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L'AGENATS AU XVI'' SIÈCLE

sortant alors de La Rochelle, fut rejoint sur la Loire par les troupes de Gondé et de-Conti1. Les renforts allemands qu'il attendait n'arrivant pas, il se porta sur la Dordogne ; puis, rétrogadant, passa la Charente et se dirigea vers Coutras. Joyeuse était sur ses traces, allant au devant des renforts que lui amenait Matignon.

Les huguenots avaient pris position entre l'Isle et la Dronne où une bataille eut lieu le 20 octobre 1587. L'armée royale était forte de 10 à 12.000 hommes, tandis que les protestants ne comptaient que 4.000 fantassins, 2.500 cavaliers et 3 canons ; mais néanmoins ces derniers remportèrent une vraie victoire. Joyeuse, plus de 400 gentilshommes, 3.000 soldats, les canons et les bagages restèrent sur le champ de bataille.

Les conséquences de cette victoire eussent été sans doute bien meilleures, si le roi de Navarre eût disposé de troupes mieux approvisionnées, et si luimême n'eût pas été assez frivole alors pour accourir auprès de la belle Corisandre*2, au lieu de rallier les renforts allemands qui arrivaient. Ceux-ci., commandés par Jean-Casimir de Bavière, pris entre Guise et une armée de 20.000 hommes, furent battus après une course pitoyable et à l'aventure les 26 octobre et 11 novembre.

En réalité, Guise triomphait. Le roi, toujours plus jaloux, lui défendit d'aller à Paris.

* François, prince de Conti, troisième fils de Louis [«• de Bourbon, mort en

2 Diane-Corisandre d'Andouins, comtesse de Guiche, dite la Belle Corisandre (1554-1620), tille de Paul d'Andouins, vicomte de Louvigny. Ce fut une des plus célèbres maîtresses de Henri IV.

Elle avait épousé en 1507 Philibert de Gramont, comte de Guiche. tué en 1580 devant La Fère, à l'âge de vingt-huit ans.

Je n'ai pas à rappeler les graves événements qui suivirent, tous étrangers à l'Agenais : la débâcle de Y Armada ruinant l'Espagne, la conjuration de Nancy, le triomphe éphémère des Guises, la révolte parisienne de mai, la retraite de Henri III sur Chartres, puis à Rouen, et la signature de ce fameux traité d'Union du 1er juillet 1588.

Les Etats généraux devaient être tenus à Blois. Ils s'ouvrirent, en effet, dans cette ville le 16 octobre. Le roi de France y fut arrogamment traité; le roi de Navarre fut déclaré criminel et déchu de tous ses droits.

Henri III, furieux et accusant de tout le duc de Guise, résolut sa perte. Huit gentilshommes des Quarante-Cinq de sa Garde furent chargés de sa vengeance, sous la direction de leur capitaine, un Agenais, Montpezat de Laugnac1.

Dans la matinée du 23 décembre, quand le duc vint au Conseil, il fut invité à passer dans le cabinet du roi. Il s'y rendit aussitôt, et au moment où il en touchait la porte, il tomba frappé du poignard et de l'épée par les Quarante-Cinq et mourut presque aussitôt.

Ce tragique événement bouleversa la reine-mère expirante et provoqua à Paris et dans la France entière une véritable explosion de fureur. L'extension de l'Union fut alors prodigieuse. La Sorbonne ful-

I Honorât de Montpezat, baron de Laugnac, de Thouars, de Savignac, etc., gentilhomme taré. Après la mort de Henri III, en 1589, il se retira sur sa terre de Laugnac (canton de Prayssas) et fut tué peu d'années après par un gentilhomme voisin qu'il avait outragé.

II était fils de François de Montpezat, gouverneur de l'Agenais en 1569, et avait été chargé un moment de la garde de Puymirol.

Il fut un des acteurs du fameux duel entre Biron et Jean d'Escars, au sujet d'Anne de Caumont, le 8 mars 1586.

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mina; le Parlement de Paris, qui tenta de résister, vit ses magistrats emprisonnés ; le serment à la Ligue fut prêté par toutes les provinces: ce fut une révolution.

Paris se mit sous l'autorité de Mayenne. Dans ce désarroi, Henri III, malade, découragé et ne pouvant rien tirer des Etats, les congédia après avoir reçu leurs Cahiers; puis il ordonna au Parlement et à la Chambre des Comptes de se transporter à Tours, où il se rendit lui-même en mars 1589. Enfin, la situation lui forçant la main, conseillé par d'Epernon, voyant une armée marcher contre lui, il signa le 3 avril un traité d'alliance avec le roi de Navarre.

