CHAPITRE X
L'Agenais au xvie siècle (Suite) — La Saint-Barthélémy — Quatrième à septième guerres de religion — Henri de Navarre — La cour de Nérac.
A fin de l'année 1570 et toute l'année 1571 se passèrent pour l'Agenais dans un certain calme, et furent surtout consacrées à la vérification des comptes arriérés, qui mit en lumière d'innombrables concussions et abus de toutes sortes dans les réquisitions, les emprunts, les taxes, les répartitions, et surtout dans l'emploi du produit des tailles. Les Etats de l'Agenais plusieurs fois assemblés, la délégation d'un président de la Chambre des Comptes de Paris, l'intervention de Monluc, tout fut impuissant à obtenir la réparation des injustices scandaleuses qui se révélaient.
A ce propos, une courte digression est utile. Les pratiques vénales étaient des plus fréquentes en Agenais, surtout au xvie siècle. Les fonctionnaires de
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tout ordre, les magistrats, les capitaines, les seigneurs même se livraient en ce sens aux actes les moins avouables, semblaient ignorer toute vergogne et faire litière de toute honnêteté. Il en était à peu près ainsi, du reste, depuis longtemps, puisque la constatation en est faite dès le commencement du xive siècle, dans une enquête singulièrement instructive ; mais il convient d'ajouter qu'à cet égard l'Agenais ne saurait être considéré comme une exception.
Les deniers publics étaient mis en coupe réglée, et les détenteurs du pouvoir à tous les degrés rivalisaient de désinvolture dans la plus délicate de leurs attributions. Répartitions injustes, exemptions abusives, malversations et dilapidations variées étaient d'usage courant. Ce n'est donc pas tout à fait sans motifs que Monluc se montre fier d'avoir gardé les mains nettes1.
Les consuls apportaient, notamment, la plus opiniâtre résistance en matière de reddition de comptes, trouvant mille raisons, inventant mille prétextes pour éluder cette obligation élémentaire et se soustraire au contrôle gênant des syndics, sortes de représentants des contribuables.
Les tentatives de substitution du régime d'Election au régime des Etats avaient bien, dès lors, quelque raison d'être, en dépit de leur apparence d'arbitraire. L'Election, il est vrai, atteignait brutalement un antique privilège et était elle-même entachée de bien des vices ; mais il faut convenir qu'à la rigueur sa justification pouvait presque être faite.
François Ier avait révoqué cependant en 1519, sur
1 V. les doux études de M. Georges Tholin, déjà citées : Des Tailles et des Impositions en Agenais durant le xviR siècle, jusqu'aux réformes de Sully (passim).
Ville libre et Barons, etc., p. 152
requête bruyante, un essai d'Election de la même année, et en 1563 les protestations des Etats obtenaient la suppression des offices royaux de receveurs des tailles récemment créés par Charles IX. Enfin Henri III, revenu à l'Election en 1583, dut encore céder aux clameurs soulevées par cette atteinte aux prérogatives des Etats de l'Agenais.
Au surplus, je le répète, la substitution n'était pas précisément des plus heureuses. On ne supprimait pas les abus : on les déplaçait seulement, et peut-être pouvait-on craindre ainsi de les multiplier encore.
Avec les réformes de Sully commencèrent, en 1595, cette centralisation générale et ce contrôle d'ensemble qui, peu à peu, devaient avoir raison de toutes les institutions précédentes.
Nous retrouverons ce sujet en 1621, quand la suppression définitive des Etats de l'Agenais sera consommée par Louis XIII.
Pour en finir avec l'enquête de 1571, j'ajoute seulement qu'elle fut très laborieuse et très difficile, et qu'elle n'aboutit naturellement qu'à des résultats dérisoires. Des procès furent intentés par milliers.
. Et pendant ce temps la paix était loin de régner dans la région. Les troupes n'avaient pas été licenciées, mais réparties dans les provinces. La Guyenne, pour sa part, hébergeait les compagnies du roi de Navarre, de Biron et de Monluc, que lui avait attribuées une ordonnance du c21 septembre 1571. La garnison seule de Puymirol coûtait 510 livres par mois à la ville d'Agen, qui, en avril, avait été imposée de 10.000 livres pour la solde des mercenaires, et qui devait encore compter sa part du rachat du subside sur le vin fixé à 74.000 livres pour la Guyenne par lettres patentes du 7 juin.
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Dans un pays presque complètement ruiné, de telles charges devenaient écrasantes, et l'exemption des tailles que le roi avait accordée pour une année le 11 août 1570 ne les atténuait que bien faiblement.
La tranquillité était-, d'ailleurs, si peu acquise qu'en juin 1571 François de Montpezat, aidé de Tilladet et autres, dut s'emparer d'Auvillars que les protestants persistaient à occuper.
Le capitaine de Vesins1 commandait en Agenais. La compagnie de Navarre était répartie par tiers entre les villes d'Agen, de Gondom et de Villeneuve. Une Assemblée des Etats du 22 décembre attribua pour solde quotidienne 14 sous tournois à chaque homme d'armes et 7 sous à chaque archer.
Du reste, la politique huguenote de Charles IX ne s'était pas modifiée. La victoire de Lépante avait été contre-balancée par les intrigues françaises. Malgré les clameurs catholiques , le roi persistait dans la voie adoptée ; il intervenait dans les Pays-Bas, s'alliait avec l'Angleterre, et activait les négociations relatives aux mariages de son frère le duc d'Anjou et de sa sœur Marguerite.
Jeanne d'Albret s'étant décidée à se rendre à la cour, les consuls d'Agen furent avisés de son passage et prirent des mesures pour sa réception. Selon l'invitation qui leur était faite, ils envoyèrent à Layrac les bateaux destinés à la transporter, elle et sa suite. Le prince était aussi annoncé.
• Jean VI de Levezou de Vesins, baron de Seneuil, châtelain de Courbiac, Layrac, Brassac et Rodié en Agenais, etc., surnommé le Brave Vesins. Il fut lieutenant du roi en Guyenne, Agenais et Bazadais, sénéchal (1570) et gouverneur (1578) de Quercy. C'est lui qui défendit si vaillamment Cahors contre Henri de Navarre en 1580.
Il mourut en mai de cette même année 1580 au château de Rodié, près de Tournon-d'Agenais.
264 HISTOIRE DE LAGENAIS
La reine de Navarre s'embarqua à Layrac le 16 janvier 1572 et descendit la Garonne jusqu'aux piles du pont d'Agen. Elle fut reçue par les consuls enrobe, les jurats et les notables qui la conduisirent à pied à l'évêché. Un peu plus tard, vers trois heures, le prince arrivait par la rive gauche. Il reçut les clefs de la ville près la porte Saint-Antoine et fut accompagné auprès de sa mère.
Le lendemain, 17 janvier, vers dix heures du matin, Jeanne d'Albret quitta Agen par la porte du Pin. Elle fit ses adieux à son fils qui ne devait plus la revoir, et s'achemina vers Paris, tandis que le prince reprenait le chemin de Nérac en contournant la ville1.
Une Jurade du 18 janvier constate que les huguenots d'Agen avaient su mettre à profit le court séjour de Henri de Navarre pour lui soumettre leurs plaintes et en obtenir l'autorisation de posséder un cimetière dans la ville. Les consuls protestèrent aussitôt à ce sujet et chargèrent un délégué d'en référer au roi, en même temps que de l'éternelle prétention du Présidial tendant à les dépouiller du droit d'exercer la justice civile.
Les mœurs étaient toujours, du reste, fort déréglées dans cette ville. On dut expulser un grand nombre de femmes de mauvaise vie, et même d'attristants procès attestaient encore alors la scandaleuse conduite de prêtres et de religieux2.
1 V. Archives d'Agen, FF. 34. Le procès-verbal de Jurade relatif à cette visite de Jeanne d'Albret. et de son fils a été publié par M. F. Habasque,dans le t. xxvi, pp. 550-552. des Archives Historiques de la Gironde.
M. Tholin (La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. vu) suppose que la réception dut être très froide. Les Agenais, en effet, avaient déjà contre le prince des griefs qui devaient bientôt se multiplier.
- J'ai parlé de cette licence des mœurs au xvie siècle.
Dès 1512 avait été fondée à Agen une Maison de Refuge, ou Cou-vent de
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On sait que le projet de mariage du due d'Anjou n'aboutit pas. Celui du prince de Navarre rencontrait des difficultés assez sérieuses : Pie V refusait obstinément les dispenses nécessaires ; les deux promis ne s'aimaient point ; Jeanne d'Albret ne pouvait vaincre ses répugnances ; Marguerite était notoirement compromise, et Henri avait déjà conquis cette réputation galante qu'il ne devait pas cesser de justifier.
Paris, très surexcité, prenait depuis la rentrée de la cour une attitude menaçante. Goligny, bercé par une faveur croissante, restait sourd aux inquiétudes des siens. Il allait, étourdi de sa fortune, jusqu'à rendre au roi les places de sûreté de son parti, excepté La Rochelle, et pressait Henri d'accourir. Eut-il quelque soupçon, le 9 juin, quand Jeanne d'Albret, à la cour depuis le 15 mai, mourut presque subitement? On parla de poison, mais sans preuves2. Les haines s'avivèrent encore.
La guerre continuait dans les Pays-Bas, où la situation des protestants devenait critique après l'af-
Filles repenties, en vue duquel un curieux règlement fut élaboré par les consuls.
Installé "d'abord « près la place de Paulin, confrontant par devant à une rue publique dite de La Pontarique», ce Refuge devint bientôt insuffisant et fut transféré en 1521 à la Maison de Bai'baste, lieu mal famé qui prit alors le nom de « Couvent de la Magdeleine ». Cette Maison de Barbaste se trouvait au quartier de la Porte-Neuve, entre les rues Saint-Jérôme (aujourd'hui Henri- Martin) à l'est ; du Cat (Mirabeau) au sud, et la maison Maures (de Parades) au nord. C'est précisément là que nous verrons s'établir à la fin du xvi° siècle les Pénitents Bleus, utilisant l'église du Refuge, dite de la Madeleine.
Le Refuge de 1521 fonctionna plus ou moins bien pendant une quarantaine d'années, et finit par amener des désordres si graves qu'on dut le supprimer. Un Collège dit du Saint-Esprit lui fut substitué en 1565.
Après une certaine amélioration des mœurs au xvne siècle, nous retrouverons la démoralisation renaissante sous la Régence, et aussi une création nouvelle de Refuge en 1746.
2 On a dit et répété que Jeanne d'Albret fut empoisonnée au moyen d'une paire de gants. Elle mourut beaucoup plus naturellement d'une attaque d'apoplexie.
faire de Saint-Guilain, du 11 juillet, et l'assassinat de Genlis. Coligny, devenu anxieux, perdit soudainement toute prudence : il devint menaçant. Entre l'arrogance calviniste et l'irritation catholique, le pouvoir était aux abois. Catherine, alors, prend le roi par la terreur ; elle lui montre Coligny plus puissant, mieux obéi que lui-même, et, conseillée par les plus fanatiques, elle décide la mort de celui qui porte tant d'ombrage.
Cependant, Grégoire XIII, qui venait de succéder à Pie V, accorda des dispenses conditionnelles pour le mariage de Henri et de Marguerite, lequel eut lieu devant la porte de Notre-Dame le 18 août 1572.
La fermentation des esprits dans Paris était extrême. Le 20 août, Coligny fut blessé d'un coup d'arquebuse pendant qu'il regagnait son logis, en sortant du Louvre. Les Guises étaient revenus, et les protestants, aveuglés de colère, faisaient des manifestations hostiles devant leur hôtel. On finit par gagner le roi au projet de massacre conçu par Catherine ; toutes les mesures furent prises, et le dimanche 24 août 1572, jour de Saint-Barthélémy, à une heure et demie du matin, la cloche de Saint-Germain-l'Auxerrois donna le signal de la boucherie. Coligny, on le sait, fut une des premières victimes. Henri de Navarre courut les plus grands dangers.
