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Histoire de l'Agenais

L'Agenais au xvie siècle (Suite) — Huitième guerre de religion La reine de Navarre à Àgen — La Ligue.

'accalmie succédant au tumulte de l'année 1580 n'apaisa qu'un instant l'inquiétude générale. Dans les guerres civiles qui, depuis si longtemps, ensanglantaient le royaume, ce répit ne pouvait être évidemment qu'une courte trêve.

La paix de Fleix ne fut proclamée dans Agen que le 24 janvier 1581. Les habitants de cette ville croyaient être eniin débarrassés des gens de guerre ; mais leur situation était peu brillante. A peine les feux de joie

IllSTOIRK DE I/AGENAIS, T. II. !

étaient-ils éteints que de Bordeaux, le 1er février, le maréchal de Biron recommandait encore au sénéchal François de Bajamont de faire bonne garde. La surveillance fut donc aussitôt reprise1.

En mars, Bajamont et Lusignan eurent à Cadillac2 avec le duc d'Anjou une conférence où il fut décidé que le nouveau culte pourrait être pratiqué dans Agen comme l'ancien l'était dans les places occupées par les protestants. La mesure était grave, peu faite pour assurer l'exécution du traité et devait naturellement rencontrer d'ardentes oppositions. Les villes de l'Agenais se trouvaient, en effet, fort divisées. Tandis qu'Agen et Marmande restaient catholiques, d'autres, comme Tonneins, Clairac, Tournon, Monflanquin, Duras, Sainte-Foy, étaient à la Réforme, ainsi qu'aux alentours Layrac, Nérac, etc. Laplume et Gasteljaloux étaient mi-partie.

A la convention de Cadillac, Agen, indocile, répondait par un vœu diamétralement contraire. La fermentation des esprits était donc loin de s'apaiser. Une prise d'armes était redoutée pour le 22 avril. Les capitouls de Toulouse en avisaient les consuls d'Agen le 28 mars, et encore le 16 avril. Une agitation très vive régnait en Languedoc, en Dauphiné, un peu dans tout le Midi.

1 Diverses lettres écrites à Henri III par des délégués spéciaux établissent la gravité de la situation et le désari oi de la Chambre de Justice.

Parmi ces délégués du roi, je cite Joachim de Saint-Georges, seigneur de Vérac, et spécialement Philippe Strozzi, seigneur d'Epernay et de Bressuire, colonel général de l'infanterie, tué en 1582, fils du maréchal Pierre Strozzi. Deux lettres de Strozzi, datées, l'une de Nérac (26 mars 1580) et l'autre de Port-Sainte-Marie (30 du même mois), ont été publiées par M. Tamizey de Larroque, dans ses Documents inédits pour servir à l'Histoire de l'Agenais, pp. 149-152.

2 V. sur Cadillac (Gironde) une notice de Léo Drouyn, dans la Gmjenne Militaire, t..n, pp. 255-266.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 3

C'est vers cette date que, malgré les services signalés rendus par Biron, ce maréchal, poursuivi par le ressentiment de la reine de Navarre, fut relevé de ses fonctions de gouverneur de Guyenne et remplacé en juin 1581 par le maréchal de Matignon1.

Aux environs de la même époque doivent être placés aussi la prise et l'incendie de Monlezun2 dont s'était récemment emparé le capitaine de Sus3 et que reprirent Jean d'Antras4, Géraud de Baudéan5 et Fontenilles.

Des lettres patentes de Henri III établirent en juin une Election en Agenais, mesure impopulaire que de

1 Jacques de Goyon, comte de Matignon et de Thorigny, baron de Saint-Lô et maréchal de France, né en 1525, mort en 1597. Il avait été gouverneur de la Basse-Normandie en 1559.

V. Histoire du maréchal de Matignon, par Jacques de Caillière (Paris, 1661, in-fo).

2 Monlezun, à 6 kil. de Marciac, alors capitale du comté de Pardiac. Il ne reste plus du château que quelques ruines.

3 Antoine-Gabriel, seigneur de Sus (ou de Suz), près Navarrenx, mort avant 1594. Ce capitaine béarnais avait épousé en 1559 Jeanne de Montaut-Bénac et acquis une certaine renommée militaire. Il fut gouverneur de Mauvezin, en Nébouzan (V. Monographie du Château de Mauvenn, par Curie-Seimbres. Tarbes, 1868, in-8°).

4 Jean d'Antras de Samazan, seigneur de Pallane, fils de Sans d'Antras, né en 1548, mort après 1623. Il avait épousé en 1574 Françoise de La Violette, fille et héritière de Lancelot de La Violette, seigneur de Cornac, et fut l'auteur de la branche des d'Antras, seigneurs de Cornac, représentée encore de nos jours.

Jean d'Antras laissa sur les guerres de son temps de curieux Mémoires, qui devaient probablement s'étendre jusqu'en 1610, mais dont on ne possède qu'une partie.

Ces Mémoires de Jean d'Antras, que j'ai cités plusieurs fois, ont été publiés en 1880 par MM. J. de Carsalade du Pont et Tamizey de Larroque, avec Appendices, généalogie et annotations abondantes (V. leur mention à la p. 240 du t. Ier).

5 Géraud de Baudéan, fils d'Antoine, gouverneur de Bagnères.

Il épousa Olympe de Montastruc et fut tué devant le château de Saint- Blancard après 1590.

précédents essais avaient, ai-je dit, condamnée et qui devait être rapportée en juillet 4582, sur une démarche de Bajamont. En même temps, des compétitions de villes se produisaient : Villeneuve et Sainte-Foy accusaient une rivalité fâcheuse et réclamaient des sénéchaussées distinctes1 ; et durant ces puériles intrigues, on apprenait, en août, la prise de Périgueux par les catholiques en violation formelle de l'édit.

Agen semblait être encore menacé. Bajamont consentit à veiller, sous condition expresse que les habitants observeraient mieux le règlement militaire arrêté par Catherine et Biron.

Une Assemblée des Etats d'Agenais du 19 août multipliait les plaintes contre le roi de Navarre et ses troupes. Henri, de son côté, adressait à Henri III des réclamations nombreuses, revendiquait Mont-de-Marsan, protestait contre l'affaire de Périgueux, et obtenait encore Puymirol comme place de sûreté, malgré d'unanimes oppositions. Cette transaction, fort goûtée du prince, désolait Agen, qui se trouvait encore obligé à un surcroît de surveillance, à la restauration de ses ouvrages défensifs et à une augmentation de garnison.

J'ajoute que, dans la ville même, les conflits entre catholiques et protestants ne cessaient pas, malgré les efforts du gouverneur de Guyenne, Matignon, et du sénéchal de Bajamont, dont l'activité ne connaissait pas de fatigue. Du reste, Agen s'était trouvé encombré d'aventuriers, de gens sans aveu et de ribaudes qui maintenaient le désordre et que de sévères ordon-

1 Villeneuve avait déjà obtenu sous François Ier une sénéchaussée particulière supprimée en avril 1528.

En 1581, une création nouvelle eut lieu ; mais elle fut abolie en janvier

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nances des consuls avaient dû expulser, en même temps qu'elles soumettaient l'entrée des étrangers à des formalités minutieuses.

