‹ Histoire de l'Agenais (volume 2)Chapitre 7 sur 18 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'Amenais du vi° au xe siècle — Les Francs — Les Gascons — Les Normands

près la mort de Clovis, les Wisigoths reprirent une partie des pays qu'ils avaient perdus, notamment le Rouergue, le Gévaudan, etc.

L'Amenais retomba-t-il aussi sous leur domination? Rien ne l'établit.

Les quatre fils de Clovis se firent entre eux une guerre acharnée. Clotaire, resté seul maître en 558, laissa lui-même quatre fils qui se partagèrent ses domaines. L'Aquitaine échut à Chilpéric.

Mais la discorde ne tarda guère à venir. Gontran, roi de Bourgogne, marcha contre Chilpéric; puis, en 584, il envoya des troupes en Aquitaine contre Gondebaud qui s'était fait couronner à Brive. L'armée de Gontran traversa la Garonne au Mas-d'Açenais, pilla cette ville et se lança cà la poursuite de Gondebaud, qui périt par trahison à Saint-Bertrandde-Comminges où il s'était renfermé.

Le général de Contran, Didier, comte de Toulouse, défit en 587 l'armée de Chilpéric commandée par Regenwald ou Renaud, gouverneur de l'Agenais et du Périgord1. Il prit Périgueux, et s'empara dans la basilique de Saint-Caprais d'Agen de la femme de Renaud, qu'il fit conduire à Toulouse.

C'est en 586, sous Chilpéric, que les Vascons ou Gascons, descendus des Pyrénées espagnoles, se répandirent dans la Novempopulanie. Rladaste, duc de Rordeaux, envoyé contre eux, fut tué et son armée fut complètement défaite. Le duc Astrovald n'obtint ensuite qu'un faible succès; les envahisseurs restèrent maîtres, malgré tout, du territoire désigné sous le nom de Vasconie citérieure2.

Vers 588, Lupus, leur duc, conquit la partie de l'Agenais située sur la rive gauche de la Garonne. En 602 , ils envahissaient l'Aquitaine, quand ils furent battus par Théodebert, roi d'Austrasie, et Thierry, roi de Paris, qui leur imposèrent seulement un duc (Gemialis) et un tribut.

C'est alors que, profitant des circonstances, Clotaire tenta de s'emparer des Etats de ses frères. On sait que sa tentative échoua ; mais, resté seul en 613, il

1 V. Histoire du Périgord, par Léon Dessalles (Périgueux, 1883-1885, 3 vol in-8«).

2 V. Histoire de la Gascogne, par l'abbé J.-J. Monlezun, déjà citée. — V. aussi Histoire d'Aquitaine, Guyenne et Gascogne, par Louvet; Histoire des Villes de France, de Guilbert: Gascogne, t. n, pp. 203-311 (par P. Grousset, L. Dessalles, E. de Mouglave, A. Marast, Ch. Cassan et P. Lafforgue), etc.

La Gascogne se composa des pays suivants: Chalosse, vicomtes de Dax et d'Orthez, Albret, régions Basque au Labour, Armagnac et Comminges. Elle a fourni les départements modernes des Landes, du Gers et de l'Ariège, et partie des Hautes et Basses-Pyrénées, de la Haute-Garonne et de Lot-et- Garonne.

Sur la géographie historique de la Gascogne, V. les divers travaux spéciaux de M. J.-F. Bladé, mentionnés aux t. i et n de la Bibliographie générale de VAgenais.

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constitua la monarchie française et établit, pour le malheur de ses descendants, les maires du palais.

Dagobert et Caribert succédèrent à leur père Clotaire en 628. Dagobert céda à son frère le Toulousain, FAgenais, le Périgord, etc. Caribert rétablit le titre de roi de Toulouse1. Dans ses Etats étaient compris Toulouse, Cahors, Agen, Saintes, Périgueux, Poitiers, Angoulême, et la Novempopulanie.

Une tentative d'insurrection des Aquitains et des Vascons contre les» Francs, fomentée en 627 par Palladius et son fils Sidoc, évêque d'Elusa (Eauze)2, fut réprimée, et dès 631 le pays tout entier était soumis à Caribert, qui avait épousé Giselle, fille d'Amand, duc des Vascons.

Caribert mourut en 631. Son fils aîné, très jeune encore, fut massacré par ordre de Dagobert; mais son frère Boggis régna comme duc d'Aquitaine. Il fut l'auteur de la maison d'Armagnac.

