CHAPITRE PREMIER
Les Nitiobriges — Aginnum — Période gallo-romaine — Les Wisigoths
(An 52 avant Jésus-Christ — An 507 de l'Ere chrétienne)
es Nitiobriges ou Agenais étaient un peuple celte dont le territoire, situé aux confins de la Celtique et de la Gaule Narbonnaise, est aujourd'hui difficile à déterminer exactement1. Ce territoire traversait la Garonne vers le confluent du Tarn et au-dessous de Marmande. Du côté de la
1 V. Géographie de Ptolémée, livre II, chap. vu, et Géographie de Strabon, livre iv ; — Notilia Gaïdar uni, par Ad. de Valois (Paris, 1675, in-f°) ; — Notice de l'ancienne Gaule (Paris, 17G0, in-4°), et Géographie ancienne (Ibid.,
niSTOIRE DE L'AGENAIS, T. I.
Novempopulanie, ses limites étaient probablement celles de l'ancien Armagnac, où se trouvaient les Solicites, les Elusates, les Garites, les Auscii et les Ladorates l. Condom et le Condomois, qui en faisaient
1768-69, gr. in-f°), par d'Anville ; — Géographie des Gaules, par Walckenaer (Paris, 1839 et 1862, 3 vol. in-8° et 2 vol. in-12) ; — Dissertation sur les Nitiobriges, par Labrunie, publiée par Ad. Magen (Recueil des Travaux de la Société des Sciences, Lettres et Arts d'Age», lre série, t. vu, 1856); — Essai sur les Antiquités du Département de Lot-et-Garonne , par Saint-Amans (Agen, 1859, m-8"), 1re notice: Les Nitiobriges ; — Histoire de VA ge nais, du Condomois et (tu Ba%adais. par J.-F. Samazeuilh (Auch, 1816, 2 vol. in-8°), t. ï; — Limites des Nitiobriges du côté des Tolosates, par Fr. Moulenq (Congrès Archéologique. 1874, in-8°, page 209); — Esquisse d'une Géographie historique de l'Agenais et du Condomois, par J.-F. Bladé (Revue de l'Ageuais, t. ni), etc. etc.
Le territoire des Nitiobriges comprenait donc, en départements modernes : 1° le Lot-et-Garonne presque tout entier; 2° une portion de la Gironde et du Gers, et 3° les cantons de Valence, Bourg-de-Visa, Montaigut, et les communes d'Auvillars, Bardignes, Saint-Loup, Sistels, Dunes et Donzac, de Tarn-et- Garonne.
1 Les Sotiates, peuple aquitain soumis par Crassus, avaient pour capitale Sos, aujourd'hui du canton de Mézin (Lot-et-Garonne), selon l'opinion presque généralement admise.
Les Elusates, peuple ayant pour capitale Elusa (Eauze), métropole de la Novempopulanie à la fin de l'Empire romain.
Les Garites, vers le confluent du Tara et de la Garonne.
Les Ladorates, ayant pour capitale Lactora (Lectoure). qui fut ensuite la capitale de la Lomagne, en Armagnac.
Les Auscii, dont la capitale s'appela d'abord Climberris, puis Auscius (Auch).
La question de l'emplacement de Y Oppidum des Sotiates, très controversée, a donné lieu à une foule d'études et de dissertations.
Cet Oppidum a été placé tour à tour à Aire, dans les Landes (P. Marca, Histoire du Béarn. Paris, 1640, in-f°. — Perrot d'Ablancourt, Trad. des Commentaires de César, etc.); à Lectoure (Am. Thierry, Histoire des Gaulois Paris, 1828. in-8°. — Cassassoles, Notice Historique sur la Ville de Lectoure. Auch, 1839, in-8°. — Camoreyt, Etudes de Géographie Historique. Paris, 1883, in-8°, etc.); à Foix (Garrigou, Etudes sur V Ancien Pays de Foix... Les Sotiates (ki temps de César. Toulouse, 1856, in-8°, et Romains et Sotiates. Ibid., 1884-, in-8", etc.).
