeux se tournèrent vers le jeune Mourad, fils d'Ali- Bey, que son oncle, Mohammed, avait épargné, lorsqu'il le tenait entre ses mains. Mazoul, se rendant compte du danger persuada au bey que son neveu conspirait pour le renverser et obtint l'autorisation de l'arrêter. Jeté dans la prison du Bardo, Mourad tenta de s'échapper et Ramdane-Bey, pour n'avoir plus rien à redouter de lui, se décida à ordonner qu'on lui crevât les yeux. Mais Mourad avait des amis dévoués, et il arriva que le chirurgien Carlier, renégat français, chargé de l'opération, s'y prit de telle façon qu'il sut

t. De Graromont, Hist. d'Alger, p. 266 et suiv.

LUTTES ENTRE l'aLGÉRIE BT LA TUNISIE (1699) 317

lui conserver la vue tout en paraissant l'avoir rendu absolument aveugle. On le relégua alors à Soussa.

Tout à coup on apprit que Mouracl n'était plus aveugle, qu'il s'était enfui de Soussa et avait atteint le Djebel-Ouslat où les amis de son père l'avaient rejoint et proclamé. Cette nouvelle fut accueillie à Tunis avec enthousiasme et bientôt Ramdane, abandonné de tous, n'eut d'autre ressource que la fuite. 11 gagna Soussa, où il comptait s'embarquer, mais, ayant été atteint par des partisans de son neveu, il fut arrêté et mis à mort. Sa tète rapportée à Tunis fut traînée dans les rues et servit de jouet à la populace (10 mars 1099).

Quelques jours après, Mourad-Bcy faisait son entrée dans la capitale. C'était un jeune homme de 18 ans, qui paraissait avoir hérité des qualités guerrières de son père et de son aïeul ; malheureusement, il manquait d'expérience et avait trop souffert pour que le désir de vengeances plus ou moins légitimes ne l'entraînât pas trop loin. Enfin, s'il faut en croire l'auteur arabe, El-IIadj- Hammouda-ben-Abd-el-Aziz, il était extrêmement cruel et adonné au vice et à la débauche. Mazoul, le favori de son oncle, fut sa première victime, suivie de beaucoup d'autres1.

Maroc : Moulai-Ismaïl attaque infructueusement Oran et presse

SANS SUCCÈS LE SIKGE DE CeUTA ET CELUI DE MeLI.ILA. — Moulaï-

Ismaïl, au Maroc, jetait toujours des regards d'envie du côté de la province d'Oran, malgré les échecs qu'il y avait éprouvés, et nous savons qu'il avait plus ou moins prêté l'oreille à des ouvertures venues de Tunis. Son fils Zidane, qui occupait un commandement dans la région de Fès, fut plus particulièrement chargé des incursions sur le territoire turc. En 1093, les troupes marocaines, commandées par Ismaïl lui-même, envahirent la province d'Oran et, après avoir tenté infructueusement une razia sur les Beni- Amer et autres tribus, s'approchèrent de la capitale. Le sultan essaya de s'en emparer par un coup de main, le 20 juillet ; mais il fut repoussé par le duc de Canzano, gouverneur. L'n nouvel assaut, donné le 24, ne fut pas plus heureux. Les pertes des Marocains furent considérables et le sultan dut se décider à la retraite.

« Oran, dit-il, est une vipère à l'abri d'un rocher : de là, elle

1. Rousseau, Annales Tunisiennes, p. 78 et suiv. — El-lladj-Hnmmouda beu Abd-el-Azi/.. Gouvernement des Turcs en Tunisie (manuscrit arabe continuant l liistoire d'El-Kaïrouani jusqu'en 1775), passim. — Marcel, Tunis (loc. cit., p. 187).

blesse l'homme sans s'exposer à recevoir le moindre coup ». Les Arabes se mirent à la poursuite de son armée démoralisée et lui enlevèrent presque tout son butin. Cependant, vers 1694, la Porte parait s'être encore une fois interposée, en envoyant, au sultan du Maroc, une ambassade, afin de l'inviter à ne plus attaquer les Turcs d'Alger, et il est assez surprenant de voir le Khakan, fort occupé par ses guerres et ses désastres en Autriche, adresser un message plus ou moins comminatoire au sultan du Mag'reb, absolument indépendant, et celui-ci paraître lui obéir.

Ismaïl reporta son action contre les villes du littoral encore occupées par les Espagnols, auxquelles, du reste, il n'avait laissé aucun répit. Nous possédons une curieuse lettre adressée par lui au gouverneur de Ceuta, D. F. Varona, le 23 août 1692, pour lui annoncer qu'il vient de donner au caïd de Tetouane l'ordre de presser plus vivement celte place, en mettant à sa disposition toute l'artillerie nécessaire. Varona lui répondit le 3 septembre suivant, qu'ayant été placé à Ceuta pour défendre cette ville, il espérait, avec l'aide de Dieu, la conserver à son maître ; en même temps, il réclama à la cour de Madrid les renforts nécessaires, car il ne disposait que de 60.) fantassins, 60 artilleurs et 80 cavaliers; il est vrai que les 120 prêtres, se trouvant dans la ville, furent armés au moment du danger. Quant au gouvernement espagnol, il n'envoya aucun secours, selon son habitude.

Dans le mois d'octobre 1693, Moulaï-Ismaïl arriva devant la place avec une armée de 30,000 hommes. Il essaya d'y pénétrer par la force, mais le courage des assiégés repoussa toutes ses tentatives et il dut se borner à un blocus. A cet effet, il établit, à peu de distance, un camp retranché pour les troupes qu'il y laissa.

Il essaya ensuite d'enlever Mcllila, ville contre laquelle ses efforts s'étaient brisés en 1687. Le siège recommença en 1691, mais, de même que la première fois, la place fut vigoureusement défendue et les assiégeants ne purent y pénétrer. Leurs opérations se continuèrent durant de longues années, car, si l'on en juge par les lettres du gouverneur D. Domingo de Canal, de furieux assauts furent livrés pendant les 27, 28 et 29 avril 1697, ainsi que dans la nuit du 30, et il fallut toute l'énergie des défenseurs pour les repousser; il ne restait alors aux assiégés que 350 hommes en état de combattre ; de plus, les vivres et le bois pour la cuisine manquaient. Dans le mois d'août suivant, la situation n'était guère meilleure, mais la garnison avait reçu quelques vivres et des munitions de guerre. Le siège durait encore ou avait été repris en 1700, et la flotte française offrit son concours au gouverneur de Ceuta pour

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