PERTE DOHAN PAR LES ESPAGNOLS
scur qui l'avait exilé à Tripoli, et il en était revenu avec ses compagnons dans l'intention de se venger. Le bateau qui portait les exiles, assailli par la tempête sur les cotes de la Kabilie, dut aborder et descendre ses passagers. Les indigènes de cette région recueillirent les naufragés et les conduisirent à Koukou, où Hasseïn mourut de maladie une quinzaine de jours plus tard.
Mohammed-Baktache connaissait assez les Yoldachs pour savoir combien il était nécessaire, dans l'intérêt de sa sécurité, de les occuper et de les éloigner. Le siège d'Oran et l'appel pressant de Bou- Chlar'em lui en fournirent l'occasion. Il réunit les forces disponibles, 50 tentes, et les expédia vers l'ouest, sous le commandement de son beau-frère (ou gendre) Ozen-Hassan, qu'il avait nommé Khalifa. Cette colonne rallia en route un grand nombre d'auxiliaires indigènes et parvint à Oran le 15 juin 1707. Une seconde division, avec tout le matériel de siège, ne tarda pas à la rejoindre sous les murs de la ville
Grand siège d'Oran. Ozen-Hassan s'empare successivement des forts dominant la ville. — Dans le cours de l'été de l'année 1707, le siège d'Oran passa sous la direction d'Ozcn-IIassan qui profita des grands avantages obtenus depuis plusieurs années par le bey de Maskara. Les Espagnols étaient demeurés longtemps sous le commandement de don F. Espinosa de los Monleros, gouverneur intérimaire ; puis, don Carlos Carrafa, nouveau capitaine-général, vint prendre la direction de la défense. Les assiégés se trouvaient absolument bloqués derrière leurs murailles, n'ayant aucun secours à attendre des indigènes, car leurs fidèles Beni-Amer s'étaient soumis à Bou-Chlar'em après une année de luttes. En vain, le gouverneur réclamait du renfort d'Espagne : la guerre de succession retenait en Europe toutes les forces et le gouvernement semblait résigné à la perte d'Oran. Carrafa fut même rappelé, au dernier moment, et remplacé par D. Melchior de Avellaneda, pendant les derniers mois du siège.
Les assiégeants, qui avaient, parait-il, le concours d'ingénieurs chrétiens, renégats ou volontaires, concentrèrent d'abord leurs
1. De Voulx, Enlèvement d'un pacha (Revue afric, n" 78, p. 459 et suit.). — Berbrugger. Epoques militaires de la Grande Kabylie, p. 117 et suiv. — Général de Saudoval, Inscriptions d'Oran (Inc. cil., p. 65 et suit.). — L. Fey. Hist. d'Oran, p. 115 et suiv. — Gurguos, Commentaire d'El-Halfaouï (loc. cit., p. 33 et suiv.). — - De Grammont, /list. d'Alger, p. 272 et suiv. — Le même, Correspondance des consuls d'Alger (loc. cit., p. 458 et suiv.).
HISTOIRE DE 1,'aFRIQL'E
attaques contre le fort des Fontaines, appelé aussi San-Fernando (Saint-Ferdinand), situé en avant et au sud du fort Saint-Philippe. Ils y rencontrèrent une résistance énergique et livrèrent de nombreux assauts, toujours repousses. Cependant, le 8 septembre, à la suite de l'explosion d'une mine, ils y pénétrèrent de vive force ; 550 officiers et soldats y furent faits prisonniers.
Après ce premier succès, les musulmans hissèrent leur artillerie sur le plateau du Santon et commencèrent le siège du fort de Santa-Cruz (23 septembre). Ils ne tardèrent pas à y pratiquer une brèche produite sans doute ou complétée par l'explosion d'une mine et, le 25, un assaut vigoureux les en rendit maîtres. Cent six hommes faits prisonniers, des canons et des munitions furent le« trophées de cette victoire.
Le dernier succès, si rapide, des assiégeants, plongea la ville dans la stupeur, d'autant plus que l'on ne manqua pas de l'attribuer à une trahison. Après avoir fait occuper fortement ce point, de même que le précédent, Ozen-Hassan se tourna contre le fort Saint-Grégoire, appelé par les indigènes Bordj-ben-Zahoua ; mais il s'y heurta à une résistance opiniâtre, à laquelle il était loin de s'attendre, et perdit beaucoup de monde. Le frère Rupert, âgé de 62 ans, commandait les assiégés et dirigeait la défense. Deux mines, établies à grand'peine, n'avaient pour ainsi dire produit aucun effet, et le découragement commençait à se répandre parmi les assiégeants, lorsque le 1 1 novembre, une dernière mine ouvrit une brèche par laquelle les Yoldachs se précipitèrent, avant même que la fumée fut dissipée. Le fort Saint-Grégoire était pris et ses héroïques défenseurs, encore vivants, plus malheureux que leurs frères tombés en combattant, périssaient, presque tous, sous le fer des vainqueurs, qui prenaient plaisir à les torturer. A peine quelques-uns d'entre eux échappèrent à cette boucherie.
Trois jours après, le fort La Moune était enlevé du premier assaut, et sa garnison, qui paraît avoir déployé moins de courage que celle du fort Saint-Grégoire, n'éprouvait pas un traitement plus humain. Cette fois, tous les forts environnants étaient au pouvoir des assiégeants et l'étendard de l'Islam flottait au sommet de chaque mamelon.
La situation d'Oran se trouvait compromise ; néanmoins un gouverneur énergique pouvait et devait résister encore, d'autant plus que l'esprit de la population paraît être resté ferme et résolu. Ce ne fut pas le cas de Avellaneda. Abandonnant le poste qu'on avait confié à son honneur, après un mois de résistance, il s'embarqua « avec tous ceux qu'il put emmener », se réfugia par mer à Mers-el-Kebir, et de là, gagna l'Espagne (commencement de janvier 1708).