La conclusion en faveur de Sos a réuni le plus de suffrages : Ad. de Valois, Notilia Galliarum; d'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, et Géographie ancienne; Oïhénart, Notifia utriusque Vasconiœ, lum Ibericœ, tum Aquilanicx, etc. (Paris, 1638 et 1656, in-4°) ; Chiniac de La Bastide, Dissertation sur les Basques (Paris, 1786, in-8°); Villeneuve-Bargemont, Recherches sur le lieu qu'occupaient les Sotiates (Agen, 1808, in-8°) ; Du Mège, Statistique des Départements Pyrénéens (Paris, 1838, 2 vol. in-8°) ; Monlezun, Histoire de la Gascogne depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours (Auch, 1846-1850, 7 vol. in-8°) ; GhaudrucdeGrazannes, Nouvelles Considérations sur les Sotiates
l'agenais jusqu'au VIe SIÈCLE 3
partie, n'en furent distraits qu'en 1317 d. Après avoir touché aux Vasates (Bazadais), il devait atteindre au moins vers la hauteur de Squws ou La Béole, confrontant ainsi en aval au Bordelais, comme en amont il confrontait au Quercy2.
La capitale des Nitiobriges était Aginnum (Agen) , placée vers le centre du petit royaume.
Vingt-sept ans avant l'ère chrétienne, Auguste porta les limites de l'Aquitaine jusqu'à la Loire, et au ivc siècle, Valentinien la subdivisa en deux grandes provinces ayant pour capitales respectives Bourges et Bordeaux. L'Agenais fut compris dans la 11e Aquitaine.
Les fables inventées sur l'origine d'Aginnum n'ont absolument ni valeur, ni intérêt3 ; mais il doit être constaté que cette ville était en importance la seconde
(Agen, 1852, in-8°); Léonce Couture, Notes pour l'Histoire de la Paroisse et du Chapitre de Sos (Revue de Gascogne, t. xn); Samazcuilh, Monographie de la Ville de Sos (Agen, 1871, in-8°); Barthalès, Les Sotiates, leur Origine, leur Histoire (Nérac, 1881, in-18), etc., etc.
1 Contlom et le Condomois faisaient partie de l'ancien Agenais. Ils dépendirent même du diocèse d'Agen jusqu'en 1317, époque de la création par le pape Jean XXII de l'évêché de Condom, supprimé en 1790. Pendant le moyen âge, ils comptaient dans la sénéchaussée d'Agen.
V. les Notes pour la Carte de l'Arrondissement de Condom, par Samazeuilh (Bordeaux, s. d. [1839], in-8°) ; la notice Condom, au 1. 1, 2e partie, p. 113 de la Guyenne Historique et Monumentale, par Alex. Ducourneau (Bordeaux, 1842-44, 4 parties en 2 vol. in-4°, av. pi., t. i, 2e partie, p. 113); Statistique des Départements Pyrénéens, par Du Mège, t. i ; Recherches sur les Origines de la Ville de Condom, par A. Plieux (Revue de V Agenais, t. i, 1874, p. 385, et mieux ; Revue de Gascogne, t. xxi, p. 174), etc.
2 Y. d'Anville, Notice de l'ancienne Gaule, p. G78 ; Oïliénart, Notifia Ulriusque Vasconiœ...., chap. v, etc.
3 V. Histoire de la Ville d'Agen et Pays d'Agenois, par Labénazie (Saint- Nicolas [Montauban], 1888, gr. in-8°), p. 3; Dissertation sur les Nitiohriges, par Labrunie; Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère (Agen, 1855, 2 vol. in-4°, pi.), t. i, p. 10 ; Essai sur les Antiquités du Déparlement de Lot-et-Garonne, par Saint-Amans, lre notice, etc.
V. aussi : Sur les différentes Origines de la Ville d'Agen, par H. Escande (L'Art en Province, t. v, 1840, p. 265).
de la iic Aquitaine. Dans l'ordre des préséances, les évoques d'Agen venaient, en effet, immédiatement après le métropolitain.