Le massacre dura plusieurs jours, et du 5 au 13 septembre on enterra plus de 1.100 victimes. La tuerie se propagea en province, malgré les ordres du roi épouvanté, qui, désavouant tout assentiment, rejetait l'entière responsabilité sur les Guises, pendant que le Parlement glorifiait l'épouvantable hécatombe, dite vengeance nationale, et décernait à Charles IX, redevenu populaire, le titre de Sauveur du Royaume.
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Toulouse eut ses " Matines Parisiennes ". A Bordeaux, du 5 au 7 octobre, les rues furent livrées au massacre. Plus de 260 huguenots périrent, parmi lesquels deux conseillers du Parlement, Jean Guilloche et Guillaume de Sevin. Melchior de Montpezat1, nommé gouverneur de Guyenne en l'absence du roi de Navarre et de Villars, prit une assez grande part aux excès de Bordeaux2.
Malgré ce qu'en dit d'Aubigné3, rien ne prouve que de telles horreurs aient été commises à Agen. Nos livres consulaires, si prolixes cependant à cette époque, ne font aucune mention de faits aussi graves. Monluc se défend de toute participation à ce mouvement, bien que Du Pleix4 affirme qu'il ordonna des massacres à Gondom.
Quoi qu'il en soit, des mesures très rigoureuses furent prises à Agen par le chanoine de Lalande, sur l'ordre de Villars, qui venait d'hériter du titre d'amiral porté par Goligny et se disposait à assiéger Montauban. Deux compagnies furent confiées aux capitaines Bourgade5 et Lusignan. Les réformés s'agitaient;
1 Melchior des Prez, chevalier, seigneur de Montpezat en Quercy, etc., gouverneur de Guyenne etsénéchal du Poitou, fils d'Antoine des Prez, seigneur de Montpezat du Quercy, maréchal de France et lieutenant général en Guyenne, mort en 1544.
Melchior des Prez avait épousé en 1560 Henriette de Savoie, fille de Honorât de Savoie, marquis de Villars, laquelle ai-je dit, se remaria plus tard avec Charles de Lorraine.
Il mourut à Agen le 17 décembre 1572.
2 M. Tamizey de Larroque a publié une très curieuse lettre du 22 octobre 1572 adressée au duc d'Anjou, dans laquelle Montpezat se défend des accusations portées contre lui (Documents inédits relatifs à l'Histoire de VAgenais, p. 113).
3 Sur d'Aubigné, V. plus loin une note spéciale (p. 281).
4 Scipion Du Pleix, historiographe, né à Gondom (1569-1661): Histoire générale de France (Paris, l(')41-42, 5 vol. in-f°).
5 N. Du Gos, sieur de Bourgade, près de Fi eux.
Casteljaloux avait failli tomber aux mains de partisans ; les routes se couvraient de gens armés : c'étaient évidemment les signes avant-coureurs d'une nouvelle et terrible lutte.
Les flots de sang qui devaient étouffer le Calvinisme n'avaient servi qu'à décupler sa puissance.
Bientôt revenus de leur première impression de stupeur, les réformés n'eurent plus qu'un but, celui de venger les victimes de leur cause.
La Rochelle se révolta ; Montauban expulsa les catholiques ; le Dauphiné prit les armes, et bientôt aussi le Rouergue, le Languedoc, l'Albigeois et d'autres provinces. Pillages et massacres étaient redevenus de pratique courante.
Le marquis de Villars vint à Agen en octobre 1572 et força la Jurade à multiplier les moyens de défense. Il prescrivit aussi des précautions contre les protestants de l'intérieur, et fit mettre à sa disposition toutes les armes des habitants. En même temps, un maître des requêtes du roi portait commission de lever sur l'Agenais un impôt de 22.000 livres, que la Jurade décida de faire supporter par les religionnaires.
Villars resta jusqu'au 28 octobre1; puis, à la tête de 10.000 hommes, il dispersa les rebelles de Gascogne. Il avait dû abandonner le siège de Montauban, à la suite d'une demande de renforts faite par le duc d'Anjou, alors devant La Rochelle ravitaillée par Mongonméry. Ces renforts, composés de 40 compagnies, furent conduits par le capitaine Bourg et descendirent la Garonne.
Bergerac et Sainte-Foy étaient soulevés, soutenus
1 Le 18 octobre 1572, le marquis de Villars rendit à Agen une ordonnance taxant le prix des substances alimentaires.
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par Geoffroy de Vivant, lieutenant des huguenots en Quercy. Une bande projetait de surprendre Agen, où de nouvelles précautions furent encore prises par le gouverneur. La porte Saint-Georges fut murée ; les gardes furent renforcés et les habitants tenus de prendre les armes. Défense fut expressément signifiée aux protestants de la ville de sortir de leurs demeures sous peine de mort.
En mai 1573, le lieutenant général de Losses * était vers Marmande et le marquis de Villars à Aiguillon ; ensemble ils allaient marcher sur Tonneins, quand les réformés abandonnèrent cette ville que, du reste, ils devaient reprendre quelques mois après. De Losses avait eu aussi l'intention d'attaquer Glairac ; mais, après avoir consulté Villars, il n'osa pas donner suite à ce projet et fit rentrer à Agen, le 31 mai, sous la garde du capitaine Gramond2, les deux gros canons qu'il avait demandés dans ce but.
Une réunion des chefs huguenots eut lieu au château de Galonges, par les soins de Langoiran:f, le
1 Antoine de Lustrac, seigneur de Canabazès, de La Martinie et de Losses, lils de Jean de Lustrac et d'Antoinette Du Luc. Il épousa Jeanne d'Aspremont et mourut vers 1584.
En 1573, il avait été nommé lieutenant du roi en Guyenne pour l'Agenais et les pays de rive droite de la Garonne, et le baron de La Valette, lieutenant pour la partie située sur la rive gauche.
2 René de Gramond, écuyer, sieur de Montastruc.
Il postulait pour une troisième lieutenance en Guyenne. On le retrouve en 1574 opérant en Bigorre.
3 Guy de Montferrand, sieur de Langoiran. Il avait failli périr à la Saint- Barthélémy et se rendit célèbre par ses cruautés.
Il était le frère de Charles de Montferrand, gouverneur de Bordeaux, tué à quelques pas de Monluc au siège de Gensac le 10 juillet 1575.
A la mort de Charles, Guy devint baron de Montferrand. Il obtint des lettres de pardon du roi le 29 mai 1577 et mourut en 1591 [Archives Historiques de la Gironde, t. xxvi, p. 453).
V. Chronique Bordeloise, par J. de Gaufreteau (Bordeaux, 1777-78, 2 vol. in-8°), t. i, p. 167, et Essai yènéaloyique sur les Montferrand de Guyenne, par A. Gommunay.
frère du gouverneur de Bordeaux. On résolut de s'emparer de Gasteljaloux et de Gaumont pour se porter sur Bordeaux. Un habitant de Glairac prévint les consuls d'Agen qui avisèrent aussitôt Villars.
La Rochelle se défendait courageusement ; elle avait repoussé vingt-neuf assauts. Une nouvelle paix, ou plutôt une nouvelle trêve fut conclue et confirmée par l'édit de Boulogne du 6 juillet 1573, sur des bases presque pareilles à celles de l'édit de Saint-Germain.
Mais c'est à peine s'il résulta de cet édit une suspension d'armes de quelques mois.
On vivait dans une fébrile perplexité ; les routes devenaient de plus en plus dangereuses, et on ne pouvait même s'aventurer qu'avec prudence aux environs d'Agen. Dans cette ville, tout était en désarroi; la division s'était mise parmi les consuls et la Jurade, que l'autorité du Conseil de guerre offusquait.
Au fond, les réformés étaient dans une situation précaire. Bien que le gouvernement mollit, la surexitation du peuple, toujours plus hostile, et le zèle du Clergé leur inspiraient une vive et légitime inquiétude. Ils tentèrent alors, à Montauban, une réorganisation du parti et osèrent envoyer à la cour des députés chargés de leurs doléances.
Charles IX était malade et son frère d'Anjou venait de monter sur le trône de Pologne. La reine-mère, outrée mais impuissante, répondit par des promesses évasives qui eurent pour résultat la formation d'une
Sur Langoiran, V. le t. i, p. 28 de la Guyenne Militaire, de Léo Drouyn.
Charles de Montferrand avait remplacé en 1569 Antoine de Tilladet comme gouverneur de Bordeaux (Archives Historiques de la Gironde, t. xm, p. 255). — Le 12 janvier de la même année, le roi l'avait désigné pour remplacer, en cas de besoin, Biaise de Monluc dans le gouvernement de Guyenne (lbid., t. xxvi, p. 436).
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vaste conjuration. Prévenue à temps, Catherine transporta la cour de Saint-Germain à Paris, et le 25 février 1574, elle fit enfermer le duc d'Alençon et le roi de Navarre à Vincennes. Montmorency fut arrêté ; deux confidents du duc d'Alençon, La Mole et Coconas1, furent condamnés et exécutés le 30 avril.
Toutefois, l'avortement du complot n'arrêta pas la révolte. Le Dauphiné et le Lyonnais étaient en armes, et le Poitou se souleva. Mongonméry surgit en Normandie avec des troupes anglaises ; mais battu et fait prisonnier, il fut décapité malgré la sauvegarde promise2.
En Agenais, la situation empirait. L'alarme, ai-je dit, y avait reparu dès le mois d'octobre 1573, et les campagnes étaient toujours dévastées par les troupes des deux partis. Dès janvier 1574, le vicomte de Lavedan3 avait réuni à Agen tous les hommes du roi de Navarre ; puis les mauvaises nouvelles se succédèrent plus nombreuses.
La ville de Sarlat venait d'être prise par Geoffroy de Vivant. Le capitaine de Vesins, qui commandait à Villeneuve une partie de la compagnie de Villars, courut au secours de Losses en danger. Les places de Penne, Sainte-Foy, Tournon et Puymirol étaient au pouvoir des huguenots, et aussi le château de Madail-
1 Bcmiface de La Mole, de Provence, et Annibal, comte de Coconas (ou Coconat), Piémontais. Leur exécution eut lieu le 30 avril 1574. (V. Le Parti des Politiques au lendemain de la Saint-Barthélémy . La Mole et Coconat, par Francis de Crue (Paris, 1892, in-8°).
2 V. une note de la p. 249.
3 Anne de Bourbon, vicomte de Lavedan, baron de Barbazan, de Malauze, etc., mort en 1594.
Il était le fils aîné de Jean de Bourbon, vicomte de Lavedan, etc., gouverneur de la princesse de Navarre en 1542, et d'Antoinette d'Anjou, dame de Mezières.
lan. Montaut était occupé; Casteljaloux le fut le 8 mars et Tonneins presque en même temps. Enfin, le 21 de ce mois, on apprenait qu'une tentative sur Beauville avait eu lieu, et, de Prayssas où il commandait, le capitaine Bajourdan1 prévenait qu'un coup de main sur Agen se préparait.
Le Conseil de guerre de cette ville déployait une grande vigueur. Il avait élevé à 100 arquebusiers le chiffre de la garnison, assuré la défense de Castelculier, accru les travaux de l'enceinte et pris contre les protestants de l'intérieur des mesures de plus en plus sévères. Un poste de 20 hommes gardait le Passage.
Le 21 mars, Géraud de Lomagne, vicomte de Sérignac2, à la tête d'une petite armée, menaçait à la fois Agen et Villeneuve, et le 31 il osait même sommer les Agenais de lui payer des contributions. Ceux-ci étaient peu rassurés. Ils firent raser la Léproserie3 située
1 Simon de Bajourdan, seigneur de Bajourdan, en Magnoac, fils de Pierre et de Paule de Labarthe-Termes, sœur du maréchal. Il avait épousé Bose de Montpezat. Son frère aîné, Hugues de Bajourdan, dont Brantôme parle avec éloges, avait été tué au siège de Montauban de 1562 (V. les Mémoires de Jean d'Antras, p. 159, etc.).
2 Géraud de Lomagne, vicomte de Sérignac, quatrième fils de Georges de Lomagne. Il s'attacha à la reine de Navarre et fut un des plus ardents champions du Calvinisme.
Après la mort de son frère aîné Antoine de Lomagne (1569), il prit le nom de Terride.
