‹ Histoire de l'Afrique septentrionale (Berbérie) depuis les temps les plus reculés jusqu'a la conquête français (1830) (volume 2)Chapitre 84 sur 174 · LES GRANOS COMMANDEMKNTS ENTRE SES K1LS. REVOLTES DE PLUSIEURS · texte numérisé non relu

LES GRANOS COMMANDEMKNTS ENTRE SES K1LS. REVOLTES DE PLUSIEURS

d'entre eux. — Nous avons laissé de côté les événements propres au Maroc, pour suivre ceux dont l'Algérie et la Tunisie étaient le théâtre. Il faut donc revenir de quelques années en arrière pour en reprendre la suite.

On n'a pas oublié les tentatives de rapprochement, entre le Maroc et la France, faites dans diverses circonstances et encouragées par Moulaï-Ismaïl. Kn 1699, ce prince envoya comme ambassadeur, auprès du roi Louis XIV, le caïd de Salé, Abd-Allahben-Aïssa, qui obtint un grand sueccès en France et à la cour, et conclut, dans la même année, un traité d'alliance et d'amitié. De retour au Mag'reb, il éblouit tellement son maître par le récit des fêtes auxquelles il avait assisté et le portrait des grâces des dames de la cour et surtout de la princesse de Conti, à ce moment veuve du prince, que Moulaï-Ismaïl la Ht demander en mariage au roi, par le même ambassadeur, promettant de lui laisser pratiquer sa religion et de l'entourer des égards et du luxe auxquels elle était

HISTOIRE DR I.'aFRIQUE

habituée. On sait que Louis XIV éluda poliment celte demande et que plusieurs écrivains du temps la tournèrent en ridicule ; si nous avons tenu à signaler ce fait, c'est afin de prouver une fois de plus combien l'influence de notre nation a été répandue en Berbérie ; par un rapprochement qui se présente naturellement à l'esprit, il faut reconnaître, qu'en l'état actuel, au Maroc, le souverain ne pourrait guère se permettre de telles fantaisies et n'en aurait même pas l'idée.

Mais, si une princesse française dédaigna de s'asseoir sur le trône du Maroc, notre commerce profita largement des relations amicales des deux cours et des avantages du traité. Rouen fournissait, alors, pour plus de 200, (KM) livres de toiles au Maroc et ses négociants avaient des comptoirs à Tétouane, à Salé, à Santa- Cruz et pénétraient jusque dans le Sous. Ainsi, malgré les efforts des Anglais, notre situation y était prépondérante : malheureusement cela ne devait pas être de longue durée. L'occupation de Gibraltar par les Anglais, en 1 70 i, leur fournit l'occasion de regagner le terrain perdu et la versatilité du sultan leur en facilita les moyens.

Kn 1703, le roi de Portugal sollicita le concours du Maroc contre l'Espagne ; mais, les conditions faites par le souverain musulman furent si dures qu'il se décida à y renoncer.

Vers l'année 1700, Moulaï-Ismaïl donna à ses fils les principaux commandements de son empire.

Ahmed-ed-Dehbi, héritier présomptif, reçut la province de Tedla. avec obligation de résider dans la ville de ce nom. Un corps de 3,000 Abid lui fut adjoint.

Mohammed-el-Aalem eut en partage le Sous, avec résidence à Rcdana. Il reçut également un corps de 3,000 Abid au moyen desquels il devait maintenir la paix dans sa province.

El-Mamoun, qui était l'aîné, eut pour lui le gouvernement de Sidjilmassa et dut résider à Teznine, où il se fit construire une Kasba. 11 avait, comme force, 500 cavaliers nègres choisis.

Zidane reçut le commandement des régions de l'Est avec mission d'inquiéter les Turcs ainsi que nous l'avons dit. 11 fut remplacé, plus tard, par son frère Hafid, dans les conditions que nous relaterons.

Ces dispositions avaient pour but de donner au sultan plus de sécurité et de tranquillité ; mais son calcul devait être déjoué, car les fils d'Ismaïl étaient nombreux et, si les uns trouvaient que leurs frères étaient avantagés dans le partage, d'autres n'avaient même rien reçu et étaient encore plus mécontents.

Peu de temps après la fatale expédition de 1701 dans la pro-

puissance ni: MAROC (1707)

vince d'Oran, d'eux d'entre eux, Abd-el-Malek et Abou-Nacer, entrèrent en lutte dans le sud, pour se disputer la province de Derâa. Vaincu, Abd-el-Malek chercha un refuge dans l'asile de Moulaï-Edri9, au mont Zerhoum (1702-1703). Le sultan envoya alors son autre fils, Cherif, dans le Derâa, avec mission d'en expulser Abou-Nacer. Puis, ce fut au tour de Mohammed-el- Aalem de lever l'étendard de la révolte. Il marcha même sur Maroc, y entra de vive force, le 9 mars 1703, livra la ville au pillage et fit mettre à mort un grand nombre de fonctionnaires et d'habitants, après quoi il rentra à Redana. Zidane, envoyé contre lui par leur père, pénétra sans opposition à Maroc, y commit des cruautés inutiles, puis marcha sur le Sous, mit le siège devant Taroudent et entreprit contre son frère une guerre en règle « qui dura trois années et coûta la vie à un grand nombre d'habitants».