Le 21 février 1582, une Assemblée de notables vota, outre le maintien des gardes, la création d'un Hospice et d'un Collège1 et l'établissement d'un pont-levis à la porte Neuve, qui serait ouverte, bien que les excursions des troupes de Puymirol inspirassent toujours des inquiétudes. Un poste spécial défendait cette porte, et un autre, celle de Garonne. Les Agenais eussent désiré qu'on ouvrît aussi les portes Saint-Antoine et Saint-Georges, moins bien surveillées. La mesure eût été d'autant plus imprudente que le 11 juillet l'avis d'un projet de surprise arrivait de nouveau aux consuls. Ceux-ci, d'accord avec le sénéchal, édictèrentun nouveau règlement qu'approuva Matignon , et qui rappela aux habitants, sous menace d'occupation militaire, les devoirs qu'ils étaient par trop enclins à

1 Ce Collège d'Agen fut ouvert en 1591 et confié aux Jésuites, dont l'établissement en France datait de 1551 et qui en conservèrent la direction jusqu'en 1762, époque de leur seconde expulsion. Les Dominicains vinrent ensuite pour quelques années (1762-1767), puis les prêtres séculiers (1767-1781), et enfin les Oratoriens (1781-1793).

L'Ecole Centrale lui fut substituée de 1796 à 1802, et en 1811 eut lieu l'installation définitive d'un nouveau Collège, qui a été transformé en Lycée en

Le Collège d'Agen de 1591 était placé dans le quartier Saint-Hilaire, près de la tour de la Grande-Horloge, entre la rue de ce nom, où se trouvait son entrée principale, les rues des Jésuites (rue Maillé) et Caillou et des jardins privés. Il occupait, notamment, tout l'emplacement de la place de la Volaille (aujourd'hui place de la République), dont le nom a changé maintes fois. Ce local fut vidé en 1793 et vendu en 1798.

Je parlerai plus tard, à l'occasion de l'Ecole Centrale de 1796, des autres transformations du Collège d'Agen.

Le premier acte intervenu, sous l'épiscopat de Nicolas de Villars, le 23 juillet 1591, entre la reine de Navarre, l'évêque, les Chapitres, la Jurade et les Jésuites a été publié par M. Ph. Lauzun, dans l'étude très complète extraite du t. i de ses Couvents de la Ville d'Agen avant 17S9 : Notice sur le Collège d'Afjen depuis sa fondation jusqu'à nos jours (Agen, 1888, gr. in-8°). Le lecteur peut se reporter à cette Notice pour tout ce qui concerne l'histoire du Collège d'Agen.

négliger aussitôt que le danger cessait d'être imminent1.

Cependant la nouvelle Chambre de Justice prévue par le dernier édit avait été constituée le 26 novembre 1581. Elle se composait de deux présidents, quatorze conseillers, un procureur et un avocat du roi choisis dans le Parlement de Paris et le Grand Conseil, presque tous magistrats de haute et notoire valeur. Le premier président était Pierre-Antoine Séguier, et le second, Lavaur ; les conseillers se nommaient Jean Séguier, Claude Dupuy, Angenoust, Scarron, Montholon, de Béjart, Dudrac, de Thumery, Le Boussu, de Vilhères, Hurault de l'Hospital, Lazare Coqueley et Jacques-Auguste de Thou. L'avocat était Antoine Loisel, et le procureur Pierre Pithou2.

Cette Cour, aux pouvoirs presque illimités, devait siéger successivement dans les principales villes de Guyenne. Elle tint ses premières assises à Bordeaux

1 Pour la surveillance, Agen était subdivisé en dix-sept gâches ou quartiers, ayant chacun à sa tête un jurât ou un notable chargé de prendre toutes les mesures utiles. Pour la défense des remparts, les habitants étaient répartis en vingt-deux sections de dix hommes, chacune commandée par un chef appelé caporal, et que dirigeaient deux ou trois jurats ou notables désignés par le Conseil.

V. A. Moullié, La Ville d'Agen et son enceinte extérieure; La Ville à' Agen et son enceinte intérieure après la Saint- Barthélémy, plusieurs fois mentionnés.

2 Pierre-Antoine Séguier, fils du célèbre président. Pierre Séguier (1552- 1624). Il fut président à mortier au Parlement de Paris. — Claude Dupuy (1545-1594), père de l'historiographe Pierre Dupuy qui naquit à Agen le 25 novembre 1582. — Michel Hurault de l'Hospital, mort en 1592, petit-fils du chancelier. Il devint maître des requêtes et écrivit un éloquent pamphlet. — François de Montholon, garde des sceaux en 1588, mort en 1590. — Lazare Coqueley, chanoine d'Autun, etc.— Loisel (1536-1617) et Pithou (1539-1596) avaient acquis une grande notoriété.

Le personnage le plus important de cette liste est Jacques-Auguste de Thou, baron de Meslay (1553-1617), qui devint président à mortier au Parlement de Paris en 1595 et grand maître de la Librairie du roi. Ses deux principaux ouvrages ont une haute valeur: Histoire universelle, déjà citée, et Mémoires (dans Y Histoire universelle, 1620 et 1733; éd. franc. : Amsterdam, 1711, in-4° ; 4e éd., 1713, in-12, et dans les coll. de Petitot et de Poujoulat).

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du 26 janvier au 22 août 1582 et ne termina sa mission qu'à Saintes, plus de deux ans après, le 8 juin 1584*.

Elle arriva à Agen le 15 septembre 1582 et fut solennellement reçue par les consuls. Le maréchal de Matignon survint peu de jours après. Sa première séance eut lieu dans la Maison commune le 11 octobre, en présence des évêques d'Agen et de Dax, du sénéchal d'Agenais, du juge mage Antoine de Nort2 et du corps consulaire. Loisel prononça le discours d'ouverture.

Cette Cour de Justice, dont l'œuvre d'apaisement fut des plus fécondes, resta à Agen jusqu'au 26 mai 1583. Sa juridiction fut étendue au Rouergue, à l'Armagnac et au Quercy, et sa compétence accrue à ce point qu'elle put même réglementer par un arrêt la police du marché d'Agen3. Les plaideurs accoururent en grand nombre, et le roi de Navarre, qui n'était pas un de ses moindres clients, ne fut pas toujours heureux dans les causes qu'il évoqua. Dans sa dernière audience du 26 mai, Pierre Pithou prononça le discours de clôture, constituant un très curieux résumé de notre histoire4.

1 V. Le Parlement de Bordeaux et la Chambre de Justice de Guyenne en 1582, par E. Brives-Cazes (Bordeaux, 1866, in-8°) ; La Chambre de Justice de Guyenne en 1583 et 1584, par le même (Ibid., 1874-, in-8°). — La Chambre de Justice de Guyenne et sa session d'Ayen (1582-1583), par H. de Groussou, cité p. 295 du t. 1er, etc., etc.

2 Antoine de Nort, sieur de Lamothe-Ferrand, conseiller du roi et juge mage d'Agen, cité en 1562. Il mourut en 1587.

Antoine était fils du consul Pierre de Nort, tué dans la surprise d'Agen du A janvier 1591 et dont il sera parlé à cette date.

3 Ce curieux arrêt, du 27 novembre 1582, a été publié par Henri de Groussou : La Chambre de Justice de Guyenne et sa session dAyen. Pièces justificatives, VIII.

4 Cette barangue ou remontrance de Pitbou fut publiée à Bordeaux en 1583

L'influence de la Cour de Justice fut considérable. Ce tribunal sévit avec sagesse, réprima une foule d'abus et obtint d'excellents résultats ; mais il ne pouvait remédier seul à la ruine générale, et certaines réformes devaient nécessairement lui échapper. C'est pour compléter son action que le roi avait nommé, le 6 août 1582, une Commission spéciale chargée de recevoir et d'examiner sur place les griefs des trois ordres en Languedoc et en Guyenne.

Cette Commission vint à Agen en avril 1583 *. Les doléances qui lui furent présentées par le Tiers sont intéressantes2. Elles font le plus sombre tableau de la situation de l'Amenais, et émettent le vœu d'une

prompte convocation des Etats généraux pour l'atténuation de tant de souffrances.