Aginnum put n'être d'abord qu'un simple hameau entouré de murailles. Il était déjà rebâti dès le nc siècle, et se trouvait tout à fait au sud de la ville moderne, entre les portes Saint-Louis et du Pin et l'Hôpital Saint-Jacques. Détruit par les Normands vers le millieu du ixe siècle, il fut reconstruit en aval, entre l'ancien emplacement et le coteau. La nouvelle cité existait dès le Xe siècle; elle était alors circonscrite entre les portes Sainte -Anguille (près de la Place du Marché), démolie en 1773, de la Grande- Horloge^ de la Petite-Boucherie, de l'ancien Hôpital (rue des Martyrs) et du moulin de Saint-Cap rais. Mais l'accroissement de la population rendit bientôt cette délimitation insuffisante, et des faubourgs ta l'est, à l'ouest et au sud vinrent assez promptement s'y adjoindre.
En 1229, après le traité de Meaux restituant l'Agenais à Raymond VII, comte de Toulouse, les anciens murs furent démolis, les fossés comblés, les faubourgs réunis à la ville, et une enceinte nouvelle fut construite, munie de cinq portes et flanquée de douze tours2. Il en sera reparlé.
Du reste, Agen ne fut jamais bien fortifié et capable d'une défense sérieuse. Son rôle militaire ne fut, dès lors, que peu actif. Longtemps il fut défendu par le château de Castillou, situé à deux kilomètres de son
1 Sur la porte de la Grande-Horloge, V. une note spéciale du chap. xi.
5 V. Enceinte intérieure, et Enceinte extérieure d'Agen après la Saint- Barthélémy, par Amédée Moullié (Recueil des Travaux de la Société des Sciences, Lettres et Arts d'Ayen, 1rc série, t. vi [1853] et t. vu [1855]).
Sur les autres portes et sur les tours d'Agen des indications sont données au chap. x.
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enceinte et ruiné par les Anglais au xnc siècle1. Au commencement du xmc, il avait des murs qui, rasés, ai-je dit, en 1229, n'étaient pas reconstruits en 1250, et présentaient encore cent ans plus tard une lacune de 5.465 brasses. Le château de Monrevel, situé sur l'emplacement de l'Hôtel de Ville actuel 2, était hors de l'ancienne enceinte, et isolé à ce point que les Anglais purent s'en emparer en 1345 sans être aperçus des habitants. Ce qu'on nomme Quartier du Château devait être sans doute plus ou moins fortifié.
On peut mentionner encore le Castrum Sancti Stepha7ii 3, qui protégeait peut-être la cathédrale et ses cloîtres, Févêché et un cimetière, et enfin le Temple4, fondé au xne siècle et placé vers l'extrémité de l'ancienne rue Saint-Gilis.
Cet ensemble étrange et aussi défectueux que possible ne s'inspirait évidemment d'aucun plan méthodique et raisonné.
Revenons aux Nitiobriges.
Leur histoire est complètement ignorée jusqu'à l'époque de la conquête romaine. La première mention qui soit faite de ce peuple se trouve dans les Commentaires de César5, l'an 700 de Rome, 52 ans avant l'ère chrétienne. Les Agenais ou
1 V. sur Castillou et son siège de 1161 une note spéciale du chap. m.
2 Sur le château de Monrcvel, V. une note du chap. vin.
:i Ce Castrum Sancti Stephani, Castrum Cathedralis Aginni, dont il est parlé dans les anciens documents, se trouvait-il, comme on l'a supposé, sur remplacement do la Cathédrale Saint-Etienne ?
V. Histoire ancienne et moderne du Département de Lot-et-Garonne depuis l'an 56 avant Jésus-Christ jusqu'en 1814, par FI. Boudon de Saint-Amans (Agen, 1836, 2 vol. in-8°), t. n. p. 341 : Histoire relu}, et monum. du Diocèse d'Ayen, par l'abbé Barrèrc, t. i, p. 23"2, etc.