Il épousa Louise de Cardaillac de Peyre et en eut deux filles, dont l'aînée, Marguerite de Lomagne, fut mariée en 1595 à son cousin Antoine-Guillaume de Lévis, vicomte de Terride et seigneur de Mirepoix, mort en 1617, fils de Jean VI de Lévis, sénéchal de Carcassonne, et de Catherine-Ursule de Lomagne, issue d'Antoine, baron de Terride.
3 La lèpre, cette horrible importation d'Orient, ne fit pas, comme on l'a dit, sa première apparition en Europe à la suite des croisades. Une communication récente à l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres a établi que la lèpre était connue de l'Occident antérieurement à ces expéditions ; mais c'est bien alors que l'affreux mal prit une redoutable extension.
Un ordre spécial, les Hospitaliers de Saint-Lazare, avait été fondé pour
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hors la porte du Pin et qui aurait pu favoriser une embuscade.
C'est en avril que de Losses, La Valette1 et Monluc se concentrèrent et prirent l'offensive en Agenais. Parti d'Agen le 13 avril, de Losses était quelques jours après aux environs de Villeneuve avec des troupes réunies à la hâte. Il rejoignit La Valette et le sénéchal de Eajamont2 le 6 mai près de Tonneins, qui se rendit et où fut placé Du Bouzet 3, et le siège de Glairac fut commencé le 23 par une armée 8 à 10.000 hommes. Là résistance de cette place, cependant en
secourir les malheureuses victimes que la société rejetait de son sein. Les Maladreries ou Léproseries, hôpitaux destinés à recevoir les lépreux, se multiplièrent dès le xne siècle.
La Léproserie d'Agen avait été établie hors la porte du Pin vers 1195. C'était un prieuré. Cet hôpital, démoli par les Agenais en 1574, fut rétabli de 1586 à 1611, fonctionna pendant tout le xvne siècle et disparut avec le mal pour lequel il avait été créé (V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789 , par Ph. Lauzun, t. il, Les Hôpitaux d'Agen).
1 François de La Valette, seigneur de Cornusson, nommé en 1576 sénéchal de Toulouse. Il mourut en 1586 et son fils lui succéda.
En 1573, il avait été lieutenant du roi en Guyenne pour les pays de la rive gauche de la Garonne.
2 François deDurfort, baron de Bajamonl (ou Bajaumont), de Monbalen et de Laroque-Timbaut. Il avait été nommé sénéchal d'Agenais et Gascogne en 1572, après Guy de Lusignan de Saint-Gelais. Il mourut dans son château de Lafox le 20 février 1585.
V. une curieuse lettre de ce sénéchal au duc d'Anjou, du 10 octobre 1572, publiée par M. Tamizey de Larroque dans ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de r Agenais, p. 111.
Le baron de Bajamont remplit sa charge de sénéchal avec un zèle à peu près inconnu de ses prédécesseurs.
3 Bernard Du Bouzet de Boquépine, fils de Jean 111 Du Bouzet, seigneur de Boquépine et de Poudenas.
Il fut successivement gouverneur de Tonneins, d'Agen et de Condom, devint maréchal de camp en 1589 et mourut en 1599.
Son frère consanguin, le capitaine Olivier de Boquépine, lils naturel de Jean III Du Bouzet, était en garnison à Tonneins en mars 1574, quand Vivant s'empara de cette place. Il servit sous Matignon avec dévouement.
V. Faits d'armes de Geoffroy de Vivant, pp. 19 et 174. — Sur les Du Bouzet, V. Maisons Historiques de Gascogne, Guyenne, IJéam et Périgord, par J. Noulens (Paris, 1865-1868, 2 vol. gr. in-8<>).
mauvais état de défense, fut très remarquable. Deux assauts furent repoussés, et dans les premiers jours de juin, sur un avis d'arrivée de deux troupes de secours conduites par les vicomtes de Gourdon et de Paulin1 et par Vivant, les lieutenants du roi, levant le siège, marchèrent contre ces derniers. Ils surprirent Vivant le 5 juin et le mirent en déroute; mais ils durent abandonner ensuite la campagne et disperser en partie leur armée sur Tonneins et sur Agen, où s'établit la compagnie La Barrière2 forte de 200 hommes et les gentilshommes conduits par Bajamont 3.
Gaumont, pris le 24 juillet par Montferrant, fut ressaisi en décembre par Vivant4, qui venait de dégager Monflanquin où le capitaine Boudon5 était assiégé par Bajamont et Vesins. La Valette s'était
1 Jean-Richard, vicomte de Gourdon. Il avait été gouverneur de Savillan en 1552.
C'est un Bertrand de Gourdon qui blessa mortellement Richard Cœur de Lion au siège de Chalus, en 1199. Ce Bertrand fut écorché vif et pendu par ordre de Marchadier, le chef des Cottereaux à la solde de Bichard, bien que celui-ci eût lui-même pardonné.
Bertrand de Babasteins (ou Rabastens), vicomte de Paulin, un des capitaines désignés collectivement sous le nom de Vicomtes (V. une note de la p. 277).
2 François de La Barrière , écuyer, gouverneur de Tonneins en 1591 et 1592, mort après 1609.
Il était fils de Pierre de La Barrière, seigneur de Dondas et de Sigalas, habitant Tonneins, né en 1490, mort en 1560.
Le fief de La Barrière était situé près de Lagruère, actuellement commune du canton du Mas-d'Agenais.
3 La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap.vm.
4 A Caumont commandait pour Montferrand Jean IV de Comarque, seigneur de Beyssac, fils de Jean III de Comarque et de Françoise de Beaupoil de Saint- Aulaire, mort après 1648.
V. Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Agenais, p. 123 ; Faits d'armes de Geoffroy de Vivant, pp. 17-19.
5 Jean de Boudon, sieur de Pompéjac, fils de Michel, sieur de l'Hoste, mort après 1631 (V. Faits d'armes de Geoffroy de Vivant, p. 19).
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emparé en septembre du château de Cours, près de Casteljaloux, que défendait le capitaine Brocas1.
Montferrand poursuivit ensuite ses opérations en Bordelais, et La Valette investit Montauban que parvint à ravitailler le vicomte de Turenne2,, nouveau chef des réformés et lieutenant du roi de Navarre en Guyenne.
Le prince avait accordé à ce vicomte le gouvernement de Casteljaloux pour Denys de Mauléon qui, par les intrigues de Duras, ne put s'y maintenir3.
La mort de Charles IX, survenue le 30 mai 1574, et le retour de Pologne de son successeur Henri III n'avaient guère modifié le triste état des choses.
Damville, devenu le chef des Politiques* et visant à ériger son gouvernement de Languedoc en souveraineté, avait été destitué par Catherine et s'était mis en révolte ouverte. Après avoir tant persécuté les protestants, il s'alliait avec eux en juillet 1574, dans l'Assem-
1 Colin de Brocas, écuyer, capitaine d'une compagnie de cavalerie franche. Il était fils d'Arnaud de Brocas de La Nauze, de Figues, près Caumont.
Il épousa en secondes noces Anne de Noguères, fille de Baymond de Noguères. juge royal de Sainte-Bazeille, et mourut avant 1592.
V. Histoire de l'Ayenais, etc., par Samazeuilh. t. il, p. 183 ; Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, t. il, p. 56.
2 Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne, fils de François de La Tour et d'Eléonore de Montmorency, né en 1555, mort en 1623.
Premier gentilhomme et intime confident du roi de Navarre, il devint duc de Bouillon et prince de Sedan en 1591, par son mariage avec Charlotte de La Maick. Il fut nommé maréchal de France en 1592 et fut le père du grand Turenne.
Son fils aîné, le duc de Bouillon (1605-1651), participa à toutes les intrigues de la Fronde.
Henri de La Tour d'Auvergne fut appelé après 1592 le maréchal de Bouillon. Ses entreprises contre Henri IV le forcèrent à fuir en 1603; mais il rentra en grâce en 1606 et se mêla encore activement aux complots qui signalèrent les premières années du règne de Louis XIII.
3 Histoire de l'Agenais, par Samazeuilh, t. Il, p. 185.
4 Les ligueurs appelaient ainsi tous ceux qui appartenaient au parti royal et visaient la tolérance religieuse et la lin des troubles civils.
blée de Milhau où ils élurent pour chef Gondé, alors réfugié en Allemagne. Cette alliance fut sanctionnée par une autre Assemblée du 10 février suivant tenue dans la même ville1.
Henri III commit fautes sur fautes. Dès son arrivée en Dauphiné, le 5 septembre, il répondit avec arrogance et mépris aux propositions qui lui étaient soumises. Sa conduite déshonorante et ses turpitudes éloignèrent bientôt de lui les catholiques humiliés d'un tel chef.
Il s'amusa d'abord à guerroyer sottement contre quelques châteaux du Rhône ; puis il se délecta dans des mascarades religieuses à Avignon, pendant que Damville, à quelques pas de lui, s'emparait de Saint- Gilles.
La guerre continuait toujours en Languedoc, en Poitou, en Provence, en Béarn, en Gascogne. Le duc d'Alençon2, le dernier Valois, se mit à la tête des rebelles. Trois armées allaient entrer en campagne et la cour était très alarmée. Le duc de Guise, gouverneur de Champagne, se porta au-devant de l'avantgarde de Condé commandée par Montmorency- Thoré 3 et la battit à Fismes, où il reçut au visage la blessure qui lui valut le surnom de Balafré. Affolée de la défection du duc d'Alençon, Catherine voulait négocier à tout prix. Elle parvint à obtenir une trêve
1 Le baron de Lomagne, vicomte de Sérignac, fut chargé de commander en Gascogne. Geoffroy de Vivant eut la lieutenance du Quercy.
2 Hercule-François de France, duc d'Alençon, puis duc d'Anjou (1554-1584), dernier fils de Henri II et de Catherine de Médicis et héritier présomptif du trône.
3 Guillaume de Montmorency, seigneur de Thoré, mort vers 1594, frère puîné du comte de Damville et cinquième fils du connétable Anne de Montmorency.
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 277
le 22 novembre, mais à des conditions si humiliantes qu'aucune exécution n'en résulta.
Monluc mandé par Henri III à Lyon revint à Agen avec le bâton de maréchal de France. Il fut chaleureusement accueilli et fêté jusqu'en sonchâteau cl'Estillac, où il alla se reposer quelques jours.
Mais les hostilités ne cessaient point dans le pays si péniblement et depuis si longtemps surmené. Des bandes isolées rançonnaient toujours les campagnes, et les troupes des vicomtes1 opéraient à l'aventure et en tous sens.
Malgré leurs précautions minutieuses, leur vigilance constante, les Agenais avaient beaucoup à souffrir d'un dangereux voisinage. Le château de Madaillan, pris l'année précédente par le vicomte de Sérignac et occupé par les protestants, leur inspirait de vives inquiétudes. Sa garnison poussait l'audace jusqu'à porter ses ravages à leurs portes.
On résolut d'en finir, et des dispositions furent prises pour une délivrance. Bien qu'il fût sans commandement, Monluc, rentré en novembre à Agen, marcha avec le sénéchal de Bajamont2, d'abord contre Frespech, qui fut pris, puis contre Madaillan le 7 janvier 1575.
Il disposait d'environ 3.000 hommes; mais l'insuffisance de son artillerie fut probablement cause de l'insuccès de l'entreprise. Le siège fut levé le 31 juillet 1575 et transformé en blocus; deux forts furent
1 Les capitaines calvinistes qui se rendirent célèbres sous ce nom collectif de Vicomtes étaient au nombre de sept : Vicomtes de Bruniquel, de Paulin et de Monclar (Bertrand et Antoine de Habasteins, ou Rabastens), de Sérignac, de Caumont, de Montai gu et de Rapin.
2 J'ai déjà constaté que le baron de Bajamont sut tenir très honorablement son rôle. Ce fut le sénéchal d'Agenais le plus actif
278 HISTOIRE DE L'AGENAlS
construits â 800 mètres du château et pourvus de garnisons1.