Agen dut subir alors bien des vicissitudes dans son épiscopat, supprimé sans doute comme en tant d'autres lieux. Durant cette longue période si agitée et si sombre, le pouvoir, sans stabilité aucune, appartenait tout simplement au maître du jour, qui avait évincé celui de la veille et serait supplanté par celui du lendemain.

1 V. Histoire générale de Languedoc, par dom Vaissetle et dom Devic (Paris, 1738-1745, 5 vol. in f°). Une nouvelle et très remarquable édition de ce bel ouvrage, édition corrigée et augmentée, vient d'être terminée avec le concours de nombreux érudits, dont quelques-uns membres de l'Institut, et continuée jusqu'en 1790 par M. Ernest Roschach (Toulouse, Privât Frères, 1872-1881), 14 vol. in 4°).

2 Eauze (Elusa), première métropole de la Novempopulanie, eut des évêques jusqu'à sa ruine par les Sarrasins, vers 720. Le siège fut transféré à Bordeaux d'abord, puis à Aucb. — V. P. Lafforgue, Histoire de la Ville d'Auch (Auch , 1851,2 vol. in-8°).

Suloc fou Senoc) fut évèque d'Elusa jusque vers 662.

Eudes, fils de Boggis, succéda à son père en (}$$, réunissant les droits des Mérovingiens et ceux des Vascons, et parvint à étendre le duché d'Aquitaine jusqu'à la Loire. Il prit parti pour Chilpéric II contre Charles Martel et fut défait en 748.

C'est sous le règne de Eudes que les Sarrasins, maîtres de l'Espagne, firent leur première incursion en France, dans la Narhonnaise et la Septimanie. Eudes les battit d'abord devant Toulouse en 721 ; mais l'invasion formidable de 732 le força d'appeler Charles Martel à son aide. Les Sarrasins, fondant sur l'Aquitaine conduits par Abdérame, s'emparèrent successivement d'Agen, de Bordeaux, de Périgueux, de Saintes et de Poitiers ; ils se dirigeaient sur Paris, lorsque Charles Martel les écrasa près de Tours.

Eudes mourut en 735, après avoir, oublieux des services rendus, fait imprudemment la guerre à Charles Martel, qui néanmoins laissa l'Aquitaine à son fils Hunaud (ou Hunald) , sous réserve de l'hommage. Mais Hunaud, d'un caractère très indocile, ne devait avoir lui-même que peu de repos.

Un retour offensif des Sarrasins en Languedoc, en 738, nécessita encore l'intervention de Charles Martel, qui parvint à chasser enfin ces barbares de l'Aquitaine. Malgré ce nouveau bienfait, Hunaud se révolta en 739 et 740 contre Charles; mais celui-ci le battit chaque fois, et en mourant, en 741, laissa à ses fils l'autorité qu'il avait acquise sur le duché.

L'aîné des fils de Charles Martel, Carloman, s'étant retiré dans un monastère d'Italie en 747, Pépin son frère (Pépin le Bref), dès lors seul maître de l'autorité, fît déposer Childéric III, le dernier Mérovingien, et fut sacré d'abord à Soissons, par saint Boniface, en 752, puis une seconde fois h Saint-Denis, par le pape Etienne II, en 754.

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Hunaud avait repris en 744 ses turbulentes entreprises. Il essuya sans cesse des revers, et finalement se vit forcé de se démettre du pouvoir en faveur de son fils Waïfre (ou Waifer) en 745. Il se retira alors dans un cloître de l'île de Ré.

Waïfre se conduisit en tyran et s'aliéna l'esprit de ses sujets. Il voulut continuer les folles équipées de son père contre Pépin, qui, en 760, lui déclara la guerre sous prétexte de restitution des biens enlevés aux églises. Pépin entra en Aquitaine et força Waïfre à accepter un traité qui devait être promptement violé. La guerre reprit en 761 et se prolongea pendant plusieurs années. Les armées franques furent constamment victorieuses ; elles dévastèrent le pays, et Waïfre, errant, fut assassiné en 768 par ordre de Pépin dans la forêt de Vergt. Sa mort amena la soumission générale de la contrée.

Déjà, dès 766, Pépin le Bref s'étant présenté devant Agen, cette ville lui avait aussitôt ouvert ses portes et prêté serment. Entraînées par cet exemple, la plupart des autres villes de l'Aquitaine et de la Gascogne s'étaient empressées de lui envoyer des délégués chargés de lui rendre hommage.