Pendant ce temps, le roi de Navarre guerroyait

(iu-4°), et aussi dans le recueil : Pétri Pitliœi opéra sacra, juridica, historica, miscellanea (Paris, 1009, in-4°).

On la trouve encore dans le recueil de Loisel : La Guyenne de M. Antoine Loisel, qui sont huict Remonstrances sur le subject des Edicts de Pacification, etc. (Paris, 1005, in-8°).

Ce discours d'ouverture, du 11 octobre 1582, est le troisième du recueil ; celui de Pithou, du 20 mai 1583, est le quatrième et occupe les pages 107 à 128 sous ce titre : Des Villes et Pays d'Ayenois et des hommes signalez, qui y ont vescu, etc. Remonstrance faicte en la Ville d'Ayen, à la clôture de la Chambre de Justice, le 26 mars 1583.

Cette insertion de la harangue de Pithou dans le recueil de Loisel l'a fait attribuer à ce dernier, bien que l'éditeur eût pris soin d'en préciser l'origine. J'ai moi-même constaté celte erreur de quelques-uns à l'art. Pithou de la Bibliographie générale de VAyenais.

Le propre discours d'Antoine Loisel eut aussi une impression isolée : De l'Amnestië, ou Oubliance des maux faicts et receus pendant les troubles cl à l'occasion d'icèux. Remonstrance faicte en la ville d'Agen, à l'ouverture de la Chambre de Justice, le 11 octobre 1582 (Paris, 1584, in-12).

1 Elle était composée de quatre membres: Pierre de Villars, archevêque de Vieiinc, et Louis d'Angennes, seigneur de Maintenon, l'un et l'autre conseillers d'Etat; Jean Foiget, du Parlement de Paris, et Denis Barthélémy, de la Chambre des Comptes.

2 V. La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du XVIe siècle, chap. xiii.

L AGENAIS AU XVIe SIECLE

toujours quelque peu dans le pays, ou se livrait à ses distractions favorites : la galanterie et la chasse. Il parut à plusieurs reprises à Villeneuve, Tournon, Monilanquin, Tonneins, Clairac, Castelmoron, etc.

Cette période de tranquillité relative devait d'ailleurs peu durer. L'année 1583 n'était pas encore écoulée que se produisaient, en effet, de nouvelles alertes. Les huguenots, assemblés près de Bazas, projetaient une marche sur Agen, Marmande et Lauzun. Il n'en fut rien heureusement; mais les craintes de tous étaient fort vives. L'hiver avait été rigoureux; les récoltes s'annonçaient médiocres1.

A Agen, une surveillance encore plus rigoureuse avait été prescrite par Matignon, les guetteurs ayant signalé le 10 août, vers dix heures du soir, la présence d'arquebusiers rôdant autour des remparts.

Le roi de Navarre avait pris en novembre Mont-de- Marsan, qui se refusait à le recevoir. Le 17 mai 1583, il vint rendre visite à Lafox au sénéchal de Baj amont, qui fut obligé de forcer les consuls d'Agen à aller le saluer. Enfin en juin passa, se rendant à Nérac, le duc d'Epernon2, mignon de Henri III, à qui fut faite par ordre une réception royale.

1 Une statistique spéciale des hivers rigoureux dans l'Agenais a été publiée : Notice sur les Hivers rigoureux de VAijenais depuis les temps anciens jusqu'à nos jours, par Jules Serret (Agen, 1868, in-8°).

2 Jean-Louis de Nogaret de La Valette, duc d'Epernon, comte de Montfort et d'Aslarac, né en 1554 au château de Caumont, en Languedoc, appartenant aujourd'hui au marquis de Castelbajac.

Après avoir été attaché au duc d'Anjou, puis au roi de Navarre, il était devenu un des mignons de Henri III, qui le nomma colonel général de l'infanterie et amiral en 1581.

Il épousa en 1587 Marguerite de Foix, comtesse de Candalle et d'Astarac, fille aînée de Henri de Foix, comte de Candalle, et de Marie de Montmorency.

Disgracié en 1588 et rentré en laveur en 158(J, il devint gouverneur de Provence sous Henri IV. Ses menées et ses intrigues le rendirent suspect et très impopulaire. Après sa soumission au roi, en 15%, il rentra à la cour. Il

Tels furent les menus événements de ces deux années, pendant lesquelles l'inquiétude ne cessa guère de régner en Agenais, et s'accrut encore de la peur de la peste qui sévissait en divers lieux, notamment à Orléans et à Limoges.

Les hostilités, d'ailleurs, persistaient, et chaque jour apportait son contingent de violences. En mai 1584, par exemple, pendant que Matignon conférait à Astaffort avec Henri de Navarre, la garnison de Puymirol se livrait à de nombreux excès à La Sauvetatde-Savères et à Combebonnet1.

Mais il convient de rappeler d'autres événements se rapportant encore aux deux dernières années et qui ne sauraient être passés sous silence.

La vive mésintelligence du roi et de la reine de Navarre avait peu tardé à s'accentuer. Déjà, en mars 1582, Marguerite, s' enfuyant de Nérac, s'était réfugiée auprès de son frère. Henri III, qui avait compté sans doute trouver en elle un auxiliaire politique, fut bientôt détrompé. Il correspondait à cœur ouvert avec Anne

se trouvait à côté de Henri IV quand celui-ci fut frappé par Ravaillac, le 14 mai 1610.

Tout puissant sous Marie de Môdicis, il fut nommé en 1622 gouverneur de Guyenne où il se fit profondément détester. Il fut exilé à Loches en 1641 et y mourut le 13 janvier de l'année suivante.

C'est lui qui est appelé Damon dans les Amours du Grand Alcandre.

De Marguerite de Foix, morte en 1593, il eut trois fils :

Henri de Nogaret d'Epernon, comte, puis duc de Candalle, né en 1591. Nous le retrouverons en 1615.

Bernard de Nogaret de La Valette, second duc d'Epernon, successeur de son père dans le gouvernement de Guyenne. — J'aurai à parler surtout de celui-ci, qui résida à Agen où sa conduite fut des plus étranges.

Louis de Nogaret d'Epernon, cardinal de La Valette (1593-1639), prélat et homme d'épée, qui commanda plusieurs armées en Italie, en Picardie et en Allemagne. En 1628, les Agenais lui refusèrent une entrée solennelle dans leur capitale.

1 V. à ce sujet une lettre du sénéchal de Bajamont à Henri III, datée du 28 mai 1584 (Documents inédits pour servir à l'Histoire de l'A gênais, p. 163).

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de Joyeuse *, alors en ambassade à Rome, et lui confiait ses plus intimes secrets. Un jour, son courrier fut tué et dépouillé dans une embuscade dont on accusa Marguerite. Pour se venger, le roi, dans un bal de la cour, le 7 août, l'injuria violemment, lui reprocha son inconduite, l'accusant même d'un accouchement clandestin, et lui ordonna de quitter Paris sur le champ.

Dès le lendemain, Marguerite était repartie pour la Gascogne en modeste équipage, subissant sur sa route une multitude d'avanies.

Le scandale fut immense. Sommé de reprendre sa femme, le roi de Navarre subordonna son consentement à une réparation de l'injure qui lui était faite, et pendant que des négociations avait lieu à ce sujet entre les deux cours, Marguerite, poursuivant son chemin, arrivait à Agen le 7 décembre 1583, après quatre mois de voyage.

Les Agenais l'accueillirent bien ; Henri finit par consentir à la recevoir, et le 12 avril 1584 elle regagna Nérac.

L'accord apparent des deux époux ne fut pas, du reste, de longue durée ; leur situation ne tarda même guère à devenir insupportable.