Les troupes protestantes encore en Agenais se dirigeaient vers le Périgord, sous les ordres du vicomte de Turenne et du farouche Langoiran dont la réputation de cruauté devenait universelle. La Noblesse du Périgord et le Parlement de Bordeaux firent alors un pressant appel à Monluc, qui, venu à La Réole, se décida à leur prêter son concours pour le siège de Gensac. La prise de cette ville eut lieu le 10 juillet et coûta la vie au gouverneur de Bordeaux, Charles de Montferrand.
Cependant le capitaine Carbon2 qui commandait Madaillan et dont la situation devenait difficile avait proposé l'échange de cette place contre la liberté du baron de Moncaut3 capturé à Vergt et détenu à Agen. La circonstance paraissait des plus heureuses; mais une Jurade convoquée le 9 avril par Monluc avait décidé, malgré celui-ci, qu'on ne devait pas traiter
1 V. l'ouvrage déjà cité : Un Château gascon au moyen dtje. Etude sur le Château de Madaillan, par G. Tholin et Benouville. Aux pp. 50-52 de cette étude, de très curieuses indications sont données sur l'artillerie de Monluc.
2 Ce Carbon était sans doute un Montpezat. V. sur les Montpezat-Carbon l'intéressante note de M. Tamizey de Larroque, à la p. 106 des Mémoires de Jean d' A titras de Samazan.
M. G. Tholin (Etude sur le Château de Madaillan, p. 62) distingue le Carbon de Madaillan du Jean de Montpezat-Carbon dont parle la note ci-dessus.
Ne serait-ce pas plutôt un frère de ce dernier, nommé aussi Jean de Montpezat-Carbon, seigneur de Toueilles et de Salies, qui épousa en 1581 Claire de Mauléon, et dont le fils, Jean-Antoine de Montpezat-Carbon, fut tué au siège de Montauban en 1621 ?
V. le Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, t. iv, généalogie des Montpezat.
3 Ce baron de Moncaut, Biaise de Laurières, seigneur de Sainte-Colombe, mestre de camp d'un régiment d'infanterie et gouverneur de Layrac, fut tué devant Marmande en 1580. Monluc le fit inhumer à Tonneins (V. le t. vin des Archives Historiques de la Gironde, p. 531).
Il était fils, je crois, de Bertrand de Laurières, seigneur d'Andas et baron de Moncaut.
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avec un ennemi du roi. Carbon répliqua naturellement par une recrudescence d'audace pendant tout le reste de Tannée, causant aux alentours tout le mal possible.
Une Assemblée des Etats d'Agenais fut tenue le 24 juillet, à l'occasion d'une taxe nouvelle de 25.000 livres dont le pays venait d'être encore imposé. L'impossibilité de réaliser cette somme sous forme d'emprunt fut constatée ; mais néanmoins on redemanda au roi soutien et protection1.
Les protestants, commandés par Geoffroy de Vivant et Langoiran, s'emparèrent de Périgueux par surprise le 6 août. Le bruit courait qu'Agen allait avoir son tour. Le même mois, on rompait dans cette ville un certain Jean Villeneuve, dit Saint-Jacques, pris les armes à la main à la tête d'une bande de pillards au château de Paradou, près de Bon-Encontre. Ce Villeneuve ayant fait des révélations et dénoncé plusieurs habitants d'Agen, de nouvelles mesures de rigueur furent encore appliquées.
Avec l'aide des gens de Puymirol, les Agenais prirent le château d'Andas, à 45 kil. de cette dernière place. Une compagnie de 100 arquebusiers, commandée par le capitaine La Bastide2, fut cantonnée à Agen.
En septembre 1575, le roi se déclarait hors d'état de secourir la région, qui devait pourvoir elle-même à sa défense. Les chemins étaient dangereux et les campagnes infestées de bandits ; le sénéchal restait réduit à des ressources dérisoires, sans autorité suffisante.
1 V. Archives communales d'Agen, FF. 35.
2 Jean du Lyon, seigneur de Bidonet, de Grisolles et de La Bastide. 11 était neveu à la mode de Bretagne du vicomte de Terride : sa mère était une nièce de Georges de Lomagne, le père du vicomte.
Le commandant de Castelculier fut pris et tué près de Puymirol ; la tour de Fontirou1 fut occupée le 20 novembre, mais reprise peu après par Bajamont et Vesins qui en firent massacrer la garnison de 40 hommes, épargnant seulement le capitaine Jean de Godailh, conduit à Villeneuve. Le 22 du même mois, Laffitte était aussi surpris par les rebelles, et enfin, en décembre, le propre frère du sénéchal leur livrait le château de Bajamont2.
Enserrés entre les forts de Madaillan, de Laugnac, de Lusignan et de Bajamont, tous aux mains des huguenots , les Agenais redoutaient plus que jamais la tentative dont la ville était menacée. Ils en chassèrent tous les étrangers le 29 décembre ; leur effroi s'accentuait.
De sa retraite d'Estillac, Monluc n'assistait pas impassible à ces fâcheux événements. Il voulut se joindre au sénéchal pour reprendre Bajamont commandé par François Galaup (ou Galop)3. La Jurade en fut informée le 3 janvier 1576. En attendant de pouvoir entreprendre ce siège, qui fut d'ailleurs indéfiniment ajourné, on se contenta de bloquer le château jus-
1 J'ai constaté dans une note de la page 103 que le château de Fontirou (commune de Castella) avait appartenu à Diane de Poitiers, qui le vendit le 14 décembre 1564 à Jean et Louis de Godailh.
Une copie de l'acte de vente se trouve dans le Fonds de Raymond, aux Archives départementales de Lot-et-Garonne, reg. 72, p. 120. L'original appartient à la famille Armand de Sevin.
Louis de Godailh était conseiller au Présidial d'Agen.
2 Ce frère du sénéchal était sans doute Jean de Durfort, dont le fils Amanieu fut maintenu en 1583 dans la possession de son patrimoine (V. le P. Anselme, t. v, p. 756).
3 Ce François Galaup, capitaine improvisé, était un ancien procureur au Présidial d'Agen. Vesins, qui le fit prisonnier, ne voulait pas lui imposer moins de 10.000 livres de rançon (V. Archives comm. d'Agen, BB. 32, reg., f° 117). En 1571, François Galaup, huguenot dangereux poursuivi pour divers excès, s'était enfui d'Agen (Ibid., GG. 201).
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 281
qu'au 13 juin avec quelques compagnies campées à Lille. Vesins réussit, du reste, à prendre Galaup dans une embuscade, entre Sauvagnas et Bajamont.
Et toujours l'Agenais était occupé ou sillonné par des bandes protestantes qui continuaient leurs exactions. Les hommes du sieur duSaumont1 s'emparaient de Francescas le 14 mai et le mettaient au pillage ; Turenne se portait de Damazan sur Glairac.
Dès le 3 février 1576, le roi de Navarre, sous prétexte d'une chasse dans la forêt de Senlis, quitta furtivement la cour accompagné de d'Aubigné2 et de quelques-uns de ses gentilshommes les plus dévoués- De Senlis, le soir, il se dirigea sur Alençon, puis sur La Flèche, Saumur et Parthenay, où le rejoignit sa sœur Catherine de Bourbon3. A la fin de juin, il était à La Rochelle et en repartait le 4 juillet pour visiter la Guyenne4.
1 Joseph de Béarn, seigneur du Saumont, frère de Biaise de Béarn, seigneur de Béaup.
2 Théodore-Agrippa d'Aubigné, le futur grand-père de M'ne de Maintenon, l'historien et mémorialiste célèbre, avait alors 27 ans. Attaché à la fortune de Henri de Navarre, il devint plus tard maréchal de camp, vice-amiral de Guyenne et de Bretagne, etc., et mourut à Genève en 1630.
Je ne mentionne ici, parmi ses écrits, que les trois suivants auxquels j'aurai à me référer :
Histoire universelle (Paris, 1616-1620, 3 vol. in-f° ; Amsterdam, 1626, 2 vol. in-f°). — Mémoires, impr. avec ceux de Frédéric-Maurice de La Tour, prince de Sedan, par Aubertin Du Mont (Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12 ; Paris, 1779, in-8°. Ed. Lud. Lalanne : Paris, 1854, in-12, et 1880, in-16). — Aventures du baron de Fœneste (Genève, 1617 et 1630, in-8°; Cologne, 1729-31, 2 vol. in-8«; éd. Mérimée: Paris, 1855, in-16). — Œtivres complètes d' Agrippa d'Aubigné, éd. Béaume et F. de Caussade (Paris, 1873 et suiv., 5 vol. in-8°). — Je citerai plus loin la Confession de Sancy.
3 Catherine de Bourbon (1558-1604). Henri IV la maria en 1599 à Henri de Lorraine, duc de Bar.
Le Parnasse François de 1618 a publié d'elle quelques pièces de vers.
4 V. Henri IV en Gascogne (1553-1589), par Charles de Bat/, de Trenquidléon (Paris, 1885, gr. in-8°, portr.).
Les faits de guerre continuaient dans les provinces. A l'avortement de la trêve du 22 novembre 1575, Gondé et l'Electeur palatin étaient entrés en Chamgne avec 18.000 mercenaires et 16 canons, avaient traversé la Bourgogne et rallié l'armée du duc d'Alençon à Moulins. Sans compter les troupes de Damville dans le Midi, ces deux corps ne s'élevaient pas à moins de 30.000 hommes.
Le roi, tenu en suspicion par les catholiques, pouvait donc concevoir de sérieuses craintes. Catherine recourut aussitôt à ses procédés habituels et négocia.
La paix, dite de Monsieur, fut signée à Ghastenoy le 6 mai 1576. Le duc d'Alençon recevait l'Anjou, la Touraine et le Berry ; le roi de Navarre avait le gouvernement de Guyenne, Condé, celui de Picardie, et les protestants obtenaient le libre exercice par tout le royaume, excepté Paris, avec de nombreuses places de sûreté. La mémoire des chefs massacrés était réhabilitée; trois millions et demi étaient donnés aux Allemands pour leur concours dans la rébellion ; enfin une convocation des Etats généraux était faite à Blois pour la fin de l'année courante.
Ge traité accentua encore l'impopularité de Henri III, détesté pour sa dépravation et sa scandaleuse conduite. La Noblesse humiliée, le Clergé rançonné, le peuple écrasé d'impôts, tout le monde à la fois songea à organiser en dehors de l'Etat une défense commune, et la Ligue naquit ainsi de l'entraînement général. A l'organisation protestante, qui triomphait, allait s'opposer une organisation catholique qui atteignit bientôt des proportions considérables et une puissante unité.
L'exécution de l'édit du 6 mai rencontra bien des
l'agenais au xvf siècle 283
résistances, surtout pour la remise à leurs propriétaires dépossédés des forteresses et châteaux conquis. Les garnisons de Madaillan et de Bajamont, notamment, refusaient de rendre ces places.
Cependant les Agenais s'étaient un peu rassurés. Ils avaient réduit leur garnison à 60 arquebusiers, ralenti leur surveillance, et même cessé les gardes, malgré les instances de leurs chefs et les observations de Monluc, alors malade à Estillac.
Arrivé à Lauzun le 3 août, Henri de Navarre se rendit aussitôt à Villeneuve menacé par les catholiques et qu'il fit mettre en bon état de défense. Le lendemain, 4 août, avec d'Escars1, lieutenant général en Guyenne, Bajamont, sénéchal d'Agenais, et autres personnages, il tint dans cette ville, en vue de l'exécution de l'édit, un Conseil où fut élaborée une très remarquable ordonnance.
" Et cette ordonnance proclamée — dit un de nos historiens — le futur Henri IV monta à cheval, et suivi d'une escorte superbe, il prit le chemin d'Agen, qui devait être, deux ans durant, sa principale capitale"2.
La réception faite à Agen au roi de Navarre fut des plus sympathiques. Une foule de gentilshommes l'y attendaient. Henri III y avait envoyé M. de Foix3 et
1 François de Pérusse, comte d'Escars (ou des Cars), fils de Jacques de Pérusse, seigneur d'Escars, et d'Anne Jourdain-de-i'Isle. Il fut gouverneur de Périgord en 1567 et de Limoges en 1568 ; puis lieutenant général en Guyenne et gouverneur de Bordeaux.
Il épousa en secondes noces, en 1579, Isabeau de Beauville, veuve de Biaise de Monluc.