D'après un document apocryphe, c'est lors de son passage en Aquitaine, en 766, que Pépin aurait fondé l'abbaye de Clairac, par les soins de Gentulle-Maurelle, seigneur de ce lieu4.

Pépin étant mort en 768, ses deux fils, Charles et

1 V. Amédée Moullié, Notice sur le Diplôme de Pépin-le-Bref en faveur de l'Abbaye de Chirac (Recueil des Trav. de la Soc. des Se, Lett. et Arts d'Ageti, 2« série, t. n [1872], pp. 162-219).

Le diplôme ainsi analysé a été en quelque sorte annulé par la critique. Dans une annotation restée inédite de la notice agenaise, le savant diplomatiste Léon Lacabane a démontré jusqu'à l'évidence la fausseté de ce document, abandonné alors et de fort bonne grâce par M. Moullié lui-même.

HISTOIRE DE i/AGENAIS, T. I. 2

18 HISTOIRE DE LAGENAIS

Carloman, se partagèrent ses Etats. L'Aquitaine échut à Charles, que l'Histoire appelle Gharlemagne.

A la nouvelle de la mort de son fils., Hunaud sortit du cloître et reprit les armes. L'appel qu'il fit à l'Aquitaine et à la Gascogne fut entendu. On le proclama duc de ces provinces ; mais Gharlemagne allant vers lui, il ne se sentit pas de force à soutenir la lutte et battit en retraite jusqu'en Gascogne, où le duc Loup, son propre neveu, crut venger son père en s'emparant de lui et le livrant aux Francs, en 772. Hunaud ne resta prisonnier que deux années. Il parvint à s'échapper et fut tué dans Pavie en 774.

La trahison de leur chef souleva une réprobation générale des Gascons, qui se révoltèrent contre lui et le remplacèrent par le fils de Waïfre, portant aussi le nom de Loup et ayant pu échapper à ses ennemis. Gharlemagne dut ratifier cette élection.

Or le nouveau duc gascon n'avait pas oublié les persécutions de toutes sortes dont les Carolingiens avaient poursuivi sa famille. Il rêvait de vengeance et crut bientôt que le moment opportun était venu.

Sur les sollicitations du calife de Bagdad, Gharlemagne résolut de marcher contre le calife de Gordoue et convoqua l'Assemblée du Champ de Mai pour l'année 778. Il partit en avril de son palais de Gassinogilum, en Agenais, où il laissa sa femme Hildegarde, qui, peu après, mit au monde deux jumeaux : Lothaire, mort en naissant, et Louis, qui devait succéder à son père et porter le nom de Louis le Débonnaire.

Où était situé ce palais de Cassinogilum, lieu de naissance du fils de Charlemagne? On a cru longtemps qu'il s'agissait de Casseneuil, sur le Lot; mais il est aujourd'hui à peu près établi que c'était à Gasseuil, sur le Dropt, qui, du reste, d'après d'An-

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ville, Oïhénard, etc., faisait aussi partie de l'Agenais à son extrême limite *.

Après son expédition victorieuse en Espagne, l'armée carolingiene, faisant route pour l'Aquitaine, fut assaillie dans la vallée de Roncevaux par les Gascons que conduisait le fils de Waïfre. On sait qu'elle perdit toute son arrière-garde, avec le neveu de Charlemagne, Roland, qui la commandait et qui est devenu légendaire 2.

Charlemagne, très irrité, ne se préoccupa guère de l'origine du duc gascon, descendant de Clovis ; il *le fit pendre haut et court comme un vil malfaiteur. Loup-Sanche lui succéda.

Vers l'an 780, Gharlemagne érigea le royaume d'Aquitaine sur la tête du jeune prince Louis, qui à la mort de son père, en 814, le donna à son propre fils Pépin. On reporte aussi vers cette même époque la fondation du monastère de Squirs, qui devait être le berceau de La Réole, et de l'abbaye d'Eysses3.

1 Sur cette question de l'emplacement de Cassinogilum, bien des mémoires contradictoires ont été publiés. Samazeuilh, Labénazie, Barrère, O'Reilly, etc., ont été pour Casseneuil (Lot-et-Garonne) ; Labrunie, Saint-Amans, de Pi char d et bien d'autres ont conclu pour Casseuil (Gironde).