4 V. des notes spéciales sur la Cathédrale au chap. îv, sur le Temple au chap. vi, et sur YEvêché au chap. vin.
• Commentant de liello Gallico, 1. vu, c 31 et 46.
Nitiobriges avaient alors pour roi Teutomar, fils d'Ollovicon. Ils avaient obtenu du Sénat de Home, on ne sait pour quelle cause, la qualification quelque peu compromettante d'Amis des Romains. Néanmoins, ils répondirent au patriotique appel de Vercingétorix, et Teutomar rallia l'armée du héros gaulois avec une cavalerie nombreuse « levée dans son pays et dans l'Aquitaine »*. Au siège de Gergovie , Teutomar manqua d'être surpris par les Romains. Il s'était endormi dans sa tente; son quartier général fut enlevé, et lui-même eût à peine le temps de s'échapper sur son cheval et à demi-nu3.
On sait quelle fut l'issue de cette lutte suprême. L'indépendance gauloise périt bientôt tout entière sous les murs d'Alesia4, et les Romains vainqueurs ne rencontrèrent plus aucune résistance.
L'obscurité la plus complète environne l'histoire d'Agen entre cette lointaine époque et le milieu du 111e siècle de l'ère chrétienne. Aucun document quelconque se rapportant à cette période d'environ 300 ans n'a survécu aux événements de toute sorte survenus en Agenais.
La Gaule Aquitanique devint province romaine. Les vainqueurs surent s'assimiler si parfaitement les vaincus que ceux-ci semblèrent perdre jusqu'au
1 « ...Teutomatus, Olloviconis filius, rex Nitiobrigum, cujus pater ab senatu nostro amicus erat apellatus, cum magno equitum suorum numéro, et quos ex Âquitania conduxerat, ad eum pervenit. »
2 Gergovie, capitale des Arvernes, dans la Ire Aquitaine, à 5 kil. de Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme).
:î « ...Teutomatus rex Nitiobrigum, subito in tabernaculo oppressus, ut méridie conquieverat, superiore corporis parte nudata, vulnerato equo, vix se ex manibus pra)dantium militum eriperet. »
4 Alesia était située sur le mont Auxois, sur la pente duquel est aujourd'hui Alise-Sainte-Heine (Côte-d'Or).
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souvenir de leur origine. Religion, langue, mœurs se transformèrent, et l'histoire même de tous ces peuples si longtemps indomptables parut ne plus dater que de la venue de César.
La civilisation latine apportait aux Gaulois le goût des arts et des sciences. L'agriculture fit chez eux de rapides progrès. De toute part s'élevèrent des palais, des thermes, des cirques, des amphithéâtres et des temples1.
Après Actium, Octave, surnommé Auguste, demeura seul maître du monde romain comprenant tout l'Occident; mais les destinées de Rome étaient accomplies: le monde antique allait donner bientôt des signes de décrépitude et de décomposition sociale.
Le Christianisme, né sous le douzième consulat d'Auguste, se propagea rapidement. Quelques-uns ont supposé que saint Sernin, évoque de Toulouse, fut le premier initiateur de la Gascogne, vers la fin du 1er siècle de l'ère nouvelle; toutefois, ce n'est qu'au inc siècle, sous le consulat de Decius et de Gratus, qu'on place la mission si controversée des sept évêques, dont l'un, saint Martial, fixé à Limoges, aurait évangélisé notre région. Ce serait lui qui aurait placé la première cathédrale d'Agen sous l'invocation de saint Etienne2.
C'est aux environs de l'an 257 qu'on fixe à
1 Pour les divers travaux relatifs aux antiquités d'Agen et de l'Agenais, V. la Bibliographie générale de l'Agenais (Paris et Agen, 1886-1891, 3 vol. gr. in-8°), articles nombreux groupés dans l'Index méthodique du t. ni, à la section Archéologie. J'ai déjà cité l'Essai sur les Antiquités du Département de Lot-et-Garonne, de Saint-Amans ; je mentionne encore ici : Epigraphie antique de la Gascogne, par J.-F. Bladé (Bordeaux, 1885, in-8°); — Inscriptions romaines de Bordeaux, par Camille Jullian (Ibid., 1887-18'JO, 2 vol. in-4°, Pig.). Ce dernier ouvrage, appartenant à la collection des Archives Municipales de Bordeaux, otfre pour l'Agenais un très vif intérêt.