2 Georges Tholin, La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. ix.
3 François de Foix-Candalle, captai de Buch, baron de Castelnau, seigneur de Puypaulin. Il devint évoque d'Aire en 1570, après son frère Christophe
Ghemerault1 ; La Noue représentait le duc d'Anjou ; le maréchal de Monluc, à peine rétabli, était à la tête de la Noblesse de Gascogne.
Heureux surtout du gage de paix que ces circonstances paraissaient leur donner, les Agenais ne marchandaient point leur enthousiasme.
Après avoir reçu les clefs de la ville des mains des consuls selon le cérémonial accoutumé, Henri les leur avait rendues en prescrivant l'ouverture de toutes les portes. Il avait eu même des attentions minutieuses, faisant éloigner plusieurs compagnies, ordonnant aux gentilshommes de sa suite de payer exactement aux prix taxés tout ce. qu'ils consommeraient2.
C'est à ce séjour de Henri de Navarre et de ses gentilshommes à Agen que se rapportent diverses légendes galantes plus ou moins imaginaires racontées par d'Aubigné3 et par les pamphlétaires de Ja Ligue. Le don Juan gascon aurait fait alors dans le beau sexe Agenais plusieurs victimes. Catherine Duluc, la fille d'un médecin de la ville, aurait été violentée dans un bal, après une brusque extinction des lumières, et serait morte peu après de désespoir ; Anne de Cambefort (ou la même peut-être ?) se serait précipitée
de Foix, aumônier de la reine de Navarre, et mourut en 1594. On l'appelait M. de Foix.
Il était fils de Gaston III de Foix, comte de Candalle et de Benauges, captai de Buch, et de Marthe, comtesse d'Aslarac.
1 Emeric de Barbezières, seigneur de Ghemerault, gentilhomme poitevin. Il fut tué au siège de Brouage en 1577.
2 Gette recommandation n'était évidemment pas inutile, puisqu'elle dut être renouvelée le 22 octobre, et encore les 4 et 22 novembre et le 12 janvier suivants.
3 Confession catholique du sieur de Sancy, imprimée dans le Recueil de diverses pièces servant à l'Histoire de Henri III (Cologne, 1660, pet. in-12; ibid., 1693 et 1649, 2 vol. in-12). On la trouve aussi dans le Journal de Henri III, de l'Estoile (Voir à la page suivante).
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 285
par une fenêtre et gravement blessée pour échapper au déshonneur.
Qu'y a-t-il de vrai dans ces anecdotes scandaleuses dont Labénazie, Labrunie, Saint-Amans et autres se sont faits les complaisants échos ? Peu de chose sans doute4.
Certes, Henri de Navarre et ses gais compagnons durent mener joyeuse vie durant le répit qui leur était alors accordé, et le diable à quatre fut bien toujours l'incorrigible vert galant connu de l'Histoire ; mais cela ne suffit peut-être pas pour ajouter aux innombrables fredaines amoureuses qui remplirent sa vie des infamies qu'aucune preuve, aucun document sérieux n'établit2.
1 Sur ces anecdotes probablement apocryphes, Cf. surtout une communication de M. Tamizey de Larroque à la Revue de Gascogne (t. xvm [1877], p. 343) et une note de l'éditeur de Y Abrège chronologique de Labrunie, à l'année 1576, pp. 116-117.
Dans le t. v de sa belle édition de l'Histoire universelle d'Agrippa d'Aubigné (Paris, 1891), le baron Alph. de Ruble résume et réfute par une note en Appendice (pp. 387-390) les calomnies lancées contre les prétendues violences agenaises de Henri de Navarre en 1576 par l'avocat ligueur Louis d'Orléans {Avertissement des Catholiques anglois aux François catholiques, pamphlet plusieurs fois réimprimé, notamment dans la Satyre Menïppée, éd. de 1709). Du Plessis-Mornay, répondant à Louis d'Orléans (Lettre d'un Gentilhomme catholique françois, contenant brève réponse aux calomnies d'un prétendu Anglois, réimprimée dans le t. v des Mémoires de la Ligue), fait remonter à l'amiral de Villars les accusations gratuites trop bénévolement accueillies par Mézeray et quelques-uns de nos annalistes.
2 Mon intention n'étant pas de m'attarder aux innombrables équipées galantes de Henri de Navarre, même à celles qui eurent notre pays pour théâtre, je me borne à rappeler ici, dès maintenant, le cas de Fleurette et de la Charbonnière de Capchicot, en renvoyant le lecteur à ma petite publication de 1885 : Un Amour de Henri IV. Capchicot, Légende et Histoire (Paris et Agen, gr. in-8°).
Sur les amours de Henri IV, V., outre d'Aubigné : Histoire des Amours du Grand Alcandre, qu'on attribue peut-être à tort à la princesse de Conli (1653, in-4°). — Journal des choses advenues durant le règne de Henri III (Paris, 1621, in-4°), et Journal du règne de Henri IV (Paris, 1719, in-4°), par Pierre de L'Estoile ; édition Lenglet-Dufresnoy (Mémoires pour servir à l'Histoire de France depuis 1574 jusqu'en 1611. La Haye et Paris, 1744, 5 vol. in-8°) ; éd. Petitot et Monmerqué (Mémoires relatifs à l'Histoire de France, xlv-xlix) ;
L'année 1576 s'acheva sans encombre. Henri continuait ses courses. Il était à Castillonnès, venant de Bergerac, en octobre. Des bruits peu rassurants circulaient bien parfois ; mais ce n'était là rien de précis. Les consuls ayant voulu fermer deux portes, Henri s'y opposa d'abord ; puis bientôt, se ravisant, il les fit toutes refermer, et même les gardes furent rétablies. Il n'était pas besoin, d'ailleurs, d'être très clairvoyant pour prévoir une prise d'armes prochaine.
Les Etats généraux tenus à Blois à partir du 6 décembre 1576 * avaient été absorbés par la Ligue et aboutissaient, le 6 janvier suivant, à la révocation par Henri III de son dernier édit. C'était comme une déclaration de guerre aux huguenots. Toutefois le roi satisfit en 1578, par l'ordonnance de Blois, à une grande partie des vœux exprimés dans les Cahiers du Tiers Etat.
Condé remuait la Saintonge et le Poitou et prenait Loudun. Les rebelles avaient pris et saccagé Figeac. Jean de Fabas, seigneur de Castets, agissant comme partisan huguenot, s'emparait de Bazas à la suite d'un rapt aussi étranger que possible à la politique ; puis, le 6 janvier, il surprenait La Réole par escalade avec le concours de gentilshommes du roi de Navarre,
éd. Michaud et Poujoulat (Mémoires pour V Histoire de France, xiv-xv), etc. Plus spécialement doit être indiquée la remarquable édition Jouaust présentée, d'après les mss. originaux, par plusieurs érudits, mais malheureusement inachevée : Mémoires- Journaux de Pierre de VEstoile (Paris, 1875-1883, 11 vol. in-8°), éd. incomplète de cinq volumes (4 vol. de notes et 1 vol. de tables). — J'ajoute encore : Les Cotillons célèbres, par E. Gaboriau (Paris, 1861, 2 vol. in-12), t. i, p. 223. — Les Amours de Henri IV, par de Lescure (Ibid!, 1864, in-12). — La Légende du jeune Henri de Navarre dans une Bastide d'Albret en 1572, par un Ancien de la Bastide [par l'abbé L. Dardy]. (Agen [Paris], 1878, in-16), etc., etc.
1 Le représentant du Tiers Etat d'Agenais aux Etats de Blois de 1576 fut le premier consul Michel de Boissonnade. Le député du Clergé fut E. Bourdonnais (?) et celui de la Noblesse, François de Monlpezat, seigneur de Laugnac
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notamment de Rosny1, et continuait avec bonheur ses entreprises dans la Benauges où il battait Vesins et détruisait Pondâurat.
Lançoiran échouait devant Saint-Macaire, malgré le renfort de 40 gentilshommes de la cour du roi de Navarre2.
Conseillé par Lavardin3 et malgré Rosny, Henri fit alors une tentative sur Marmande, qui avait refusé de lui ouvrir ses portes et qu'il fit investir par La Noue rappelé de Saintonge. La Noue vint devant cette place, puis Lavardin et Lusignan. Lui-même y arriva le lendemain, " avec un mauvais canon, une coulevrine et deux faucons de Casteljaloux, et de- quoi tirer cent vingt coups " 4. Quelques incidents curieux marquèrent ce semblant de siège, qui ne dura d'ailleurs que quelques jours5.
1 Maximilien de Béthune, baron, puis marquis de Rosny, né le 13 décembre 1560. Il devint duc de Sully, un des grands ministres de France et le plus dévoué serviteur de Henri de Navarre. Il reçut le bâton de maréchal en 1634 et mourut en 1641.
Ses Mémoires des sages et royales (Economies d'Estat de Henry le Grand (1634-1662) sont célèbres et ont eu de nombreuses éditions.
2 Parmi ces gentilshommes se trouvaient d'Aubigné et Castéra. D'Aubigné, qui fut blessé, a raconté cette affaire lui-même dans son Histoire universelle.
3 Jean de Beaumanoir, baron, puis marquis de Lavardin, né en 1551, fils de Charles de Beaumanoir, marquis de Lavardin, victime de la Saint-Barthélémy.
Jean de Beaumanoir, qui avait été élevé auprès de Henri de Navarre et avait combattu à Poitiers en 1569, se fit catholique après le meurtre de son père, tout en restant encore au service de Henri. En 1587, il se signala par sa cruauté contre les protestants et passa dans la Ligue en 1589. Sa soumission à Henri IV en 1595 lui valut le bâton de maréchal de France, le gouvernement du Maine, etc. Il fut ambassadeur de Louis XIII à Londres en 1612 et mourut en 1614. Il avait épousé Catherine de Carmaing, comtesse de Négrepelisse. Un de ses fils, Charles, mort en 1637, fut évêque du Mans.
Le marquis de Lavardin fréquemment cité dans les Lettres de Madame de Séviyné était l'arrière-petit-fils du maréchal (Charles-Henri, 1643-1701).
4 D'Aubigné, Histoire universelle et Mémoires.
5 V , outre d'Aubigné, Notice sur la Ville de Marmande, par Tamizcy
Les députés des Etats de Blois envoyés au roi de Navarre venaient d'arriver à Agen. Biron, avec de grandes forces, avait remporté quelques succès vers Villeneuve et s'était avancé sur Sainte-Bazeille. Henri se hâta de lui envoyer deux gentilshommes pour convenir d'une trêve. Les négociations, très habilement conduites, eurent un plein succès. Abusé sur l'exacte situation des assiégeants, Biron signa un traité, et le roi de Navarre fut reconnu comme gouverneur de Marmande.
Henri vint aussitôt à Agen pour recevoir les députés Pierre de Villars, archevêque de Vienne, André de Bourbon et Mesnages. Gondé avait mal reçu ceux qui lui étaient adressés ; le roi de Navarre fut, au contraire, très courtois ; mais que pouvait-il résulter de conférences entre gens d'intérêts aussi contraires ? La Ligue voulait l'anéantissement complet du Calvinisme ; les protestants étaient décidés à tout pour défendre leur cause. D'autres pourparlers eurent encore lieu en février avec Biron et le duc de Montpensier, mais en pure perte.
Le prince partit pour Nérac le 2 mars 4577, après avoir donné des instructions à Lusignan et à La Noue, qui ne purent pas empêcher les troupes venant de Marmande de ravager en passant les environs d'Agen. Puis des dissentiments au sujet d'une augmentation militaire de cette ville s'étant élevés entre les consuls et les habitants, Lusignan y introduisit encore une compagnie de 50 hommes.
Au surplus, les Agenais ne vivaient guère en bonne intelligence avec la garnison. Dès le 26 février, le roi de Navarre avait dû prendre des mesures sévères, et
de Larroque, p. 73 ; les Mémoires de Sully ; Henri IV en Gascogne, par Ch. de Batz de Trenquelléon, p. 112, etc.
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aussi à son retour de Nérac, le 6 mars. Sur les plaintes des consuls, il rédigea même alors une sorte de code militaire fort curieux1, et éloigna de la juridiction une compagnie qui rançonnait les campagnes.
