CHAPITRE PREMIER
Plan et motifs de l'histoire spéciale de l'agncnltHie des Giecs»— Le texte en est déduit de V Iliade et de V Odyssée. — Tous les auteurs des Âges suirans conârment le texte d'Homère. — Toutes les traductions en langue française de VJUade et de VÙdy^ see sont fautives : la science et la littëratore en réclament une qui soit fidèle. — Goup-d œil sur les premières rérolutions de la Grèce et sur le retour des HéracUdes. — Motifs sacrés qui oM porté Homère â composer son Ikade, —Homère lui-ménû parcourt iuie partie de la Grèce ayant de faire son Xiiade. — L'eqr tbousiasme que son poëmé produit; la jeunesse guerrière en est idolâtre , et le peuple des champs même se précipite sur ses pta pour l'entendre, carilprodameramoor de la patrieetdelalibertéé
Si l'histoire de Tagriculture des Grecs paraît offrir moins d'intérêt que celle des Gau* lois , dont nous occupons le sol et les climats,
il importe beaucoup néanmoins , pour com-
A(ri««l. d«f Gr««i. I
plëter rhistoire que j'entreprends, de rappelejT a^v^c quelques détails les erremeiis ^e r-agpîéullfuiife d^s Grecs latn temps ^HchftJrè ; c'est le seul moyen, et j'ose en donner l'assurance au lecteur, de remoBt^âVec plus de certitude aux origines d'une foule de choses sur les productions de la terre et sur celles de l'industrie, utiles ou nécessaires dans la sociabilité; car il ne faut pas perdre de vue que l'agriculture des Romains, importée dans les Gaules , est issue toute entière de celle de« 6re<isi ' ' ' '
^ î^ourdQnher une plus juste îdée.de l'agrî- ^iiltuF^ delà Grèce dans les temps éf»tiqires, 1! faudra, comme pour celle desGàtitpîs, em- Jpra^ser le système généralde la civilisa tion des H^ettànes'^ parce qit'it af rive ^tyùtferit ijae de sîintiplèS mots , des détails en appai'erice miluUieux.i, révèlent ou conllrmient des significations-, de« tttùd'és ôbi dfes usages jusqu'alors inaperçus, même par les plus érudits.
Je me propose dtmrc, dans cette Histoire ou Notice , en m'atta chant d'abord exclusivement à Homère, de jeter iancoup-d'ccil sur la philosophie du chantre des Grecs „ sur la religion de l'Olympe et sur ses inâœnces*
Je tâcherai d'établir ensuite , d'apcès !'/«
iiade, et surtout d'après ['Odyssée, le système général de l'agriculture des Grecs , de leur état pastoral, et de faire voir quelles étaient leurs ressources et leurs richesses , soit pour les ti-oopeaux , soit pour les haras. Je dirai ensuite quelles céréales et quels légumes ils cultiTaient; quels étaient leurs modes de culture et de moisson; le prix qu'ils attachaieilt à la vigne et au vin, et leurs modes de préparations économiques; quels étaient leurs arbres fruitiers et forestiers; quel était leur régime diététique; quels étaient leurs rêtemens et chaussures. Je parlerai des abeilles et du miel; je ferai quelques observations inédites sur les fruits; je dirai quelle était leur industrie , principalement celle qui se rapporte k l'agriculture et au commerce, et quelle élaït la science physique au temps d'Homère. Je terminerai cette Notice enfin par quelques considérations sur l'influence de l'agriculture relativement aux mœurs et à la morale an Siècle d'Homère , et par quelques considératioUB politiques sur l'état actuel de la Grèce.