L'autorité du dernier Valois n'était plus guère reconnue alors que par quelques seigneurs tels que Longueville1 en Picardie, Montpensier en Normandie, Matignon en Guyenne.

Le Tiers Etat d'Agenais n'avait envoyé aux Etats de

1 François d'Orléans, comte de Saint-Paul, duc de Longueville, etc., pair de France, créé marquis de Fronsac en 1608, mort en 1631.

En 1595, il épousa Anne de Caumont, veuve à douze ans de Claude de Pérusse d'Escars (ou des Cars), prince de Carenci (ou Carency).

Anne de Caumont (1574-1642) était la fille de Geoffroy de Caumont, d'abord abbé de Clairac, et de Marguerite de Lustrac. Ce Geoffroy, qui s'était fait protestant tout en gardant son abbaye, avait hérité de son frère François de Caumont et était mort en 1574, trois mois avant la naissance de sa fille.

Anne, une des plus riches héritières de l'époque, fut naturellement très recherchée. Son tuteur, Jean d'Escars, comte de La Vauguyon, la gardait avec un soin jaloux. Il l'enleva en 1580, la conduisit avec sa mère à La Vauguyon, et en 1581 il la maria à son fils Claude d'Escars.

Parmi les prétendants évincés se trouvaient le vicomte Henri de Turenne, plus tard duc et maréchal de Bouillon, et Charles de Gontaud, baron, puis duc de Biron, futur maréchal de France. En 1586, ce dernier provoqua son rival heureux et le tua dans une rencontre aux environs de Paris, le 6 mars. Jean d'Escars reconduisit la jeune veuve au château de La Vauguyon ; mais le duc Henri de Mayenne parvint à l'enlever en octobre de la même année, la destinant à son fils, alors à peine âgé de neuf ans.

Cette combinaison, du reste, n'aboutit pas, et Anne fut définitivement placée sous la protection de la reine. Jean d'Escars s'empara de ses biens, que Geoffroy de Vivant lui fit restituer, sauf Castelnau, Fronsac et Coutras.

L'enlèvement d'Anne de Caumont eut un retentissement considérable. V. sur

Blois qu'un seul députe, Mc Brauchut, notaire royal de Villeneuve, porteur d'un très important Cahier de doléances, exposé navrant, tableau lamentable des misères du pays1. Le lieutenant général de Condom, Dufranc, et le conseiller Arnaud Danglade étaient les délégués du Condomois2.

Après Goutras, Matignon, recueillant les débris de l'armée royale, s'était placé en observation à Condom, puis à Moisàac. Sur sa demande, le 24 janvier 1588, les consuls d'Agen lui avaient envoyé quatre pièces de canon, qui avaient failli tomber aux mains des huguenots.

De Nérac, Henri avait convoqué des Etats à Lectoure ; puis, quittant cette ville le 45 février, il regagna son château en passant près d'Astaffort pour inquiéter peut-être les Agenais.

Damazan fut pris. Matignon préserva le Mas et eut un engagement dans les derniers jours de février aux abords de Nérac. A la fin du mois suivant, il concentra son armée à Port-Sainte-Marie, d'où il se porta au secours de Libourne menacée.

cet événement une curieuse plaquette de M. Tamizey de Larroque: Document inédit relatif à l'Enlèvement d'Anne de Caumunt (Paris 1873, in-8°). V. aussi Faits d'armes de Geoffroy de Vivant, p. 42.

Anne de Caumont, dont le fils, Eléonor d'Orléans, duc de Fronsac, fut tué à 18 ans, en 1622, au siège de Montpellier, fonda à Paris le premier couvent des Sœurs Domicaines, ou du Chapelet, après la réforme de cet ordre. V. une biographie d'Anne de Caumont, par le P. Hilarion de Coste, dans son Histoire Catholique, où sont descrits les vies, faicts et actions héroïques et signalées des Hommes et Dames illustres, etc. (Paris 1625, in-f°, portr.).

1 Les Cahiers de 1588 ont été publiés par M. Georges Tholin : Cahiers des Doléances du Tiers Etat du pays d Agenais aux Etats Généraux. 1588-1614. 1649-1789 (Agen et Paris, 1885, iii-8»), pp. 3-10.