Gondé faisait des levées à l'étranger. Les ducs d'Anjou et de Guise s'emparèrent de La Charité et d'Issoire en avril ; le duc de Mayenne2 occupa les places de la Saintonge et du Poitou, et après avoir pris Brouage, le 16 août, concentra ses efforts sur La Rochelle. Catherine parvint à gagner Damville avec le marquisat de Saluées, un fief du Dauphiné. Mais la guerre était sans entrain; des négociations s'ouvrirent3, et le 17 septembre 1577 survint la paix de Bergerac accordant aux protestants l'exercice du culte, la restitution de leurs charges, des Chambres mipartie, des villes de sûreté pour six ans, et exaspérant la Ligue contre le roi.
Périgueux, La Réole et le Mas-de-Verdun furent les places de sûreté accordées en Guyenne.
A la suite d'un coup de main sur Saint-Esprit des catholiques servis par une trahison du gouverneur, Honoré d'Albert de Luynes4, Henri de Navarre avait
1 Ce Code a été analysé par M. G. ïholin, au chap. x de La Ville (VAtjen pendant les Guerres de religion du xvi9 siècle.
2 Charles de Lorraine, marquis, puis duc de Mayenne (1573), second fils de François de Lorraine, duc de Guise, né en 1554, mort en 1611.
Il était à Jarnac et à Moncontour en 1569, et au siège de La Rochelle. Il prit la part la plus active à la formation de la Ligue, souleva la Bourgogne dont il était gouverneur, et combattit contre Henri III, puis contre Henri IV, à qui il ne fit sa soumission qu'en 1596. Il avait épousé en 1576 Henriette de Savoie, marquise de Villars, qui lui avait apporté la seigneurie d'Aiguillon.
Son nom reviendra fréquemment dans ce récit.
3 En juin 1577, le duc de Montpensier (François de Bourbon, fils de Louis de Bourbon) vint conférer avec le roi de Navarre à Agcn, en vue des préliminaires de la paix (Archives commun. d'Agen, BB. 33).
4 Honoré d'Albert de Luynes, ancien gentilhomme servant de Charles IX, mort en 1592. Il fut le père du connétable de Luynes, favori de Louis MIL
uisTomE de l'agenais, t. i. 19
lancé le 21 décembre 1577 un manifeste dénonçant à la Guyenne les intrigues du marquis de Villars. Il avait organisé dans Agen une administration nouvelle, remplacé comme gouverneur le chanoine de Lalande par Henri de Lusignan1, nommé le capitaine Séridos2 commissaire, Géraud Dugonne trésorier, et écarté la Jurade. Les Agenais, qui avaient dû remettre leurs armes, commençaient à s'épouvanter. Henri s'efforça de les rassurer par une ordonnance du 1er janvier 1578 ; mais les travaux de défense qui allaient être entrepris devaient accroître encore leurs appréhensions3.
Entre temps, ce jeune roi, toujours en voyage, avait reparu à Nérac et visité l'Armagnac et l'Albret. Bordeaux s'était refusé à le recevoir. A Eauze, puis à Mirande, de périlleuses aventures avaient failli lui coûter la vie4.
1 Henri, baron de Lusignan, fils de Jean, baron de Lusignan, lieutenant de robe courte du sénéchal d'Agenais et Gascogne en 1557. Son propre fils, François, fut le premier des marquis de Lusignan d'Agenais.
Henri de Lusignan, gouverneur d'Agen en 1578 et 1579, fut chargé ensuite du commandement de Puymirol, et confirmé dans ce poste par Henri IV le 30 septembre 1590. Il mourut après 1601.
M. Tamizey de Larroque a publié une curieuse lettre de Henri de Lusignan à Henri IV, du 5 janvier 1594 (Documents inédits relatifs à V Histoire de l' Agenais, p. 175). V. aussi Les Lusignan du Poitou et de V Agenais, par J. de Bourrousse de Laffore.
2 Bernard de Saint-Gresse, seigneur de Séridos, fils aîné de Jean de Saint- Gresse et de Catherine de Comère. Il avait épousé en 1561 Quitterie de Pins (V. Maisons Historiques de Gascogne, par J. Noulens, t. î).
3 Sur les idées, les agissements et l'entourage du roi de Navarre à Agen en 1576-1577, on ne saurait guère ajoutera ce qu'en dit M. G. Tholin au chapitre x de son étude sur La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle.
4 Sur l'aventure d'Eauze, les versions et les dates diffèrent. Du Pleix se trompe sûrement en la fixant à 1586. Berger de Xivrey (Lettres Missives, i, 119) dit 1576. M. Tholin estime qu'il faut mettre 1577, et tel est aussi l'avis de Samazeuilh (Histoire de l'Agenais, il, 202). M. Ch. de Batz de Trenquelléon (Henri IV en Gascogne, p. 103) adopte la date de Berger de Xivrey, de fin décembre 1576.
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L'intention visible de Henri III tendait à rejeter sur les chefs huguenots toute la responsabilité des événements. Le roi de Navarre, Gondé et Damville crurent alors devoir prendre l'offensive.
Quelques combats avaient eu lieu à Jégun1, Beaumont-de-Lomagne, Mas-de- Verdun. L'amiral de Villars manœuvrait en Gascogne. Henri était allé de Lectoure à Montauban ; puis, revenu à Agen le 7 janvier 1578, il avait fait activer les travaux prescrits, sous la direction d'un ancien ingénieur de Monluc, le capitaine Topiac, qualifié de commissaire ordinaire de l'artillerie . Le couvent des Jacobins fut transformé en forteresse; les tours furent restaurées; la porte Neuve et la porte du Pin, mieux fortifiées. Celle-ci fut même munie de bastions, et la garnison fut placée sous les ordres de Lusignan et de onze capitaines2.
1 V. sur l'affaire de Jégun les Mémoires de Jean d'Antras de Samazan, p. 62.
2 Voici quel était alors le périmètre des remparts d'Agen :
Au nord : de la porte Saint-Georges (place Saint-Georges) à la tour Cornalière (angle des remparts, vers la route de Villeneuve, démolie en 1854), portant les tours de Saint-Caprais (plus tard tour Saint-Côme), de Sainte-Foy (gare des voyageurs), d'Armagnac (tannerie Villot), et de la Bretonnerie (un peu au-delà). — A l'est : de la tour Cornalière à la tour Duranton (rue de ce nom), rencontrant la porte du Pin. — Au sud : de la tour Duranton à la tour de la Poudre (sur le Gravier), rencontrant les tours de Marmande (appelée de nos jours tour du Bourreau), de Redon (jardin de Raymond), de Galbas (maison Vigué), la porte Neuve et la tour du Bourreau (rue des Rondes-Saint-Louis, vers l'angle ouest de la maison Brocq). — Enfin, à l'ouest : de la tour de la Poudre à la porte Saint-Georges, rencontrant les portes Saint-Michel ou de Garonne, et Saint-Antoine ou de Grave. — Ensemble cinq portes et douze tours. La porte Saint-Louis, au sud-ouest, ne tut ouverte qu'au XVIIe siècle (V. La Ville d'Agen et son Enceinte extérieure après la Saint-Barthélémy, par Am. Moullié).
A part la tour de la Poudre, assez bien conservée, il ne reste plus aujourd'hui de cette enceinte que de rares vestiges : quelques fragments de remparts, la tour de Marmande en ruines et partie de la tour Duranton. Les portes ont totalement disparu. La porte Saint-Antoine, à l'entrée du Boulevard de la Bépublique, était encore représentée, avant l'ouverture de ce boulevard, par deux piliers modernes. — J'ai parlé ailleurs des portes Neuve, de Garonne, du Pin et Saint-Georges.
Non seulement la ville, mais aussi la juridiction et les localités voisines durent concourir à la dépense. Les difficultés, d'ailleurs, se multipliaient, tant pour les impositions extraordinaires que pour les corvées. Il fallait absolument de l'argent. Une véritable opposition du syndic et du juge mage se produisit contre une ordonnance du 13 janvier prescrivant une levée de 3.500 livres, laquelle dut être transformée le 27 du même mois en un emprunt sur les riches. On était allé, dans cette résistance, jusqu'à contester l'autorité du roi de Navarre, l'Agenais étant de l'apanage de sa femme,
Biron était revenu près de Villeneuve. Nous avons vu que cette ville, après les massacres de 1572, avait ouvert ses portes à Henri, qui l'avait mise en état de défense et lui avait donné Rosny pour gouverneur. Biron n'osa pas attaquer la place; mais, en septembre (?), il battit Rosny au nord, sur les hauteurs de Sernel1.
La paix de Bergerac n'arrêta pas, du reste, les hostilités.
Dès le 30 juillet 1577, la garnison d'Agen avait été renforcée. Francescas était menacé par une bande catholique. En septembre, Gondé, Rohan2 et Turenne
1 Histoire de Villeneuve-sur-Lot, par Fernand de Mazet, p. 81. L'auteur mentionne ainsi cet événement, sans aucune référence, et je ne l'enregistre ici que sous réserves.
Les Annales de Villeneuve-sur-Lol, par Cassany-Mazet, p. 225, sont beaucoup moins affirmatives à cet égard.
Cette bataille de Sernel (?) serait alors celle que Louvet signale dans son Abrégé de l'Histoire d'Aquitaine, 2e partie, p. 182, sans indication de date ni de lieu, et qui aurait précisément valu à Biron le collier, le bâton de maréchal et le gouvernement de Guyenne.
2 René, vicomte de Rohan (1550-1586). Il commanda les protestants pendant l'absence de La Noue, en 1570. Il était cousin de Jeanne d'Albret et fut le père de Henri de Rohan.
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devaient se réunir au roi de Navarre pour des opérations décisives ; le point de ralliement était Bergerac. L'armée royale, commandée par Villars, se hâta d'accourir ; elle était déjà à Astaffort et menaçait Nérac quand la paix arrêta sa marche.
C'est vers ce temps que le vieux Monluc, déjà presque oublié, disparut de ce monde1.
Le roi de Navarre était arrivé fort à propos à Nérac pour éviter à cette ville une occupation de Villars, facilitée par des intelligences à l'intérieur. Il s'était emparé de Layrac et d'Auvillars, dont le gouverneur, Lamothe-Bardigues2, lui fit ensuite défection ; mais il avait échoué devant Condom défendu par Jean-Paul d'Esparbès de Lussan, seigneur de Lasserre3, et d'autres ligueurs. Ce Lussan obtint même quelques succès aux environs d'Agen.
La proclamation de la paix eut lieu dans cette der-
1 On est dans la môme incertitude pour la mort que pour la naissance de Biaise de Monluc. On a supposé qu'il mourut dans son château d'Estillac, dont il ne s'éloignait plus guère alors, mais cette hypothèse a été fort contestée (V. ïamizey de Larroque, Lettres inédites de quelques Membres de la Famille de Monluc (Auch, 1890, gr. in-8°).
2 N. de Cruzy, seigneur de Lamothe-Bardigues. — Ce dernier titre passa au xvne siècle dans la maison d'Esparbès de Lussan, par le mariage de Charlotte de Cruzy, dite du Goût de Marsillac, avec Jean-François d'Esparbès de Lussan.
3 Jean-Paul d'Esparbès de Lussan, seigneur de Lasserre, septième fils de Bertrand d'Esparbès, avait combattu à Sienne avec Monluc en 1551).
Gentilhomme de la Chambre du roi (1576), mestre de camp du régiment de Piémont (1577), il devint gouverneur de Blaye en 158G, capitaine de la première compagnie des Gardes du corps du roi en 1599, maréchal de camp en 1604 et mourut en 1616.
Il avait épousé en 1570 Catherine-Bernarde de Monlagu, dame de Lasserre. 11 fut sénéchal d'Agenais et Condomois de 1605 à 1015.
Son fils François fut maréchal de France en 1620. Nous le rencontrerons plus loin. Son frère, François d'Esparbès, seigneur d'Aulmenoil, second fils de Bertrand, fut successivement gouverneur de Lectoure (1558), de Nérac (1570), de Saint-Sevcr (1572) et de Mézin (1574), devint maître d'hôtel de la reine Marguerite en 1583 et mourut après 1602.