Je me bornerai, bien entendu, dans cet aperçu, aux preuves qui re'sultent du texte du chantre des Grecs, que jevais reproduire. Je m'empresse de prévenir ici le lecteur
qn« <J)^; pr^Tef V avec . 4l< i}pdLus ;4rnpl«^ '^é-f ^iGf^ppemeiiai "bc .retrouverpnt ; interrû^di^ir. rf^f^t (Un§ Jes œwvros ^es ppëtçs j, idei$ phJH, Içj^Qph^^ et -^ de& historiens qui. - apparaîti:o^t • d^Q^Jes âges qui $uiyrontq^Iai îfl'HQï»fïrç^^,! d^e^.res^pFtijroj^ encore gy^ç èvidenqftid^» Ijq^périence g^pf>ale do? ^pç^ople^ qui 5^: dft-> rflpt ;adaniic>;;à, La; c^IUire deô^çé^ éaJest,vCitî clçnt FagriGult9];'e ^ura étc mptiyée , . qiï 4'4Y: près les besçdns publics, ou :d''ftpr!6^l0$,cUtiiaJv$« ;
^^ais. je dois,, ^Yant.. tout ^ .ur. pur hi^to- »W&^, ;^V^ grand, et {sublime l^m^rç <: reft. cela . f^quitte plutôt y^e dette dempii, çoBMret, 4e, ma recpijpaissanGe , jpqw,tpMtp? Ifes.iu&r tractions et lumière$:.qae j:*Ën:ai;i:e;çuiearv;iq[ue je n'espère le ^^ijdre dignes 4e iWiJ^^^ihîQmï^ célèbres ont déjà .rendu cetibcw^iAgâirxnfâ^I combien il reste encore de'.çhpfes^ aprèsl Çope€t W^^ Dacicir, sur r.çxceUpiice.^tlaiprér, éminencç d'ç içejmprtel.; ;par sa ;âcîiçtoe .et ses vgrande§. connaissances, eo physique,, en: s^rPX^omie^ ,et ain^queUes^^pul QqriYâin;ejicoi:e> n'avaitpensé>jusqti'âl pwse^tl ; . • ? . ;.
; .Je suis porté àr w'en ; jçxpjiiqaei: personnfel- Içment, par cie:que,.4!un€^p£|i:t, ies autew^ qui Font, le plus sincèresnetit .admiré et le mieux compris , nlontpas même sOiOgé à faire
ressortir de «eià^ œuvres lès principes de jib^srque et tous leS détails 'qu'il a laissées sût Técônoïnie rurale; pai'ceqiiëv'deTaulreidèfs lettrés èh foulé, sans» respect pour ées. vues et son génfe \ se sont permis à toute époque, afin de seitenir à la hauteur du style de' lia cour et dé rAcadérhiéV dé le commenter, et'même de chatoger jusqu àuif nonià des êtres et des choses qti'îl à noninrés dàftîs ses pôëmes, et dont lé' êehs-, oii Tàpplication dés téméraires phraseto^; échangé 'tout à fait les idées du poëte grec. '. • ->
Il résulte de cette fôtalé'tendâhcè vers un style extrêmement limé ou fleuri , que nous n'*avonspas upe seule traduction réelle et vraie de X Iliade et dé 1 Odyssée , du moins selon' le génie propre d'Homère ; Cette déclaration de ma part me vaudra peut-être des critiques; ce sera une belle occasion, pour les voltigeurs de notre vieux Parîiassâ , d'informer le public quW agronome /Un nouveau vènb dans le rang' des poëtei,' précipite dé soh autorité, hors dii* Parnasse, des traductioris consacrées parles suffrages des Aristarqués et par les titres suprêmes d'académiciens ; mais le mal n'esl pas aussi grand idemâ part, quHl pourra paraître d'abord à un critique-
( 6 ) irrité ; car je -veux dire seulement, que tous les. traducteurs. Pope excepté, ont éliminé, ou n'ont pas osé dire les choses qui se rapportent à l'agricultiire, à des animaux domestiques, à des usages vulgaires, à des détails ruraux ou industriels, et à des noms que le style académique de nos jours, et surtout le romantisme , réprouvent à l'envi. Je persiste donc formellement dans cette déclaration, que la suite de mes recherches fera de plus en plus confirmer; quant aus autres parties des traductions d'Homère, je m'humilie, et je rends un hommage sincère au style de quelques traducteurs.
Depuis la guerre de Troie , la Grèce avait éprouvé de cruelles tourmentes par les tyrannies et par maintes révolutions qui faisaient passer successivement, comme des troupeaux, les peuples du Péloponèse d'un maître à un autre. Les peuples du Nord, d'ailleurs, se portaient sans cesse à des irruptions soudaines qui désolaient la Grèce, par les enlcveraens des troupeaux et du hulin. L'expulsion des HéracUdes (i) avait fait soulever toute la
(i) Le retour des Hcractûles eut lieii l'an 1190 aus, 9Vant itotL'e ère.
C 7 ) Grèce, qui s'élait enfin décidée à fairedes républiques fédératives. Cette époque a élé glorieuse (i), car il y a eu quelques périodes de paix et un très-grand e-sprit publie.