L'évêque Nicolas de Villars représentait le Clergé. La Noblesse n'eut pas de délégué.

2 Pour le Condomois, le député du Clergé fut Géraud Mélet, grand archidiacre de Condom, et celui de la Noblesse, Jean Du Bouzet, seigneur de Roquépine et de Poudenas.

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Mais Agen ne retrouvait pas sa tranquillité perdue. Le gouverneur Malvès1 ayant été tué dans une escarmouche, Matignon le remplaça par Bernard Du Bouzet de Roquépine. Le baron de Flamarens2 commandait en Agenais et Gondomois.

Des coups de main audacieux tenaient le pays en haleine, et toujours des avis alarmants parvenaient aux consuls, qui s'efforçaient de multiplier encore les mesures de surveillance, surtout depuis l'assassinat du duc de Guise.

De nouvelles alertes se produisaient en mars et en mai 1589. Le sénéchal d'A gênais Saint-Ghamarand3, qui avait été nommé l'année précédente, et aussi les consuls imitaient Matignon dans sa fidélité au roi ; mais il n'en était pas tout à fait de même des Agenais, qui tenaient en général pour la Ligue. La situation du sénéchal fut bientôt critique. Il parvint cependant à conjurer une émeute près d'éclater ; mais trop impopulaire, menacé d'une expulsion violente et peutêtre de pis encore, il jugea prudent de s'éloigner4.

L'heure n'était cependant guère opportune, car à la

1 Jean-Jacques d'Amblard, sieur de Malvès (ou Malbès).

2 Hérard de Grossolles, IIe du nom, baron de Montastruc et de Flamarens. maréchal de camp de l'armée de Guyenne.

Sa commission de commandant en Agenais et Condomois lui fut délivrée en 1588 par Henri III, sur la demande de la reine de Navarre. V. le P. Anselme, t. ix, p. 390.

3 Pierre de Peyronenc, seigneur de Saint-Chamarand, Frajssinet, Ocyniès et autres lieux. Il fit son entrée solennelle dans Agen le 8 novembre 1588. Nous verrons qu'il fut tué avec son fils dans cette ville en 1591.

Il avait remplacé N. de Houillac, successeur de François de Bajamont en 1585.

4 Comme il avait dû conférer avec les protestants de Castelculier, de hiymirol et de Layrac, Saint-Ghamarand était devenu suspect. On l'accusait aussi de s'employer au transfert du Présidial à Villeneuve dont le bruit étrange se répandait. Il regretta bientôt, du reste, sa précipitation et songea à rentrer dans Agen. Il occupa Castelculier et fit surveiller la ville par ses troupes.

nouvelle de l'alliance des deux rois, tous, bourgeois, Conseil et Jurade se déclaraient ligueurs, conspuaient Henri III, proclamaient le cardinal de Bourbon et reconnaissaient Mayenne dans un Conseil du 17 avril 1589. Ils prêtèrent serment à l'Union le 3 mai suivant. Marmande fit comme Agen ; Villeneuve restait douteux ; Port-Sainte-Marie et Caudecoste qui, d'abord, avaient adhéré se désistèrent ensuite pour éviter la ruine. Du reste, une entente constante existait entre les ligueurs militants de la région, qui correspondaient entre eux d'Agen, de Laplume, de Montpezat, de Villeneuve, de Valence, d'Aiguillon, de Damazan, etc.

Charles de Monluc fut élu gouverneur d'Agen le 17 juin. Il signa un règlement élaboré la veille par le Conseil, et chacun s'employa de son mieux à la défense commune.

Matignon et le Parlement de Bordeaux avaient envoyé le conseiller Geoffroy de Malvin et le procureur général Jacques Desaigues1 pour calmer les esprits, à la suite des troubles qui avaient précédé le départ du sénéchal. Ces magistrats conservèrent plus ou moins au roi Condom, Villeneuve, Marmande et Port-Sainte- Marie ; mais ils n'eurent aucune action sur Agen. En somme, si Bordeaux restait réfractaire à la Ligue, il n'en était pas de même dans presque tout le Midi. Toulouse avait poussé le zèle jusqu'à massacrer le premier président et le procureur général de son Parlement le 10 février.

1 Geoffroy de Malvin, seigneur de Cessac, un des plus savants magistrats de cette époque. Je reparlerai de lui en mentionnant les Agenais remarquables du xvie siècle.