294 HISTOIRE DE L'A<JENÀIS
nière ville le 14 octobre 1577 et y fut très chaleureusement accueillie. Biron, nommé maréchal de France et gouverneur de Guyenne à la place de Villa rs, s'y présenta au nom du roi le 17 du même mois. Il y séjourna quelque peu et rejoignit Henri à Nérac.
Contrairement aux prescriptions de l'édit, la garnison d'Agen était maintenue et celle de Lectoure, augmentée. Ni le mécontentement croissant des Agenais, ni l'intervention de Biron n'avaient pu vaincre à cet égard la résistance du roi de Navarre, qui ne croyait évidemment pas à la durée de la paix et remettait l'évacuation des forts jusqu'après l'installation de la Chambre de l'Edit qui devait siéger à Agen.
Au surplus, l'agitation restait partout très vive. A Mézin, le prieur des Bénédictins s'étant opposé à l'établissement du prêche dans l'église conventuelle avait été emmené prisonnier à Agen par ordre de Henri, pendant qu'on pillait son couvent et qu'on en démantelait les tours. Aucun des deux partis ne désarmait; des agressions se commettaient sans cesse. Le 8 avril 1578, Langon avait été pris par les catholiques qui en détruisaient les murailles ; les réformés de Casteljaloux venaient d'effectuer une course affreusement sanglante dans les Landes.
Agen vivait dans une profonde inquiétude et devenait menaçant. Biron l'engageait à veiller ; Baj amont, alors à Paris, adressait la même recommandation, et M. de Foix venait en avril au nom du roi pour rappeler l'édit. Enfin et grâce à Biron, les conseillers de la future Chambre étaient à Port-Sainte-Marie le 30 mai. Le roi de Navarre, arrivé la veille à Agen, remit les clefs de la ville aux consuls; toutes les portes furent aussitôt ouvertes, et le 31 mai l'installation des conseillers eut lieu solennellement, au milieu de l'allégresse universelle.
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 295
La joie des Agenais alla jusqu'à leur faire détruire les forts qui les avaient tant tourmentés.
La Chambre de Justice tri-partie, chargée de pacifier la Guyenne, était détachée du Parlement de Paris. Elle se composait de deux présidents et de douze conseillers, et devait compter un tiers des juges protestants. D'abord destinée à siéger à Bordeaux, cette Chambre avait été fixée ensuite à Agen par lettres patentes du 26 avril 1578; mais sa session agenaise ne donna pas de bien sérieux résulats. Elle dura jusqu'au 11 février 1581, fournissant une carrière stérile et très agitée, voyant ses décisions méprisées, fonctionnant dans le tumulte de la guerre civile, dite Guerre des Amoureux parce qu'elle avait été surtout fomentée par les frivoles compagnons de Henri de Navarre1.
Les hostilités étaient, en effet, reprises ouvertement en mai 1580.
Mais je ne saurais omettre d'autres événements importants survenus en Agenais au cours de cette même année 1578.
Le roi de Navarre avait réclamé à Henri III sa femme restée à Paris après son évasion. Le 18 mars 1578, des lettres patentes informèrent les Agenais de la cession à Marguerite des comtés de Rouergue, de Quercy et d' Agenais, en représentation de sa dot2, et
1 V. De Thou, Histoire universelle, livre lxvi ; Henri de Groussou, La Chambre de Justice de Guyenne et sa session d'Ayen. 1582-1583 (Agen, 1875, gr. in-8°), pp. 12-10, etc.
V. aussi : Tamizey de Larroque, Documents inédits relatifs à l'Histoire de PAy-enais, pp. 129 à 140. — Ce dernier et précieux recueil, fréquemment cité, a pour titre principal : Documents inédits pour servir à l'histoire de ïAyenais. La forme adoptée ici est celle du faux litre, variante que j'aurais dû indiquer à la première mention de la p. 98. J'emploierai indistinctement les deux formes.
2 Ces pays venaient précisément d'être libérés par la mort, eu 1578 de
bientôt l'arrivée de la nouvelle comtesse était annoncée par Biron1. Elle venait, accompagnée de la reinemère, pour rejoindre son mari. Le départ de Paris eut lieu en juillet.
Catherine de Médicis arriva à Agen le 11 octobre par la porte Saint-Georges, venant de Port-Sainte- Marie ; Marguerite entra le lendemain par la porte du Pin. Leur réception fut très belle.
Le 12 août, les deux reines s'étaient arrêtées à Bordeaux, puis à La Réole, où Henri de Navarre était allé les visiter à la tête de 600 gentilshommes, et où une Conférence prochaine à Nérac avait été convenue2.
D'Agen, elles se dirigèrent sur Toulouse, ensuite sur Auch, et enfin sur Nérac.
L'entrée de Marguerite à Nérac fut splendide. Il n'est pas jusqu'à des poèmes qui n'eussent été composés pour la circonstance. Saluste Du Bartas, dont une des filles habitait alors le château de Hordosse, rima un dialogue presque célèbre entre trois nymphes latine, française et gasconne.3.
Marie de Portugal (V. la p. 202). — A ces trois comtés, Henri III adjoignit quatre jugeries de la sénéchaussée de Toulouse et les terres non engagées d'Amiens et de Chartres, pour représenter les 67.500 livres de rente annuelle que devait recevoir Marguerite.
1 La lettre de Biron aux consuls d'Agen, du 16 septembre 1578, a été publiée dans les Archives Historiques de la Gironde, t. xxvi, p. 552.
2 Une plaisante anecdote se rapporte à ce passage des deux reines à La Réole. Le gouverneur de cette ville, d'Ussac, vieux gentilhomme criblé de blessures et outrageusement balafré, s'avisa de tomber amoureux de la belle Anne d'Atrie, comtesse de Châteauvilain, dame d'honneur de Catherine. Cette passion sénile provoqua les railleries de tous les jeunes fous de la cour, et surtout de Turenne et du roi de Navarre. D'Ussac en ressentit un tel dépit qu'il abandonna la Réforme et livra La Réole, place de sûreté, aux officiers catholiques.
A la nouvelle de cette défection, Henri se vengea par la surprise de Fleurance et l'occupation de Saint-Emilion. — La Réole fut d'ailleurs bientôt reprise par les réformés, qui la gardèrent jusqu'en 1580.
3 Cuillaumè de Saluste (ou Salluste), seigneur Du Bartas, l'auteur de la Sepmaine, ou Création du Monde (Paris, 1579 [1578], in-4°J, né près d'Auch vers 1544, fut blessé mortellement à Ivry en 1590.
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 297
Dans cette ville chère au roi de Navarre qui venait d'en restaurer le château et l'embellir1, ce ne furent que fêtes, réjouissances, bals, festins, cavalcades, plaisirs de toutes sortes. La cour frivole et galante du turbulent Béarnais trouvait son compte dans la venue d'une jeune reine aimable et gracieuse, aux mœurs dépourvues de toute austérité, et surtout dans ce fameux " escadron volant ", un des plus puissants arguments de la reine-mère.
Les deux époux vécurent d'abord en bonne intelligence apparente, chacun parfaitement instruit des équipées de l'autre, se faisant mutuellement de folâtres confidences.
' ' Notre cour — a dit Marguerite dans ses Mémoires — était si belle et plaisante, que nous n'enviions point celle de France "2.
Les compagnons du roi de Navarre, voire les plus
Sur le Poème pour l'accueil de la Royne de Navarre à Nérac, V. la Notice historique sur Nérac, par Villeneuve-Bargemont, où la pièce est reproduite (pp. 68-77), et le Choix de Poésies publié par 0. de Gourcuff et P. Bénétrix (Auch, 1890, in-16). La première impression se trouve dans les œuvres de l'auteur (Paris, 1579, in-<4°).
1 J'ai déjà parlé de ce château bâti par les sires d'Albret reconnus seigneurs de Nérac dès 1306.
Le château de Nérac a complètement disparu. Placé au sommet d'un tertre élevé, au bord et sur la rive gauche de la Baise, il se composait de quatre corps de logis distincts. Celui de l'ouest, flanqué de quatre tours rondes, remontait au xive siècle ; celui du nord, postérieur au précédent, portait une curieuse galerie saillante en demi-voûte ; celui de l'est, plus moderne encore et plus élégant, était muni de deux tours rondes. Enfin dans celui du sud, attribué à Jeanne d'Albret, se trouvait la salle des Gardes, antichambre de l'appartement du roi. Un large perron conduisait au jardin.
Sur la rive droite de la rivière et en bordure se développait, allée ombreuse de deux kilomètres, cette Garenne exquise, seul reste aujourd'hui des splendeurs de la résidence royale, qui dut voir passer tant de fois la Marguerite des Marguerites, et aussi la séduisante Margot entourée de sa cour galante.
2 La lro éd. des Mémoires de Marguerite de Valois fut donnée par Auger de Mauléon en 1618 (Paris, in-8"). La meilleure est celle de Guessard (Paris, 1847, in-8°), dont la leçon a été suivie par L. Lalaune, dans l'éd. de la Bibliothèque hizévirienne (Paris, 18f>8, in-16).
graves, payèrent leur tribut à tant de séductions. Turenne, Roquelaure1, Rosny succombèrent à leur tour. Les querelles et les rivalités devinrent fréquentes; les duels nombreux. Pibrac2 lui-même, le sérieux confident de Catherine, subit l'ascendant de la reine et oublia quelque peu son rôle.
Catherine de Médicis séjourna à Nérac jusqu'en mars 1579 3. C'est en octobre 1578 que s'étaient ouvertes les retentissantes Conférences auxquelles s'intéressait la France entière. Elles furent closes le 28 février 1579 par la signature d'un traité en vingt articles accordant aux protestants onze nouvelles places de sûreté. Au grand dépit des Agenais, le roi de Navarre conservait pour six mois encore la place de Puymirol4.
Henri III ratifia ce traité le 14 mars; mais l'adhésion des Agenais était déjà acquise, à la suite d'une Assemblée que la reine-mère avait réunie à Agen, où
1 Antoine, baron de Roquelaure, né en 1544, mort à Lectoure en 1625. Il fut lieutenant général en Guyenne en 1610.
Son fils Gaston-Jean-Baptiste, duc de Roquelaure (1617-1683), le gentilhomme bouffon sur lequel les anecdotes foisonnent, fut gouverneur de Guyenne et nous le retrouverons à sa date.
2 Guy du Faur de Pibrac (Toulouse, 1529 -Paris, 1584), magistrat et poète. Conseiller d'Etat en 1570, il avait représenté la France au concile de Trente en 1562 et suivi le duc d'Anjou en Pologne. Il fut chancelier de Marguerite de Valois qu'il aimait éperdument et qui le renvoya en 1581, puis du duc d'Alençon. On connaît bien ses Quatrains moraux (1574, in-4°), souvent réimprimés et traduits. Il a laissé aussi des Harangues et une Apologie en latin de la Saint-Barthélémy.
3 Nous avons vu que Catherine de Médicis était déjà venue à Nérac avec son mari, alors dauphin, en 1542.
4 Sur ces célèbres Conférences, V. Articles de la Conférence tenue à Nérac en febvrier 1579 (S. 1., 1579, in-8°). — Articles résolus et accordez, à Nérac, en la Conférence de la Rogne, mère du Rog... avec le Rog de Navarre... (Paris et Lyon, 1579; Paris, 1581, in-8°). Le traité de Nérac ne fut rendu public qu'après la paix de Fleix, en 1581.
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elle était revenue le 3 mars en quittant Nérac avec toute la cour1.
Biron reçut mission de préparer un règlement assurant la conservation d'Agen, règlement que signa Catherine, et d'après lequel deux portes de la ville devaient rester ouvertes avec des postes de six hommes commandés par deux notables. Des patrouilles nocturnes étaient aussi prescrites2.
Tout cela ne pouvait endormir l'inquiétude générale. Les consuls se défiaient; Biron doutait3.
Les nouvelles, du reste, étaient peu rassurantes. L'Agenais se trouvait relativement calme; mais que d'alertes! On disait toujours Agen menacé. De Nérac, Catherine de Bourbon en avisait les consuls, qui faisaient rigoureusement exécuter les règlements relatifs à la surveillance de la ville. Biron et le sénéchal redoublaient d'attention.