Le duc d'Anjou était mort et la succession de Henri III éveillait, dès lors, toutes les convoitises. La politique finit de diviser ce qui était si peu uni, et bientôt Marguerite, craignant pour sa vie, se retira à Agen, sous prétexte d'y faire ses dévotions de Carême. Elle arriva dans- cette ville avec quelques-unes de ses

I Anne, duc de Joyeuse, amiral de France (1501-1587), mignon de Henri III qui le combla de faveurs, duc et pair, gouverneur de Normandie, etc. Il fut tué à Coutras.

II était fils de Guillaume, vicomte de Joyeuse, maréchal de France et gouverneur général de Languedoc en 1575, mort en 1592.

12 HISTOIRE DE LAGENAIS

femmes et une très faible escorte le 19 mars 1585, et descendit chez la veuve Pierre de Cambefort1. Dès le même jour et le lendemain arrivèrent les gentilshommes, officiers et gens de sa maison2.

Si les Agenais redoutaient fort le roi de Navarre, ils ne prenaient aucun ombrage de la reine, qui les avait fréquemment visités dans les derniers temps et était même allée, en août précédent, faire un pèlerinage à Bon-Encontre. Sa présence leur paraissait être, au contraire, une sauvegarde contre toute entreprise de Henri. Le maréchal de Matignon, alors à Bordeaux, les entretenait dans ce sentiment. Les uns et les autres devaient bientôt changer d'avis.

Les menées de la Ligue sous le duc de Guise devenaient alarmantes. Un traité secret avait été conclu le 31 décembre 1584 avec Philippe II d'Espagne, et une prise d'armes était fixée au mois de mars 1585. Par haine de son mari et de son frère, Marguerite était naturellement disposée à favoriser cette entreprise.

Le 29 mars, on apprenait que Bourg venait d'être surpris. En avisant les consuls de cet événement, le maréchal constatait le surcroît de dangers que représentait désormais pour Agen la présence de la reine, et recommandait instamment de redoubler de précautions.

La guerre devenait plus active et la Ligue obtenait

1 La maison de Cambefort était située, entre cour et jardin, dans la rue des Colonels-Lacuée, côté ouest, à peu près en face de la rue Saint-Amans. V. une fantaisie de M. Philippe Lauzun, pubîïée dans Y-Echo de Gascogne de 1889: La Maison de la reine Marguerite à Agen, avec vignette.

2 Sur ce séjour, qui devait être si accidenté, de la reine de Navarre à Agen, V. La Ville d'Agen pendant les Guerres de religion du xvie siècle, chap. xiv (La reine Marguerite à Agen), et surtout une très intéressante étude de M. Francisque Habasque : La Domination de la Reine de Navarre à Agen en 1585 (Paris, 18'JO, in-8°), extr. du Bulletin du Comité des Travaux historiques et scientifiques (1890, nos 2 et 3).

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de grands succès. Le duc de Guise s'était emparé de Ghâlons le 21 mars 1585 ; le duc de Mayenne avait pris Dijon. Les huguenots effrayés se réorganisaient, et le roi de Navarre tentait de visiter les villes de son gouvernement de Guyenne. Auch et Fleurance avaient résisté à ses sommations ; Agen comptait avoir bientôt son tour et se préparait à opposer aussi un refus. Matignon venait de réprimer une émeute à Bordeaux et la peste menaçait. Enfin l'émoi était général dans Agen, où tout paraissait suspect aux habitants.

Exclusivement préoccupée en apparence d'exercices de dévotion, Marguerite poursuivait secrètement la réalisation de son projet de domination absolue dans la ville. Les Agenais n'avaient encore cependant aucune défiance; mais Biron ne s'était point mépris sur cette comédie, et Matignon, prémuni par Henri III, n'avait plus la moindre illusion.

Bientôt, en effet, sous prétexte de se mieux préserver contre toute entreprise éventuelle du roi de Navarre, elle déclara que sa sécurité exigeait absolument deux compagnies de gens de pied. Ce désir parut encore rationnel aux Agenais, et, fin avril, les deux compagnies étaient formées et placées sous les ordres des sieurs de Ligardes1 et d'Aubiac2.

1 Pons Du Bouzet, sieur de Ligardes.

2 Jean de Lard et de Galard, appelé M. d'Aubiac, du nom du château paternel,était fils d'Antoine de Lard de Galard et frère de Joseph de Lard de Galard, seigneur de Birac, d'Aubiac, etc.

On sait qu'il fut un moment l'amant de Marguerite, dont il aurait eu, a-t-on dit, un fils naturel posthume sourd-muet en 1587 (l).\.Le Divorce satyrique... (Recueil de diverses pièces servant à V histoire de Henri III ; Journal de Henri III, t. iv, et Bruxelles, 1878, pet. in-8<>). V. aussi: Un Ballet agenais au commencement du \\ue siècle, par Philippe Lauzun (Agen, 1879, in-8°), p. 45.

Jean d'Aubiac, entré au service de Marguerite en 1585, était d'une laideur remarquable. Après l'équipée d'Agen, il suivit la reine à Cariât et à Yvoy. Surpris et arrêté par les émissaires de Henri III, il fut pendu à Aigueperse en

Dès lors, cavaliers et piétons affluèrent de nuit dans Agen, et le 15 mai, se sentant en forces, Marguerite leva le masque. Elle convoqua les notables à l'évêché, et là, entourée de ses gentilshommes et officiers, tandis que ses compagnies en armes remplissaient la place, elle parla en maîtresse, en reine. Arguant d'une conspiration imaginaire., elle exigea la remise des clefs de la ville comme comtesse d'Agenais. La résistance était impossible : elle reçut aussitôt clefs et serment.

Les garnisons des portes du Pin et de Garonne furent alors remplacées et des troupes en grand nombre se concentrèrent dans l'enceinte. Le Passage fut aussi occupé militairement. L'affluence des gens de guerre fut bientôt telle que la ville devint insuffisante et qu'il fallut cantonner des troupes dans les localités voisines. Douze cents hommes occupaient Agen. Les levées étaient dues surtout à François de Lignerac1; le vicomte de Duras2 dirigeait l'intendance.

D'importants travaux furent entrepris en juin pour

1586, et marcha à la mort en pressant sur ses lèvres un manchon de velours bleu, présent de Marguerite.

V. Documents historiques sur la Maison de Galard, par J. Noulens, t. iv, pp. 962-964 et 970-971.

1 François Robert, baron de Lignerac, seigneur de Pléaux, Saint-Chamant, etc., capitaine des Gardes d'Elisabeth d'Autriche, femme de Charles IX. Il était lieutenant de la Haute-Auvergne et gouverneur d'Aurillac. Il mourut en

II avait épousé en 1575 Catherine de Hautefort, fille de Gilbert de Hautefort et de Louise de Bonneval.

2 Jean de Durfort, vicomte de Duras, fils aîné de Symphorien, le chef huguenot de Guyenne.

Ce Jean de Durfort et son frère Jacques, dit le jeune Rozan, furent les deux adversaires de Turenne dans le duel célèbre qui eut lieu en mars 1579 à Agen, sur le Gravier, et dont j'ai parlé dans une note précédente.

Jean de Durfort fut tué en février 1587 à Saint-Sauvin-sur-1'Isle, près de Libourne. Son frère Jacques hérita de lui, prit le titre de vicomte de Duras et fut l'aïeul des maréchaux de Duras et de Lorges.