2 V. la Dissertation de Labrunie sur les Livres liturgiques de l'Eglise d'Agen, publiée par Ad. Magen (Recueil des Travaux de la Société... d'Agen,
Yellanum le martyre de saint Vincent, diacre, dont l'inhumation eut lieu à Pompejacum, placé par les uns à Agen, par d'autres à Pompiey, en Gondomois, et par d'autres encore, avec plus de vraisemblance, au Mas-d'Agenais1.
Un peu plus tard, vers 286, saint Firmin, envoyé par Honorât, évêque de Toulouse, catéchisa l'Agenais. On suppose qu'il dut baptiser à Agen la jeune Foi2, Gaprais, Prime, Félicien, etc., qui, peu après, vers 290 ou 300, furent martyrisés dans cette ville par ordre de Dacien, gouverneur de l'Aquitaine.
On a prétendu que saint Caprais fut le premier évoque d'Agen ; mais cette opinion, très controversée et qui a donné lieu à des discussions interminables,
2e série, t. i, p. 217 et suiv.). V. aussi la Revue de Gascogne de mai 1884 (article de M. Léonce Couture).
1 V. la Dissertation sur les Nitiobriges, de Labrunie, et son 2e Appendice par M. Ad. Magen : De quelques Difficultés relatives au Martyre et à l Inhumation de Saint Vincent.
Plusieurs Agenais, et notamment l'abbé Barrère, ont fait de saint Vincent un disciple de saint Caprais et reporté son martyre à l'an 303.
Sur le Mas-d'Agenais, V. une courte étude publiée dans Y Echo de Marmande, nos des 26 novembre 1839 et 27 août 1840 : Notice historique sur la Ville et l'Eglise du Mas-d' Agenais, par L.-F.-P. Lagarde.
L'église du Mas-d'Agenais, placée sous le vocable de Saint-Vincent d'Agen, date du XIe siècle. Elle dépendait d'un monastère établi dès les premiers âges et plusieurs (ois détruit et rebâti.
Le prieuré du Mas acquit une grande importance. Son évêque-prieur, qui jouissait encore d'une haute autorité au xvne siècle, était seigneur du lieu au xnie, époque probable de la fondation du Chapitre de S'-Vincent du Mas. V. Le Sceau de la Ville de Condom, avec la description de quelques autres Sceaux relatifs à la Gascogne, par Ph. Lauzun (Revue de Gascogne, 1883). — V. aussi Sceaux Gascons du moyen âge, par Paul La Plagne Barris (Paris et Auch, 1888-1802, gr. in-8° en 3 parties, av. vign.), 3e partie, p. 615.
lin Guillaume de Pins, prieur du Mas, fut appelé à l'évêché de Bazas en 1265. V. Archives Historiques du Département de la Gironde, t. xv, p. 33. — J'aurai à citer fréquemment cette collection précieuse commencée en 1851 et comptant aujourd'hui 26 vol. (Paris et Bordeaux, in-4°).
2 Foi (ou Foy) était native d'Agen. D'après la légende, cette vierge agenaise fut martyrisée à l'âge de quatorze ans, en compagnie de sa sœur Alberto et des frères Prime et Félicien. — Le tour de Caprais vint ensuite.
Le culte de sainte Foi fut très populaire au moyen âge. Ses reliques, déro-
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ne s'appuie sur rien de probant1. Le premier évoque d'Agen réellement connu est saint Phébade, vers 358. Ce prélat, supposé d'origine grecque, écrivit un ouvrage contre les Ariens, assista à plusieurs conciles, dont il présida même quelques-uns, et acquit dans l'Eglise d'Occident une grande réputation de savoir et de sagesse.