Au lieu de rendre Puymirol, le roi de Navarre le fortifiait encore. Puis, en décembre, on apprenait la surprise de Mende par les huguenots; Clermont- Dessus avait été attaqué ; le château de Tombebouc était emporté.
1 En partant d'Agen, Catherine passa par l'Jsle-Jourdain et le comté de Foix.
2 La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xn. C'est le 31 mai 1578 que la Cour Présidiale d'Agen tint sa première séance
au couvent des Carmes. J'ai dit ailleurs que cette Cour fut installée ensuite dans l'ancien château de Monrevel.
3 C'est à cette époque (mars 1579) que se place le célèbre duel sur le Gravier, à Agen, entre le vicomte de Turenne, assisté du baron de Salignac (Jean de Gontaud-Biron), et les Duras (Jean et Jacques de Durfort, fils de Symphorien), duel plus ou moins courtois (?) dans lequel Turenne fut blessé.
V. Mémoires de Henri de la Tour d'Auvergne, duc de Bouillon (Paris, 1666, in-12, p. 267). — Les Lusignan du Poitou et de VAgenais, par J. de Laflbre, p. 35, etc.
Le P. Anselme place ce duel à La Sauvetat.
Les consuls admettaient l'absolue nécessité d'une forte garnison; mais de nombreux tiraillements paralysaient leur initiative. L'avenir semblait menaçant, et les Etats tenus le 14 mars 1580 montrèrent combien les esprits étaient alarmés.
Malgré les nombreux avantages que les derniers actes accordaient aux réformés, les hostilités recommencèrent bientôt. On a dit que Marguerite s'employa surtout à cette nouvelle prise d'armes, dans le dépit qu'elle éprouva d'une dénonciation faite par son frère à Henri de ses relations avec Turenne.
Les calvinistes choisirent la date du 15 avril 1580.
Le 5 mai, le roi de Navarre attaqua de nuit Cahors dont il n'eut raison que difficilement. On combattit pendant six jours dans les rues de la ville, qui ne se rendit qu'à la dernière extrémité. Après quelques engagements dans l'Armagnac, à Vic-Fezensac et à Beaumont-de-Lomagne, le prince, rentré à Nérac, en repartit le 15 juin pour se porter au-devant de Biron qui concentrait ses troupes à Marmande, et il ordonna à Meslon1 de se diriger de Monségur sur Sainte-Bazeille. Le 18, il était au Mas-d'Agenais, et le 1er juillet
1 André de Meslon, né en 1550 à Castelmoron ou près de La Réole, mort en 1597. Il fut lieutenant du sénéchal d'Albret en 1575, conseiller et maître des requêtes du roi de Navarre en 1577, gouverneur de Castelmoron la même année et de Monségur en 1530. Son nom se rencontre souvent dans les Lettres Missives de Henri IV.
Son frère consanguin, Jean de Meslon, sieur des Combes, né en 1567, servit aussi le roi de Navarre comme capitaine dans le régiment d'André, puis dans celui de Navarre en 1596. Il fut assassiné en 1605 avec son neveu, André de Meslon, enseigne de ce dernier régiment, sur le pont de La Gupie, près de Sainte-Bazeille, par M. de Saint-Sauveur, qui en 1610 obtint à Nérac des lettres de rémission.
V. Essai généalogique sur la famille de Meslon, par Lco Drouyu (Bordeaux, 1879, in-8°), et Chronique d'Isaac de Pérès, p. 255.
M. Léo Drouyn attribue l'assassinat des Meslon à MM. de La Marche, gentilshommes marmandais.
l'agenais au xvr siècle 301
à Tonneins avec tous ses hommes. Du Bouzet avait la garde de cette place. Quelques combats assez vifs eurent lieu entre Tonneins et Glairac, où commandait le baron d'Arros1, qui fut tué, et aussi près de Marmande2. Mais bientôt arriva la nouvelle d'une défection de Gondé, qui voulait se tailler une principauté en Dauphiné et en Languedoc. Turenne fut alors détaché avec une partie des troupes, et, désormais trop faible pour tenir contre Biron, Henri distribua ses régiments, ravitailla Bergerac et Sainte-Foy et regagna Nérac3.
Pendant ce temps, Biron avait pris le Mas et Monheurt et fait le siège de Gontaud, qui, emporté d'assaut le 13 juillet, avait subi toutes les horreurs du pillage. Les habitants furent égorgés et leurs maisons livrées aux flammes. Villeneuve, Monclar, Saint-Barthélémy, Puch, Damazan, Tonneins, etc., furent pris aussi; mais Sainte-Bazeille et Glairac avaient résisté.
Dans les premiers jours du mois d'août, Biron était à Agen, revenant de Tonneins par Port-Sainte-Marie.
1 Bernard, baron d'Arros, lieutenant général du Béarn pour Jeanne d'Albret en 1569. Assiégé dans Navarrenx par Terride la même année, il fut délivré par Mongonméry, avec qui, peu après, il saccagea Tarbes. Après avoir pillé Lourdes en 1574, il s'était démis de sa charge de lieutenant général, avait opéré pour son propre compte, et, battu par d'Antras près de Marciac, avait conduit sa troupe en Agenais.
V. Documents pour l'Histoire du Protestantisme en Béarn. Bernard, baron d'Arros, et le comte de Gramont, 1573, par Soulice (Pau, 1875, gr. in-8°). — Les Huguenots dans le Béarn et la Navarre, par A. Communay. — Mémoires de Jean d'Antras de Sama&an, p. 134.
a Sur ces divers combats de Marmande, où fut tué le baron de Moncaut, V. la Notice sur la Ville de Marmande, par Tamizey de Larroque, p. 78.
3 II convient de rappeler ici l'Assemblée du Clergé de France qui se tint à Melun en juillet 1579 et où fut prononcée la célèbre Remontrance d'Arnaud de Pontac, évoque de Bazas.
M. Tamizey de Larroque a réimprimé cette Remontrance du 3 juillet 1579 dans son recueil: Arnaud de Pontac, èvéque de Ba%as. Pièces diverses (Bordeaux, 1883, pet. in-8°).
Il visait Nérac. Après quelques démonstrations fictives contre le Mas-de- Verdun et autres places, il marcha sur Francescas et vint camper devant Nérac. Henri était absent, mais il ne tarda guère à revenir, et des combats eurent lieu pendant plusieurs jours autour de la ville, où les fêtes d'ailleurs n'avaient pas cessé un instant. Les jeunes fous de la cour faisaient alterner les danses et les estocades ; les dames assistaient du haut des remparts à ces jeux étranges.
Quand il s'éloigna, se dirigeant vers Mézin, Biron, furieux de voir la reine et ses femmes assister à sa retraite du haut d'une des tours, fit tirer le canon contre la ville, brutalité qui lui valut peu après la perte de sa lieutenance de Guyenne.
Ce maréchal prit Mézin. Il fit encore en novembre une tentative contre Sainte-Bazeille, défendue alors par Fabas ; puis il marcha sur Auvillars dont il s'empara, et occupa ensuite Valence, Sauveterre1, Saint- Maurin, ainsi que les maisons fortes de l'Hostelnau, de Paradou, d'Auzilis et de Coupet2. Aiguillon était surpris. Vivant, de son côté, avait réduit Castelmoron, Gaumont, Fauillet, Gavaudun, Goudourville3 et Tonneins-Dessus ; mais il avait échoué devant Clermont- Dessous.
1 Sauveterre d'Astafl'ort, sur la rive gauche de la Garonne, à 11 kil. d'Agen. Sauveterre possédait alors un fort assez important dont il reste des substructions et quelques vestiges de murailles et de tours, aux abords d'un vieux pont sur le ruisseau de l'Estressol datant de 1785.
Ce fort de Sauveterre était placé au confluent même du ruisseau de l'Estressol, et ses murs étaient baignés par la Garonne. Nous verrons qu'il fut rasé en juillet 1622. Des travaux de rectification du lit du fleuve ont éloigné de la rive ce point où les bateaux accostaient encore il y a une cinquantaine d'années.
Comme bastide, l'origine de Sauveterre est mal déterminée et ses Coutumes ne sont point connues.
2 Ces maisons fortes, aujourd'hui disparues, se trouvaient entre Castelculier et Clermont-Dessus.
3 Goudourville, aujourd'hui de l'arrondissement de Moissac.
l'agenais AU XVIe SIÈCLE 303
A la nouvelle de la prise de Cahors, Henri III avait prescrit une guerre à mort, ordonnant à ses sujets d'implacables représailles contre les rebelles, ordre déplorable qui ne pouvait avoir que de funestes conséquences 4.
En novembre 4580, on apprit que les protestants de Tournon et de Monflanquin visaient la place de Penne, et que les troupes de Puymirol devaient tenter une surprise d'Agen, où Lussan, nommé gouverneur, exerçait précisément la plus grande vigilance. Le roi de Navarre, fixé à Sainte-Foy, tenait alors la Conférence de Fleix. On, pouvait craindre que, venant par Clairac, il n'appuyât l'entreprise de Puymirol. La
La baronnie de Goudourville se trouvait dans les sénéchaussées d'Agen et de Lauzerte et comprenait cinq communautés. Elle appartenait alors à la maison de Caumont. En 1598, cette baronnie fut vendue à Guillaume Daffis, premier président du Parlement de Bordeaux, par le comte et la comtesse de Saint-Paul (François d'Orléans- Longueville et Anne de Caumont). La fille de Guillaume Daffis, Catherine, dame de Goudourville, porta ce fief à François-Artus Le Comte, captai de la Tresne, président à mortier au même Parlement (V. Le Parlement de Bordeaux, par A. Communay, p. 117. — Archives département, de la Gironde. Fonds des notaires, minutes de Me Dussault).
Le premier seigneur connu de Goudourville est Pierre de Gasques, mentionné en 1088 (V. Moulenq, Documents historiq. sur le Tarn -et- Garonne, t. m, pp. 330-334).
I C'est en 1580 que les religieuses du Chapelet, de l'ordre de Saint-Domique, s'établirent à Agen.
Anne de Caumont, femme du comte de Longueville, fonda à Paris la première maison de cet ordre créé au xme siècle et réformé au xvie.
De Lectoure, où elles se trouvaient dès 1576, ces religieuses se transportèrent à Agen et s'établirent près de Saint-Caprais, dans l'espace compris entre les rue et place Saint-Caprais (aujourd'hui Raspail), les rues d'Amour et Fon- Nouvelle, espace traversé maintenant par deux rues modernes. Le couvent des Dominicaines, dont l'entrée était sur la place Saint-Caprais, fut vendu par lots en 1794, sauf l'église et les principaux bâtiments qui servirent de prison jusqu'en 1818, puis d'Ecole d'Enseignement mutuel jusqu'en 1822, date de leur cession à des tiers.
II ne reste plus du couvent du Chapelet qu'une tour romane du commencement du xme siècle, ayant appartenu sans doute à la deuxième enceinte extérieure d'Agen. Cette tour, assez bien conservée, avait été transformée en clocher par les religieuses. C'est un des plus anciens débris du vieil Agen (V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 17S9, par Ph. Lauzun, t. n).
compagnie du sénéchal vint aussitôt renforcer la garnison, pendant que Biron, partant de Gimont le 17 novembre, ralliait son camp de Port-Sainte-Marie pour être prêt à tout événement. Mais rien de ce qu'on redoutait ainsi n'arriva.
Gondé n'ayant pu tenir dans La Fère s'était enfui en Allemagne, et Henri III se préoccupait surtout des Pays-Bas. Le 26 novembre, le traité de Fleix fut signé, aux mêmes conditions encore que celui de Bergerac. Une Chambre de Justice devait être établie en Guyenne.
Gomme d'habitude, les Agena^s eurent une peine infinie à se défaire de la garnison qui les pressurait et qu'ils n'avaient même pas d'argent pour solder.
Le calme qu'ils rêvaient et croyaient enfin entrevoir était cependant bien éloigné encore : les événements devaient peu tarder à les replonger dans les alarmes.