V. les Mémoires de Jean d'Antras de Samazan, note 126, p. 162.

l'agenais au xvr siècle 15

transformer en forteresse le quartier compris entre les Jacobins et la porte Neuve, notamment dans l'espace où quinze ans plus tard devaient s'établir les Capucins1. Plusieurs rues furent démolies ; des ouvrages extérieurs complétèrent la défense de la tour de la Poudre, sur le Gravier, de la porte Neuve et de la porte Saint-Georges.

Tant dans la ville que dans la banlieue, les gens furent pressurés, ruinés, épuisés de taxes extravagantes et de corvées. Les A gênais prirent la fuite ; conseillers, receveur, trésorier disparurent, et le peu de notables qui restaient furent accablés. Ceux qui ne pouvaient satisfaire à ces exigences toujours plus exorbitantes furent emprisonnés. Les femmes de Marguerite jouaient au commandement; le désordre était inimaginable, et bientôt la famine vint...

La situation n'étant guère plus tenable, il fallut aviser, et la reine voulut tenter alors de conquérir les domaines de son apanage. Elle visa d'abord Tonneins, poste important que le roi de Navarre devait tenir à conserver. C'était au commencement de juillet. Ses gens s'étaient déjà emparés de l'enceinte de la ville, quand survint Henri qui la reprit.

De Tonneins, Marguerite marcha sur Villeneuve

1 Les Capucins s'établirent à Agen en 1600, sur la demande de l'évêque Nicolas de Villars. Ils bâtirent leur couvent et leur église dans l'espace compris entre la porte de Garonne, les murs de ville dominant le Gravier, la rue du Cat (aujourd'hui Mirabeau) et les constructions côté ouest de la 'rue Saint- Jérôme (Henri-Martin), sur un emplacement où avaient existé deux chapelles (Saint-Michel et le Carné) détruites par les huguenots en 1562, un hôpital dit de Saint-Michel et un cimetière servant à l'inhumation des suppliciés.

Confisqué en 1791, morcelé et vendu en 17(J8, le couvent des Capucins d'Agen disparut. Il n'en reste plus aujourd'hui que la voûte du chœur de l'église, sur laquelle des constructions ont été maintenues au-dessus de la rue de la Paix (Louis-Vivcnt), ouverte sous la Restauration à travers les anciens bâtiments et les jardins.

En même temps qu'à Agen, les Capucins s'établirent à Marmande, Villeneuve, Port-Sainte-Marie et Valence.

pour s'assurer la route du Quercy. Elle était à la tête de l'armée et comptait fort sur des intelligences ménagées dans la ville, qui cependant était bien protégée et en excellent état de défense. La rive gauche du Lot fut, en effet, livrée ; mais, après avoir franchi l'entrée du pont, on se heurta au château central commandant le passage et vraiment formidable, occupé par cent arquebusiers sous les ordres d'Arnaud Gieutat, fils de Nicolas Gieutat, sieur de Pujols, premier consul1.

Ce dernier s'étant rendu au quartier royal, soit de sa propre initiative et pour négocier, soit sur invitation de la reine, y fut retenu prisonnier et menacé de mort s'il n'ordonnait à son fils de livrer la place.

Conduit au pied de la tour, sous les épées nues, l'héroïque consul n'élève la voix que pour exhorter Arnaud à la résistance ; mais soudain les portes s'ouvrent, et celui-ci se rue avec les siens sur les soldats entourant son père, les disperse, et ramène victorieux le prisonnier dans la forteresse.

Le lendemain, dès l'aube, les trompettes de troupes en marche retentissent sur la route du Périgord ; le bruit se répand de l'arrivée imprévue du roi de Navarre et d'une armée. Les assiégeants épouvantés se retirent aussitôt en désordre, poursuivis par Arnaud qui assaille leur arrière-garde à travers les rues de la rive gauche 2.

1 Nicolas Gieutat, seigneur de Pujols et de Tombebouc, était fils de Jehan Cieutat, seigneur de Villebeau et consul de Villeneuve de 1555 à 1578, lequel, originaire de cette ville, appartenait à la famille d'un des plus riches marchands de l'Agenais.

Nicolas Cieutat fut nommé gouverneur de Villeneuve par Henri III en récompense de sa belle conduite.

V. Histoire de Villeneuve- sur-Loi, par Cassany-Mazet ; Essai sur la Baron nie de Pujols, par f abbé Gerbeau ; Les Cieutat, ou le Siège de Villeneuve-d' Agen sous Henri III, par Eug. Nyon (Paris et Tours, 1845, in-8°), etc.

2 Sur ce mémorable siège de Villeneuve, dont la date exacte n'est pas connue, V. La Do?nination de la Reine de Navarre à Agen en 1585, p. 15 ;

l/AGENÀIS Al; \VTe SIÈCLE 17

Les fanfares et les alertes n'étaient qu'un adroit stratagème imaginé par Nicolas Cieutat.

Après ces deux échecs, Marguerite revint à Agen, où elle n'avait plus qu'à s'enfermer. Les exactions de toutes sortes atteignirent alors des proportions inouïes. Les travaux de fortification avaient été repris; les soldats vivaient à discrétion dans la ville et commettaient mille excès : c'était une ruine complète, que quelques répressions n'atténuaient guère. La famine sévissait ; la peste se mit bientôt de la partie. Elle éclata le 15 août, et, malgré toutes les mesures qu'on put prendre, fit en quelques mois plus de 1.500 victimes. A Bordeaux, la mortalité était effroyable depuis juin1.

On ferma les portes d'Agen pour éviter les désertions ; puis l'argent manqua pour solder les troupes. La situation des Agenais devint enfin à ce point intolérable qu'ils résolurent d'en sortir à tout prix, même par la voie des armes.

Pour se prémunir contre les dangereuses conséquences d'une telle entreprise, ils envoyèrent en septembre un délégué à Matignon, alors à Tonneins. Le maréchal les fortifia dans leur projet et leur adressa un message couvrant de l'autorité souveraine les actes qui allaient s'accomplir. Il fut convenu que le soulèvement aurait lieu, et que, maîtres d'une porte, les Agenais l'ouvriraient au maréchal.

L'entreprise fut fixée au 25 septembre 1585 et lien du secret ne transpira.

les A finales de Villeneuve-sur-Lot, par Cassany-Mazef ; Les (lieutat, par E. Nyon, etc.

Dans son Histoire de Villeneuve-sur-Lot, pp. 85-92, M. Fernand de Mazct a dramatisé cet épisode. •

1 Du mois de juin à la Noël, il mourut plus de 14-. (M) personnes dans Hordeaux.

HISTOIRE DE l/AGENAIS, T. II. ;'

Le 25 au matin, trente Agenais, conduits par le consul Jean Gardés, les jurats Pierre Corne et Crespin Trinque { et le procureur Etienne Beaulac, surprirent la porte du Pin. L'alarme fut rapide et la garnison bientôt sur pied. La porte conquise fut attaquée furieusement; mais, bien que dix-huit des conjurés se fussent enfuis, la résistance n'en fut pas moins énergique. Dans la ville brusquement réveillée, le tumulte était indescriptible, l'émotion extrême. Chacun courait aux armes.

Pendant qu'à la porte du Pin cette lutte continuait, une attaque sérieuse avait lieu sur la citadelle inachevée des Jacobins, armée de canons, barricadée et largement approvisionnée. Le corps de garde était déjà emporté, quand tout à coup se produisit une * formidable explosion : le feu avait pris ou avait été mis aux poudres. I^e couvent sauta ; un incendie suivit ; bien des combattants et tous les religieux furent tués ; mais la partie était gagnée pour les Agenais.

Cependant, le combat de la porte du Pin durait toujours, bien qu'il ne restât plus que neuf assiégés. Les soldats étant parvenus à mettre le feu à la porte, la situation sur ce point semblait fort compromise, quand un renfort de trente hommes conduits par Etienne de Nort2, prenant les assiégeants par derrière, les mirent en fuite.