En 395, saint Dulcide lui succéda. On a peu de détails sur cet épiscopat, après lequel se produit dans la liste des évêques d'Agen une lacune considérable.
En dehors des persécutions religieuses' et de l'invasion des Huns, Agen, comme toute l'Aquitaine, avait été assez tranquille sous les Empereurs, depuis la conquête jusqu'à Honorius, qui, en 395, succéda à son père Théodose dans l'empire d'Occident.
Ce fut sous son règne que les Alains et les Vandales ravagèrent l'Aquitaine, de 408 à 411. Les villes furent saccagées et détruites, les populations décimées. Agen, riche et peu fortifié, devait être naturellement une proie facile pour ces barbares, qui ne se retirèrent devant les Wisigoths qu'après avoir entièrement ruiné le pays.
Le roi des Wisigoths, Atolphe, à qui Honorius avait abandonné l'Aquitaine, ne fit pas moins de ravages que les Vandales, et Agen eut surtout à souffrir de son passage.
bées par un moine vers la fin du ixe siècle et transportées au monastère de Conques, en Rouergue, étaient en grande vénération.
Sur la vierge agenaise, V. les ouvrages indiqués dans la niblioijrapltie de l'Agenças, aux articles Foi, David d'An (jars , BUhonis, Bourrai., Firminhac, (tombas, etc. Je me borne à mentionner ici : Histoire da Sainte Foy, par l'abbé Servières (Rodez, 1872, in-16 ; 48 éd., ibid., 1879, in-12, lig\).
V. aussi : Dardy, L'Etjlise d'Agen.. .m ivn siècle (Agen, 1881, in-16).
1 Sur l'épiscopat incertain de saint Caprais, V. Histoire da la Villa d'Agen, par Labénazic; Ilist. relig. et monurn. du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t. i ; Les Evêques d'Agen. Essai historique, par l'abbé (lombes (Agen, 1885, gr. in-8°); art. Caprais, t. i de la Bibliographie da l'Agenais, etc.
Un moment chassés de la province, les Wisigoths furent rappelés par Constantin, qui, en 419, donna à leur roi Yuallia la seconde Aquitaine, de Toulouse à l'Océan. Vuallia s'établit à Toulouse. Théodoric lui succéda en 440 ; puis vinrent Tursumundus, Théodoric II (457-470) , Eovix (470-484) , et enfin Alaric (484-507).
L'an 507 fut celui de la délivrance. Glovis, roi des Francs, vainquit les Wisigoths à Vouillé, près de Poitiers, et tua leur roi Alaric de sa propre main.
Les villes' de l'Aquitaine s'empressèrent d'ouvrir leurs portes au vainqueur, qui soumit tout le pays compris entre la Loire et la Garonne1.
Pendant cette première période historique, Agen et l'Agenais virent naître plusieurs hommes remarquables :
Alcime (Latinus-Alcimus-Alethius), historien, poète et orateur latin du ive siècle, né à Agen. Il avait écrit une Vie de Julien V Apostat, qui s'est perdue, ainsi qu'une Histoire de Salluste, préfet et consul des Gaules. On ne connaît de lui qu'une épigramme
1 Sur l'histoire générale de l'Aquitaine, V. notamment les ouvrages suivants: Rerum Aquitanicarum... par Dadine d'Auteserre(Tolosa3, 1648-57, 2 vol. in-4°). — Histoire sacrée a" Aquitaine, lre partie (seule parue), par Jean Baiole (Cahors, 1644, in-4°). — Les Annales d'Aquitaine..., par Jean Bouchet (S. 1. [Poitiers], 1525... 1557, in-f« ; éd. Abraham Mounin, ibid., 1644, in-f°). — Traité en forme d'Abrégé de l'Histoire d'Aquitaine, Guyenne et Gascogne..., par Pierre Louvet (Bordeaux, 1659, in-4°). — Essai sur l'origine du premier duché d'Aquitaine, par Claude Perroud (Paris, 1881, in-8°). — Histoire politique et statistique de V Aquitaine, par G. de Verncilh- Puyrazeau (Paris, 1822-27, 1840, 1843, 3 vol. in-8°), etc., etc.