Le 4 juin 1706, Taroudent fut pris d'assaut par Zidane ; on passa au fil de l'épée tous les défenseurs. Quant à Mohammed-el-Aalem, il fut expédié, chargé de chaînes, à son frère. Parvenus à Beht, les gardes qui le conduisaient reçurent du sultan l'ordre de lui couper une main, d'un côté, et un pied, de l'autre. Le malheureux prince ne succomba que quinze jours plus tard à ce traitement. Dans le mois d'octobre de l'année suivante (1707), Zidane était assassiné à Taroudent ; son corps, rapporté à Meknès, fut placé à côté de celui de son frère dans le même tombeau.

Moulaï-Ismaïl ne quittait guère Meknès. où il vivait de l'existence d'un despote, au milieu des intrigues de toute nature parmi lesquelles celles de ses nombreuses femmes n'étaient pas sans action sur les révoltes de ses fils. Il est probable qu'il fit encore une excursion dans la province d'Oran, entre les années 1703 et 1707. Peut-être cette campagne fut-elle dirigée par son fils Zidane auquel il avait retiré le commandement des provinces de l'Est, sous le prétexte de désobéissance aux ordres du Khakan. Toujours est-il que les troupes cherifiennes vinrent, probablement dans cette période, attaquer ou surprendre Maskara ; mais le bey de cette ville, Moustafa-bou-Chlar'em, soutenu par les tribus arabes, infligea aux Marocains une cruelle défaite au lieu dit Zcnboudj-cl- Aouçot, près de la petite forêt qui a conservé, pour cela, le nom de Moulaî-Ismaïl. Le fait, en lui-même, est certain, la date seule indécise, et, s'il n'a pas eu lieu dans la période que nous donnons comme la plus probable, il faut le rattacher aux expéditions de 1701, ou même de 1G931.

1. Cnstonnet des Fosses. Histoire des chéri fs Filelis (loc. cil., p. M9 et suiv.). — Et-Tordjeman, p. 26 et suiv. du texte arabe, 47 et *uiv. de

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Mohammbd-Bou-Ciilar'em, dey de Mascara, assiège Oran durant

PLUSIEURS ANNÉES. MoHAMMED-BaKTACHE, DEY d'AlGER, T ENVOIE UNE

armée. — A Oran, la situation, un instant améliorée par suite du traité conclu avec le dey d'Alger, n'avait pas tardé à redevenir ce qu'elle était auparavant et cela par la faute des uns et des autres. Les Espagnol*, en effet, ne pouvaient renoncer, d'une manière brusque, à l'habitude de la r'azia avec son imprévu et ses profits, pas plus que les Arabes ne pouvaient renoncer aux rapines. Du reste, Maskara était occupé par un bey actif, ambitieux qui ne manqua pas de saisir au bond les premières erreurs des chrétiens pour recommencer les hostilités et enserrer Oran dans les lignes d'un blocus chaque jour plus étroit. Le prétexte de la rupture fut causé par un fait où tous les torts étaient du côté des Espagnols : sorti sous le prétexte de percevoir l'impôt en retard, dû par les Mores de paix, le gouverneur ramena 250 indigènes libres qu'il avait fait prisonniers au mépris du droit des gens.

En 170 i. le bey Moustafa-bou-Chlar'em, après avoir fait, dans le cours de l'année précédente, plusieurs incursions hardies, sortit de Maskara, à la tête de toutes ses forces, et vint mettre le siège devant Oran. Quelques renforts reçus par le gouverneur de cette ville permirent d'abord à celui-ci de résister non sans succès ; mais, en 1705, le blocus se perfectionna et devint complet en 1706.

Sur ces entrefaites, Hasseïn-Khoudja, dey d'Alger, fut déposé dans cette ville, à la suite d'une révolte des Yoldachs, dont il ne pouvait payer la solde. Cette gêne du beylik d'Alger ne peut s'expliquer que par une diminution importante des produits de la course, malgré les énormes redevances que payaient les nations chrétiennes pour que les navires fussent respectés ; de plus la province de l'Est, troublée parles révoltes qu'elle avait traversées et les guerres dont elle avait été le théâtre, ne fournissait pas régulièrement les énormes redevances d'autrefois. La déposition de Hasseïn avait été obtenue sans résistance par quatre Yoldachs, dont l'un, Mohammed-Baktache, qui avait déjà rempli des fonctions administratives, s'adjugea le pouvoir {4 mars 1707). Son premier soin fut d'expédier l'ancien dey, vers l'est, avec ses parents et son trésorier (Khaznadai\. Le nouveau dey avait été, quelques années auparavant, victime d'un caprice de son prédéecs-

la trad. — Walsin Estlicrliazy. Domination Turque, p. 171 et suiv. — Gorgims, Notice sur le bey d'Oran (llcvue afric, t. II, p. 33 et suiv.). — Léon Fey, Ifist. d'Oran, p. 115 et suiv. — Abbé Barges, Complément de l'histoire des Beni-Zeiran, p. 494 et suiv. — Abbé Godard, Maroc, p. 525 et suiv.

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