La reine, qui voyait inopinément s'envoler ses espérances, était éperdue ; ses femmes et ses gens,

1 Ce jurât, Crespin Trinque, que nous retrouverons consul en 1591 dans une autre circonstance non moins grave, laissa de courts Mémoires s'étendant de 1570 à 1615. Ces Mémoires ont été publiés en 1883 dans la Revue de VAgenaiSy t. x, avec tirage à part (Agen, 1883, gr. in-8°).

2 Etienne de Nort, sieur de Franc, consul en 1581 et 1586. Il était fils, je crois, de Pierre de Nort, sieur de Naux, et épousa Marguerite d'Auber.

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 19

affolés, se livraient au désespoir. Ils n'avaient rien prévu, rien soupçonné : l'attaque avait éclaté comme un coup de foudre, et on se demandait avec anxiété si le roi de Navarre ou Matignon était aux portes.

Lignerac sut néanmoins aviser aux mesures de salut et assurer le départ de Marguerite. Sans prendre le temps d'emporter ses bijoux ni de revêtir un costume de cheval, celle-ci se mit en croupe de Lignerac ; Mme de Duras et quelques-autres dames, en désordre de toilette, furent reçues par divers gentilshommes, et, escortées d'une centaine de cavaliers, sortirent précipitamment de la ville. La cavalcade, un peu grotesque, ne s'arrêta que le soir, au château de Brassac, et dès le lendemain matin prit la route du Rouergue. Marguerite se rendit en cinq petites étapes au château de Cariât, en Auvergne, appartenant à son amant Lignerac, dont le frère, le capitaine Robert de Marses, vint la recevoir1.

1 Marguerite ne devait plus revenir à Agen.

De Cariât, où elle resta plus d'un an et d'où elle fut chassée par la jalousie de Lignerac, elle se sauva au château d'Ivoy, appartenant à sa mère; puis, prise par les émissaires du roi, elle fut conduite à la forteresse d'Usson. Là, séduisant le marquis de Canillac préposé à sa garde, elle se rendit bientôt maîtresse et écrivit ses curieux Mémoires, qui malheureusement ne dépassent pas l'année 1582 et que j'ai déjà cités à la p. 297 du t. Ier.

Marguerite ne quitta Usson que bien après son divorce, en 1605, pour aller voir le roi à Villers-Cotterets ; puis elle revint à Paris, vécut ses dernières années au faubourg Saint-Germain et à Issy, et mourut le 27 mars 1615, âgée de 63 ans.

Je n'ai pas à mentionner les biographies, pamphlets et écrits de toutes sortes ayant trait à Marguerite de Valois. Du Pleix a été sévère, mais Brantôme a fait son éloge. — V. Histoire de Marguerite de Valois, par Mongez (Paris, 1778, in-8°),etla bonne notice placée par Ch. Caboche en tête de son éd. des Mémoires de Marguerite de Valois, première femme de Henri IV (Paris, 1860, in-12). V. aussi: Les Femmes de la Cour des derniers Valois, par Imbert de Saint-Amand (Paris, 1871, in-12); Histoire de Marguerite de Valois, reine de France et de Navarre, par Léo de Saint-Poney (Paris, 1887, 2 vol. in-12), etc.

Dans ce dernier ouvrage, les événements agenais sont peu exactement racontés et interprétés.

Cf., en outre, Etudes d'Histoire et de Biographie, par A. Bazin (Paris, 1814, in-8°), p. 104.

Le maréchal de Matignon entra dans Agen le 26 septembre et remplaça par ses archers les soldats expulsés.

Henri III fut informé de tous ces événements par un délégué des consuls, Alain de Vaurs1, chargé en même temps de solliciter des secours et une enquête sur les pertes éprouvées par la ville.

Alain de Vaurs obtint un plein succès. Des lettres du roi du 19 décembre 1585 assumaient l'entière responsabilité des faits accomplis et félicitaient les Agenais de leur victoire. D'autres lettres patentes du même jour révoquaient la cession à Marguerite de l'Agenais ; mais l'enquête promise n'eut lieu qu'en décembre 1586, à cause des embarras de la guerre, par Jacques Bonnaud, receveur général des finances en Guyenne2.

Matignon ne repartit d'Agen qu'après avoir réorga-

M. Philippe Lauzun a publié de curieuses lettres de Marguerite de Valois, dont plusieurs datées de Nérac ; Lettres inédites de Marguerite de Valois (1580), tirées des Archives de la ville de Condom (Auch, 1881, gr. in-8°) ; Lettres inédites... tirées delà Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg- 1579-1606 (Ibid., 1886, gr. in-8°).

1 La famille de Vaurs était une des plus vieilles familles de la bourgeoisie d'Agen. Un Sicard de Vaurs figure sur un acte de 1301 publié par M. Ad.Magen et G. Tholin, dans les Archives Municipales d'Agen. Chartes, lre série, p. 207.

Alain de Vaurs, le délégué des consuls de 1585, partit d'Agen le 4 octobre et arriva à Paris le 19. Sa mission accomplie, il se remit en route le 3 février 1586 et mit treize jours pour revenir à Agen.

Sur ce voyage à Paris d'Alain de Vaurs, V. un très intéressant article de M. G. Tholin, dans le t. ni de la Revue de V Agenais (1876) : Un Voyage à Paris au\\ie siècle. V. aussi, du même auteur : Les anciens Hôtels de Ville et le local du Musée d'Agen, déjà cité.

L'hôtel de Vaurs fut acheté par la ville d'Agen au xvne siècle pour agrandir la Maison commune, et fut ensuite transformé en prison municipale. Une partie en a été affectée au Musée.

2 Cette enquête, dans laquelle furent entendus vingt-neuf témoins oculaires, est comme une chronique minutieuse de la période agitée par la présence de la reine de Navarre. Elle forme un cahier de 168 pp. in-f° conservé aux Archives communales d'Agen, CC. 79.

LAGENA1S AU XVIe SIÈCLE 21

nisé la défense et reconstitué un Conseil de guerre composé des consuls et des officiers du Présidial, sous la présidence de l'évêque.

Presque aussitôt les régiments de Gasteljaloux et de Mauvezin faisaient défection1.

Dès la mort du duc d'Anjou, en 1584, le roi de Navarre avait posé sa candidature au trône de France, après Henri III. La lignée des Valois s'éteignait ; les Bourbons représentaient, dès lors, l'unique branche qui restât de la famille capétienne ; mais Henri n'était parent du roi qu'au vingt-deuxième degré2 ; il était, en outre, hérétique et chef d'un parti détesté. La Ligue acquit par cela plus d'ascendant encore. Les intrigues de tout genre se déchaînèrent, et les Guises mirent en avant un fantoche ridicule, le cardinal de Bourbon, fils d'Antoine de Bourbon et oncle du roi de Navarre. Henri III négocia alors avec ce dernier pour obtenir qu'il se fit catholique, mais ce fut en vain.

L'assassinat du prince d'Orange, le 10 juillet 1584, eût amené les Provinces-Unies au roi de France, si celui-ci avait osé les prendre. Henri III rechercha l'alliance ottomane contre les menées redoutées de l'Espagne qu'un traité secret allait bientôt lier aux

1 En novembre 1585, le roi de Navarre et ses troupes se trouvaient aux environs de Marmande, où les craintes étaient des plus vives. 11 paraît même qu'une tentative fut faite alors contre cette ville par Louis de Foix, vicomte de Meilles, comte de Gurson, qui reçut deux blessures et se retira à Cadillac.