Le Pe'loponèse, l'Ionnie, la Morce, l'Achaïe, etc., étaient dans cet élat politique, quand le démon de la guerre , sous le pr ctexte de tirer vengeance des irruptions que la Grèce avait subies autrefois , fit entrer des armées en Phrygie et en Asie ; les succès de ces expéditions , faites avec valeur et courage , et guidées souvent par des cbcfs habiles , excitèrent malheureusement un enthousiasme général; loin de se bornera des repiésaiUes, une folle ardeur fit faire de plus grands armemcns pour pénétrer dans le centre de l'Asie même, où la nature et findustrie concentraient des richesses immenses. Les rois de ces contrées, à leur tour, conçurent le dessein de se venger, et de châtier les Grecs pour leur témérité. Le bruit se répandit promptcment parmi les nations de l'Archipel, que des rois coalisés allaient fondre sur elles. C'est au milieu de ces agitations et de ces lenaces , qu'Homère eut la grande, no- ,
(i) Il est à prnjioi d'en l'uir* Ia remarque.
ble et pieuse pensée de retremper les cœurs grecs à l'amour de la patrie et de la liberté. Le sujet de son Iliade , au fond, était faible ou léger; mais son génie y vit un moyen de ranimer les grandes familles des rois et des héros, dont les peuples chantaient parlout encore les hauts faits et les prodiges de valeur; Homère y vit en outre une occasion de mettre en harmonie tous les membres épars de la religion de l'Olympe, que les nationaux, les colonies d'Egypte et celles des barbares fixés en Grèce, défiguraient au point qu'il y avait autant de cultes religieux, que de peuples d'origines diverses; il y vit le bienfait inappréciable d'une civilisalion toute nouvelle , fondée sur la morale , de laquelle découlent toutes les vertus sociales; il y vit enfin la certitude de faire revivre l'ancienne gloire acquise dans les combats, pour la défense sacrée de la patrie et de la liberté. Homère, le plus humble et le plus modeste des hommes, ne cherchapoint dans son imagination seulement les élémens de la composition de son poème; dès le principe de ses inspirations, il avait voyagé, afin de s'enrichir des productions naturelles et industrielles, des lois et des mœurs des peuples
(9) étrangers ; ilravait parcouru et observé touies lestles de l'Archipel , les comptoirs de F Afri*) que, la Phrygie, la Lybie , lahauteËgypte, letc:^ Il fut bien servi dans ses desseins par Phérë^^ dus, maître d un vaisseau marchand, homme; généreux, car Homère était pauvre': par re^ connaissance , le chantre grec, en le nommant dans son poëme, lui a conféré l'immortalité ( I )w Homèren'atlkendit point la fin de son poëme pour sonder et connaître l'opinion «ur let genre et le plan de son Iliade. Ses premiers chants ou récitatifs 'surpassèrent toutes ses espérances; oa ie: suivait, oh le «upplia^t par^ tout d'en redire quelques fragmens; plus il allait en divers lieux, plus il excitait dJenthoii-^ siasme et d'admiration. Lo lecteur qui connaît un peu l'antiquité; eh doutera d'autant moinsi^ qu'au temps d'Homère, la poésie avait l'é^ minente prérogative de suppléer l'histoire, de diriger l'opinion , de charmer les esprits, de faire la gloire et les renommées. Citait bien alors qu'on pouvait dire que la poésie était le. laiigage des dieux: la poésie « enfin, tenait alors a \elle seule tous les liens de la sociabilité. . ...
I ' ' I il ■« ■ ■ I 1 I •,■■... ., II., I I. » I. lit
{})lliad,y 1.5, V. 60.
^os superficiels et nos romantiques, nos ccrÏTains de cour el d'académies en douteront peut-être ; mais qu'ils daignent pardonner un si grand enthousiasme aux Grecs pour un poëme qui les concernait, et pour lequel, depuis trente siècles, tous les hommes de goût, dans le monde, conservent une haute admiration, Homère, il faut en convenir, s'est élevé, dès son essor, au sublime de la poésie. 11 a dû sembler aux Grecs qu'il étaitvéritaUlement un envoyé des dieux. 11 les flattait, il les charmait en les électrisant à la gloire et à la liberté; ils se croyaient transportés aux siècles héroïques; son style, k simple et toujours enchanteur, fit oublier kprcsque aussitôt la triste et monotone poésie Ld'Orphée, qui ne remuait ni les cœurs ni les Lïmaginations. La jeunesse en devint tout à Lçoup idolâtre ; elle aspirait à faire revivre Jes Ajax, les Achilles, les Diomcdes; dans Iles familles, les vieillards retrouvaient des k.noms qui rappelaient leurs aïeux; les S3cerhdoces étaient satisfaits, parce qu'Homère I ^inspirait l'amour et le respect envers les \ dieux; il fut cher à la multitude, parce qu'il r mettait au-dessus de tout la patrie et ta liberté.