Entre tous, le mémoire de Th. de Pichard est décisif : Réfutation d'un passage de l' « Histoire complète de Bordeaux » (par l'abbé O'Reilly) relatif au Cassinogilum de Gharlemagne (Agen, impr. P. Noubel, 1861, in-8° de 16 pp.). V. aussi Inscriptions romaines de Bordeaux, par C. Jullian, déjà cité.

5 Le paladin Roland, neveu de Charlemagne, a été surtout immortalisé par la grande épopée nationale connue sous le nom de Chanson de Roland ou de Roncevaux, publiée dans son texte du xne siècle en 1837 et 1869 (Paris, in-8°), et aussi par Génin (Ibid., 1850, in-8°) ; par Th. Miïller (Gœttingue, 1851 et 1863); par L. Gautier (Tours. 1872, 2 vol. in-8», lig., et 1875, in-8°).

V. La Légende du Sud-Ouest de VAgenais sous les derniers Mérovingiens et Charlemagne, par L. Dardy (Paris, 1882, in-12).

3 V. Histoire de La Réole. Notice sur toutes les Communes de l'Arrondissement, par 0. Gauban (La Réole, 1873, in-8°). V. aussi une bonne notice de Léo Drouyn, au t. i, pp. 128-180 de la Guyenne Militaire (Guyenne Anglaise). Forteresses élevées pendant la domination anglaise (Bordeaux et

20 HISTOIRE DE [^GENAIS

Une révolte de la Haute-Gascogne fut réprimée par Pépin, et vers 819, à la mort de Loup-Sanche, les Francs évincèrent les héritiers de ce dernier et établirent ïotilus comme duc amovible de toute la Gascogne.

Quand Charlemagne avait érigé l'Aquitaine en royaume en faveur de son fils aîné, vers 780, il avait nommé quinze comtes français chargés de gouverner chacun une portion de ce nouvel Etat *. Ceci n'était pas sans doute une innovation; mais il serait néanmoins intéressant de connaître les noms des nouveaux titulaires de cette époque, dont neuf seulement sont cités par Aimoin 2. Le comte d'Agen, précisément, est

Paris, 1865, 2 vol. in-4°, pi.) ; La Guyenne Historique et Monumentale, par A. Ducourneau, t. i, 2e partie, pp. 264-286, etc.

Le morfastére de La Réole fut réformé en 1003 par Àbbon, abbé de Fleury, que tuèrent les habitants de ce lieu excités par les moines en 1004. V. les Archives Historiques de la Gironde, t. xv, p. 22.

En ce qui concerne l'abbaye d'Eysses, Darnalt s'inscrit en faux contre la date de 814, et pense que Charlemagne ne fut que le restaurateur de cette antique abbaye, fondée sur l'emplacement ftExcisum, ville des Nitiobriges.

Sur cette abbaye et ses diverses vicissitudes, V. une très curieuse étude de M. l'abbé Bertrand (alias Antoine de Lantenay), dans le t. xix (1892) de la Revue de VAgenais: Mémoire pour V Histoire de V Abbaye lès Villeneuve-d 'Agenois, avec Appendice. Tirage à part, complété : Bordeaux, 1893, in-8°.

Sous la Révolution, l'abbaye d'Eysses et ses dépendances, évaluées 218,000 livres, furent en partie aliénées comme biens nationaux en 1797. Le reste, affecté par un arrêté du 3 septembre 1803 à une maison de réclusion pour dix départements, fut remanié en 1804 et agrandi de 1812 à 1816. La Maison centrale d'Eysses n'est actuellement affectée qu'aux détentions correctionnelles des trois départements de Lot-et-Garonne, du Lot et de Tarn-et-Garonne.

La fondation de l'abbaye de Condom, que certains auteurs placent vers l'an 803, ne daterait que de 1011, d'après M. A. Plieux (Histoire de l'Abbaye de Saint-Pierre de Condom depuis son origine jusqu'à sa transformation en Evêché [10111-1311], Auch, 1881, in-8<>).

1 Le contrôle royal, la surveillance de l'administration locale des comtes, gouverneurs, évêques, viguiers, échevins, consuls, etc., s'exerçait par des agents nomades appelés missi dominici, parcourant sans cesse le territoire pour la propagation et la mise en vigueur des Capitulaires.