V. aussi divers travaux de géographie historique de M. J.-F. Bladé, énumérés aux t. i et m de la Bibliographie générale de l'Agenais.
Les Notitia Galliarum, d'Adrien de Valois, et Notitia utriusque Vasconix, etc., d'Oïhénart ont été déjà citées.
L'AGENAIS JUSQU'AU VIe SIÈCLE 11
de quatre vers à la louange d'Homère l. Ausone et Sidoine Apollinaire ont vivement loué l'éloquence d'Alcime.
Drepanius (Latinus-Pacatus) , poète et orateur de la même époque, qu' Ausone comparait à Catulle et dont on n'a qu'un Panégyrique de Théodose, prononcé dans le Sénat en 386 2.
Son fils écrivit, croit-on, une Vie de S[-Paulin qui ne nous est point parvenue.
Lupus, rhéteur du Ve siècle, né à Agen, mort vers 450. Il professa l'éloquence dans sa ville natale et à Périgueux, et s'occupa aussi de mathématiques. L'Histoire littéraire de la France, qui le fait naître à Périgueux, lui attribue les Actes de S^Vincent3.
Sulpice sévère (Sulpicius Severus), surnommé le Salluste chrétien, historien et orateur, né probablement à Lauzun (ElusoJ, mort vers 431.
Il appartenait à une riche famille gallo-romaine et avait déjà acquis une brillante réputation d'éloquence à Toulouse quand il se consacra, en 403, à la propagation des dosrmes chrétiens. Il vendit alors ses biens,
en distribua le produit aux pauvres et vécut ensuite dans l'isolement et la prière. Il mourut non loin d'Eluso, dans une villa appelée Primuliacum, placée
1 Cette épigramme d'Alcime a été imprimée dans le Corpus Poetarum latinorum, de Mettaire (Londres, 1714; La Haye, 1721, 2 vol. in-f°) ; dans le t. i, 2e partie, p. 188, de V Histoire littéraire de la France des Bénédictins et de l'Institut (Dom Rivet, etc.). (Paris, 1733 et suiv.), etc.
2 Le Panégyrique de Théodose a été plusieurs fois imprimé (V. la Bibliographie générale de l'Agenais, t. i ). Le seul tirage spécial, annoté par Jean Scheffer, a été publié en 1051 (Stockolm, in 8°.)
3 Lupus était sûrement Agenais, au témoignage de Sidoine Apollinaire. Labénazie le fait évoque d'Agen après saint Dulcide, et même le canonise
sous le nom de saint Loup.
par quelques-uns en Languedoc ou près de Marseille, et par d'autres sur les confins de l' Agenais1.
Sulpice Sévère était l'intime ami et le confident de saint Paulin, évoque de Noie. On a de lui une Histoire sacrée (Ilistoria sacra), de la création à l'an 100; une Vie de Saint Martin de Tours (Vita Sancti Martini Turonoisis) écrite vers 399; un Entretien et dix lettres2.
1 V. sur Eluso et Primuliacum Y Histoire religieuse et monumentale du Diocèse d'Agen, par l'abbé Barrère, t i, et spécialement: Histoire de la Ville et des Seigneurs de Cancon, en Agenais, de/mis les temps les plus reculés jusqu'en 17S0, par Lucien Massip (Agen, J8D1, gr. in-8").
L'auteur de ce dernier ouvrage a résumé (p. 21 et suiv.) les diverses opinions émises à ce sujet par le Gallia Christiana, Scaliger, Sinnoud» Lalande, etc. Pour Primuliacum, les conclusions les plus rccommandables et les plus autorisées l'identifient avec le petit hameau de Périllae,près de Cancon.
2 Les éditions latines et françaises des œuvres de Sulpice Sévère sont très nombreuses. Les premières remontent à 1406 et 1501. V. à ce sujet les notices qui lui sont consacrées dans la Bibliographie générale de l 'Agenais, t. n et in.