Celte tentative, sur laquelle on n'a pas de renseignements précis, est constatée par diverses lettres de celte époque (V. Notice sur la Ville de Marmande, par Tamizey de Larroque, p. 81).

Louis de Foix, comte de Gurson, fils de Germain-Gaston de Foix, marquis de Trans, avait épousé en 157U Charlotte-Diane de Foix-Candalle. 11 fut tué en 1586, avec deux de ses frères, dans un combat près de Moncrabeau.

Nous rencontrerons son fils Frédéric de Foix en 1(>22.

2 Par son père, Antoine de Boqrbon, il descendait de R,oberl de France, comte de Clermont, sixième fils de saint Louis.

Guises, c'est-à-dire à la Ligue, avec l'assentiment de Rome (15 décembre 1584-15 février 1586).

A l'arrivée des ambassadeurs des Provinces-Unies à Paris, le 12 février 1585, la Ligue se découvrit, prit les armes et publia un violent manifeste. Le roi, flottant incertain entre deux influences, ne sut se décider ni pour la Ligue qui l'effrayait, ni pour Henri qu'il voulut empêcher de combattre.

La guerre cependant avait mollement débuté. Des tentatives sur Metz, Marseille et Bordeaux n'avaient pas eu de résultat. Montpensier1 et Joyeuse avaient battu les ducs de Mercœur et d'Elbeuf2 en Touraine et en Poitou ; d'Epernon avait obtenu à Gien quelques avantages. Une déclaration nouvelle du duc de Guise mit Paris en effervescence, et une armée de 12.000 hommes fut dirigée vers la capitale.

Henri III signa alors, le 5 juillet 1585, le traité de Nemours, révoquant d'un trait toutes les concessions accordées aux réformés par les édits antérieurs.

Le traité de Nemours consterna les protestants, pour lesquels il équivalait à un arrêt de mort. Ils se hâtèrent donc de préparer leur défense. Le roi de Navarre se multiplia ; il fit appel à l'Angleterre, qui promit son concours.

Malgré lui, Henri III donna au duc de Mayenne la

1 François de Bourbon, duc de Montpensier, dauphin d'Auvergne (1542- 1502), fils de Louis de Bourbon, duc de Montpensier, gouverneur de Normandie en 1589. Il a été déjà cité à la page 289 du t. 1er.

2 Philippe-Emmanuel de Lorraine, duc de Mercœur et de Penthièvre (1558- 1602), gouverneur de Bretagne. Il embrassa le parti de la Ligue, se soumit à Henri IV en 1598 et fut ensuite lieutenant général des armées de Bodolphe II d'Allemagne.

Charles de Lorraine, marquis, puis duc d'Elbeuf en 1581. Arrêté en 1588, après l'assassinat du duc Henri de Guise, il resta prisonnier jusqu'en 1591 et mourut en 1009.

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conduite d'une armée de 15.000 hommes. Sixte-Quint lançait en même temps, le 10 septembre 1585, une bulle de déchéance contre les deux Bourbons et attribuait leurs domaines au roi de France.

Condé commandait en Poitou. Il repoussa Mercœur, attaqua Brouage, échoua devant Angers ; puis il se réfugia en Angleterre d'où il ramena quelques secours, et, revenu à La Bochelle, reprit la campagne. Le roi de Navarre ne pouvant se mesurer avec Mayenne se bornait à une guerre de partisan. La peste désorganisa l'armée royale.

Deux nouvelles armées, confiées à Joyeuse et à d'Epernon, entrèrent en campagne en juin 1586. L'une, celle de Joyeuse, se dirigea sur le Languedoc, où était Montmorency qui ne fut pas heureux ; l'autre vint en Provence, d'où les huguenots de Lesdiguières1 furent refoulés en Dauphiné.

Henri III, manquant de ressources, fulminant contre les Guises, tentait de recourir à des expédients impossibles. Des conférences entre la reine-mère et le roi de Navarre au château de Saint-Bris, en décembre, n'eurent aucun résultat.

En Guyenne, le vicomte de Turenne, nommé lieutenant général par le roi de Navarre, avait ravagé le Périgord à la tête de 8.000 hommes. Condé avait dû lâcher pied. La jonction de Mayenne et de Matignon avait eu lieu dans les premiers jours de janvier 1586 près de Châteauneuf-sur-Charente ; mais ces deux chefs, peu d'accord entre eux et différant d'avis sur la direction à suivre, s'étaient séparés : ils devaient se retrouver sous Sainte-Bazeille.

Sur des avis venus d'Agen, Matignon y expédia

1 François de Bonne, duc de Lesdiguières (15i3-lfi20), maréchal de France.

trois compagnies; puis il prit Tonneins, qui fut bientôt repris par Lestelle1, fit attaquer Clairac défendu par ce dernier, occupa Monheurt et investit Castets2 au commencement de février.

Le roi de Navarre accourut alors et dégagea Castets le 20 du même mois, forçant Matignon à se retrancher dans Langon. Meilhan, Damazan et Sainte-Bazeille avaient été fortifiés par Sully et aussi par Geoffroy de Vivant, qui s'avançait vers Monllanquin et Gavaudun. Turenne était chargé de renforcer Caumont et Sainte-Bazeille; Lusignan avait été nommé commandant en Amenais.

Mayenne, arrivant par Villeneuve et Libos, vint à Port- Sainte- Marie, assiégea Tonneins en mars et occupa Damazan et Meilhan, pendant que le maréchal, revenu devant Castets, cherchait à bloquer le roi qu'on voulait d'abord combattre vers Nérac. Mais le hardi Béarnais n'était pas de prise aussi facile. Il sut glisser à travers les mailles du réseau, et du 15 au 19 mars, il alla de Nérac à Sainte-Foy par Damazan, Caumont et Marmande, au milieu de mille dangers. Sa retraite sur La Rochelle était assurée. Il s'y rendit en passant par Bergerac.

C'est vers ce temps qu'eut lieu à Moncrabeau un très vif combat où périrent les trois fils du marquis de Trans:{.

en 1008, puis duc et pair et connétable en 1022. Ce fut un des meilleurs capitaines de son temps.

1 Louis de Rrunet, seigneur de Lestelle.

2 Castets-en-Dorthe (Gironde), érigé en vicomte en 1005 en faveur de Jean de Fabas. — V. la notice de Léo Drouyn sur Castets, au t. il, pp. 270-276 de la Guyenne Militaire.

3 Louis de Foix, comte de Ourson, déjà cité ; François-Phébus de Foix, comte de Fleix, et Gaston de Foix, vicomte de Meillcs. — Ils étaient fils de

L'agenais au xvr siècle 25

Hector de Pardaillan, baron de Gondrin1 ; sorti de Gondom avec son fils, Antoine- Arnaud de Montespan, et une compagnie de gendarmes pour aller rejoindre à Francescas l'armée catholique, apprit qu'une attaque était dirigée par les fils du marquis de Trans contre la tour de Moncrabeau, occupée par Olivier de Roquépine pour le roi de Navarre. Gondrin accourut aussitôt avec ses cavaliers et mit les assaillants en pleine déroute. Vignoles vint assurer la retraite des Navarrais, que protégea un corps d'infanterie de Nérac.

Les menus faits d'armes se multipliaient. Matignon prit le château de La Pujade ; mais il échoua devant Clairac, où Faction fut très chaude. Le fort de Monbalen lui résista aussi.

Le 9 avril, avec Mayenne, il attaqua Saïnte-Bazeille, où se trouvait Sully et que commandait le capitaine Despueilles2. Cette place put résister assez longtemps aux efforts des deux armées ; mais elle dut capituler vers le 25 avril, au grand mécontentement du roi de Navarre3. Montignac-le-Gomte, assiégé ensuite, se

Germain-Gaston tic Foix, comte de Gurson et de Fleix, vicomte de Meilles et marquis de Trans, qui fut un moment chef de la Ligue en Guyenne et mourut en 1591.