* Aimoin, bénédictin du Xe siècle, abbé de Fleury-sur-Loire, mort en 1008, écrivit une Histoire de France (De Gestis regum Francorum) conduite seulement jusqu'en 654 et qui n'est qu'un tissu de fables. Cette histoire fut plus

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resté inconnu. Quelques auteurs ont tenté de suppléer à cette lacune au moyen d'un document considéré aujourd'hui comme apocryphe, d'une charte qu'aurait donnée Charles le Chauve en 845 au monastère d'Alaon, en Catalogne *.

D'après cette charte, Ermiladius, prétendant descendre par Boggis de Clo taire II, eût été fait comte d'Agen par Charlemagne. Cet Ermiladius était fils d'Artalgarius, dont le père avait été massacré par Hunaud à Poitiers.

Ceci a toutes les allures de la légende.

On dit que, sous Louis le Débonnaire, le comté d'Agenais était possédé par Bernard II, duc de Septimanie, dont la fille Rogelinde l'eût apporté en dot à Wulgrin, comte d'Angoulême et de Périgord. Ce

tard continuée jusqu'en 1165. On la trouve dans les Historise Francorum scriplores, de Duchesne (Paris, 1636-1049, 5 vol. in-f°), et dans le t. in du Recueil des Historiens des Gaules et de la France (Rerum Gallicarum et Francicarum scriplores, par dom Martin Bouquet, etc. , continué par l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres (Paris, 1738-1876, 23 vol. in-f°). — La première éd. de {"Histoire complétée d'Aimoin a été donnée par J. Badins Ascensius (1514, in-f°). On en a deux réimpressions (1567, in-8°, et 1603, in-f").

1 La charte dite d'Alaon fut imprimée pour la première fois, avec ses neuf confirmations, par le cardinal de Aguirre (Collcctio maxima Conciliorum llispanite. Borne, 1694, t. m).

Cette charte a été l'objet de vives controverses.

Acceptée comme authentique jusque vers 1836, elle fut attaquée d'abord par Benjamin C.uérard, que Fauriel essaya de réfuter dans un Appendice au t. ni de son Histoire de la Gaule Méridionale sous la domination des Conquérants Germains (Paris, 1836, 4 vol. in-8°). Babanis en démontra de nouveau la fausseté, dans une étude spéciale: Les Mérovingiens d'Aquitaine. Essai historique et critique sur la Charte d'Alaon (Bordeaux, 1841-1856, in-8°).

La question pouvait donc être considérée comme épuisée. Néanmoins, M. J. do Bourrousse de Laffore crut devoir la reprendre en 1889, dans une dissertation dont la lre partie seule a été publiée : La Charte d'Alaon est-elle un document faux ou digne de foi ? {Recueil des Travaux de la Soc. .. d'Agen, Ie série, t. xi). Enfin, à la suite de cet essai de résurrection inopportune, M J.-F. Bladé a résumé le débat dans son mémoire ayant pour titre : La Charte d'Alaon et ses neu f confirmations, inséré dans le t. xvm de la Revue de l'Agenais (Agen, 1891, gr. in-8«), pp. 286-295.

Wulgrin aurait reconquis l'Agenais sur son beau-frère Guillaume, comte de Toulouse, qui s'en était emparé ; puis à sa mort, en 886, il l'aurait légué avec le Périgord à son fils cadet Guillaume, comte d'Agen, mort en 920. Celui-ci devait être dépossédé de l'Agenais dès l'an 900 par Sanche-Mitarra, duc de Gascogne, qui étendait ses possessions en abusant de la minorité d'Ebles, fils de Rainulfe II, comte de Poitiers et duc d'Aquitaine *.

Quoi qu'il en soit, Louis le Débonnaire étant mort en 840, son fils Charles le Chauve confirma le royaume d'Aquitaine à Pépin II, qui avait succédé à son père en 839. C'est sous son règne, en 843, qu'eut lieu la première apparition des Normands dans nos contrées.

Pépin s'étant fait couronner roi de toute l'Aquitaine indisposa contre lui son oncle Charles le Chauve. Les Normands saisirent cette occasion pour pénétrer plus complètement dans la région. Ils entrèrent en Aquitaine et saccagèrent tout sur leur passage jusque dans la Novempopulanie. En 844, après plusieurs échecs, les Gascons, conduits par leur duc Totilus, vainquirent enfin ces envahisseurs.

Totilus mourut en 845. Sigwin, comte de Saintes, fut élu pour le remplacer ; puis Guillaume, pris en 848 par les Normands, qui, deux ans plus tard, saccagèrent Toulouse.