Jacques Desaigues, procureur général depuis 1575, était fils de Michel Desaigues, avocat célèbre de son temps, mort en 1600. V. Le Parlement de

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Toujours plus agités et plus inquiets, les Agenais n'ouvraient leurs portes qu'avec des précautions infinies. Les compagnies de Saint-Chamarand rôdaient autour de la ville ; les campagnes étaient sans cesse dévastées par des bandes huguenotes. Un écuyer de la reine de Navarre, La Cassaigne^, s'était emparé du moulin de Laspeyres qu'il fortifiait pour commander la Garonne ; un coup de main avait été tenté sur Villeneuve par les garnisons de Monclar et de Saint-Pastour ; enfin, le bruit courait d'un projet de surprise du château de Monbran.

À la suite d'une conférence à Cadillac ou à Saint- Macaire2 entre Matignon et Turenne, ce dernier, accompagné de Saint-Chamarand, Laugnac et autres gentilshommes, vint assiéger le Passage3, en face d'Agen, le 30 juillet 1589. Fabas, qui commandait à Casteljaloux, et Belsunce4, de Puymirol, le rejoignirent. Ses forces étaient d'environ 4.000 hommes, 600 chevaux et 3 canons.

Charles de Monluc avait pourvu aux retranchements du bourg et le défendit avec courage. Le marquis de Villars5 accourut bientôt de Montpezat pour le seconder.

Assaillants et défenseurs luttèrent bravement pen-

Bordeaux. Notes biopraphiq. sur ses principaux officiers, par A. Communay, p. 193.

1 Pierre-Bernard Ducros, sieur de La Cassaigne.

2 Les documents indiquent l'une et l'autre de ces deux villes.

3 Aujourd'hui Passage-d'Agen. Ce bourg avait reçu des fortifications sérieuses et était défendu par un fort.

4 Antoine de Belsunce, gouverneur de Puymirol et mestre de camp d'infanterie. Il fut tué au siège de Bouen en 1592.

5 Emmanuel-Philibert de Savoie, second marquis de Villars. Il était fils de Melchiordes Prez, sieur de Montpezat (en Quercy), et de Henriette de Savoie, héritière de Honorât de Savoie, premier marquis de Villars, qui avait

dant quinze jours, sans qu'aucun avantage appréciable en résultât pour les uns ni pour les autres. Matignon se hâtait d'arriver avec 4 canons et des renforts ; mais il n'était encore qu'à Port-Sainte-Marie, quand une petite armée de 2.000 hommes et 500 chevaux venait appuyer Villars, sous la conduite de son frère Montpezat1, de Montespan2, de Faudoas3 et de Du Bouzet. Turenne fut forcé de lever le siège et de s'éloigner le 14 août.

Les Agenais, du reste, avaient fait vaillamment leur devoir. Leur pont légendaire étant, comme toujours, en désarroi et la traversée s'effectuant au moyen d'un bac, on avait dû établir un pont de bateaux, contre lequel Ducros de La Cassaigne, plagiaire de Monluc, envoya un moulin en dérive ; mais loin de causer la

remplacé Biaise de Moulue en 1570 dans la lieutenance de Guyenne et était mort maréchal de France en 1580.

Emmanuel-Philibert de Savoie avait été nommé lieutenant général en Guyenne pour la Ligue en 1588. 11 mourut en 1626.

1 Henri des Prez, marquis de Montpezat en Quercy, frère puîné d'Emmanuel- Philibert de Savoie, marquis de Villars.

J'ai dit que leur mère, Henriette de Savoie, avait épousé en secondes noces le duc de Mayenne.

Henri des Prez avait été d'abord évoque de Montauban. On le désignait sous le nom de seigneur de Montpezat. Il mourut en 1619.

2 Antoine-Arnaud de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin et de Montespan (1562-1624), fils de Hector de Pardaillan-Gondrin, cité à la date de 1585. Il fut maréchal de camp, gouverneur de Navarre et de Béarn, lieutenant général en Guyenne, sénéchal et gouverneur d'Agenais et Condomois après Charles de Monluc, en 1596.

Ses terres de Pardaillan et d'Antin furent érigées en marquisat par Louis XIII en 1612 et 1615. Il mourut en 1624.

Son petit-fils, Louis-Henry de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, mort en 1702, épousa en 1663 Françoise-Athénaïs de Bochechouart (1641-1707), qui de 1668 à 1683 fut la maîtresse de Louis XIV.

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