1 Hector de Pardaillan de Gondrin, seigneur de Montespan, capitaine des Gardes du corps du roi, fils d'Antoine de Pardaillan, baron de Gondrin et de Montespan, gouverneur et sénéchal d'Albret, mort en 1572.

Hector de Pardaillan mourut lui-même en 1611, âgé de 80 ans.

Nous retrouverons son fds, Antoine-Arnaud, au siège du Passagc-d'Agen de 1589, et comme sénéchal d'Agenais en 1596.

Le combat de Moncrabeau a été fixé à diverses dates. De Thou a dit 1580, Du Pleix 1586 et d'Aubigné 1587. La date exacte paraît devoir être placée en 1586 (V. Mémoires de Jean d'Antras, p. 96, note A.)

2 Ce Despueilles, envoyé par Henri de Navarre, avait quelque réputation de bravoure et de science militaire. Il était de la maison de Gourtenay, à laquelle appartenait la femme de Sully.

3 V. Mémoires de Sully, éd. Michaud et Poujoulat, t. I, p. 50; Histoire de Saintc-Ilazcille, par l'abbé Alis, p. 164.

26 HISTOIRE DE i/AGENAIS

rendit; puis ce fut le tour de Monségur, qui se défendit plusieurs jours. Enfin, le 31 août, Castillon fut emporté.

Un convoi de blé descendant la Garonne pour le ravitaillement de Bordeaux fut vivement disputé. Pour empêcher que Vivant n'arrêtât ce convoi à Caumont, le maréchal, maître de Tonneins et du Mas, avait renforcé les garnisons de ces places et pris un poste fortifié établi à Taillebourg, en face Caumont. Il lui fallut battre avec le canon les barrages et les postes placés en Garonne. L'action ne dura pas moins de cinq ou six jours, et une partie seulement du convoi put être sauvée.

A Agen, qui restait sous les armes et maintenait onze corps de garde, la situation était toujours pénible. La peste persistait; les garnisons de Layrac et de Puymirol continuaient leurs excursions et leurs ravages. Le Conseil de guerre était en permanence ; on n'avait pas cessé de redouter une surprise et des éclaireurs étaient dispersés dans toutes les directions. Trois compagnies avaient été organisées.

Charles de Monluc1, le petit-fils du maréchal, offrit alors ses services aux Agenais ruinés. Il avait déjà fait en septembre une démonstration vers Puymirol.

Bientôt, en novembre, Vivant prenait Granges, emportait d'assaut Fongrave dont il massacrait la garnison, et le 5 décembre on apprenait par Montazet2

1 Charles de Monluc, seigneur de Caupennc, sénéchal d'Agenais en 1594. Il fut tué au siège d'Ardres en 1596.

Son père était Pierre-Bertrand de Monluc, deuxième fils de Biaise et de Marguerite de Caupenne. Le maréchal l'avait institué son légataire universel.

V. Le Testament du maréchal de Monluc, publié en entier pour la première fois, avec un codicille inédit, par Clément Simon (Recueil des Travaux de la Soc. des Se, Lett. et Arts d'Agen, 2e série, t. n, p. 364).

8 François de Malvin, seigneur de Montazet et de Quissac, co-seigneur de

l'agenais AU XVIe SIÈCLE 27

qu'un fort parti de réformés se disposait à surprendre Agen.

Turenne reprit Gastillon en janvier 1587 et s'empara du fort de Nicole, devant lequel il reçut une blessure assez grave et où il mit une garnison.

Matignon était à Tonneins qu'il fortifiait et qu'il habita pendant tout le mois de janvier. Il passa par Agen en février, avec une importante troupe. Par ses ordres, un fort fut construit près de Layrac qu'il avait tenté de surprendre, et des garnisons furent placées à Granfonds, à La Sauvetat-de-Savères et à Tayrac pour surveiller Puymirol. Il s'empara peu après de Meilhan, dont les murs furent rasés.

Complètement épuisés et vivant au jour le jour, menacés par la contagion, ruinés par les impositions et l'occupation militaire, les Agenais étaient aussi malheureux qu'aux heures les plus funestes d'un passé maudit. Ils renouvelaient vainement leurs légimes doléances, et étaient si peu écoutés, si peu protégés, que leur syndic Camus f, envoyé auprès du roi pour plaider leur cause, était gardé depuis trois ans prisonnier à la Bastille !

En avril 1587, Matignon rappela d'Agen les compagnies de secours. Les réformés en profitèrent pour recommencer aussitôt leurs entreprises, et le 16 mai Turenne et Lusignan menacèrent Port-Sainte-Marie, qu'ils prirent le surlendemain par trahison2. En même

Nicole, etc., gouverneur d'Aiguillon après son père, Barthélémy de Malvin, seigneur de Montazet et de Boussères.

1 Jehan Camus, licencié et avocat, premier consul d'Agen en 1576, 1583 et 1591. Il a été déjà cité à la date de 1565 (note de la p. 235 du t. i).

Jehan Camus avait été odieusement desservi auprès du roi. V. une lettre du sénéchal de lîajamont à Henri III, du 16 juin 1584, publiée dans les Documents inédits relatifs à l'Histoire de ï Agenais, p. 170.

2 Archives communales d'Agen, BB. 36.

28 HISTOIRE DÉ LAGENAIS

temps, le maréchal, dont l'armée non soldée perdait toute cohésion, se retirait sur Marmande ; les ennemis se rassemblaient sur les deux rives de la Garonne; Agen, où était envoyé Roquépine avec 25 chevaux, dut encore pourvoir à sa sécurité compromise. Cependant Matignon, reprenant enfin ses opérations, s'empara de Sainte-Foy le 9 décembre *.

L' évoque Janus Frégose était mort le 16 octobre 1586. Il avait été remplacé par Pierre Donnault, Bénédictin, qui, transféré à Mirepoix la même année, ne prit pas possession du siège, et eut aussitôt pour successeur Nicolas de Villars, de la famille du futur vainqueur de Denain. Nicolas de Villars avait été d'abord conseiller au Parlement de Paris, puis trésorier de la Sainte-Chapelle. Fervent ligueur et ami du duc de Guise, il faisait partie des Quarante et devait être dans son diocèse un champion ardent de Y Union. Il vint à Agen en 1591 seulement, et siégea jusqu'à sa mort survenue le 12 décembre 1608.

L'exécution de l'infortunée reine d'Ecosse Marie Stuart2, le 8 février 1587, eut un retentissement immense et donna comme une impulsion plus vive à la Ligue. Henri III, exaspéré et voulant frapper un coup décisif, fournit à Joyeuse une nouvelle armée pour remplacer celle du Poitou décimée par la peste. Joyeuse débuta par des pillages. Le roi de Navarre,

1 V. Discours de la deffaicte de trois Cornettes de cavalerie du Vicomte de Thuraine, et prinse de Saincte-Foy en Guyenne, par M. le Mareschal de Matignon le neuf viesme jour de ce présent mois de Décembre (Paris, 1587, in-12 ; Lyon, 1588, in-12 de 8 pp).

2 Marie Stuart, reine d'Ecosse et de France, née en 1542, fille de Jacques V, roi d'Ecosse, et de Marie de Lorraine, issue de Claude de Lorraine, duc de Guise. V. Histoire de Marie Stuart, par Mignet (Paris, 1851-54, 2 vol. in-8° e in-12) ; par Dargaud (Ibid., 1856-58. 2 vol. in-8° et in-12), etc.

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