Sanche-Sanchez, fils de Louis-Sanche, était alors duc de la Basse-Gascogne. Il se maintint malgré Charles le Chauve ; mais à sa mort, en 863, son neveu fut imposé aux Gascons comme duc amovible.

Une Assemblée de nobles et de prêtres, tenue à Orléans, ayant enlevé à Pépin la couronne d'Aquitaine

1 V. Dom Clément, Art de vérifier les dates (1750), éd. de 1783-87, 3 vol. in-f<\ t. il, p. 375.

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pour l'offrir à Charles le Chauve, Pépin s'allia aux Normands pour défendre ses droits, mais il fut obligé de se réfugier en Gascogne, où il fut pris par Sanche- Sanchez et livré à Charles le Chauve. Ce dernier le fit enfermer en 852 dans le cloître de Saint-Médard de Soissons, d'où il s'échappa bientôt pour s'unir encore aux Normands.

C'est alors, en 853, que, malgré les efforts du duc Arnaud, ces pirates remontèrent de nouveau la Garonne au moyen de leurs petits vaisseaux légers, dévastant les deux rives du fleuve entre Bordeaux et Toulouse.

L'antique Aginnum des Nitiobriges fut détruit de fond en comble. J'ai déjà constaté que la ville nouvelle fut édifiée un peu au nord, vers le pied du coteau de Saint-Vincent.

Nombre de villes eurent le même sort. Condom, Sos, le monastère de Squirs, l'abbaye d'Eysses, Bazas, Mézin, Lectoure, le château royal de Casseuil, Monsempron et bien d'autres tombèrent sous cet ouragan de fer et de feu d. Pépin, qui conduisait cette curée formidable à laquelle Toulouse parvint à se soustraire, fut pris et enfermé dans un cachot au monastère de Senlis.

La mort du duc Arnaud, survenue en 872, amena aussi des troubles graves. Les Gascons appelèrent à eux Sanche-Mitarra, le petit-fils de Loup-Centulle dépouillé par Louis le Débonnaire, qui s'était créé une réelle célébrité militaire en guerroyant contre les Sarrasins d'Espagne. Le titre de duc lui fut déféré.

Tout ou partie du comté d'Agen passa un moment

' Il pourrait être cité à ce sujet de nombreuses références. Je me borne au Veterum scriptorum... Spicileyium..., de dom Jean-Luc d'Achery (1655- 1677, 13 vol in-4°) ; éd. La Barre (Paris, 1723, 3 vol. in-f»), t. H, p. 581

sous Pautorité des ducs de Gascogne, à la suite de réviction des fils de Wulgrin par Sanche-Mitarra. En 920, la mort de ce dernier transporta le duché sur la tète de son fils Sanche II, qui adopta aussi le surnom de son père.

C'est en cette même année 920 que le prieuré de Sainte-Livrade fut fondé par saint Robert *.

Garsie-Sanche, dit le Courbé, succéda à son père Sanche II, et sa femme Honorée ou Amuna restaura l'abbaye de Gondom et la dota de divers domaines dépendant du comté d'Agenais.

Alors aussi la reconstruction d'Açen était en cours. Nous savons, notamment, par le testament de Raymond Ier, marquis de Gothie et comte de Rouergue -, que la nouvelle ville possédait déjà en 961 une cathédrale placée sous l'invocation de saint Etienne et une autre église dédiée à saint Gaprais.

Le même document nous apprend que Sos et Mézin se relevaient également de leurs ruines, et qu'à cette époque l'église d'Eysses était reconstruite 3.

La maison de Toulouse avait acquis, dès lors, une grande puissance. En 932, la soumission politique de

1 Le prieuré de Sainte-Livrade fut uni en 1118 à l'abbaye de La Chaise- Dieu, en Auvergne, par le pape Calixte II.

V. Notice sur le Prieuré de Sainte-Livrade, par Pb. Tamizey de Larroquc (Ageri, 1869, gr. in-8°).

Un prieur de Sainte-Livrade, Pierre de La Jngie, fut nommé en 1347 archevêque de Narbonne.

2 Raymond Ier de Toulouse, marquis de Gothie, comte de Rouergue, Gévaudan, Narbonne, etc., et en partie de Quercy et d'Albigeois, fils d'Ermengaud, le frère de Raymond-Pons III, comte de Toulouse. Il avait épousé Berthe, fille de Boson, marquis de Toscane et frère consanguin de Hugues, roi d'Italie, neveu de Boson 1er, comte de Provence. Il mourut en 961.

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